Interview de Marcie

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/10/2016.
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Marcie, nouvel EP Montréal est en cendres

L’élégante poésie de Marcie nous a touchés. Ayant grandi au Québec, avec cette culture nord-américaine si spécifique, la jeune auteure-compositrice s’inscrit pourtant dans le sillon très chanson française de ses ainées, celles qui nous ont émus aux larmes et se prénomment Françoise ou Barbara. Comme le dit la principale intéressée, elle sera chanteuse populaire ou entrera au monastère. Croisons les doigts pour que la première option soit la bonne. Rencontre avec une artiste plurielle et singulière.

Avant de parler plus en détails de cet EP qui vient tout juste de sortir, j’aimerais que l’on évoque dans les grandes lignes votre parcours. Le public français ne vous connait pas encore véritablement… Venez-vous d’une famille où la musique était présente ?

Oui, la musique était importante chez nous. Il y avait un piano à la maison, mais ce n’est pas moi qui l’ai le plus utilisé. Ma mère a essayé de m’apprendre à en jouer, mais c’est ma sœur qui l’a beaucoup pratiqué. Moi, mon instrument, ça a toujours été la guitare. Nous sommes une famille de quatre enfants et nous avons tous pris des cours de musique. Nos parents y tenaient. J’ai donc pris des cours de guitare classique pendant dix ans. Puis après ça, j’ai commencé à composer des choses un peu plus créatives. Je devais avoir quelque chose comme seize ou dix-sept ans. Je participais à l’époque à des soirées poésie qui étaient organisées près de chez moi, à Saguenay. Je n’ai pourtant jamais nourri l’envie de devenir chanteuse en particulier. J’ai suivi des études à l’université comme beaucoup d’autres jeunes gens. Mais au fil du temps, les opportunités sont devenues de plus en plus nombreuses, j’ai ainsi pu donner de plus en plus de concerts. D’abord au Québec, puis en France. Le premier concert que j’ai donné en France, c’était en 2011. C’est de cette manière, petit à petit, que je me suis professionnalisée, finalement.

Quelle était votre démarche à l’adolescence quand vous avez écrit vos premières chansons ?

C’était un jeu, une échappatoire, un exutoire, un peu tout en même temps. Je me rappelle très bien de ma toute première chanson. Je l’avais écrite pour un projet à l’école. J’avais fait une recherche sur la chanson québécoise et je m’étais dit que j’allais écrire, moi aussi, une chanson. Il m’a fallu un an pour l’écrire ! (sourire) Et c’est après cette expérience que je me suis trouvé une passion pour l’écriture. J’ai beaucoup écrit des chansons d’amour à l’époque, ça faisait partie de mes préoccupation principales. (sourire) Mais rapidement, je suis allé vers d’autres horizons, comme la recherche de soi-même.

Vous avez publié un premier album en 2013. Qu’en retenez-vous ?

C’est toujours une grosse aventure, celle d’un premier album. J’avais travaillé sur ce projet avec Ludo Pin, un français qui est arrivé à Montréal à peu près en même temps que moi. Je n’en retiens que de belles choses, finalement, parce que c’est ce disque qui m’a permis de faire une tournée au Québec et en France. Entre 2014 et 2016, j’ai dû faire neuf allers-retours entre le Canada et l’Europe. C’est grâce à ce disque que j’ai rencontré le public. Ce fut là aussi une très chouette expérience. Lors de cette première tournée. C’est cet album qui m’a permis de m’affirmer en tant qu’auteure/compositrice/interprète professionnelle. Avant ça, oui, je faisais des concerts et des choses un peu partout, mais c’est ce premier album m’a permis de me sentir chanteuse.

Marcie - DR

À cette époque, vous avez déjà quitté Saguenay pour vous installer à Montréal ?

Oui, je suis arrivée à Montréal en 2011. Ces premières chansons ont donc été écrites à cheval entre Saguenay et Montréal.

