Interview de David Courtin

Propos recueillis par IdolesMag.com le 23/06/2016.
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David Courtin - DR

David Courtin publie le 24 juin « Volupté des accointances », un album servi par des textes aux mots crus et au langage éloquent et une esthétique électro pop due, notamment, à sa collaboration avec  l’artisan Tanguy Destable. Un album qui comprend entre autres un duo (d)étonnant avec Izia et une reprise d’Elli & Jacno. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de David afin d’en savoir plus sur son projet, son parcours, ses combats et sa sensibilité.

Raconte-moi un peu dans les grandes lignes le parcours de cet album qui a été long finalement…

David Courtin, Volupte des accointancesC’est vrai. Ça fait un bon bout de temps que je travaille dessus. On a écrit et composé tous les titres avec le groupe avec lequel j’évolue sur scène. On les a enregistrés nous-même. Ensuite, j’ai retravaillé de mon côté quelques-uns d’entre eux avec Tanguy Destable, qui a notamment bossé avec Yelle. Il a refait certaines prods. Et puis, il a fallu le temps de le signer. J’ai démarché pas mal de labels. Tout ça prend du temps. Le mix, quant à lui, a été fait en Belgique. Comme tout est fait maison, et que je n’ai pas de grosse structure derrière moi, tout a pris du temps.

Tu as publié pas mal de formats courts auparavant.

Effectivement, entre 2006 et 2010, j’ai publié quelques EP, tous en autoproduction. Je n’avais aucun label avec moi, et je me suis très vite rendu compte que sans label, c’était difficile d’avancer. Donc, pour cet album, je souhaitais avoir une équipe à mes côtés, tout du moins pour avoir des retours sur mon travail. J’ai enfin trouvé des partenaires, mais finalement, je les ai trouvés à partir du moment où j’avais véritablement donné l’impulsion à ce projet. J’en avais assez d’attendre…

Pourquoi as-tu souhaité travailler avec Tanguy Destable ? Et avec le recul, qu’a-t-il apporté à ta musique, à ton projet ?

Au départ, très sincèrement, il avait décliné. Nous nous sommes rencontrés par la suite par le biais d’Izia, que je connais bien. Il m’a alors proposé de revoir certaines prods. En fait, il a simplifié quelques arrangements et… pas mal de choses, au final. Il a même restructuré quelques morceaux, en ajoutant notamment un pré-refrain sur certains ou en allongeant des parties pour donner un peu plus de nerf à d’autres. Comme j’ai toujours beaucoup aimé son travail, j’ai été très flatté qu’il prenne du temps pour se pencher sur mes morceaux. Du coup, il a donné une couleur plus électronique à l’album, un peu plus club. Au final, on a gardé cette couleur sur tous les autres morceaux, même ceux sur lesquels il n’avait pas travaillé.

En parlant de couleur, on retrouve certes cette touche électro club, mais également toute cette esthétique musicale des chanteurs en i, en a et en o des années 80… Elli, Jacno, Lio, Daho, Mikado…

… Luis Mariano ! (éclats de rire)

Sont-ce des gens que tu as beaucoup écoutés ?

Oui et non. Par contre, ce sont des influences, ça c’est certain. Si je devais m’identifier à certains artistes français, il est certain que c’est vers l’univers de ces chanteurs et chanteuses que j’ai le plus envie d’aller. J’aime beaucoup Brigitte Fontaine aussi. Mais quand on y pense, c’est un peu la même famille aussi.

Tu es sensible au texte.

Oui. Inévitablement quand on chante en français, le texte est primordial. Quand j’écris, j’ai besoin de dire des choses, mais toujours d’une manière assez simple. Je n’ai pas envie d’entortiller ni d’alambiquer les choses pour rien.

Ton disque est truffé de références très variété française… Tu chantes « L’hymne à l’amour », on pense inévitablement à Edith Piaf, « Besoin d’amour » à France Gall, « Toi pas comprendre », à « Moi vouloir toi » de Françoise Hardy, « Quoi » à Jane Birkin. Là aussi, sont-ce des artistes qui font partie de ta culture musicale ? Sont-ce des artistes que tu as écoutés étant jeune ? Que tes parents t’ont fait écouter ?

