Interview de After Marianne

Propos recueillis par IdolesMag.com le 12/10/2016.
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After Marianne © Alois Lecref

Le groupe toulousain After Marianne publie son tout premier EP, « It’s a wonderfull place to be (over) », un recueil de six plages de Dream Pop comprenant notamment un featuring avec Julien Doré. Séduits par leur poésie spatiale qui ouvre une fenêtre sur d’autres cieux et sur le merveilleux, nous avons été à leur rencontre afin d’un savoir un peu plus… Ce sont Mathilda et Augustin qui ont répondu à nos questions.

Avant de parler plus en avant de votre premier Ep qui vient tout juste d’être publié, pourriez-vous me dire dans les grandes lignes quels sont vos parcours respectifs aux uns et aux autres avant de vous retrouver autour de ce projet.

Augustin : J’ai commencé le piano assez jeune, en fait. Je devais avoir quatre ou cinq ans. J’ai continué dans cette voie pendant de longues années. J’ai fait le conservatoire à Toulouse pendant une dizaine d’années, j’ai arrêté quand je suis rentré au lycée. À cette époque, j’ai commencé à avoir plusieurs projets musicaux qui m’ont mené jusqu’à After Marianne et Kid Wise. Aujourd’hui, je consacre tout mon temps à la musique.

After Marianne, It’s a wonderful place to be (over)Mathilda : Pour ma part, j’ai fait de la basse pendant quatre ou cinq ans. Mais au final, je me suis rendu compte que l’instrument était chouette et rigolo, mais qu’être seule, ce l’était beaucoup moins. Du coup, je me suis mise au piano. Je ne voulais pas me mettre au chant parce que j’avais peur de chanter devant des gens, tout simplement. En fait, je me cachais derrière ma basse. Tout ce que j’apprenais avec la basse, j’essayais de le retranscrire au synthé et ça me permettait de chanter dans ma chambre. Après, j’ai monté un groupe avec une amie, puis je suis rentrée dans After Marianne.

Justement, dans quelles circonstances le groupe After Marianne a-t-il vu le jour ?

Augustin : Il faut savoir qu’After Marianne existait déjà avant que nous ne nous réunissions tous les quatre, Mathilda, Théophile, Léo et moi. Ça a duré presque un an, avec d’autres musiciens à l’époque. Ensuite, j’ai rencontré Mathilda. Nous avons dans un premier temps voulu reprendre le projet à nous deux. Mais nous avons rapidement fait appel à deux copains, Théophile à la guitare et Léo à la batterie. Et voilà comment nous en sommes à quatre amis réunis autour de ce projet aujourd’hui.

Quels sont vos débuts à quatre ? Avez-vous tout de suite été sur des compos originales ou avez-vous fait pendant un temps comme beaucoup d’autres groupes des reprises ?

Augustin : On a fait quelques reprises nous deux avec Mathilda, mais très peu finalement. C’était au début, un peu pour nous amuser. On les a jouées en concert, mais en parallèle, on a écrit nos compositions personnelles. Notre premier morceau, c’était « Marianne ». C’est d’ailleurs la première vidéo qu’on a sortie. Et l’aventure de ce premier EP a débuté.

Comme tu m’en parles, un mot sur ce titre, « Marianne », et du superbe clip qui l’accompagne.

Augustin : Le clip a été réalisé par Arnaud Ly Van Manh. L’idée était d’illustrer les paroles de la chanson qui ont été écrites par Mathilda. Je vais d’ailleurs la laisser en parler.

Mathilda : Le texte de ce titre a été très inspiré par le film « Amour » de Michael Haneke, un huis-clos extrêmement touchant entre deux personnes âgées interprétées par Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva qui sont tout simplement en train de mourir. J’ai écrit le texte de cette chanson juste après avoir vu ce film. Je tenais vraiment à avoir un grand-père dans le clip. Tu sais, nous sommes d’une génération pour laquelle 99% de l’actorat des clips est joué par de jeunes personnes. Et moi, ça ne me touche absolument pas. Je suis beaucoup plus touchée par les personnes âgées. Nous avons tellement à apprendre d’elles. Leur visage en dit long… Et puis, en France, parler de maison de retraite reste un sujet tabou. Donc, ce clip s’inscrit dans cette démarche, parler du grand âge. Je pense que ça peut parler à tout le monde. Tout le monde a eu des grands-parents dans sa vie. Donc, tout le monde peut être touché par ce clip…

Qui amène quoi dans le groupe ? Comment bossez-vous tous les quatre ?