J’imagine que ce déménagement, au propre comme au figuré, a changé beaucoup de choses pour vous. Vous veniez de la campagne, comme on dit chez nous, et là, vous arrivez dans une grosse ville, Montréal. La vie, et forcément les points de vue, changent.

C’est vrai. J’ai commencé à écrire chez moi, sans véritablement de formation. J’étais un peu toute seule là-bas, au Saguenay. Après, quand je  suis allée à l’école de chanson de Granby, j’ai commencé à rencontrer des gens qui partageaient la même passion que moi. À Montréal, ça a encore été différent. Vivre dans une très grande ville comme Montréal vous ouvre l’esprit. Ça m’a permis de découvrir plein de courants musicaux différents. Au fil du temps, j’ai fréquenté de plus en plus de festivals et fait des rencontres avec d’autres artistes. Certains sont devenus des amis. Échanger avec d’autres musiciens, et donc être confrontée à d’autres univers, d’autres identités, m’a permis de me construire moi-même en tant qu’artiste également. Ça m’a donné envie de multiplier les façons d’écrire et de composer des chansons. Ce déménagement a changé beaucoup de choses en moi.

Avez-vous rapidement posé les premières pierres de ce nouvel EP, « Montréal est en cendres », et l’album qui va suivre ?

Cet EP et l’album, ça fait deux ans que je travaille dessus. L’année qui a suivi la parution de mon premier album, j’ai beaucoup été en tournée, donc, je n’ai pas eu le temps de me poser et d’écrire. Suite à cette tournée, il m’est arrivé une malchance, qui pourrait s’avérer être une chance, finalement. J’ai eu des nodules sur les cordes vocales à la fin 2014, donc, je n’ai plus pu chanter ni travailler ma voix. J’ai dû marquer une pause, un peu malgré moi. Je me suis sentie frustrée. C’est à cette époque que j’ai commencé à lire beaucoup de romans, chose que je n’avais plus eu le temps de faire depuis fort longtemps. Plus précisément, je suis tombée en amour avec la littérature russe. Cette chanson « Paris-Moscou » n’est d’ailleurs pas étrangère à cette nouvelle passion ! (sourire) Dans le même temps, j’ai écouté énormément de musique, comme je ne pouvais plus en faire. Et, évidemment, j’ai écrit. Beaucoup écrit. Je me suis donc nourrie énormément pour créer ces nouvelles chansons.

Sur cet EP, vous faites une très jolie reprise du titre de Françoise Hardy « Ma jeunesse fout l’camp ». Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?

On me parle souvent de Françoise Hardy ou de Barbara après les concerts, et ça me fait un énorme plaisir parce que ce sont deux grandes dames de la chanson. Mais au-delà, le choix de cette chanson a été dicté par la mchanson elle-même. C’est cette chanson écrite par Guy Bontempelli qui m’a touchée. Enormément. J’étais sensée le rencontrer en plus. Nous nous étions donné rendez-vous juste avant qu’il ne décède. Nous ne nous sommes finalement jamais rencontrés et ça me fait beaucoup de peine. Il a écrit de super belles chansons. J’ai essayé, dans ce cas précis, de ne pas reproduire l’interprétation originale de Françoise Hardy. En tout cas, je l’ai chantée avec la même intensité que si je l’avais écrite personnellement. Chaque mot est à sa place dans cette chanson. Ses mots me touchent énormément, même si elle ne fout pas encore le camp, ma jeunesse, mais bon !... J’ai tout de même 27 ans, j’ai de la marge, mais ma jeunesse fout l’camp tranquillement quand même. Comme tout le monde… (rires)

C’est vrai que quand on écoute vos chansons, on sent une filiation entre Françoise Hardy, Barbara et vous. Sont-ce des artistes que vous avez beaucoup écoutées ?

