Interview de Soan

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/04/2016.
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Soan, Retourne Vivre

Soan publie le 6 mai prochain son quatrième album, « Retourné Vivre ». Nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir plus sur ce projet, qui marque le début d’une nouvelle aventure pour Soan, qui a déménagé dans le Sud et signé avec un label indépendant.

Il s’est passé pas mal de trucs depuis la sortie de « Sens Interdit », tu as déménagé, tu as changé de maison de disques, tu as écrit un album… Que s’est-il passé justement après la sortie de ce troisième disque que tu qualifies de « mauvais » ?

Ce sont les arrangements qui étaient mauvais. Moi, j’étais assez content des chansons que j’avais écrites. En fait, j’ai voulu faire confiance à l’équipe avec qui je bossais. Et j’ai appris à mes dépends qu’un artiste ne doit faire confiance qu’à lui-même. J’ai mis un peu de temps à le comprendre… Mais finalement, ce disque un peu en-dessous m’a permis d’un faire un mieux derrière.

Que s’est-il passé après la tournée ?

J’ai saturé de Paris, de tout le temps être sous le regard de l’autre. J’étais tout le temps en train de me justifier. Et Paris, pour quelqu’un qui a tendance à partir en couille, c’est vraiment l’endroit idéal pour faire n’importe quoi. Donc, à un moment, j’ai eu besoin d’un repos de l’âme et je me suis barré. C’est à ce moment-là que l’inspiration est revenue.

C’est donc du côté de Narbonne que tu as retrouvé ton salut et que tu as commencé à réécrire.

C’est ça. Mais tu ne vas pas donner mon adresse, tout de même ? (rires)

Tu as quitté Sony dans l’intervalle.

Je n’ai pas quitté Sony à proprement parler. C’était juste la fin de l’histoire. Je pense que je n’avais plus rien à foutre chez Sony. Et eux n’avaient plus rien à faire avec moi. On était arrivé à une limite et on n’a pas su la dépasser pour aller plus loin. Je pense qu’ils ne savaient pas trop gérer des gens comme moi. Et puis, moi, je me sens mieux dans une petite structure à échelle humaine.

Soan - DR

Tu as signé chez Note A Bene, le label d’Hervé Lauzanne, qui a été ton DA chez Sony.

Eh oui ! C’était un peu les deux rejetés de Sony qui se retrouvaient. On s’est revus et on a signé. C’était naturel. Je ne cherchais pas de maison de disques. Je voulais juste faire mon disque avec mes potes et trouver un distributeur. Point barre. Et puis, finalement, Hervé m’a appelé en me demandant si je ne voulais pas refaire un disque. Je lui ai répondu « complètement ». Et là, j’étais très content parce que quelqu’un allait tout gérer à ma place.

Te retrouver dans une petite structure indépendante, ça te titillait depuis longtemps ?

Non. Pas du tout. Je n’en avais rien à foutre. Du moment que mon disque puisse exister, d’une manière ou d’une autre, peu importe. J’ai juste envie de travailler avec des gens qui respectent ma musique. Je ne suis pas dans cette théorie-là de dire que les majors, ce sont des méchants et les petits labels des gentils. Je m’en fous. Ce sont leurs problèmes à eux, pas les miens. Moi, mon seul souci, c’est de pouvoir faire un disque dans de bonnes conditions. Or, faire un disque coûte cher. Il faut louer un studio, payer les musiciens, etc… il y a plein de frais. Et comme les petits labels ont moins de sous, on est sur un truc plus véritable. On n’a pas la possibilité de retoucher après-coup tous les détails qui clochent. Ce n’est pas comme dans une major. Donc, avec Note A Bene, on a travaillé dans l’urgence, et ça m’a beaucoup plu au final. Ça maintient une espèce de vérité.

Tu as levé des fonds sur Kisskissbankbank en vue de produire « Retourné Vivre ». Qu’est-ce qui t’a séduit dans le participatif ?

Ce sont les fans qui m’ont dit que ce serait bien que je lève des fonds sur cette plateforme. Tu sais, je suis vraiment un ringard à ce niveau-là, au niveau technologie. Donc, je n’étais pas très chaud. Et puis, des potes m’ont dit aussi que ce serait une bonne option, que ça avait marché pour plein de gens comme Mademoiselle K, donc pourquoi pas pour moi ? Du coup, je me suis dit « allons-y ». Comme je te l’ai dit, tous les trucs qui me permettent de faire un bon disque me conviennent.

C’est une aventure qui t’a plu le participatif ? Parce que tu as atteint la somme demandée en moins de 24 heures…

C’est vrai. Mais ce n’est pas ça qui me rassure. Ce qui me rassure, c’est de faire un beau disque. Je ne suis pas comptable et je ne vis pas au travers de ce que pensent les autres. J’ai mon libre arbitre et après, ce qu’en pensent les autres, c’est secondaire.

