Interview de Jean-Pierre Danel

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/04/2016.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Le guitariste Jean-Pierre Danel vient de publier le coffret « Guitar Tribute » qui comprend un best of agrémenté de nombreux duos (avec notamment Laurent Voulzy, Hank Marvin et Beverly Jo Scott), un CD et un DVD live enregistrés dans les véritables conditions d’un spectacle chez lui, dans son loft, et un accès à plus de cinq heures de leçons de guitare dispensées sur internet (et de nombreux conseils avisés). C’est avec un réel plaisir que nous avons été une nouvelle fois à la rencontre de Jean-Pierre afin d’en savoir plus sur ce projet enthousiasmant à plus d’un titre, l’occasion d’évoquer également sa collection de Fender Startocaster, l’importance de la culture dans notre société, son rapport à la célébrité (lui qui a vendu des millions de disques et dont le grand public ignore tout, ou presque) ou encore ses nombreux projets, dont cette collaboration avec son papa, Pascal Danel [« La Plage aux Romantiques », « Les Neiges du Kilimandjaro »], dont les deux parlent depuis quelques temps et une deuxième, avec un autre guitariste cette fois-ci, Jean-Félix Lalanne. Rencontre avec un artiste hyper doué et un homme particulièrement passionnant.

Ce coffret « Guitar Tribute » célèbre finalement un bel anniversaire : les dix ans de « Guitar Connection ». J’imagine que quand le premier volume est sorti à l’époque, ni toi ni ta maison de disques ne pensaient que le disque allait se classer numéro 1 des ventes en deuxième semaine…

Jean Pierre Danel, Guitar Tribute(rires) Clairement pas ! En fait, j’avais publié pas mal de disques de guitare auparavant, mais qui, par la force des choses, n’étaient pas sortis en France. Ça n’intéressait pas les maisons de disques ici, alors qu’à l’étranger, oui. À cette époque, Sony cherchait des projets un peu originaux puisque le marché du disque commençait à s’effriter… Ils connaissaient mon travail de producteur et quand je leur ai proposé ce disque, « Guitar Connection », ils ont dit oui, mais en pensant qu’il y aurait un potentiel de 6000 disques. J’ai bataillé pour avoir une pub télé et ils m’ont dit que je serais le seul artiste à ne pas rentrer dans le top 100 des ventes et à tout de même bénéficier d’une pub télé !... On a été numéro 1 et on a fait 450 000 disques ! (sourire)

Quelle a été ta réaction en apprenant que tu étais numéro 1 des ventes ?

Très simple : je suis allé sur une terrasse manger une pizza et boire un jus d’oranges ! (rires) Mais trêve plaisanterie, j’étais content. Très content. Très surpris aussi parce que je ne m’y attendais pas. Et puis, ça m’a fait sourire parce que tous ceux qui ne croyaient pas au disque se le sont approprié en disant qu’ils avaient eu l’idée du siècle… C’est de bonne guerre ! J’ai reçu après coup douze ou treize mille lettres et mails ultra gentils de plein de gens qui me disaient qu’ils avaient aimé ce disque, qu’ils appréciaient mon travail et ce genre de choses… J’ai été très touché. Il y en avait de tous les âges… des plus âgés qui retrouvaient leurs vingt ans et des plus jeunes qui découvraient des morceaux qu’ils ne connaissaient pas.

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

On n’a pas véritablement la culture de la guitare instrumentale ici en France, contrairement aux Pays anglo-saxons. À quoi l’attribues-tu ?

Parce qu’on a la chance en France d’avoir un répertoire très fort avec de grands interprètes et de grands auteurs. À la fin des années cinquante, on avait Jacques Brel et Gilbert Bécaud… et donc les gens n’avaient pas envie de se tourner vers ce qui se faisait à l’étranger puisque le répertoire français était extrêmement qualitatif… Et puis, il y a également un paramètre culturel. La variété locale aux Etats-Unis, c’est la musique Country. Ça n’intéresse que les Américains, et j’irais même encore plus loin en disant que ça n’intéresse que les Américains du Sud. En Europe, ce sont les Shadows qui ont tout raflé. Au final, en France, la guitare n’a jamais été véritablement à la mode. Et pourtant, il y a un public qui aime la guitare instrumentale. Ça permet de se remémorer quelques bons moments et d’en découvrir de nouveaux. Donc, il y a un public qui aime ce genre ici en France, mais on en parle moins. L’autre jour, j’ai enregistré une émission avec Patrick Sébastien et tout le monde (artistes, public, gens de la production) est venu me voir après en me disant que c’était vraiment génial. Les gens sont super heureux d’entendre tous ces morceaux-là, alors que les maisons de disques, au départ, sont plus réticentes, voire méprisantes, pour employer des termes polis ! (sourire) Il y a un public pour ce genre, malgré ce qu’en disent certains. Et ça me rassure, parce que je me dis que je ne suis pas le seul à aimer cette musique. Tu sais, il y a aussi bien des gamines de douze ans qui achètent mes disques que des mecs de 70 ans ! J’aime bien l’idée que ce soit trans-générationnel.