À vrai dire, mes parents n’écoutaient pas beaucoup de musique. J’ai grandi à la campagne et la musique n’était pas très présente à la maison. Ado, j’ai écouté évidemment la variété des années 80 qui passait à la radio. Les France Gall, Michel Berger, Michael Jackson, Alphaville, Depeche Mode, etc… Après, en grandissant, je me suis un peu éloigné de cette pop un peu mainstream, mais oui, je l’ai écoutée. Et ce sont d’ailleurs des titres que je réécoute aujourd’hui avec plaisir. Il y a des titres assez incroyables qui sont sortis dans les années 80. Je pense notamment à « Voyage, Voyage » de Desireless. Cette chanson, elle est gigantesque. Trente ans après, elle fonctionne toujours autant. Tu la passes dans une soirée aujourd’hui… ça calme tout le monde ! (sourire)

David Courtin - DR

Tu m’as dit tout à l’heure que tu accordais une importance toute particulière au texte. Tu emploies des mots assez crus qu’on a finalement assez peu l’habitude d’entendre aujourd’hui. Écrire, et chanter ces mots, était-ce une envie, peut-être pas de choquer, mais de faire réagir ?

Totalement. C’était pour faire réagir. Je n’aime d’ailleurs pas trop les textes français dans lesquels on ne comprend pas clairement le propos. Certaines chansons ressemblent à des thèmes de Bac Philo parfois… (rires) C’est quelque chose que je n’ai pas du tout envie de faire. Déjà, parce que c’est mille fois plus amusant sur scène d’avoir des paroles explicites. Au niveau des chorés, de l’attitude et du rapport qu’on a avec les gens qui sont venus, on reste dans le vrai. D’ailleurs, ce sont de vrais combats que je mène également. On n’a plus le temps de tourner autour du pot. Si on sort un disque aujourd’hui, et Dieu sait combien c’est difficile, ce n’est pas pour réciter le bottin. Il y a une urgence. Donc, en employant ces termes crus, c’est une façon d’aller à l’essentiel. Il y a une urgence aussi de dire certaines choses et d’en rappeler certaines autres. On vient de vivre quelques années chargées, là, et notamment avec cette polémique qui a entouré la loi sur le mariage pour tous en France. J’ai trouvé ça vraiment pas drôle. Il était donc important, de mon point de vue, de mettre les choses au point et d’envoyer certains mots à la figure de différentes personnes…

As-tu écrit certains textes suite à cette polémique et ces relents homophobes nauséabonds qu’on a pu entendre à cette époque ?

Très précisément, « L’hymne à l’amour » a été écrit suite à ces évènements. Je me suis dit que ces gens-là allaient vraiment penser que nous vivions dans un pays de dégénérés et que même la variété française était atteinte ! (rires) Ça me faisait rire de penser à leur réaction à l’écoute de la chanson.

T’es-tu posé la question de la censure à un moment ou un autre ? Tes chansons ne risquent pas de passer sur les grandes ondes généralistes demain…

Non. Pas du tout. Je ne me suis pas posé la question, et je ne me la pose toujours pas. Je pense que ça n’aurait pas été sain de ma la poser, que ça aurait été à contre-courant des textes, justement. Quand j’écris une chanson, je ne pense pas à là où elle va pouvoir être diffusée. Je pense d’abord aux concerts et à ce qui va se passer en direct quand je vais la chanter. Ça oui, mais le reste non. Après, un disque reste un disque et il aura la vie qu’il devra avoir, même si c’est en sous-terrain. S’il trouve écho auprès d’un certain public, je me dis que c’est déjà pas mal.

Tu reprends « Main dans la main » d’Elli & Jacno. Pourquoi ce titre en particulier ? Son texte, pourtant écrit il y a une trentaine d’année est tout à fait d’actualité.