Je les ai écoutées, bien entendu, pour me forger une culture musicale. Mais pas forcément plus que d’autres. Françoise Hardy, je l’ai peut-être un peu plus écoutée que Barbara. Quand j’étais à l’école de chanson de Granby, j’ai pas mal écouté ses chansons ainsi que celles de Jacques Dutronc. Ce qui est amusant, c’est qu’on m’a dit que j’avais des ressemblances avec Barbara avant même que je ne découvre plus en profondeur son répertoire. (sourire)

Un mot sur « Montréal est en cendres ». Le propos de la chanson est pluriel, mais a-t-elle été écrite suite aux évènements du Printemps Érable ?

J’ai lu ça dans votre article… Mais quitte à vous décevoir, non, je ne l’ai pas écrite précisément suite à ça. (sourire) Par contre, je suis heureuse de voir qu’elle peut avoir plusieurs lectures. Je l’ai écrite dans un contexte particulier. Après, si les autres personnes peuvent trouver un autre écho en elles, ça me fait plaisir. Cette chanson, en vérité, je l’ai écrite suite à un voyage sur la Côte Nord. Je revenais en covoiturage vers Montréal. Le mec qui conduisait avait mis de la musique dance à fond dans sa voiture. C’était horrible, Mon Dieu ! (rires) C’était la fin de l’été. Il faisait très chaud à Montréal. Trop chaud. Comme toujours à cette époque, d’ailleurs. Je n’avais du coup pas envie d’y revenir, j’avais trop aimé mon voyage sur la Côte Nord. Tout ce contexte, la musique horrible, la chaleur écrasante, la fin de mon voyage… C’était presque une vision d’apocalypse pour moi ! (rires) Bref, j’ai pris mon cahier et j’ai écrit « Montréal est en cendres ». La chanson est venue comme ça, simplement parce que plus je m’approchais de Montréal, moins j’avais envie d’y revenir. Et pourtant, Dieu sait combien j’aime cette ville ! Mais pas ce jour-là… (sourire)

C’est là toute la richesse d’un texte. Chacun se l’approprie à sa façon, en fonction du contexte, tout simplement.

Effectivement. Mes sautes d’humeur, personne n’en a rien à faire, finalement ! (rires) Le but est que chacun puisse se retrouver dans un texte. C’est ce que j’aime quand j’écris une chanson.

Avez-vous une petite anecdote ou un petit souvenir particulier à me raconter à propos de l’une ou l’autre chanson qui figure sur cet EP ? Quelque chose qui s’est passé autour de la chanson et dont personne ne peut se douter, mais qui pourrait permettre de l’écouter différemment après en avoir pris connaissance.

J’ai envie de vous parler de la chanson « Puisque », qui est le prochain single. Je l’ai écrite à une époque où j’ai écouté beaucoup de musique religieuse. Pas forcément parce que je suis croyante ou par mysticisme, non, juste parce que je trouve ça beau. Une de mes copines avait trouvé un superbe disque chez un disquaire d’occasion pas loin de Victoria Ville, « Les Messagères de joie ». Les chansons étaient vraiment super poétiques et très bien faites. De fil en aiguille, nous avons retrouvé Sœur Wilfrid-Marie, qui s’appelle en réalité Madame Bilodeau. Nous sommes devenues amies. Elle m’a beaucoup parlé de sa vie de religieuse et de sa carrière musicale. À l’instar de Sœur Sourire, avec son acolyte Sœur Jean-Louis, elles ont fait un joli parcours dans la chanson. Puis, elle a aussi quitté les ordres. De nos conversations est née cette phrase « Je serai chanteuse populaire ou j’entrerai au monastère ». Il m’a semblé que ces deux options étaient les deux options pour un amour inconditionnel. Que ce soit l’amour du public ou l’amour de Dieu. (sourire) Voilà toute l’histoire de « Puisque »…

Un album est donc en préparation pour l’année prochaine. Où en êtes-vous concrètement ?