Augustin : C’est Mathilda qui s’occupe en grande majorité des compositions. C’est elle qui propose une base de morceau au piano. C’est elle qui apporte la matière première. Notre rôle, nous les trois garçons, c’est l’architecture du morceau : la composition, les arrangements et les harmonies, histoire de trouver d’identité sonore du titre. Souvent, les textes arrivent dans un second temps, après la composition.

Tu viens de me parler de l’identité sonore d’After Marianne. Elle est assez riche et complexe. C’est assez étonnant pour un premier EP. On ne va pas parler de maturité, mais disons qu’elle est bien définie. L’avez-vous cherchée longtemps, cette Dream Pop dont vous parlez ?

Augustin : Ce n’est pas forcément quelque chose de très réfléchi, finalement. Nous avons tâtonné au départ, comme tous les groupes, pour trouver notre son. Ensuite, il a fallu trouver un propos cohérent avec cette identité sonore que nous avions trouvée. Nous avons la chance d’avoir trouvé cet ensemble assez vite finalement, et probablement aussi grâce aux paroles de Mathilda. On était sur quelque chose d’assez spatial, ambiant, éthéré. Du coup, le thème de l’espace s’est imposé à nous, et le terme de Dream Pop nous a sauté à la figure comme une évidence. Le terme Dream Pop correspond très bien à nos compositions : populaires dans le fond, mais spatiales dans la forme. L’univers, au sens large du terme, est quelque chose qui nous fascine. C’est un mystère immense et en même temps très doux, qui est très inspirant. Du coup, on essaye de retranscrire en chanson cet idée d’immensité et d’infini avec des effets techniques comme des réverbes, des échos, le mélanges d’instruments acoustiques et électroniques… On a brouillé les pistes pour trouver cette identité sonore qui nous est propre aujourd’hui.

On sent que tout est mûrement réfléchi.

Augustin : C’est réfléchi dans le sens où c’est digéré et travaillé, mais au final, on laisse beaucoup de place à l’instinctif aussi. C’est aussi très important, de notre point de vue. On essaye en tout cas de donner une expérience assez complète à l’auditeur, qu’il soit en immersion, entre musique, paroles et objet. À ce propos, on a fait un gros travail de graphisme sur la pochette.

After Marianne - DR

On sent, au travers de la pochette et du visuel du disque, mais également des clips que vous avez publiés, que l’image est un travail très important à vos yeux. Vous êtes tous les quatre assez jeunes, vous avez une approche un peu old school de la musique…

Augustin : (sourire) C’est paradoxal. D’un côté la musique se dématérialise et les pochettes ont tendance à disparaitre, et d’un autre, l’image qui accompagne un projet musical n’a jamais été aussi importante ! D’ailleurs, si on pousse le bouchon un peu plus loin, je pense que beaucoup estiment qu’il vaut mieux avoir une bonne image qu’une bonne musique. Mais ça, on n’y peut rien, c’est l’époque qui est comme ça. Nous, en tout cas, on a un souci du détail assez poussé. On est Old School dans notre démarche à cet endroit. On a le souci de l’objet. Nous essayons en tout cas de soigner autant le son que la vidéo, que l’artwork et le visuel. On prend le temps de faire les choses, à une époque où les productions homemade sont certainement en train de dépasser les productions des grands studios, ce qui est certainement une bonne chose en soi, mais nous on reste sur une démarche un peu vintage. On passe beaucoup de temps en studio déjà à enregistrer, chacun de notre côté et puis tous ensemble. Et dans la même optique, pour que l’expérience du son soit rendue parfaitement à l’auditeur, on veut que son expérience soit intégrale, qu’il puisse prendre le temps de prendre part à l’aventure en nous donnant le temps de l’écoute. Ça passe notamment par la découverte d’une pochette. Des messages que l’on peut laisser sur celle-ci. Tout ceci, ce ne sont que des détails, mais des détails importants à nos yeux. C’est à ce moment qu’on pénètre dans l’univers d’After Marianne.

Un vinyle va-t-il être édité ?

Augustin : Ce ne serait pas de refus… mais disons que là, c’est un souci économique et pas artistique… (sourire)

Sur scène, on retrouve une cohérence avec ce travail visuel que vous avez fait sur la pochette ?

Augutin : Oui. Il y a un habillage scénique particulier. Les trois garçons du groupe sont habillés avec des combinaisons d’astronautes. On est en train de travailler en plein là-dessus en ce moment.

Un mot sur les textes. Je n’aime pas rentrer dans des explications de textes qui sont, somme toute, superflues, chacun étant libre de se faire sa propre interprétation. Mais dans les grandes lignes, vers quoi tendent-ils, vos textes ? Y a-t-il une idée maîtresse qui s’en détache ?

Mathilda : Cet EP est construit comme un échange épistolaire entre deux personnages. Ça parle de la fin de vie. Le propos est donc plus ou moins triste, selon l’état d’esprit. Ce qui me semble intéressant, c’est de garder à l’esprit que ces six plages sont un échange. Tout démarre par « God Speed », un interlude musical qui porte le nom de ce terme qui veut dire « bon voyage » en langage de cosmonautes en anglais. Le voyage se poursuit jusqu’à « Space » où les personnes disparaissent. Au lieu de les faire disparaitre abruptement, comme nous ça nous arrivera un jour aussi de notre petite mort habituelle, on essaye de les faire disparaitre dans l’espace et du coup, les faire renaitre vers un ailleurs qui, en tout cas vu d’ici, parait joli… (sourire)

Julien Doré vous rejoint sur un titre, « Love is just a game ». Comment est-il arrivé sur le projet ?

Mathilda : C’est marrant cette histoire… Nous composions la musique de « Love is just a game » avec Augustin au piano, et je n’arrivais pas du tout à chanter sur le deuxième couplet. J’avais en tête une voix masculine qui me répondrait. Ce qui collait parfaitement avec cette image des deux vieux amants qui sont en train de disparaitre. Donc, la voix masculine s’imposait. Le problème, c’est que ça ne pouvait pas vraiment être ni Augustin, ni Léo, ni Théophile… Depuis des années, je suis une grande fan de Julien, donc il m’est venu à l’idée très rapidement de faire appel à lui. Avoir l’idée, c’était facile. La réaliser paraissait nettement moins évident… Alors, très naïvement, nous lui avons envoyé un message, avec la musique de ce titre et une palette de ce que nous avions déjà en rayon à cette époque-là. Il a appremment bien aimé le projet et il nous a répondu par l’affirmative. Il est donc venu enregistrer cette chanson avec nous, pour notre plus grande joie.

Ça a été tout simple, finalement.

Mathilda : Oui. Aussi bizarre que cela puisse paraître, ça a été extrêmement simple. Quand j’ai dit aux gars que j’allais écrire à Julien Doré, tout le monde s’est gentiment foutu de moi… Genre « elle est bien mignonne, la Mathilda ! » (éclats de rire) L’idée était jolie mais paraissait improbable. Mais Julien est quelqu’un d’extrêmement généreux et un artiste qui se soucie énormément des jeunes gens dans la musique aujourd’hui. Du coup, il est devenu une sorte de grand frère protecteur…

Le fait qu’un artiste mainstream comme Julien Doré vous rejoignent sur ce projet vous a-t-il ouvert des portes ?

Mathilda : C’est encore un peu tôt pour le dire. Le morceau a été dévoilé il y a juste quelques jours. On verra ce qui adviendra à la sortie du EP et lors des prochains concerts. Comme le nouvel album de Julien sort dans le même temps, tout est un peu perturbé ! Ce qui pourrait être hyper intéressant pour nous, c’est d’aller plus en avant dans cette collaboration. Travailler une nouvelle fois avec lui, ou même mieux, assurer quelques-uns des premières parties de sa future tournée. Ce que nous souhaitons en tout cas, c’est garder un lien avec lui, ce serait chouette.

Cet EP, c’est un très bon début. Mais quelle suite envisagez-vous de lui donner ? Un album ?

Mathilda : Là aussi, il est trop tôt pour en parler. Ce qui va advenir après la sortie de cet Ep augurera de l’avenir. Nous n’avons aucune idée de la réception qu’il va avoir auprès des gens. Donc, on attend. Ce qui est certain, c’est que de notre côté, on a plein de chansons dans nos tiroirs. Donc, un album est tout à fait envisageable.

Dans l’absolu, vous aimeriez aller sur un format un peu plus long…

Mathilda : Bien sûr. Mais cet Ep, déjà, est assez long pour un EP. Aujourd’hui, un album mainstream dure dans les trente minutes. Notre EP dure 23/24 minutes. Donc, à un titre près, nous aurions pu publier un mini-album. Nous ne voulions pas faire un EP trop court, pour avoir le temps de raconter une histoire et donner le temps à l’auditeur de nous accompagner dans ce voyage. Tous les titres présents étaient nécessaires pour que cette histoire ait un sens. Pour un album, nous souhaiterions avoir la même démarche, retranscrire une histoire au travers des chansons.

After Marianne, Mathilda © Mathilde Cartoux

Reste-t-on toujours essentiellement sur de l’anglais sur vos nouvelles compos ?

Mathilda : Non ! (sourire) Nous nous sommes essayés au français. Nous avons une chanson en français. Instinctivement, nous nous sommes tournés vers l’anglais, mais nous nous sommes rendu compte au final que c’était peut-être une façon de se cacher. La langue française est tellement belle qu’elle fait peur. (sourire) Barbara, Brel et Ferré ont mis la barre tellement haut que ça me semblerait être une forme de trahison d’écrire un texte en français… Du coup, on a peur, mais on a envie de s’y mettre…

Le français apporte également d’autres sonorités.

Mathilda : Effectivement. Ça change la donne. Mais en amenant le français sur nos compositions, ça donne quelque chose d’assez original. Finalement, aujourd’hui, on entend beaucoup de retour aux années 80 en français. Mais nous, avec notre style spatial, ça donne quelque chose d’assez original, qui nous plait beaucoup en tout cas.

Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines et les prochains mois ?

Augustin : Nous sommes en pleine promo, ça prend déjà beaucoup de temps. Nous allons faire une série de concerts, dont une release party à Toulouse le 18 octobre et une autre à Paris au Super Sonic le 20 octobre. Nous allons également écrire une musique de film pour une réalisatrice de grand talent, Jessica Palud. Elle nous a fait confiance en nous confiant la BO d’un court et d’un long métrage. Donc, ça, c’est en chantier également. C’est quelque chose qui nous intéresse beaucoup le travail de la musique à l’image. Travailler pour une autre personne change aussi la donne. C’est intéressant.

Que représente la concrétisation de ce premier EP pour vous ?

Augustin : Beaucoup de choses. Personnellement, même s’il est assez long, je ne suis pas fan du format EP. C’est toujours un peu frustrant. Mais nous en sommes les plus heureux.

Mathilda : En ce qui me concerne, ça représente beaucoup de joie. J’ai envie de dire « Enfin ! » Cet Ep, c’est un peu notre premier enfant. Nous allons l’aider à grandir, mais là, il ne nous appartient plus vraiment. Il va vivre de ses propres ailes. Donc, ça fait un peu peur. Mais qu’est-ce que ça fait du bien de partager toutes ces longues heures de travail avec tous ceux qui voudront bien glisser une oreille sur notre travail. Là, c’est le moment du partage. Ce qu’on espère vraiment, c’est que les gens comprendront tout l’amour et la sincérité qu’on a mis dans ce projet…

Propos recueillis par Luc Dehon le 12 octobre 2016.
Photos : Aloïs Lecerf, Mathilde Cartoux, DR

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