Interview de Brisa Roché

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/04/2016.
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Brisa Roche © Ami Barwell

Brisa Roché revient avec un excellent nouvel album, « Invisible 1 », attendu le 3 juin prochain sur le label de Marc Collin, Kwaïdan Records. C’est avec beaucoup d’enthousiasme et de plaisir que nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir plus sur ce projet empreint de liberté particulièrement intéressant et touchant.

Six années se sont écoulées depuis la sortie de « All right now ». Bien entendu, vous avez participé à la bande originale du film « Yves Saint-Laurent » de Jalil Lespert et au trio « The Lightnin 3 », mais aviez-vous mis votre projet solo entre parenthèses ?

Pas du tout ! Il y a eu, comme vous le dites, le projet avec les filles et les morceaux pour le film « Yves Saint-Laurent », mais j’ai aussi écrit quarante morceaux qui sont devenus cet album qui sort aujourd’hui. Et en travaillant sur ce disque, je suis tombée sur un jeune DJ anglais avec qui j’ai eu aussi envie de faire un album. On a fait ensemble dix-sept morceaux qui sont mixés et masterisés. C’est un album qui attend une sortie… Et vous le savez comme moi, une sortie de disque, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts ! (sourire) Dans ce laps Brisa Roche, Invisible 1de temps, on m’a également proposé de participer à un groupe post-punk pour lequel j’ai aussi collaboré à l’écriture mélodique et fait un tas de voix, des textes, etc… Ce sont là aussi dix-sept morceaux qui sont en train d’être mixés en ce moment. Et puis, je suis repartie vivre deux ans en Californie pour gérer des histoires familiales, mais pendant ce temps-là, j’ai enregistré dix-sept maquettes plus personnelles pour lesquelles j’ai fait tous les instruments moi-même. Avant de partir pour la Californie, j’avais également été choisie comme muse pour Swarovski. J’ai fait aussi plein de trucs avec eux. Mais donc, en Californie, j’ai écrit dix-sept morceaux que je n’avais pas envie de perdre. Je me suis dit que j’allais les poster sur Youtube pour ne pas les perdre. Du coup, je me suis lancée dans un processus assez long… j’ai réalisé vingt-et-un clips moi-même. Ce sont des clips assez bruts et bricolés, mais qui m’ont tout de même pris du temps à réaliser. Et en même temps, il fallait que je me consacre à la sortie de cet album, ou du moins à la manière dont j’allais pouvoir le sortir. J’ai donc fait beaucoup de démarches à cette époque. Au bout de tout ce temps… je suis revenue à Paris et j’ai trouvé une nouvelle maison de disques, un nouveau tourneur, un nouveau groupe, un nouvel éditeur et un nouveau manager… Et « Invisible 1 » sort en juin. Vous voyez, je n’ai pas chômé en six ans ! (rires)

Toute cette nouveauté, j’imagine que ça vous a donné un nouveau souffle à vous aussi.

Oui, ça fait beaucoup de bien. Et j’espère que ça facilitera la sortie de tous ces projets que j’ai écrits pendant ces années parce que si on y regarde de plus près, il y a la suite de cet album dans les quarante titres qui ont été écrits. Et puis l’album avec le DJ anglais, l’album post-punk… ça fait beaucoup de projets. J’aimerais vraiment que tous ces projets voient le jour, pour que je puisse me sentir plus alignée avec l’instant présent. Aujourd’hui, il faut vraiment faire des sorties avec un processus qualitatif. C’est dans ce sens qu’il faut aller. Vous savez, Discograph a fait faillite juste au moment où je sortais « All right now ». Du coup, ce disque a été, je peux le dire aujourd’hui, un album un peu sacrifié. Après, comme je n’avais plus de label, je n’avais plus l’opportunité de sortir des projets facilement. Donc j’espère que l’histoire qui est en train de s’écrire aujourd’hui va m’aider à sortir plus rapidement mes différents projets, mais qualitativement aussi. J’ai envie que le public puisse y avoir accès. C’est un de mes souhaits les plus chers.

Brisa Roche © Ami Barwell

À l’écoute de « Invisible 1 », il ressort un sentiment de dualité, une sorte de Yin et de Yang musical. Certaines chansons sont plus intimistes et introverties, d’autres beaucoup plus solaires, plus flamboyantes, un peu comme si vous l’aviez construit, comme à une certaine époque, avec une Face A et une Face B. Cette dualité, qui sommeille en chacun de nous finalement, souhaitiez-vous l’exprimer de façon aussi claire et précise dans cet album ?