Il est à moitié fait et à moitié en devenir. Il faut que j’écrive encore quelques chansons avec mon acolyte Gentiane Michaud Gagnon, qui est pianiste de jazz. Travailler avec elle me change de mes habitudes et me sort de mes propres clichés musicaux. Après, peut-être que je ferai d’autres collaborations. Tout est en devenir. Rien n’est figé, en fait. Cet Ep, je le vois comme un passage. On  a essayé plein de choses avec Dany Placard et Louis-Philippe Gingras à la réalisation. Mais on est loin d’avoir tout fait. Sur l’album, j’ai envie d’aller encore plus loin. Sur « Paris-Moscou », on entend des chœurs d’hommes, j’aime beaucoup ça, et j’ai envie d’aller là-aussi plus loin dans cette direction. J’ai surtout envie de prendre mon temps pour essayer un maximum de choses et n’avoir aucun regret.

Pensez-vous rester dans cet esprit, peut-être un peu suranné, d’une poésie élégante très chanson française ?

J’aimerais progressivement aller à l’essentiel. Depuis le premier album, je suis en chemin. J’apprends au fil des chansons que j’écris. Là, j’ai envie d’aller plus loin dans la simplicité, mais la simplicité efficace. Je viens de faire les premières parties de mickey 3D et je trouve qu’il a des paroles extrêmement porteuses et poétiques. J’aimerais tendre vers ça. Pouvoir évoquer des choses graves et profondes avec des mélodies super rassembleuses et fédératrices. C’est une belle façon d’aborder la chanson française. Donc, j’ai envie d’aller progressivement vers quelque chose de plus rassembleur. Aujourd’hui, je chante beaucoup à la première personne du singulier, j’ai envie d’aller vers un propos peut-être plus social, même si le terme n’est pas forcément bien choisi. Disons quelque chose qui peut plus parler à tout un chacun.

Vous êtes actuellement en tournée en France. Comment ça se passe ?

Super bien ! Je ne vous cache pas que j’avais un peu peur quand on m’a dit que j’allais chanter en première partie. Mais ça s’est à chaque fois super bien passé. Je fais également en parallèle des spectacles toute seule. On vient notamment de jouer dans une très belle grange, c’était un lieu magique. À chaque fois, la réponse du public est vraiment bonne. J’ai l’impression de bien communiquer avec le public français. Je viens du Québec, et même si nous parlons la même langue, nous n’avons pas la même culture ni les mêmes références. J’avais un peu peur de cette différence. Mais non, le public français semble très bien recevoir mes chansons. J’ai l’impression que mes chansons lui parlent et j’en suis ravie.

Vous êtes donc actuellement en pleine tournée en France, votre EP vient de sortir, vous préparez votre deuxième album. Il se passe plein de choses dans votre vie en ce moment. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

(sourire) Oh mon Dieu ! Aujourd’hui je suis dans un drôle d’état d’esprit. Il arrive toujours un moment en tournée où je deviens chagrine. Aujourd’hui, j’avais besoin de repos. Nous ne sommes jamais partis aussi longtemps. Un mois, c’est long… Là, nous en sommes à la troisième semaine. Donc aujourd’hui, j’ai un peu le blues, même si tout se passe très bien. En plus, je suis en train de préparer le lancement de mon EP au Canada. Il y sortira après la France, le 26 octobre précisément. Donc, je suis un peu dans ce décalage aussi. Mais en tout cas, même si j’ai le blues, je suis très heureuse de toutes ces belles choses qu’on voit et qu’on vit ici, en France. On est super bien accueillis ici… Et qu’est-ce qu’on mange bien en France !! (éclats de rire)

C’est un blues heureux finalement.

Exactement. En tout cas quand je suis en spectacle, le blues s’en va sans demander son reste…

Propos recueillis par Luc Dehon le 11 octobre 2016.
Photos : DR

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