Soyons honnêtes, c’est jouissif un bon solo de guitare !

Je ne te le fais pas dire ! J’ai un très long morceau qui figure sur le coffret, « The Pink Side of Miss Daisy », et les gens l’apprécient toujours pas mal parce qu’il y a un côté lyrique dans ce genre de morceau. Enfin, pour ceux qui aiment la guitare… (souire)

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Le coffret est lui aussi promis à un beau parcours…

Écoute, au vu de la mise en place, on peut le penser ! Elle a été trente fois supérieure à celle prévue initialement. Et le DVD est déjà certifié DVD d’or. On n’est certes pas au niveau du disque d’or, mais quand même…

On retrouve donc un premier CD sur ce coffret, reprenant un best-of et une partie des duos que tu avais enregistrés pour le projet « Out of the blues ». Nous nous étions rencontrés peu avant sa sortie, il y a un peu plus de cinq ans maintenant. Que retiens-tu de cette aventure ?

J’en retiens avant tout quelque chose d’humain. C’étaient de belles rencontres humaines. Les duos sont plutôt pas mal. Certains sont mieux réussis que d’autres, mais bon… Quand j’avais enregistré le duo avec Paul Personne, je venais de me ramasser sur le quai de l’Eurostar à Londres et donc, j’avais un peu de mal à jouer correctement… (sourire) Mais humainement, je n’en retiens que du bon. C’est formidable de partager de tels moments avec d’autres artistes. Je pense que tout le monde s’est fait plaisir et s’est bien amusé. Carla Bruni nous a apporté son soutien, c’était charmant de sa part. Le disque a eu un succès plus laborieux que « Guitar Connection ». Il s’est bien vendu, puisqu’on a fini disque d’or, mais il s’est vendu plus lentement. C’était un disque exclusivement de Blues. On peut penser que la guitare instrumentale, c’est invendable… mais le Blues, c’est peut-être encore plus dur ! (sourire) J’en garde en tout cas un très chouette souvenir. Ça a été onze mois de studio avec vingt-quatre invités dans une douzaine de studios dans six ou sept pays. Et en onze mois, il n’y a pas eu l’ombre d’une anicroche sur rien.

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

C’était un projet finalement assez lourd…

Oui, oui… Et j’étais producteur ! (rires) Quand tu enregistres un coup en Australie, un coup à Hawaï, un coup à New-York, un coup à Abbey Road, un coup en Italie, un coup à Paris et en un coup en Belgique… c’est assez compliqué. Ça a été un gros travail logistique, d’ailleurs, tout le monde n’a pas pu être présent… mais quand on jouait et qu’on enregistrait, c’était vachement bien !

« Out of the Blues » a été vendu au profit de la lutte contre le Sida. Tu as souvent prêté ton nom et ton talent à diverses causes, je pense à la Spa, à Amnesty International, au Téléthon…

… et je participe le 23 mai prochain à un concert à l’Olympia  au profit des Petits frères des Pauvres avec notamment Vianney…

… C’est important pour toi de t’investir pour toutes ces causes ?

Je n’aurais pas la prétention de penser que c’est important que je le fasse, mais je trouve que c’est la moindre des choses. J’ai eu un parcours formidable. Beaucoup de belles choses me sont arrivées. Donc, c’est un peu la moindre des choses de renvoyer l’ascenseur quand on peut le faire… Quand je regarde tout ce qui se passe dans le monde, je me dis que je mène une existence extrêmement privilégiée. Donc, oui, c’est normal de tendre la main aux autres. C’est la moindre des choses que je puisse faire. Quand on produit un disque pour une cause, c’est vrai qu’on y passe du temps et qu’on ne gagne pas d’argent, mais on y gagne tellement plus. On se sent bien quand on participe à un tel projet. Et puis, ça permet aussi de partager la culture de façon différente. Quand on travaille sur du caritatif, ça permet de faire naître des projets qui n’auraient peut-être pas eu l’occasion d’exister autrement. Ça permet de partager la culture et de communiquer d’une façon peut-être un peu plus large. Et par les temps qui courent, on s’en rend encore plus compte : la culture, c’est la paix. Quand les gens sont cultivés et éduqués, ils ont l’esprit critique et l’esprit d’analyse. Et en ce moment, on s’en rend compte… Si les gens avaient une vision plus cultivée et plus éduquée du monde, tout serait différent. La culture et l’éducation, c’est la paix. Et pour en revenir à ta question, faire un projet caritatif, c’est amener la culture au plus grand nombre. Ce n’est peut-être pas de la grande culture, mais la culture populaire est tout aussi importante que la culture plus… intellectuelle ! (sourire) La culture c’est ce qui cimente une génération et un pays. Ce sont des choses constructives à défaut d’être importantes.

