Interview de Tony Carreira

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/01/2016.
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Tony Carreira © Yves Bottalico

Suite au formidable succès de son précédent opus, « Nos fiançailles France/Portugal », Tony Carreira revient avec un tout nouvel album intitulé « Mon fado ». Nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir un peu plus sur ce projet qui tisse un lien entre variété et fado. Tony Carreira sera en tournée dans toute la France à partir du 1er mars, et au Casino de Paris (Paris 9ème) du 11 au 13 mars 2016.

Vous avez publié une vingtaine d’albums et pourtant « Mon fado » est le premier dans lequel vous vous approchez de ce répertoire.

Tony Carreira, Mon Fado« Mon fado » n’est pas à proprement parler un album de fado… (sourire) Je l’ai appelé comme ça parce que pour la première fois de ma carrière, j’ai travaillé avec des guitares portugaises. Ce sont des guitares très spécifiques qui n’existent que chez nous. Elles développent un son très particulier, assez bruyant. Et c’est la première fois que je travaille avec ce genre d’instrument dans mes chansons. Je trouvais que c’était plus intéressant d’arriver en France avec un album un peu différent, avec des petites touches de ma culture. Donc, c’est pour cette raison que j’appelle cet album « Mon fado », parce que ce sont les guitares du fado insérées à ma musique.

Le maître d’œuvre de ces guitares portugaises, c’est Jorge Fernando qui a accompagné longtemps Amalia Rodriguez. Aviez-vous déjà envie de travailler avec lui depuis quelques temps ?

Jorge, je le connais depuis toujours. Lui, il a fait un parcours totalement dans le fado. Comme vous le souligniez, il a travaillé avec Amalia Rodriguez en tant qu’auteur et compositeur, mais il a travaillé également avec tous les grands artistes du passé et du présent du fado. Comme je le connais depuis toujours, du moins depuis que je suis dans la musique, dès que j’ai eu l’idée de donner la couleur du fado à mon album, je l’ai appelé. C’était évident pour moi.

La fado fait évidemment partie de votre culture et de vos racines, mais est-ce une musique que vous avez beaucoup écoutée ?

C’est une musique, très sincèrement, que j’ai véritablement découverte sur le tard. Vous le savez, j’ai grandi en France, avec la variété française. J’ai vécu en région parisienne pendant plus de vingt-sept ans. Il n’y a que seize ans que j’ai quitté Paris. Donc, ma culture musicale, c’est la variété française. Par contre, le fado est une musique que je respecte profondément. Elle fait partie de ce qui nous appartient, à nous, portugais. J’ai commencé à écouter du fado il n’y a pas si longtemps que ça. Il y a une vingtaine d’années, quelque chose comme ça. C’est tout de même une musique assez spécifique. Peu à peu, mon oreille s’y est faite et aujourd’hui, je trouve que c’est une musique vraiment très très belle. Et puis… il y a Amalia Rodriguez, une artiste que j’admire énormément. Par contre, je sais que je ne serai jamais un chanteur de fado. Je ne le prétends même pas. J’ai toujours fait des chansons à tendance pop, et je continuerai dans cette direction. Mais là, j’avais envie d’insérer ces guitares de fado à ma musique parce que j’aime beaucoup cet instrument.

On trouve une très jolie version de « Sodade » de Césaria Evora sur ce disque. Cesaria n’était pas une chanteuse de fado, qu’est-ce qui vous a incité à reprendre ce titre ? La connaissiez-vous personnellement ?

C’est un hommage que je souhaitais rendre à Cesaria. Amalia, c’est notre diva nationale. Je ne l’ai jamais connue. Elle est décédée en 1999, deux trois ans après que ma carrière ne se soit envolée. Donc, je n’ai pas eu cette chance et ce privilège de la croiser. C’est un de mes regrets. Par contre, Cesaria, c’est quelqu’un que j’ai beaucoup côtoyé. On s’est souvent croisés dans les hôtels et les restaurants. C’est une femme et une artiste que j’aime profondément. Cesaria est capverdienne, il y a quelque chose de portugais en elle. Elle fait partie de nos racines. Donc, je tenais à lui rendre un hommage.

