Interview de Barry

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/06/2016.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Barry - DR

Barry publie le 17 juin prochain un recueil de chansons de Marie Laforêt concocté avec la complicité de Marc Collin. Séduits par ce projet infiniment intime et sincère (vous le comprendrez à la lecture de cet entretien) et qui touche à la nostalgie moderne et au merveilleux, nous avons été à la rencontre de Barry afin d’en savoir un peu plus. Rencontre avec une artiste qui s’est tue pendant une dizaine d’années mais qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène avec passion et émotion.

J’aimerais dans un premier temps, si vous le voulez bien que nous retracions votre parcours dans les grandes lignes. Vous êtes donc la fille de Michel Gillibert, qui avait de nombreux amis dans le monde des arts et du spectacle. Mais la musique a-t-elle été présente dans votre enfance ?

Vous savez… mon arrivée sur terre a été un peu remuée… Mon père venait d’être accidenté et allait donc souvent à l’hôpital. J’ai été très souvent ballotée à cette époque-là. Enfant, j’étais plutôt chez ma mère. Mes parents travaillaient beaucoup. Avec mon père, c’était plutôt le rendez-vous du dimanche soir et les vacances. Un peu plus tard, quand j’étais enfant, il travaillait énormément puisqu’il était au gouvernement. Donc, je n’ai pas véritablement de souvenirs musicaux de cette époque. Par contre, quand les choses se sont un peu calmées, un peu de force, qu’il a été plus contraint de rester chez lui, j’ai passé pas mal de temps avec lui. J’étais alors adolescente. À cette époque, je me suis pas mal occupée de lui et nous avons passé de longs moments ensemble à écouter de la musique. Il aimait – il adorait même – Jacques Brel, il écoutait de la musique classique… et Marie Laforêt. Son univers, sous ses airs de fausse légèreté, le faisait voyager dans son esprit. Donc, c’est à cette période de l’adolescence que j’ai partagé des moments musicaux avec lui. Ma mère n’écoutait pas spécialement de musique non plus. Elle travaillait tellement. La musique, je suis allée chercher seule de mon côté.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers elle ?

Comme je vous le disais, enfant, j’ai été pas mal ballotée. On me mettait souvent chez ma grand-mère. Elle gérait à cette époque une maison de retraite pour personnes âgées. Notre grand rendez-vous avec toutes mes copines septuagénaires, c’était la chorale. À ce moment-là, où on ne me donnait pas trop la parole, le moment joyeux de mes journées et de ma semaine, c’était la chanson. Toutes les émotions de l’enfance, un peu chargée mais heureuse, je les ai exprimées par le chant. C’est l’expression-même de chanter. C’est une énergie formidable. Je le faisais de façon tellement spontanée et heureuse… (sourire) Lors de ces rendez-vous, mes copines me mettait debout sur la table et me faisaient chanter Edith Piaf et toutes les chansons qui les avaient fait rêver quelques années plus tôt. Ça les amusait de voir ce petit bout qui prenait autant de plaisir à chanter. [Une nostalgie heureuse se décèle dans la voix de Barry à l’évocation de ces souvenirs] J’avais pas mal de coffre !... Ce qui ne se décèle pas vraiment dans ce projet Barry, je vous le concède… (sourire) Mais à cette époque, je donnais de la voix ! C’était toute une époque avec ma grand-mère dans cette maison de retraite, mais également avec le monde des forains que je fréquentais beaucoup. On échangeait beaucoup au travers de la musique. Je me souviens de soirées tziganes… C’était ma place. Tout simplement. C’est là que je pouvais prendre la parole sans blesser les autres.

barry - DR

Le reste de votre parcours, c’est quoi ? Êtes-vous restée proche de la musique ?

Je suis partie vivre à vingt ans à New-York. Pour gagner ma vie, je chantais dans divers endroits. Les New-Yorkais ont beaucoup cette culture du chant. Je chantais dans des cafés, des restaurants... En parallèle, je poursuivais mes études de comédienne. Je prenais des cours, je jouais au théâtre et j’ai tourné dans différents courts-métrages. Le chant me permettait de vivre, tout simplement. J’ai toujours eu une grande pudeur envers la chanson. C’était tellement important et direct comme expression que je n’ai jamais tellement osé publier un disque. Et pourtant, on me l’a proposé à l’époque. J’ai croisé pas mal de monde et il y avait pas mal de projets en vue, mais je ne me suis jamais sentie le courage et la classe pour ça. J’avais écrit des paroles, aussi. Benjamin Biolay avait d’ailleurs été intéressé. On s’était rencontrés et il m’avait proposé de travailler ensemble sur des musiques. Mais non… Pendant longtemps, mon rapport à la musique était trop intime pour que je puisse aller plus loin. Je souhaitais la partager avec mes amis, mais pas plus. Et puis, avec la disparation de mon père, j’ai coupé les ponts avec la musique. Pour quelle raison ? Je n’en sais rien. Mais le fait est que je n’ai plus chanté, ni plus rien fait, d’ailleurs. J’ai mis de côté tous les projets que j’avais…

Dix ans après, vous êtes tombée sur une photo de votre papa avec Marie Laforêt… C’est très romanesque comme histoire.

