Interview de Eric Morena

Propos recueillis par IdolesMag.com le 26/04/2016.
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Eric Morena fete Dario Moreno

Éric Morena fête Dario Moreno. Cet album hommage, joyeux et pétillant, aux accents électro pop nous a une fois de plus donné l’occasion d’aller à la rencontre d’un artiste touchant. Au fil de cet entretien, il sera bien évidemment question de fête, mais également de nostalgie et d’amour. Beaucoup d’amour. Probablement l’un des moteurs d’Éric Morena.

Nous nous étions rencontrés à la sortie de « L’amour est éternel », il y a cinq ans. De l’eau a coulé sous les ponts. Racontez-moi un peu dans les grandes lignes ce qui s’est passé depuis et ce qui a nourri ce projet hommage à Dario Moreno.

 « L’amour est éternel » était un album plus personnel. Je suis très fier de l’avoir fait. Je n’ai hélas pas touché les hits avec ce disque, parce que c’était un album classique, peu médiatisé, avec des chansons d’amour… Il y avait notamment une chanson qui était dédiée à mon ami qui est décédé du sida, des airs d’Opéra en hommage à mes professeurs de chant, etc… C’était un album d’amour. Tout simplement. Après, j’ai fait beaucoup de concerts. Vous savez, je vis beaucoup avec la scène. J’aime le contact avec le public. Et entre temps, un producteur est venu vers moi en me disant qu’il avait envie de me produire… Et c’est toujours intéressant quand un producteur tient un tel discours à un artiste, on a la tête qui se soulève ! (rires) Il voulait que je rende hommage à Dario Moreno en reprenant quelques-uns de ses titres emblématiques, avec le son d’aujourd’hui et des rythmes endiablés, mais sans jamais trahir les chansons. J’ai donné mon accord et puis, j’ai relevé le défi. En y réfléchissant bien, c’était tout à fait légitime que je fasse un hommage à Dario Moreno parce que déjà le « Bateau » était un hommage à tous ces chanteurs des années 60 qui chantaient la joie de vivre et l’insouciance. Donc, nous avons choisi dix titres parmi les plus connus, mais aussi les moins connus, de Dario. Et voilà le résultat. Ça donne un album de fête et de bonne humeur. Le message est simple : éclatons-nous, c’est bon la vie, éclatons-nous ! (rires)

Dans les années 90, vous aviez déjà publié un hommage à Dario Moreno, « Si tu vas à Dario ». Et vous avez eu la délicatesse, si je puis m’exprimer ainsi, de ne pas reprendre les même titres, si ce n’est quelques incontournables comme « Si tu vas à Rio » ou « Brigitte Bardot ».

Cet album que j’avais sorti dans les années 90 était une pâle copie… enfin pâle, je ne devrais peut-être pas employer ce terme (sourire)… disons que c’était une copie des titres tels qu’ils existaient. Je ne leur apportais rien de plus. C’était presque une cover. Je reprenais le répertoire de Dario Moreno en faisant une copie conforme de ses arrangements. Ici, ce qu’on a voulu faire, c’est rajeunir les titres, sans les trahir, avec des arrangements super branchés, qui sonnent vraiment comme on sait le faire aujourd’hui. On danse cent fois plus sur ce disque que sur celui qui était sorti dans les années 90. Le but était vraiment de rajeunir le répertoire de Moreno. Lui apporter un peu de jeunesse et de fraîcheur.

Pour la faire courte, vous avez habillé les chansons de Dario Moreno d’électro pop, un mot très en vogue actuellement.

On peut dire ça comme ça. Je dirais de l’électro pop modérée, tout de même ! (rires)

On sait le profond respect que les artistes qui ont une formation lyrique comme vous ont pour les œuvres existantes. N’avez-vous eu peur à un moment donné de trahir Moreno ?