Vous chantez ce titre avec Yura Silva, qui est votre choriste depuis quelques années…

Effectivement, elle est ma choriste depuis douze/treize ans maintenant. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup et qui fait partie de ma famille musicale. Depuis longtemps, on se disait qu’il fallait qu’on fasse un duo ensemble. On en parlait souvent. Et puis, c’est arrivé sur cette chanson.

Tony Carreira © Yves Bottalico

On trouve un autre duo important sur cet album sur « C’est ma vie », avec Salvatore Adamo. Comment est-il arrivé sur ce projet et pourquoi avez-vous choisi ce titre en particulier ? « C’est ma vie », c’est un « monument » quelque part…

(sourire) Comme vous le dites, c’est un monument cette chanson. Je dirais même que c’est un classique ! Pour moi, ça a été une évidence tout de suite. Quand il a été question de faire un duo avec Salvatore, cette chanson s’est imposée d’elle-même. Par rapport à Salvatore plus précisément… beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi je ne l’avais pas invité sur mon album précédent, « Nos fiançailles France/Portugal ». Pour beaucoup de gens, nos univers étaient complémentaires. Et au-delà de l’artistique, Salvatore est vraiment quelqu’un de bien. Je me suis donc dit que j’allais l’inviter sur mon prochain disque. Et effectivement, c’est un très grand Monsieur. Ça restera une rencontre importante dans ma carrière. D’ailleurs, on est souvent en contact. On s’appelle ou on s’envoie des textos. Je vais le voir sur scène dans peu de temps, il va bientôt débuter sa tournée. Pour moi, la complicité entre artistes est aussi, voire plus, importante que l’artistique. Donc, avec Salvatore, ça a été une superbe rencontre et je suis heureux d’avoir partagé un titre avec lui sur cet album.

Comment avez-vous opéré vos choix de chansons ?

Je suis quelqu’un de fidèle. Et j’aime m’entourer et travailler avec des gens que j’aime bien. Sur cet album, j’ai donc souhaité reprendre la même équipe que celle qui m’avait accompagné sur « Nos fiançailles ». C’est donc tout naturellement que j’ai appelé Jacques Veneruso et David Gategno. Et Gioacchino, le frère de Calogero, est venu se greffer à l’équipe. C’est d’ailleurs lui qui a composé la mélodie de « Mon fado ».

Tony Carreira © Yves Bottalico

Serge Lama signe également un texte.

Effectivement. Serge, je l’avais rencontré pour « Nos fiançailles ». Je lui ai demandé humblement s’il pouvait m’écrire un texte. Il m’en a écrit deux et j’en ai choisi un. C’est là aussi une très belle rencontre.

De toutes les chansons qui composent cet album, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Et pourquoi ?

Sans hésiter, je vais vous répondre « Meu pai, c’est mon père ». C’est une chanson très spéciale pour moi. C’est d’ailleurs une des chansons que j’ai enregistrées en dernier. C’est une chanson que je trouve magnifique et c’est sans aucun doute ma chanson préférée de l’album, donc celle pour laquelle j’ai le plus de tendresse. Le texte est magnifique, la mélodie aussi. Elle a tout, cette chanson. C’est un titre très intimiste et je pense que c’est une chanson qui me suivra pendant des années. Je compte d’ailleurs l’enregistrer sur mon prochain album en portugais. C’est une chanson exceptionnelle.

Est-il prévu que « Mon fado » sorte au Portugal ? Et si oui, sera-ce la même version que la version destinée au marché francophone ?

Je suis actuellement en pleine réflexion sur mon prochain album portugais. C’est un projet qui verra le jour fin 2016. Je pense que je vais reprendre quelques chansons de « Mon fado » sur ce prochain album en portugais. C’est même une certitude.

Tony Carreira © Yves Bottalico

Vous existez en tant qu’artiste depuis de nombreuses années, mais le public francophone ne vous a découvert véritablement que depuis « Nos fiançailles ». Comment expliquez-vous qu’il y ait une barrière aussi énorme entre la variété française et la variété portugaise ? Est-ce dû à la langue ?

Je ne le pense pas. Je pense tout simplement que c’est la logique de l’industrie du disque qui fait que tel projet est mis en lumière à tel endroit à tel moment. Quand je parle de logique, je ne dis pas que c’est juste, mais disons que ça se passe comme ça. Les plus grands s’imposent aux plus petits. Il y a de très grands artistes partout dans le monde, que ce soit aux États-Unis, en Chine, en France ou au Portugal. Mais comme le Portugal est un tout petit pays… eh bien, nous n’avons pas le même poids. Donc, comme ailleurs, il faut retrousser ses manches et y aller. D’ailleurs, il y a de très grands artistes portugais qui pourraient avoir une carrière internationale. Maintenant, pour percer à l’international, il faut passer par les majors. Ce sont elles qui mènent la danse !