Dedicace de Soan pour IdolesMag.com

Tu es aujourd’hui impliqué dans la production. Tu n’es plus « simple » artiste. Est-ce que ça a changé la donne ?

Oui, parce que je suis plus investi. Étant donné que j’étais coproducteur du truc, ce qui m’a plu c’est que j’ai pu plus facilement imposer mes choix et dire « je fais ça. Point. » J’ai eu besoin de moins de discussions, en fait. Et donc, au final, plus de temps à consacrer aux chansons. Ça m’a simplifié pas mal de trucs. Ça m’en a compliqué d’autres, parce qu’au niveau logistique, je ne suis pas vraiment balaize, mais il se trouve que j’ai une amoureuse qui assure à ma place. C’est ma mémoire vive ! (sourire)

Ça t’a finalement laissé plus de liberté de porter également la casquette de producteur.

Non. J’ai toujours eu de la liberté. C’est juste que quand quelqu’un te fait l’honneur de te permettre de produire ton disque et qu’en plus il te nomme co-producteur, tu te sens plus respecté et tu t’imposes plus que d’habitude.

Soan - DR

Quand as-tu commencé à réunir des chansons en vue de sortir ce disque ?

Je n’ai jamais véritablement arrêté d’écrire. J’ai des chansons plein mes tiroirs. Je pourrais sortir un nouvel album aujourd’hui. Je dois avoir quatre-vingt-dix chansons dans les tiroirs. L’écriture suit un rythme biologique, pas un rythme industriel. C’est juste qu’à un moment donné, on se sent prêt et on a envie de poser quelques titres sur un disque. C’est arrivé bien avant que je ne m’inscrive sur Kisskissbankbank. J’avais déjà le disque en moi, j’allais le faire moi-même. Et puis, quand je me suis rendu compte qu’on allait pouvoir le faire avec une équipe, j’ai accepté parce que tout est beaucoup plus simple et qu’on peut tracer.

Un mot sur l’enregistrement. Je pense que vous avez pas mal bossé avec les musiciens en amont pour ne rester en studio que quelques jours. C’était quoi l’idée ? Que ça coûte moins d’argent ou d’enregistrer dans l’urgence et se retrouver avec un disque le moins aseptisé possible ?

Un peu des deux. On a enregistré le disque en dix jours seulement. Comme les Doors à l’époque. Il y avait bien entendu une question d’argent, parce que louer un studio, ça coûte du pognon. Au niveau du budget, on avait tant de jours et pas un de plus. Et puis d’un autre côté, enregistrer en live, ça demandait quelques aménagements. Tous les studios ne s’y prêtent pas. Il faut se préparer en amont. En pré-maquette, on avait déjà fait pas mal d’essais. Avant d’entrer en studio, on savait ce qui marchait et ce qui marchait moins sur les différents titres.

Venons-en aux chansons. Il y a quelques chansons importantes, mais je ne vais pas parler de celles-là en premier parce que tu le sais comme moi, les médias et le public vont foncer sur les plus choc, dont « Je suis Charlie », que tu as mise en titre caché à la fin du disque.

Ce n’est pas un choix de ma part. Au départ, je voulais qu’elle ouvre le disque et tout le monde m’a dit que si je faisais ça, on n’allait parler que de ça, au détriment du reste du disque. Au bout d’un moment ça m’a gonflé, donc, je l’ai mise à la fin en me disant que le principal était qu’elle soit là. Peu importe sa place.

Soan - DR

La mettre en ghost track, c’est une autre façon de mettre le focus sur elle…

Ouais, je sais pas… En tout cas, je ne voulais pas changer ma set-list, parce qu’elle est vraiment honnête avec les titres listés en saisons. Les morceaux d’automne ont été écrits en automne et ainsi de suite. Je ne voulais pas mentir à ce niveau-là. Donc, la seule solution qui me restait, c’était de la mettre en première ou en dernière position.

Qu’est-ce qui t’a poussé à l’écrire cette chanson ? Il y a aussi une autre, dans la même veine, « Coco ».

Tout est dans la chanson. Et puis, dans le même temps, j’ai revu Coco qui était une amie du lycée et qui est dessinatrice chez Charlie aujourd’hui. On a eu beaucoup de discussions avec Coco. Cette chanson, « Coco », parle de notre relation quand nous étions adolescents.

Un mot sur le tracklisting et cette catégorisation des titres en quatre saisons. Ça représente donc les saisons pendant lesquelles les chansons ont été écrites. Il ne faut pas y voir d’autre symbolique ?