Non… (sourire) Ce contraste marqué est venu au fur et à mesure de la prod, pour être très honnête. Quand j’ai entrevu ce qu’allait devenir cet album, qui prenait deux directions assez opposées finalement, comme vous venez de le dire, j’ai essayé de réfléchir à faire une face A et une face B sur un CD, mais techniquement, c’était trop compliqué. Ça sous-entendait peut-être de faire un double CD ou que sais-je ? Non… le projet aurait été complètement incompréhensible. J’avais pensé à publier deux Ep aussi, mais ce n’était pas concevable. Donc, on a opté pour un seul album…

Brisa Roche © Ami Barwell

Marc Collin, qui vous a signée et épaulée sur ce projet n’est pas étranger à cette affaire…

En fait, j’ai fait un tri sur une quarantaine de chansons, j’en ai gardé une quinzaine, que je trouvais les plus accessibles. Je voulais quelque part que cet album soit la suite de « The Chase », mon premier album. Je voulais que ce soit un peu plus accessible et commercial. J’ai donc choisi une quinzaine de morceaux et je les ai mixés avec Jean-Charles Versari. Une fois que je suis rentrée en co-prod avec Marc Collin de Kwaidan Records… tout a été bousculé. Déjà, lui avait choisi d’autres morceaux. Du coup, la donne changeait. Mais à cette époque, il n’y avait pas encore ce contraste dans les titres. De toute façon, les voix sont restées pareil. Ce sont toutes les vraies voix d’origine. Mais avec la prod qui avait été faite auparavant, il n’y avait pas cette division aussi nette. Du coup, on a décidé avec Marc de refaire des arrangements. C’est de là qu’est née l’idée d’impliquer dans le projet Blackjoy et Thibaut Barbillon. On a donné à Thibaut, qui un goût pour les médiums, les morceaux les plus ballades et du coup, lui, est allé dans ce sens-là, sans avoir eu aucun contact avec Blackjoy, qui lui, est allé, vous vous en doutez bien, dans le sens opposé ! (rires) À un moment, j’ai flippé… parce que les deux arrangeurs travaillaient chacun dans leur coin séparément. J’avais peur que l’album manque de cohérence. Et pourtant j’aimais leur travail respectif. Ils étaient tous les deux extrêmement qualitatifs. Donc, j’ai voulu, avant qu’ils n’aillent chacun trop loin dans leur travail, qu’ils se rencontrent, qu’ils échangent leurs idées et qu’ils travaillent un peu ensemble sur quelques morceaux. Du coup, il y a eu un lien plus évident entre les arrangements de Thibaut et ceux de Blackjoy. Et ça, ça m’a rassurée… (sourire) Après, moi qui n’avais jamais trop fait attention au mastering, je peux vous assurer que sur ce projet, j’ai pris des pincettes et j’ai été très pointilleuse ! Il fallait qu’il réunisse et qu’il trouve une cohérence entre les sons des deux arrangeurs qui étaient très différents. Au final, le disque tient sur une face ! On a beaucoup hésité sur le tracklisting également, pour que le mélange soit harmonieux.

Brisa Roche © Ami Barwell

Ce n’était pas gagné d’avance en faisant appel à deux arrangeurs aussi diamétralement opposés…

(sourire) C’est certain, mais je suis toujours restée confiante parce que je savais que la base, c’est-à-dire mes voix et mes arrangements vocaux, avaient été fait à peu près au même moment et dans le même état d’esprit. Je pensais que ce serait suffisant comme lien. Et avec le recul, je me rends compte que oui, c’était suffisant, même si j’ai eu un moment de crispation… (sourire)

Comme nous parlons de contrastes, j’ai envie de faire un petit aparté. Tout au long de votre carrière, et au fil des albums, vous avez baladé le public dans des univers très différents les uns des autres. Des univers plus jazzy, d’autres plus rock, plus expérimentaux… il y a eu du reggae aussi ! Sont-ce des envies que vous aviez avant de démarrer chaque nouveau projet ou bien est-ce que ça s’est dessiné au fil du temps et des rencontres ?

Ce sont les rencontres qui ont fait l’occasion. Je suis remplie d’envies, de toutes sortes. Et comme vous venez de le dire, ce sont juste les circonstances, les rencontres, les moyens, les morceaux et les moments, parfois même les contraintes, qui ont fait que tel disque a eu tel univers et tel autre un autre univers. La seule fois où j’ai eu une envie très précise… C’est sur « All right now ». À cette époque, je ressentais le besoin de faire un album plus rock. J’avais besoin de me prouver quelque chose à moi-même pour pouvoir avancer après. Là, j’ai choisi précisément le sens dans lequel je voulais aller au moment de sa conception. Mais ça n’a pas été le cas pour les autres. C’était juste la vie et les circonstances qui les ont faits ainsi.