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Tu as vendu au profit de la Spa une photo de Miss Daisy, à qui tu as dédié un titre, d’ailleurs, « The Pink Side of Miss Daisy ». Peux-tu me dire, sans rentrer dans des considérations trop techniques, qui est Miss Daisy ?

Miss Daisy est à la guitare ce que le Stradivarius est au violon. C’est un modèle de pré-production de la fameuse Stratocaster de Fender. Il en existe une cinquantaine à tout casser. La Stratocaster est l’une des guitares les plus emblématiques du monde. C’est une guitare qui a changé la culture populaire. Elle est née en même temps que le rock’n’roll et Elvis Presley. C’est une guitare en bois plein et pas en bois creux comme peuvent l’être les guitares de jazz. Grâce à cette guitare, les guitaristes ont pu devenir des musiciens leaders. Donc, le rock’n’roll a pris une place culturellement parlant différente parce qu’il a été incarné par des chanteurs, mais également des guitaristes. Le Guitar Hero n’existait pas avant l’avènement de la Stratocaster. Si aujourd’hui il y a un peu partout dans le monde des groupes de rock qui remplissent des stades, c’est parce que cette guitare existe. Et donc, Miss Daisy est un modèle de Stratocaster qui a été produit avant la production effective de ces guitares. Elle a été fabriquée pour montrer au salon de la musique l’instrument qui allait débouler dans tous les magasins… et qui allait révolutionner le rock, mais ça, ils ne le savaient pas encore ! Depuis soixante ans, la Stratocaster, c’est la guitare la plus en vue. Elle a été conçue en 1954 et elle n’a pas pris une ride. Prends n’importe quel objet de 1954, un frigo ou une voiture, que sais-je ? Eh bien, il est aujourd’hui démodé. La Stratocaster, elle, non. Et son design n’a pas bougé d’un poil. Ou si peu, puisqu’il y a une vis en plus ! (sourire) Il y a 62 ans que cette guitare existe et il ne viendrait à l’idée de personne de dire que c’est un objet d’un autre temps. Très peu d’objet sont dans ce cas de figure… Elle a traversé le temps avec une pertinence extraordinaire.

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Nous avons évoqué l’importance de la culture tout à l’heure, tu proposes avec ce coffret près de 5 heures de leçons de guitare en ligne…

Tu le sais, j’ai tout appris par moi-même en écoutant des disques, et j’aurais bien aimé avoir des vidéos qui m’expliquaient comment je devais m’y prendre. Mais c’était une autre époque… Internet n’existait pas encore !! (rires) Donc, oui, je trouve que c’est bien de donner goût aux gens d’apprendre à jouer d’un instrument. D’apprendre, tout court, finalement. Et puis, nous sommes à une époque où de moins en moins de gens achètent des disques… donc, à ceux qui en achètent encore, je trouve qu’il est normal de leur en offrir davantage. L’air de rien, il y a le prix du disque, mais aussi le plus souvent l’essence pour aller au magasin etc… Bref ! Il est donc important qu’ils en aient pour leur argent. Et puis, je sais que c’est une démarche qui peut faire plaisir. Je reçois de nombreux mails de gens qui sont heureux de ces cours. Et rien que pour ceux-là, cette démarche est importante. Le but est atteint.

Last but not least… le coffret contient un DVD et un CD d’un concert privé que tu as donné, « All you need is live ». Ce concert a eu lieu dans un endroit fort peu conventionnel puisqu’il a été joué chez toi, tout simplement. Pourquoi ce choix ?

C’est très simple. Et ce que je vais te raconter est la stricte vérité. Ma fille est née il y a trois ans maintenant. Et depuis, je travaille, mais moins… parce que je souhaite prendre du temps avec elle. Depuis sa naissance, j’ai moins joué sur scène. J’ai joué avec papa et ce genre de choses, mais finalement très peu. Et donc, ma petite fille ne m’a quasiment jamais vu jouer de la guitare, alors que c’est mon métier et ma passion à la base. Elle m’a dit un jour qu’elle voulait entendre son papa jouer de la guitare.