Non. C’est très premier degré. C’est comme le titre du disque, « Retourné vivre », c’est tout simplement parce que je suis retourné vivre. C’est la seule raison. Les saisons, ce sont très basiquement les saisons pendant lesquelles j’ai écrit les chansons.

Soan - DR

Djazia Satour te rejoint sur « Coco », mais sur deux autres titres également. Qu’est-ce qui t’a donné envie de partager ces trois titres avec elle sur ce disque ?

Tout simplement parce que je ne voulais pas n’en partager qu’un. Une fois qu’elle était rentrée en studio, elle est tellement malléable, dans le bon sens du terme, tellement réceptive aux chansons, que j’ai eu envie de lui faire essayer des tas de trucs. Elle voit sa voix un peu comme je vois la mienne, c’est-à-dire comme une matière à sculpter. Du coup, on était tous les deux un peu comme des savants fous dans un labo. On s’est amusés comme des gamins.

« Pustule » est, à mon sens, une des chansons qui resteront dans les mémoires, plus intemporelle. Dans quelles circonstances l’as-tu écrite ?

Je l’ai écrite il y a fort longtemps et je l’ai terminée concrètement il y a peu. « Pustule », ça résume un peu tous les questionnements qu’on peut avoir au début d’une relation.

Soan, Colocation

Ça t’arrive souvent d’écrire des textes sur de très longues périodes, comme ça a été le cas ici ?

Ça arrive de temps en temps. À côté, il y a des chansons que j’écris en une demi-heure. « Colocation », ça a dû mettre une heure et demi en tout, musique comprise. Il n’y a pas de règle. Chaque chanson a son temps et son heure. C’est comme ça.

Pourquoi « Colocation » a-t-elle été choisie en premier extrait ?

Sur ce coup-là, j’ai fait confiance à mon équipe. Étant donné que j’aime toutes les chansons qui figurent sur ce disque, il m’aurait été impossible d’en choisir une d’entre-elles. Ç’aurait été comme choisir un de ses enfants, ce qui est impossible. Et en plus, je ne pense pas être le mieux placé pour comprendre la logique des labels et des radios, je délègue et fais confiance à ceux dont c’est le travail.

Un mot sur la scène. Plusieurs dates sont d’ores et déjà annoncées, dont La Cigale (Paris 18ème) le 25 mai prochain. Quelle formation vas-tu avoir ?

Comme d’hab. Guitare, basse, batterie et moi.

C’est un moteur pour toi, la scène ?

Oui. Et c’est une récréation aussi. Dans ce sens où le travail en studio est très précis, qui demande de la concentration, c’est un travail important. Mais la scène, c’est vraiment autre chose. C’est du plaisir à l’état pur. Sur scène, on peut se lâcher. Et puis de toute façon, c’est ce que je préfère faire. J’ai vécu des sensations sur scène que je n’ai jamais vécues dans ma vraie vie.

Un DVD live accompagne la version collector de l’album.

C’est juste pour les fans qui ont contribué au financement de l’album. C’est un petit cadeau qu’on leur a fait, comme un private joke entre nous.

Soan - DR

Toi, en tant qu’artiste, tu accordes de l’importance à ces objets collectors ?

Ah oui ! Et pas uniquement aux collectors à proprement parler. J’achète encore des disques physiquement. Et même beaucoup. Ces derniers temps, j’ai beaucoup déménagé, donc, j’ai réuni pas mal de trucs sur mon téléphone, mais c’est la première fois que ça m’arrive. J’aime bien avoir les disques en main, sentir l’odeur de la pochette. Je suis un mec assez old-school finalement.

Tu es old-school, mais tu es tous de même extrêmement actif sur les réseaux sociaux…

Je ne vais que sur ma page, pas sur Facebook en général, dont je n’ai rien à foutre. À part les pages de deux ou trois copains. Pour moi, Facebook, c’est un vecteur direct du producteur au consommateur. C’est un peu comme quand tu vas dans ton marché Bio. J’ai fait exprès de ne pas mettre des chansons sur Youtube, mais sur Facebook qui n’est pas rémunéré, pour ne pas qu’on puisse m’accuser de faire du business ou d’être opportuniste. Facebook, c’est un partage. On peut avoir des retours sur des chansons qui ne sont pas encore arrangées complètement. C’est intéressant, finalement. Ça te permet de bosser et d’avancer.

« Retourné Vivre » sort dans quinze jours quelque chose comme ça, dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

J’étais venu en promo pour défendre mon truc et finalement, tout le monde me fait des compliments donc je suis plutôt content. Et surtout, j’ai hâte que la promo soit finie et qu’on aille jouer avec les copains. Il me reste encore trois ou quatre trucs à faire. Pas plus. Et puis, on pourra aller faire des conneries et de la musique !

Propos recueillis par Luc Dehon le 27 avril 2016.
Photos : DR

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