L’album s’intitule donc « Invisible 1 ». En quoi l’invisible, et donc le fantasme, le merveilleux, ce qui nous entoure mais qu’on ne voit pas, a-t-il nourri ce disque ?

En fait… toutes les voix et tous les arrangements vocaux – toute la partie créative qui est à l’origine de tous les morceaux –, je les ai faits chez moi, sans avoir aucun contact avec les gens qui m’envoyaient des instrus ou tout simplement des idées. Du coup, on ne s’est pas vus à cette époque… et il y en a même certains que je n’ai pas encore rencontrés ! (sourire) Seule, j’étais dans une vraie liberté créative. J’avais laissé tomber tous les jugements. J’étais dans une vraie expérimentation et recherche, sans aucune pression d’argent, de temps ou de regard des autres. Ne pas avoir les gens face à moi, ne pas écouter leurs idées ou leurs envies, m’a complètement libérée. Ça m’a vraiment permis de rester dans une sincérité, une spontanéité et une recherche très libres. Cette invisibilité m’a permis aussi de rester dans le non-jugement. Il n’y avait pas d’attente. Personne ne savait que je travaillais sur ce projet. Personne n’était investi dans ce projet, sauf moi. Dans ces conditions de travail, je pense qu’on ressent cette impression de liberté dans l’écriture et dans les voix. Et en plus, je n’ai pas dû faire attention aux compositeurs qui m’envoyaient des pistes. Vu que je ne les connaissais pas, que je ne les voyais pas et qu’eux ne me voyaient pas non plus, je me suis sentie libérée des attentes qu’ils auraient pu avoir vis-à-vis de leur travail.

Cet album a été finalement créé avec une plus grande liberté…

Oui. Et je trouve que souvent, quand il y a des voiles, même invisibles, c’est bien. Vous savez, j’entretiens un petit jardin secret dans le jazz. Et je trouve une liberté fulgurante dans cette musique. C’est mystique pour moi. Elle m’aide à voyager. Et une des raisons principales de cette liberté que je ressens quand je chante du jazz, c’est que je n’en ai pas écrit les morceaux. Il y a comme un voile entre la musique et moi. C’est une protection, finalement, qui me permet de me libérer complètement. C’est cet aspect invisible qui me rend plus libre. Ça a été un peu la même chose sur ce disque. J’avais la volonté de m’éloigner de ce que je faisais habituellement et d’expérimenter sans attente. Ça m’a permis d’être plus détendue et plus ouverte. J’ai moins contrôlé les choses. Au bout du compte, le processus a été beaucoup plus agréable.

Brisa Roche © Ami Barwell

Chaque album comporte son lot d’anecdotes, de petits accidents. En auriez-vous un à me raconter sur l’une ou l’autre chanson ? Histoire de la réécouter avec une oreille neuve.

Et oui… « Find me ». J’ai donc gardé toutes les prises de voix d’origine sur ce disque, même s’il y a eu beaucoup de couches successives qui sont venues s’y greffer. Sur « Find me » si vous prêtez bien l’oreille, vous pourrez entendre la perceuse de mes voisins qui foraient dans le mur ! [Brisa commence à imiter le bruit de la foreuse, NDLR] (éclats de rire) Mais comme j’aimais bien cette prise, j’ai gardé ce bruit de fond ! Je ne suis pas du tout obsédée par la pureté du son, mais beaucoup de gens le sont… et je sais que pas mal de mecs qui ont bossé sur ce morceaux m’ont dit que je devrais refaire ma voix pour qu’on n’entende plus cette foreuse… mais rien n’y a fait, je l’ai gardée parce que je trouvais que cette prise de voix était la bonne. J’ai dû batailler pour la garder, je vous assure !

Un mot sur le visuel et l’artwork qui ont été faits sur ce disque. C’est magnifique.

Ah je suis contente que ça vous ait plu… C’est Zaven Najjar qui a fait ce travail. J’avais fait un shooting pour cet album que j’adorais. Ça représentait bien l’album, c’était fun mais aussi profond. J’étais vraiment amoureuse de ce shooting. Mais quand on a commencé à travailler sur la pochette, il a fallu penser à un artwork. Une copine m’a dit qu’elle travaillait avec un graphiste qui était vraiment gentil et qui avait beaucoup de talent. Je suis allée voir son site et ça m’a plu tout de suite. Zaven a un univers très défini qui m’a séduite. Je trouvais que sa patte allait dans le sens de l’album, mais j’avais aussi les photos… Donc, je lui ai demandé s’il pouvait faire quelque chose à partir des photos. Et puis, d’un autre côté, je ne savais pas si mon label allait accepter une illustration parce que je savais qu’ils souhaitaient que je sois reconnaissable sur la pochette. J’ai tout de même rencontré Zaven et je lui ai demandé de me donner quelques petits brouillons, sans savoir si le label serait partant. Et puis un jour, j’ai ouvert mon ordi et je leur ai montré quelques brouillons de Zaven et tout de suite, ils ont accepté cette idée. Du coup, on est partis sur l’idée qu’il fasse une série de dessins de moi. Et c’est lui qui est à l’origine de ce visuel. Il a gardé l’idée de la boule disco… en en faisant une boucle d’oreille ! On a tout de même gardé une petite photo à l’intérieur du CD, dans le livret, qui sera en fait un poster et non un livret conventionnel.