Quand j’ai découvert ce titre, je me suis dit que j’aurais adoré l’écrire. Tout simplement. Il y a quelque chose tellement sincère et direct dedans que je le trouve extrêmement touchant. Et pareil, à l’époque de ces manifs pour tous, j’ai trouvé que c’était une manière plus souple, voire naïve, de parler d’amour entre personnes de même sexe. En parler simplement. J’ai donc eu envie de la remettre au goût du jour, dans ce contexte-là, alors que je n’ai aucune idée de l’intention dans laquelle ce texte a été écrit à l’époque. Quand on la joue sur scène, elle marche toujours très bien. Et les gens qui ne la connaissent pas pensent souvent que c’est une de nos chansons. Et ça, c’est génial. C’est en tout cas assez flatteur.

Elle s’intègre d’ailleurs parfaitement dans l’esthétique sonore et le propos de l’album.

Ça me fait plaisir que tu le penses. D’ailleurs, j’ai viré deux titres à moi sur ce disque au dernier moment pour garder celle-ci, parce que je trouvais qu’elle marchait hyper bien. Mieux que ces deux autres que j’avais écrits… (sourire) Je suis en tout cas très fier d’avoir fait cette reprise.

« Les gens », la dernière chanson, a retenu toute mon attention. Elle dépeint assez bien notre société. Quel regard jettes-tu sur elle ?

Plus j’avance en âge, plus j’ai peur… Quand je vois des jeunes s’attaquer à l’avortement, je me demande dans quelle société nous vivons. C’est dingue. Il y a tout de même d’autres combats à mener, que ces combats stériles. C’est flippant. Quand j’étais ado, j’ai l’impression que les mentalités étaient moins étriquées. Là, on est en train de se prendre dans la figure toutes nos différences. Il y a beaucoup de haine qui ressort de ces discours moralisateurs. Et ça fait peur…

Tu n’as forcément pas été insensible à la récente tragédie d’Orlando. As-tu ressenti le besoin d’écrire quelques mots suite à ces évènements ?

Quelques mots pour une chanson, oui. Mais dans ce genre de cas, sur les réseaux sociaux, non, je reste plutôt discret. Par contre, comme l’écris tout le temps, je ressens le besoin d’écrire quelques mots. Après, apparaitront-ils dans une future chanson ? Je n’en sais encore rien. J’ai été en tout cas très triste et très touché par cette tragédie. Il y a eu pour le coup quelques réactions plutôt positives sur le web… Mais fallait-il en passer par là ?...

Un mot sur « Toi pas comprendre ». Cette chanson parle de la domination, mais peut aussi évoquer les violences conjugales. Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ce titre ?

J’aime beaucoup ce titre également. En plus, il dure près de cinq minutes et je trouvais formidable d’avoir la place, sur un album, pour un titre aussi long. Musicalement, ce titre demandait des phrases très courtes et succinctes. Et en français, c’est vachement difficile à faire. Du coup, je suis parti sur un langage précis, très autoritaire, entre l’amour et le dressage de chien. Quelque chose d’assez atroce. J’ai voulu me laisser aller dans ce trip là sans jamais vouloir donner de leçon à quiconque. Ça peut, comme tu le dis, parler de violence conjugale, mais également de rapports SM totalement consentis. Le texte reste ouvert. C’était mon but.

David Courtin - DR

Un duo avec Izia émaille l’opus, « Nous deux ». Comment est-elle arrivée sur le projet ?

Ça fait longtemps qu’on se connait avec Izia, je connais bien sa famille aussi. Mais contrairement à ce que raconte la chanson… nous n’avons jamais couché ensemble ! (rires) Tout naturellement, elle est venue enregistrer quelques voix sur l’album et comme le titre se prêtait bien à un duo, on l’a enregistré ensemble. Je suis très content qu’elle soit présente sur ce disque.

En parlant de la famille Higelin, tu as travaillé avec Jacques. Quelle est la chose la plus importante qu’il t’ait apprise ?

Ouh la la… Tu me poses une colle. Cette question demande réflexion. Nous nous sommes beaucoup beaucoup vus, donc, il m’a appris tellement de choses ! Le voir sur scène, c’est une leçon en soit. Jacques Higelin, c’est un très grand Monsieur. Et ses chansons sont à son image, elles sont dingues ! Là, je viens d’écouter son nouvel album qui est attendu pour la rentrée, et j’en ai encore des frissons partout. Ses mots sont vraiment puissants.