En parlant d’international, vous avez participé à la finale nationale portugaise pour l’Eurovision en 1988. Que retenez-vous de cette expérience ? Et aimeriez-vous peut-être un jour tenter l’aventure de l’Eurovision ?

Aujourd’hui, non, je n’ai plus cette envie. Mais il n’y a pas de raison spécifique. C’est tout simplement que l’envie n’est plus là. Mais si c’était à refaire, comme tout ce que j’ai fait au cours de ma carrière, je le referai. Vous savez, tout ce que j’ai pu faire, le bon comme le mauvais, je le referais. C’est mon parcours, il est ainsi et j’en suis le plus heureux. Mais pour en revenir à cet épisode en particulier, c’est un excellent souvenir.

Une grande tournée se profile. Que représente la scène pour vous ? Est-ce l’essentiel ?

Oui, c’est l’essentiel. Enregistrer des disques, c’est une chose, mais aller chanter ses chansons sur scène, c’en est une autre. Et c’est le plus important. C’est ce que je préfère par-dessus tout. J’adore être sur scène, plus que d’être dans un studio, même si c’est également un endroit où je me sens bien. J’aime l’ambiance feutrée du studio, mais l’énergie et l’émotion qu’on ressent sur scène sont inégalables. Et d’ailleurs, je vais même aller plus loin. Avec le temps, je préfère souvent les versions qui ont été arrangées pour la scène à celles qui figurent sur les disques. Mais il me semble que ce n’est pas spécifique à moi, tous les artistes du monde, ou presque, aiment par-dessus tout la scène. Il n’y a pas de tricherie sur scène.

Tony Carreira © Yves Bottalico

Quel répertoire allez-vous chanter sur cette tournée ? Un répertoire plus axé pour le public francophone ou pour le public lusophone qui vous suit depuis des années ?

C’est mon premier album de chansons inédites en français, donc, je vais chanter beaucoup de chansons de ce nouvel album. Mais je ne peux pas faire l’impasse sur quelques-uns des hits qui font partie de mon histoire. Parce qu’il y aura dans la salle une partie de ce nouveau public qui vient de me découvrir, et une autre partie qui me suit depuis une vingtaine d’années. Je vais donc faire un mix entre les nouvelles chansons et les anciennes. 

« Mon fado » vient tout juste de sortir. Une tournée se profile… êtes-vous déjà reparti sur de nouvelles chansons ?

Je suis, comme je vous le disais, en pleine réflexion sur mon prochain album portugais. Mais je vis à fond l’instant présent. Il y a un agenda, c’est certain. Quand la tournée française sera terminée, je m’envolerai pour une tournée en Australie. Après l’Australie, si mes souvenirs sont bons, je reviendrai au Portugal pour y débuter une tournée qui durera quatre mois. Ce sont des choses qui sont fixées de longue date. Mais autrement, non, je ne fais pas trop de projets pour l’avenir en me disant que si j’arrive à faire ça, je pourrais éventuellement faire telle autre chose par après. Je ne fonctionne pas comme ça. Pour l’instant, il y a cet album qui sort en France, les trois tournées dont je viens de vous parler et l’album pour le Portugal pour la fin de l’année. C’est déjà beaucoup ! (rires)

Il y a toujours une petite incertitude quand on sort un album, on ne peut jamais prédire le succès que le public va lui réserver. Ce petit stress, avec les années, diriez-vous qu’il est plus important ou moindre ?

Très franchement, il est un peu moindre. Et ce n’est pas plus mal. Effectivement, j’espère que cet album va très bien marcher. Mais à partir de maintenant, ça ne dépend plus de moi. Les gens l’achèteront s’ils ont envie de l’acheter et ils ne l’achèteront pas s’ils ne l’aiment pas. Mais effectivement, j’espère qu’il va plaire au public parce que je sais qu’il y a encore plein de belles choses à faire pour le public français.

Propos recueillis par Luc Dehon le 20 janvier 2016.
Photos : Yves Bottalico

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