(sourire) C’est le début de cette aventure Barry. Pendant près de dix ans, j’ai totalement arrêté de chanter, et même de jouer, à part lors de quelques très rares occasions. Je n’avais plus du tout envie d’expression ni de me mettre en avant. Les gens qui me connaissaient le mieux me disaient souvent qu’il était évident que j’avais un lien avec la musique… Mais je ne le voyais pas. Ils me disaient que je ferais une bonne interprète, mais je le réfutais. En fait, je ne vivais pas trop ma vie à cette époque. Je ne me sentais pas le courage d’aller mettre de la musique sur mes textes. Et pendant tout ce temps, des chansons de Marie Laforêt traînaient dans ma tête… J’avais envie de reprendre certaines d’entre elles, mais autrement. Tous autant que nous sommes avons des envies, et on ne les fait pas aboutir forcément. Et un jour, à un moment un peu chargé de ma vie, je me suis replongée dans des albums photos que j’avais chez moi, pour retrouver des traces de tout autre chose. Je suis alors tombée sur cette photo en noir et blanc de mon père avec Marie Laforêt. Ça m’a à la fois émue et fait sourire. Je me suis dit que c’était un signe. Qu’il fallait que j’arrête de me voiler la face, qu’il fallait juste le faire ce projet que j’avais en tête depuis un moment… La vie passe très vite. Il ne faut pas perdre trop de temps. Surtout, ce qui m’a paru très étrange avec cette photo, c’est que je savais qu’il aimait beaucoup ses chansons, mais j’ignorais qu’il l’avait rencontrée un jour. Et je ne connaissais pas cette photo, alors que j’avais déjà regardé ces albums de nombreuses fois. La découverte de cette photo a été le détonateur pour sortir de ces années où j’avais tout figé. Ce clin d’œil m’a donné l’élan pour repartir de l’avant.

Barry - DR

Entre le fait de retrouver cette photo, d’avoir l’envie de reprendre quelques chansons et d’enregistrer un disque, il y a tout de même une marge. Racontez-moi un peu le parcours de ce disque, et notamment votre rencontre avec Marc Collin.

À partir du moment où j’ai pris la décision de rechanter, qui n’a pas été facile à prendre, je vous l’assure, donc il fallait que j’y aille à fond, c’était un élan de vie, j’ai pensé à la manière dont je pouvais mener à bien cette entreprise. Ce qui m’importait, c’était la sensibilité musicale. Le choix du musicien avec qui j’allais travailler était donc capital. J’ai pensé d’abord à un producteur que j’avais rencontré à plusieurs reprises auparavant. Nous nous étions dit que nous ferions un jour quelque chose ensemble, et donc je l’ai contacté. Il m’a expliqué les directions qu’il envisageait, et je me suis dit que ce n’était pas du tout là que je voulais aller. J’ai donc décliné tout ça pendant quelques mois. Et puis, un jour, une évidence m’est apparue, il fallait que je travaille avec Marc Collin. Je ne le connaissais pas, mais j’aimais beaucoup le travail qu’il avait fait sur Nouvelle Vague, notamment, et quelques autres projets. J’aime le côté fictionnel des chansons de Marie Laforêt, cet univers un peu merveilleux. J’avais envie de cette atmosphère assez cinématographique, mais en plus épuré. Je ne voulais pas d’apparats superflus. Mon idée était de mélanger musique de film et son électronique. Un seul nom m’est venu en tête, celui de Marc Collin. Je n’ai pas cherché à le rencontrer par des connaissances communes ou des gens du milieu, je me suis dit que j’allais tout bêtement lui envoyer un message sur Facebook. Je lui ai donc envoyé une longue lettre en lui expliquant le projet de A à Z. Pourquoi lui. Pourquoi moi. Pourquoi Marie Laforêt. Au bout de quelques temps, il m’a répondu et m’a posé quelques questions. Puis nous nous sommes rencontrés et nous avons échangé nos idées respectives. Au début, pour lui, Marie Laforêt n’était pas une évidence. Mais petit à petit, le projet lui a parlé. Et un jour qu’il se promenait aux puces, il m’a envoyé une photo qu’il venait de prendre d’un vinyle de Marie Laforêt comprenant presque tous les titres dont je lui avais parlé. Et nous nous sommes lancés dans ce projet. Ça a mis du temps, finalement. On l’a laissé mûrir et puis, nous nous sommes enfermés dans son studio pendant un mois et nous avons cherché ensemble les sons qui correspondaient le mieux à nos envies respectives, à ce dont nous avions discuté pendant ces longues semaines. Et petit à petit, nous avons recréé ces chansons à notre façon…

Comment avez-vous opéré vos choix de chansons ? Il y a certes quelques titres évidents, mais finalement pas tant que ça, vous n’avez pas été choisir les « gold » comme on les appelle. Certains titres sont même plutôt obscurs dans sa discographie.