Non, ça ne m’a pas fait véritablement peur. Déjà parce qu’avant d’accepter ce projet, les arrangeurs m’avaient fait entendre différentes choses, qui m’avaient séduites. Et puis, le fait de faire quelque chose de jeune et branché, ça me faisait plaisir. J’avais cette envie d’aller aujourd’hui vers des sons modernes. Même avec ma formation classique, je suis ouvert à tous les styles d’arrangements. Je ne suis pas sectaire. Donc, non, j’ai avancé sur ce projet avec plaisir et sans aucune crainte. J’avais plutôt peur de ne pas être à la hauteur, sans fausse modestie. Je me suis demandé à plusieurs reprises si j’allais y arriver. En plus, le producteur m’avait demandé de ne pas rouler des r, il voulait que Morena ne s’imite pas. Il ne voulait pas que je fasse une copie de ce que j’avais déjà fait de par le passé, et notamment avec le « Bateau ». Ça, oui, par contre, c’était un défi à relever. C’est ça qui a été le plus difficile, je pense. Et au final, ça donne un truc spontané et festif dont je suis très content et très fier. Et puis, nous avons travaillé avec des gens hyper sympa dans une ambiance décontractée. Tout s’est fait dans la bonne humeur, et je suis certain que ça transparait dans l’album quand on l’écoute.

Eric Morena, DR

Je vous posais la question parce que c’est toujours hasardeux de mélanger les époques et les styles. Le résultat peut être aussi bluffant que décevant.

Je suis entièrement d’accord avec vous. Mais là, le producteur avait une idée extrêmement précise de ce qu’il voulait faire et d’où il voulait aller. Sur ce projet, je me suis laissé guider du début à la fin. J’avais la bonne position, en fait… (sourire) Et j’ai avancé en toute confiance.

Parlons un instant du choix des titres… On retrouve évidemment les grands classiques et les incontournables, mais aussi quelques titres peut-être moins emblématiques de Moreno. Je pense notamment à « Hava Nagila », qui est à mon sens, l’une des plus belles plages de ce disque…

« Hava Nagila », Moreno l’a effectivement chantée, mais cette chanson n’est pas spécialement connue interprétée par lui. Je l’ai choisie parce que d’abord, c’est un super titre de fête. Personnellement, et je ne devrais pas le dire, c’est mon titre préféré de l’album… et je pense deviner que c’est le vôtre également ! (éclats de rires) J’ai voulu reprendre ce titre parce que j’ai une extrême tendresse pour la communauté juive. Leur façon de célébrer la vie me plait beaucoup. Ce sont des gens qui aiment la fête, profondément. Cette chanson, je l’ai enregistrée par amour, et je la dédie à des gens qui me sont très proches. Disons que « Hava Nagila » est une démarche d’amour. Et puis, vous le savez, c’est le psaume 118 : 24 qui dit en gros « voici le jour qu’a fait le Seigneur, célébrons-le et faisons la fête ! ». C’est un hymne formidable à la joie de vivre.

Repartons quelques années en arrière maintenant… Quels sont vos premiers souvenirs de Dario Moreno ? Quand l’avez-vous découvert ?

Oh la la… J’ai vécu avec lui… Enfin, façon de parler, bien entendu ! (éclats de rires) Dans les années 60, quand j’étais adolescent, c’était une grande vedette. On disait une vedette à l’époque… pas star ! (sourire) C’était une immense vedette. On le voyait partout, chez Guy Lux, au « Palmarès des Chansons », etc... J’ai vécu dans cette ambiance toute mon adolescence. J’étais plus attiré par les Moreno et Mariano que par les chanteurs de rock à l’époque, Beatles et compagnie. Dario Moreno a bercé ma jeunesse. J’ai vu tous ses films. Il y a une belle nostalgie dans cette démarche d’hommage à Dario au bout du compte…

Avez-vous eu l’opportunité de le rencontrer ?

Non, pas du tout. Je n’ai pas eu cette chance. Mais ce n’est pas plus mal… comme ça je garde cette image de bonne humeur et de sourire que j’ai de lui. C’était un des rois de la fête. Et moi, je suis un peu modestement son fils spirituel… (rires)

Depuis le début de cette interview, un mot revient sans cesse : la fête. Et c’est vrai que l’image que le public a de vous est celle d’un gai luron, d’un homme joyeux, d’un homme de fête, justement. Est-ce une carapace pour vous ?

Pas vraiment… Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de joyeux. Je dis facilement des bêtises toutes les deux minutes, même si comme tout le monde, j’ai des moments de blues. Je ne me prends en tout cas pas au sérieux. J’aime la vie. J’aime les gens. Cette image que je renvoie me correspond bien. Ce n’est pas une carapace. Je suis comme ça. J’aime évidemment également chanter des chansons tristes, avec des textes profonds, ça me fait plaisir et ça fait plaisir aux autres, mais la fantaisie n’est jamais bien loin. Elle revient toujours assez rapidement… L’esprit de fête est dans ma nature, dans mes gènes.

En parlant de chansons plus profondes… Dario Moreno a joué dans « L’homme de la Mancha » avec Brel juste avant de mourir. Il a chanté « La quête ». Ce n’est certes pas une chanson de fête, mais avec la voix que vous avez, j’ai été étonné que ce titre ne figure pas sur ce disque, même en ghost track…

(sourire) La raison est simple : le producteur ne voulait aucune chanson triste dans cet album. C’était donc un choix du producteur. De mon côté, j’y avais pensé, je ne vous le cache pas. Mais vu la couleur qu’on donnait à l’album… je voyais mal « La quête » se retrouver habillée d’électro pop… Soyons honnêtes ! Mais comme vous dites, on aurait pu peut-être la mettre en bonus track, en dehors de l’album. Mais quand un producteur ne veut pas… il ne veut pas. (rires) Dario l’a chantée très bien. Ce titre faisait partie de sa carrière puisqu’il devait jouer « L’homme de la Mancha » avec Jacques Brel à Paris. C’est lui qui tenait le rôle de Sancho Pança à Bruxelles, mais malheureusement, il est décédé juste après et il a été remplacé par Robert Manuel…

Un mot sur le clip. L’idée était de mettre en avant la jeunesse, la fête, la bonne humeur…

C’est ça. Il fallait faire un clip « bouchon de champagne », un clip qui soit agréable à regarder, qu’il y ait de beaux jeunes gens. C’était très agréable. C’était un très bon moment ce tournage. C’était sympa. Il fallait que je sois entouré de jeunes qui s’éclatent. Le message était simple. Et je pense que dans la morosité ambiante que l’on a quelques fois ici chez nous, c’est un bon remède…

Aviez-vous aussi dans l’idée de rendre les chansons de Moreno plus accessibles aux jeunes ?

Oui. C’était aussi une des démarches de ce projet. Faire découvrir ou redécouvrir aux jeunes générations le répertoire de Moreno, qui n’est pas du tout de la leur. Même si ce sont des chansons qui sont dans la mémoire collective, ce sont plus leurs parents qui les connaissent… pas eux ! (sourire) C’était une façon de passer le flambeau en disant « voilà ce qui se faisait avant, sans se prendre au sérieux ». Quand on y regarde de plus près, on n’en fait plus beaucoup des chansons comme ça. Tout est un peu tristounet aujourd’hui. Donc, oui, nous avions envie de sortir de cette morosité ambiante en reprenant quelques chansons de Moreno. Et puis, nous espérons également passer dans les clubs. Je suis heureux de ça.

De la scène est-elle prévue autour de ce projet ?

Bien entendu ! Nous sommes en train de préparer un beau tour de chant avec tous mes musiciens. Ça durera 1h45 à peu près. Je vais faire une synthèse de tout ce que j’ai pu faire au cours de mon parcours. Je commencerai ce tour de chant par quelques airs classiques et des chansons italiennes pour rendre hommage à mes professeurs, ensuite, je passerai par l’opérette et je finirai par le répertoire de Dario Moreno, pour terminer avec un bouchon de champagne ! Cette tournée débutera en mai 2016 et se poursuivra en 2017. Nous irons en France, en Belgique, en Suisse, mais également au Canada.  Et puis en 2017, il y aura une date à Paris. C’est très important. J’aime beaucoup chanter à Paris.

Pourquoi ? Paris, pour ne nombreux artistes, c’est un peu la date compliquée dans une tournée…

La réponse que je vais vous faire est complètement idiote, mais tout simplement, j’aime profondément Paris. Ça ne va pas plus loin. Paris, c’est la capitale du spectacle et de la fête. Quand on chante de l’Opéra, il faut chanter en Italie, quand on fait du Music-Hall, il faut chanter à Paris. Paris, c’est la ville des strass, des paillettes et des cabarets. C’est pour toutes ces raisons que j’aime chanter à Paris. Et dire que Paris est une date un peu compliquée, je n’y crois pas… Le trac, on a le même qu’on joue à Paris ou dans n’importe quelle autre ville. Le public parisien est très sympa lui aussi. Il y a deux ans, je me suis produit au théâtre Dejazet, et tout s’est extrêmement bien passé. Le public parisien, et quel qu’il soit d’ailleurs, aime la fête. Tout simplement. Peut-être que j’attire la sympathie aussi ?... (sourire)

Le répertoire Moreno, sur scène, va-t-il être dans la couleur électro pop de l’album ?

Absolument ! On va garder cette énergie et ce son. D’ailleurs, à la fin du spectacle, je chanterai toutes les chansons qui figurent sur le disque. Il faut garder la couleur de l’album sur scène, sinon, ça ne voudrait rien dire… Comme ça les gens verront que ce disque n’est pas seulement un coup de marketing, que ça fonctionne du tonnerre en live !

Vous avez participé il y a quelques années à la tournée « Stars 80 ». Que retenez-vous de cette expérience et la retenteriez-vous ?

J’ai eu la chance de la faire en 2009 avec les vrais fondateurs, Hugues Gentelet et Olivier Kaefer. C’est un merveilleux souvenir pour moi. En plus, l’année précédente, j’avais été très malade et j’avais subi une opération. Cette tournée est tombée au bon moment. Elle m’a redonné de la pêche et l’envie de remonter sur scène. C’était en tout cas un merveilleux moment que j’ai passé là avec tous les copains des années 80 qui sont des artistes formidables. On a fait tous les Zénith de France, avec un public formidable, ça restera un des très bons moments de ma carrière. Il y avait beaucoup de nostalgie et de souvenirs… c’était très sympa.

Un mot sur les réseaux sociaux… Vous êtes assez actif sur Facebook et Twitter, alors que ce ne sont pas des outils de votre génération… (sourire)

C’est le moins qu’on puisse dire ! (rires) J’essaye en tout cas de m’y mettre et d’être assez actif. J’essaye de me mettre au goût du jour ! Mais c’est vrai que ce n’est pas de ma génération et que j’ai eu un peu de mal au début. C’est au départ mon manager qui m’a poussé au c**, pour parler franchement, et qui m’a un peu forcé la main. Et au bout du compte, j’aime ça. Ça me permet de renouer des contacts avec des gens que j’avais perdu de vue, de garder un contact avec le public, d’avoir de nouveaux amis… Tout ça, c’est le côté positif des réseaux sociaux. Et rien que pour ça, je les aime bien !

La fête a été le fil rouge de cette interview. Auriez-vous un beau grand souvenir de fête à partager avec nos lecteurs ?

Ah la la ! J’en ai à la pelle… mais lequel choisir ? Vous me posez une colle, là ! Partout où je passe, c’est la fête. Donc, c’est difficile de choisir un moment particulier. Disons que mes plus beaux souvenirs de fête, ce sont mes spectacles, et surtout l’après-spectacle, quand le public vient discuter avec moi. À chaque fois, ça me motive à continuer. Vous savez, notre métier n’est pas sérieux, donc, on se remet toujours en question. Et ces mots du public, sa présence, cette communion que nous partageons ensemble, ça rassure. Les mots sont petits et restreints pour dire les émotions que l’on ressent à ce moment-là. C’est un échange d’amour. Tout simplement. J’ai toujours eu un faible pour les humains, les contacts humains, c’est pour cette raison que j’aime toujours descendre dans le public pendant un spectacle. Pour partager encore plus. Dans la coulisse, avant le spectacle, j’ai le trac, et je m’étonne toujours que les gens se soient déplacés pour venir m’entendre chanter. Et puis, quand le rideau s’ouvre, la magie opère. Il faut beaucoup d’humilité et d’amour pour monter sur scène. C’est ce que mes professeurs m’ont enseignés quand j’étais plus jeune. Et avec le temps, je le comprends de plus en plus. On célèbre la vie et l’amour. La vie vaut le coup. Vive la fête.

Une dernière question avant de vous quitter. Là, tout de suite, je vous offre un bateau. Vers quelle destination voguez-vous ?

Je crois sincèrement que je filerais tout droit vers Tahiti. Des îles encore un peu vierges où la mer est bleue et où on voit les fonds marins. Tout au loin là-bas dans le Pacifique.

Propos recueillis par Luc Dehon le 26 avril 2016.
Photos : DR

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