Un mot sur la pochette, cette photo pastel et évanescente dans les tons de rose. Tu es graphiste également, donc j’imagine que tu accordes pas mal d’importance au visuel qui accompagne ton projet.

Je voulais que cette pochette tranche d’une certaine manière d’avec le propos de l’album. J’avais été un peu loin en matière de pochette sur les précédents disques… j’avais posé en mini short et ce genre de choses… Finalement, c’est marrant à faire sur scène, mais en photo, l’impact est trop fort. Je me suis rendu compte que ça pouvait heurter certaines personnes, que ça les empêchait d’aller plus en avant dans le disque. Donc, là, je voulais une pochette qui ne soit pas trop bruyante pour les yeux. J’avais envie d’être comme effacé, avec du rose, symbole de douceur, de l’amour… et couleur des fraises… (sourire) En fait, tout le visuel du disque a été fait au dernier moment. Dans l’air du temps. Si j’avais pensé à la pochette il y a deux ans, j’aurais sans aucun doute fait autre chose. Là, j’avais envie de quelque chose de discret. Je voulais qu’on n’ait aucun a priori sur ce qu’on allait écouter avant de mettre le disque sur la platine. C’est mon état d’esprit du moment. Je ne voulais en tout cas rien de tape à l’œil, pas d’humour et pas de blague potache pour le coup. Rien qui puisse en tout cas être mal interprété.

… Comme cette annonce sur un flyer pour un concert à Toulouse « Le Britney Spears Français »…

(éclats de rires) C’était une blague… Mais c’était tellement gros que certaines personnes l’ont prise au sérieux, cette annonce ! D’ailleurs un groupe de personnes est venu me voir pensant que nous jouions des reprises de Britney Spears. Ils ont été évidemment extrêmement déçus et ils se sont plaints auprès du patron de la boîte. J’ai suivi tout ça d’un peu loin, mais en tout cas, ça m’a bien fait rire. C’est un flyer fait sur le moment, à l’époque. Quand j’ai pensé à ce visuel j’étais tout seul chez moi devant mon ordi, et ça m’a fait rire. Maintenant, je suis passé à autre chose. Heureusement que je n’ai pas fait la pochette de l’album à ce moment-là, d’ailleurs !... (rires)

Tu te produiras le 30 juin prochain sur la scène du Pop In à Paris. D’autres scènes sont-elles prévues ?

C’est mon premier vrai album qui sort, donc j’essaye d’organiser les choses au mieux. Mais comme je n’ai pas de tourneur, c’est un peu difficile. On a donc cette date au Pop In pour la sortie de l’album, et quelques dates de ci de là, des premières parties, mais pas de tournée tracée.

Ça représente quoi la scène pour toi ? Comment l’appréhendes-tu ?

J’enregistre mes chansons pour pouvoir aller les chanter sur scène. C’est l’endroit où je me sens le mieux. Quand on chante toutes les chansons mises bout à bout, le projet devient limpide. C’est en concert qu’on peut convaincre le public.

Cette sortie de disque doit bien t’occuper, mais d’autres projets sont-ils sur le feu ?

Comme tu le dis, je suis bien occupé en ce moment. Ce qui est certain, c’est que j’ai envie de ressortir un album dans pas trop longtemps. Pas dans cinq ans, quoi ! Le parcours de celui-ci a été trop long à mon goût. Je voudrais me remettre à enregistrer en début d’année prochaine.

C’est donc ton premier véritable album qui sort aujourd’hui, dans quel état d’esprit es-tu ? Qu’est-ce que ça représente pour toi ? Qu’est-ce que ça concrétise ?

Beaucoup de choses… Le fait qu’il sorte demain et qu’il soit dispo sur itunes me fera avoir moins peur de l’avion. Quand j’ai des choses comme ça sur le feu, j’ai peur de mourir. Et ça, c’est la chose essentielle qui va changer à partir du moment où l’album sera sorti (sourire). C’est un soulagement. Et même pour mes amis et mes proches, ce sera une délivrance. Je vais arrêter de les saouler avec ça ! (rires)

Propos recueillis par Luc Dehon le 23 juin 2016.
Photos : DR

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