J’ai tout simplement choisi les chansons qui me parlaient et que je chantonnais depuis longtemps. C’étaient ces chansons que je connaissais depuis longtemps qui me tenaient à cœur. Je n’ai pas du tout réfléchi à l’objet disque, à l’histoire que ça raconterait ou pas. Mon rapport à ce projet  est totalement personnel. Ce sont les chansons que je chantais et que j’aimais. Je n’ai pas fait de recherches particulières pour découvrir des chansons que je ne connaissais pas. Non, ce n’était pas ma démarche. Je voulais juste reprendre celles qui me tenaient à cœur.

Barry - DR

Toutes ces chansons ont donc été écrites pour Marie Laforêt, et pas pour vous. Mais certains auraient-elles pu l’être ?

Oui. Plusieurs. Peut-être même à peu près toutes. Elles me parlent toutes beaucoup en tout cas…

Est-ce que ça a pu vous faire peur à un moment donné de vous dévoiler au public avec un album de reprises ? On le sait vous et moi, le ressort de la reprise a été surexploité et fort mis à mal ces dernières années…

(sourire) Ma démarche est sincère depuis le début. J’ai tout choisi, finalement. Je n’ai jamais cherché ni à me démarquer à tout prix, ni à faire du copier-coller. Cet album, je pense que je l’ai fait pour les bonnes raisons. Il y a quelque chose de Marie Laforêt qui résonne en moi. Et puis, avec Marc Collin à mes côtés, je me sentais en sécurité. Avec cet autre producteur dont je vous parlais tout à l’heure, nous avions évoqué l’idée de faire participer des gens connus à ce projet. Mais ça ne s’inscrivait pas dans ma démarche. Je ne voyais aucun intérêt à le faire. Ici, je me suis entourée de gens qui avaient la même idée que moi, et qui plus est, des gens en qui je croyais. Je ne me suis donc pas trop posé la question de savoir si d’autres l’avaient fait, si ça plairait ou pas… Ce projet n’est ni un concept, ni une idée marketing, c’est une démarche de fond. Du domaine de l’intime. Ma plus grande peur aujourd’hui est qu’il ne plaise pas. Et quand bien même ? Ce n’est pas grave. Je l’aurai fait, c’est le principal. (sourire)

Savez-vous si Marie Laforêt a écouté votre disque ?

Non. Je lui ai fait passer, oui, mais je ne sais pas si elle l’a écouté. Et si elle l’a fait, ce qu’elle en a pensé. Marie Laforêt ne vit plus en France aujourd’hui, elle s’est retirée si je puis dire, et je pense qu’elle n’a plus trop envie d’être sollicitée en ce moment. Donc, ce qui me tenait à cœur, c’était de savoir qu’elle aurait le disque entre les mains et qu’elle l’écoute si elle le souhaitait. Je lui ai expliqué mon rapport à ses chansons et ma démarche. L’a-t-elle écouté ? Je n’en sais rien. Je n’ai pas eu de retour. Mais je lui ai transmis et elle a dû le recevoir.

De toutes ces chansons que vous reprenez, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Un rapport particulier avec l’une d’entre elles.

J’ai envie de vous répondre « Mon amour, mon ami ». Qui a été le déclencheur du ton de cet album et le point de départ de notre collaboration avec Marc. C’est sur cette chanson que nous nous sommes mis d’accord sur la direction à prendre. Mais je crois que celle avec laquelle j’ai un rapport tout particulier, qui m’a le plus émue, c’est « Viens, viens ». Il se passe toujours quelque chose de particulier quand je la chante. « Viens… C’est une prière » Et l’esprit dans lequel nous avons repris cette chanson est cet état second, cette connexion au père, à son absence. Je trouve que c’est une chanson très très belle. Extrêmement réaliste dans les paroles. J’irais même plus loin en disant qu’elle est désarmante de réalisme. C’est un dialogue de film ou de série, peut-être ? (sourire) Ce texte est d’une pertinence rare. Ce rapport à la famille, ce père qui est parti parce qu’il avait craqué pour une jeune fille, l’effondrement de cette famille… c’est très beau parce que c’est totalement quotidien et qu’en même temps, ça cristallise un moment très particulier. Ce rapport troublant au père m’a émue aussi. Ce texte est digne d’une pièce de théâtre. C’est une très belle chanson. Et comme le projet est parti d’une impulsion liée à mon père, cette chanson clôt le débat, au bout du compte. La boucle est bouclée…

Un superbe travail a été fait sur l’imagerie qui entoure ce projet. Je pense notamment au clip de « Mon amour, mon ami » de Raphael Frydman et au visuel du disque. Qui en est à l’origine ? Vous ? Lui ? Marc ?