Brisa Roche © Ami Barwell

Un vinyle va être édité. Aura-t-il le même tracklisting que le CD ou allez-vous scinder les morceaux en Face A et Face B, morceaux intimes et morceaux pêchus ?

Bonne question… Et je vais vous avouer que je ne me la suis pas posée, mais que je me la pose là en ce moment en parlant avec vous !! Du coup, je me demande si le vinyle est déjà parti en production ou non… Vous allez peut-être me donner des regrets ! (rires) Je n’y ai pas pensé avant… mais la fin du processus, avec le graphisme, l’artwork, etc… c’est toujours très tendu, donc on ne peut pas penser à tout. Malheureusement.

Un mot sur la scène. Quelle formation avez-vous en ce moment ?

J’ai un tout nouveau groupe. Thibaut Barbillon, qui a arrangé pas mal de morceaux sur ce disque en fait partie. Il est mon guitariste. Je suis contente qu’il m’accompagne parce qu’il connait ce projet intimement et ses conseils me sont précieux. On a aussi un excellent claviériste qui joue de la basse de la main gauche et du clavier avec la main droite. Donc, on n’a pas de bassiste à proprement parler. On a également un batteur et une violoncelliste qui fait les chœurs. Tous les garçons chantent aussi.

Brisa Roche © Ami Barwell

Avant de vous quitter, un mot sur votre participation à la bande originale du film de Jalil Lespert « Saint-Laurent ». Que retenez-vous de ce travail ?

J’avais déjà fait de la musique à l’image, et c’est quelque chose qui me plait. Mais là, le travail a été très inspirant parce qu’il fallait écrire des morceaux pour des époques précises et des situations précises. J’ai écrit et produit mes titres sur scénario. Il n’y avait pas encore d’images à cette époque. Je savais qu’il y avait deux morceaux qui devaient être joués live sur scène, en telle année. Après, il devait y avoir un morceau qui était de la pure BO, qui arrivait plus tard dans le film, un jazz qui correspondait à cette époque-là. Et puis, un troisième qui était une ballade qui devait passer sur un vinyle dans le film. Donc, il a fallu écrire pour des moments précis dans l’histoire du jazz et des émotions précises écrites dans le scénario. C’était un bon exercice et un bon challenge. C’était une expérience très riche. Ce que je changerai pour une prochaine fois, c’est que je ne chanterai plus sur ma propre prod parce que je me suis rendue compte que ça pouvait être compliqué pour le public. Je ne voudrais pas qu’il croit que ce soit mon jazz, parce que ce n’est pas mon jazz. Pas du tout. C’était une commande très symétrique et très téléphonée, qui est aux antipodes du jazz que je chante habituellement. Des gens ont pu penser que je chantais du jazz comme ça, mais ce n’est pas le cas. C’est le seul souci que j’ai eu. À ce niveau-là uniquement.

Vous aviez déjà pas mal fait de musique à l’image.

Oui, bien entendu. J’avais fait un bon boulot pour un autre long métrage, « J’ai toujours rêvé d’être un gangster »  de Samuel Benchetrit. Mais finalement ma musique n’a pas été retenue. Mais elle a porté ses fruits ailleurs puisqu’on a utilisé différentes choses que j’avais écrites pour d’autres projets.

« Invisible 1 » sort dans quelques semaines, le 3 juin précisément. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Hummm… Je ressens une bonne énergie autour de cet album. À la fois, comme tout le monde, j’ai peur de l’échec, parce que j’ai envie que ce disque arrive aux oreilles des gens. Et à la fois, je me sens excitée et confiante parce que je ressens cette bonne énergie autour du projet, mais aussi parce que je sais maintenant que si toutes mes attentes autour de ce disque ne sont pas comblées, j’y survivrai. J’ai encore plein d’autres albums à faire. Je le sais. Donc, c’est un peu moins angoissant que d’habitude même si je reste très sensible…

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 avril 2016.
Photos : Ami Barwell

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