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Et là, tu n’as pas pu refuser !

(sourire) Non ! Mais le problème, c’est que je ne pouvais pas emmener ma fille dans une salle de spectacle, elle était trop petite… Donc, la seule solution que j’ai trouvée, c’est de jouer à la maison, pour qu’elle puisse assister au concert ! Donc, on a invité la famille et des copains, et on a fait un concert à la maison.

Tu y as joué pas mal de titres emblématiques du répertoire, et des tiens aussi.

Oui, on a notamment joué « Shadoogie », qui est le premier morceau que j’ai appris et que j’ai joué sur scène en accompagnant mon papa en 1982. J’ai donc demandé à papa de venir jouer ce morceau avec moi, 35 ans plus tard, devant ma fille qui est donc sa petite fille. Elle avait papa et papy qui jouaient un morceau devant elle, elle était ravie !

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Ça lui fera de beaux souvenirs plus tard.

Oui, sauf qu’en l’état, comme elle avait deux ans, je savais bien qu’elle ne se rappellerait plus de rien plus tard, donc, j’ai tout de suite pensé à réaliser un film. Au début, il n’était pas question de publier ce film ou quoi que ce soit, je pensais que ça allait rester un petit film qui circulerait dans le cercle familial, c’est tout. Au fil du temps, j’ai réuni des musiciens, des techniciens, parce que comme pour tout concert, il faut penser au son, aux lumières, à la scène, etc… Bref, petit à petit, ce projet s’est professionnalisé. Et là, je me suis dit que ça allait être un vrai concert et qu’il fallait en faire quelque chose. Le projet de ce coffret est né progressivement. Sony a eu l’idée d’ajouter un best of pour fêter les dix ans de « Guitar Connection », puis on a pensé à mettre quelques duos… et voilà, « Guitar Tribute » était né. C’est un projet qui a été au départ pensé pour ma fille… (sourire)

Comme tu viens de me l’expliquer, tu as mis un frein à tes activités suite à la naissance de la fille. La scène te manque-t-elle ?

Oui. Je suis content d’en faire, mais en en faisant moins, j’en profite peut-être plus ? Tu sais, en devenant producteur, j’ai eu la chance de m’installer dans la vie comme on dit. Et passé un certain âge, on n’a plus envie de passer sa vie dans des minibus et des hôtels minables… ni de monter sur scène dans de mauvaises conditions. Je n’avais plus envie de ne pas pouvoir donner le meilleur de ce que je pouvais donner. Donc, de ce point de vue, la scène ne me manque pas trop, puisque je souhaite tourner dans de bonnes conditions et que ce n’est pas toujours possible. Et puis… aujourd’hui, j’ai envie de tout sauf de me barrer de France quelques mois par an pour aller jouer sur scène… si je ne vois pas ma fille pendant 24 heures, je deviens malade ! (sourire) Je n’ai donc clairement pas envie de partir en tournée. Faire un truc à droite à gauche de temps en temps, oui, mais pas plus pour le moment. Mis à part ça, la scène, je kiffe, oui… comme tous les musiciens. De toute façon, ça a été ma devise toute ma vie, si je fais un truc, je le fais bien, ou je ne le fais pas du tout. Quand je dis bien, je ne dis pas que ce doit être parfait, mais parfait dans la limite de mes capacités.

Jean Pierre Danel & Michael Jones © Adrien Dubuisson

Le spectacle s’intitule « All you need is live ! », qui fait clairement référence aux Beatles. On sait tous comment ils ont révolutionné la musique, mais à toi, que t’ont-ils apporté ?

J’ai envie de dire… tout ! Les Beatles ont probablement fait les meilleures chansons du siècle. Quand tu écoutes les trois accords de « Hey Jude », c’est génialissime. En France, on avait Charles Trenet qui faisait des trucs aussi géniaux… Les Beatles ont aussi permis au rock de ne pas s’enliser dans ce truc sirupeux dans lequel il tombait après qu’Elvis soit allé à l’armée. Ils ont révolutionné la production aussi, à la fois en étant novateurs et à la fois en gardant des chansons populaires et accessibles à tous. Ils ont réussi un truc où plein se sont ramassé, c’est qu’ils ont réussi à créer des chansons subtiles qui parlaient au grand public. Avec les Beatles, même les choses les plus subtiles restent accessibles. Tout est révolutionnaire dans leur musique. Il n’y a aucun titre à jeter. Rien. D’ailleurs, ce sont les artistes les plus diffusés de tous les temps, il y a tout de même une raison… Là, on ne peut plus parler de hasard. Les chansons des Beatles font partie du patrimoine de l’humanité. Ils ont réussi à être populaires sans jamais être banals. Leur musique est très riche, tout en étant passe-partout. Ce sont des artistes majeurs du XXème siècle.

Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

D’un côté, tu es artiste, tu es musicien, compositeur, et auteur. D’un autre, tu es également producteur, un autre versant des métiers de la musique. Tu es d’ailleurs le premier producteur indépendant français. Tu as vendu des millions de disques, et pourtant, paradoxalement, tu es quasiment inconnu du grand public. Est-ce que ça a pu te poser problème à un moment où un autre ?

Pas du tout ! Je n’ai jamais couru après la célébrité. La seule notoriété que je peux avoir, elle est auprès des guitaristes ou de ceux qui aiment la guitare. Ça s’arrête à peu près là. Si j’avais voulu être un people comme on dit, je n’aurais pas choisi la guitare, ou en tout cas pas de la manière dont je l’ai fait. La célébrité n’a jamais été une motivation. Après, je n’ai rien contre. Nous faisons aujourd’hui une interview, je te parle de mon parcours, et j’en suis ravi. Quand Patrick Sébastien m’invite sur son plateau, je suis le plus heureux. Et surtout parce qu’on y travaille dans de bonnes conditions, pas juste pour « passer à la télé ». Ça, je ne l’ai jamais cherché. D’ailleurs, j’ai beaucoup plus produit de disques que je n’en ai enregistrés. Et sur la pochette du premier disque que j’ai sorti en France et qui a bien marché, « Guitar Connection », je n’ai pas mis ma tête. Je n’ai jamais souhaité qu’on me reconnaisse quand je descends dans la rue. Ce n’est vraiment pas le but de ma vie !... (sourire) Je ne trouve d’ailleurs pas que ce soit formidablement intéressant. Après, si on te reconnait parce qu’on connait la valeur de ton travail, là, c’est différent. C’est valorisant. Mais être connu pour être connu, non merci. Ça n’a jamais été un moteur pour moi. Mon égo se satisfait largement des succès que j’ai pu avoir dans ma vie, et surtout, du regard de mes proches, ou plutôt de l’oreille qu’ils peuvent tendre, sur mes morceaux. Je n’ai pas besoin d’être harcelé dans la rue pour sentir que j’existe… (sourire) Et puis, je connais beaucoup de gens qui eux ont une grande notoriété… et je peux te dire que ça leur a apporté beaucoup de satisfaction, mais également beaucoup de soucis…

Pascal Danel et Jean Pierre Danel © Adrien Dubuisson

Tu m’as touché un mot tout à l’heure du spectacle à l’Olympia le 23 mai auquel tu vas participer au profit des Petits Frères des Pauvres, mais quels sont les autres projets dans les tuyaux ? Et quid de ce projet avec ton papa dont vous parlez depuis quelques temps maintenant ?

Le premier projet, c’est assurer la promo de ce coffret « Guitar Tribute ». Ça marche mieux que prévu, donc, ça va m’occuper un moment. Après, je ne sais pas ce que Sony a en tête, mais moi j’ai un projet parallèle qui me tient à cœur, que je n’ai pas initié pour une fois, avec Jean-Félix Lalanne. Il m’a appelé en janvier en me disant qu’il fallait qu’on fasse un disque ensemble. J’ai trouvé l’idée super parce qu’il est un très grand musicien, très doué. Donc, on va faire quelque chose avec Jean-Félix. On est en train d’y travailler. Il n’est pas exclu qu’il y ait une série de concerts autour de ce projet. Après, il y a toujours ce projet que j’ai avec papa… mais entre-temps, il est reparti en tournée avec ses copains des années 60 [la nouvelle tournée Âge Tendre, NDLR]. Donc, là, c’est un peu difficile de caler nos plannings respectifs. Mais il arrive ce projet commun, parce qu’il nous anime tous les deux depuis quelques temps comme tu le disais ! En tout cas, je ne souhaite pas faire de projets opportunistes. En tant qu’artiste, je n’ai jamais rien calculé, et ça m’a mené à de belles choses. En tant que producteur, c’est peut-être un peu différent parce qu’il faut être un peu plus rusé (sourire). J’ai en tout cas aujourd’hui la liberté de choisir ce que je peux faire, c’est un luxe énorme j’en ai bien conscience, mais j’en profite.

Propos recueillis par Luc Dehon le 5 avril 2016.
Photos : Adrien Dubuisson

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