Raphael est un ami de longue date. D’ailleurs, pour ce projet, je me suis beaucoup entourée de gens que je connaissais depuis longtemps. Des gens en qui je crois. J’aime l’idée d’un ensemble, d’un projet commun. C’est très important pour moi. Raphael a vu les premières scènes de Barry. Il s’est laissé embarquer, alors qu’il ne s’y attendait pas du tout. Et très spontanément, alors qu’il s’était promis de ne plus jamais faire de clip parce que c’est très peu d’économie et beaucoup d’énergie (sourire), il m’a proposé de réaliser mon clip. Ce qu’il m’a raconté de ce qu’il voyait, ce qu’il projetait, m’a tout de suite plu. On a beaucoup échangé, également. Que ce soient des images ou des idées. Et puis, lorsque nous avons trouvé ce lieu, complètement improbable, où nous avons tourné ce clip, on a foncé. Ce lieu nous a beaucoup inspirés. À partir de ce moment-là, je l’ai laissé faire comme il l’entendait. Pour ce qui est du visuel du disque, c’est donc une capture de ce clip. Je l’ai choisie parce que j’ai tout de suite aimé ce plan. Je ne tenais pas à ce qu’on voit mon visage. Je voulais quelque chose de fort qui racontait l’album, qui est un peu habité. Il y a comme quelque chose qui rôde qui est à la fois très réaliste et très nostalgique. En fait, c’est ça, pour moi cet album, c’est une forme de nostalgie moderne. La pièce qui commençait à se vider, cette vue de dos, tout ça me parlait. On a échangé avec des amis créatifs et j’ai choisi cette image qui résumait à mon sens parfaitement le contenu de ce disque.

Un mot sur la scène. On l’a bien compris, votre rapport à la chanson, et encore peut-être plus spécifiquement au répertoire de Marie Laforêt, est du domaine de l’intime pour vous. Comment abordez-vous le live ?

Pendant près de dix ans, la scène a été un mot tabou. Et avec Barry, elle redevient un plaisir. Vous savez, je suis quelqu’un d’entier. J’y vais ou je n’y vais pas. Mais si j’y vais, j’y vais à fond. Je ne peux pas faire autrement. Si je ne chante pas, je ne chante plus du tout. Si je ne joue pas, je ne joue plus du tout. Après, si je décide de monter sur scène pour chanter, je suis totalement investie. Je ne conçois pas de monter sur scène juste pour jouer en live les morceaux qu’on trouve sur l’album. Sur scène, je suis complètement habitée. Tout d’un coup, j’ai l’impression d’être projetée dans une autre dimension. La scène, c’est un moment de vie. Il serait futile d’essayer de le fabriquer. C’est comme quand je joue, j’ai le support du texte et de la mise en scène, mais je sors de moi. Quand je chante, c’est pareil. Les deux scènes que nous venons de faire apportent encore une autre dimension au projet Barry. Une énergie vitale. On passe très vite de choses assez chargées à des choses plus légères et très rythmées. Chaque moment où la musique démarre sur un morceau m’embarque complètement ailleurs. Ces morceaux qu’on retrouve sur l’album existent différemment sur scène. Je les aborde comme des scènes différentes. La scène, c’est l’interprétation entière du projet.

On reste sur du Marie Laforêt exclusivement ?

Oui. À ce jour en tout cas…

À ce jour… ?

(sourire) Oui, à ce jour… J’écris en ce moment mes propres chansons. J’ai pas mal de textes… Le plus dur, jusqu’à aujourd’hui, a été d’admettre que j’étais chanteuse. Maintenant que ce pas est franchi, je vois les choses différemment. Il y a des gens avec qui j’ai envie de travailler. J’ai envie aussi de chanter mes propres mots. Mais comme je vous l’ai dit, ces chansons de Marie Laforêt auraient pu être les miennes, et le ton donné à ces chansons et à celles à venir est là. La suite sera dans la  continuité, avec mes propres chansons. Dans le même esprit…

Propos recueillis par Luc Dehon le 8 juin 2016.
Photos : DR

Liens utiles :
Facebook :
https://www.facebook.com/barrymusics/?fref=nf









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut