Interview de Manu (ex-Dolly)

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/12/2015.
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Manu, La Vérité

Un peu plus de deux ans après « La dernière année » et après une parenthèse acoustique en japonais, Manu (ex-Dolly) revient avec « La vérité », un album sauvage, direct et super efficace dans lequel on sent que l’artiste prend véritablement son pied. C’est une nouvelle fois avec beaucoup de plaisir que nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce projet. La poésie rock de Manu, et sa voix, nous touchent au plus haut point. Depuis longtemps.

Nous nous étions rencontrés à la sortie de « La dernière étoile ». Il s’en est passé depuis…  Racontes-moi un peu ce que tu retiens de l’exploitation de ce disque et de la tournée qui a suivi.

C’était une belle aventure… j’avais exploré des pistes sans doute plus intimistes. Le line up autour de moi a été marqué par cette belle rencontre avec Shanka. Je n’en garde que du bon puisque finalement on a fait une jolie tournée. Et après, j’ai enchaîné avec la parenthèse japonaise…

Très inattendue cette parenthèse japonaise !

(rires) C’était chouette. Pendant une année, du coup, on a fait des concerts en acoustique avec une harpe et un violoncelle. Là encore, c’était un autre terrain que j’avais envie d’explorer. Je ne m’étais pas encore frottée à cet exercice-là. Et une fois tout cela fait… une forte envie de revenir aux guitares, à la simplicité et à ce que je sais faire le mieux finalement… Un peu de bruit ! (éclats de rire)

En parlant d’autres terrains, tu as partagé également un titre avec Pat Kebra (« Penser à demain ») et un autre avec Merzhin (« L’éclaireur »). Comment es-tu arrivée sur ces deux projets-là ?

Pat Kebra m’a invitée. Nous nous suivions sur les réseaux sociaux et je l’avais invité à un concert. Il avait cette chanson et il pensait à un duo. Du coup, en me voyant sur scène, il s’est dit que c’était avec moi qu’il fallait le faire. Ça m’a fait plaisir parce que ça m’éclate toujours les collaborations. Après, je ne dis pas oui tout le temps, mais quand la chanson me plait, c’est différent. Pat, je ne le connaissais pas. On a appris à se connaître à la suite de ce duo. Alors qu’avec Pierre de Merzhin, on se connait depuis tellement d’années ! Là, avec Merzhin, je me suis plutôt mise au service de leur chanson. Mais c’est pareil, j’avais complètement flashé sur « L’éclaireur ». Ils m’en avaient proposé quelques-unes mais celle-là, j’ai senti qu’elle me correspondait bien. J’ai tout de suite entendu nos deux voix, avec Pierre.

Rentrer dans l’univers d’un autre artiste, ça nourrit finalement.

Oui, je le fait régulièrement. Que ce soit avec Mass Hysteria, Manu Lanvin ou là… Que ce soit des amis, connus ou pas connus, c’est toujours très enrichissant. Et pour ma part, ça me provoque des déclics. Ça me permet d’avancer. Ça me nourrit. Toutes ces expériences différentes m’ont ouvert des portes dans ma petite tête pour composer par la suite.

Tu me disais donc tout à l’heure qu’après la petite parenthèse acoustique, tu avais envie de guitares et de faire du bruit. Quand t’es-tu remise à travailler sur « La Vérité » ?

Les débuts remontent non pas à l’été dernier mais encore au précédent. J’ai fait trois sessions d’une semaine seule chez moi. C’est là que les trois quart des chansons ont été faits.

Manu © Sebastien Bance

Trois semaines, c’est rapide finalement. Le travail a dû être dense et intense.

J’avais envie que ce soit rapide, spontané, simple et efficace. J’étais inspirée aussi… donc, j’en ai profité. Parce que sans rentrer dans ma cuisine personnelle, pendant une semaine, il peut se passer pas grand-chose, voire rien du tout. La première semaine n’était d’ailleurs pas une véritable semaine, c’étaient juste cinq jours. Et sur ces cinq jours, j’avais écrit cinq chansons. Alors, je n’avais pas le choix, j’ai mis les bouchées doubles pour surfer sur cette vague positive. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Souvent, le déclic pour les textes est plus lent à venir. Là, tout est venu en même temps, les mots, la mélodie et la musique. Et ça, c’était jouissif.

Quand tu rentres en session de travail, as-tu déjà du matériel concret ?

En l’occurrence pour cet album-là, j’ai souhaité avoir une approche un peu différente. J’avais enregistré mon batteur avec deux micros. Ce sont ces enregistrements qui m’ont servi de base. Sur l’album précédent, j’avais utilisé des boucles synthétiques ou des samples. Là, comme j’ai la chance d’avoir un très bon batteur qui m’inspire beaucoup, j’avais envie que cette base de batterie très vivante soit au centre de la création des titres. En plus, comme c’était son jeu, je savais que ce ne serait pas difficile à refaire par la suite. Donc, je me suis beaucoup amusée avec des enregistrements de batterie. Je les ai décomposés, etc… Ensuite, je leur ajoutais de la guitare, puis je griffonnais des mots. Avant de chercher la mélodie, je regardais les mots. Je chantais la mélodie avec les mots qui étaient écrits sur le papier. Je me suis autorisé plein de choses comme ça que je n’avais jamais faites avant. J’ai trouvé ça super. C’était très créatif de travailler comme ça. Pour une fois, je n’étais pas dans l’optique de faire un copier-coller d’un yaourt. Là, ce sont les mots qui ont directement inspiré la mélodie, sur la base d’une guitare/batterie. À la toute fin, on a ajouté les basses. Donc, comme tu le vois, on a procédé d’une manière très peu académique, voire pas académique du tout.

Déjà de partir de la batterie, c’est assez peu commun. Ça a dû te permettre de te remettre en question.

Oui, mais c’est bien de se bousculer ! Et puis, c’est moins monotone. Je n’avais pas envie de prendre la guitare tout de suite. J’avais envie de m’amuser. Aujourd’hui, avec les logiciels qui existent, on peut vraiment s’amuser. Mais au final, je pense que les morceaux ont su rester simples. On a gardé la base de quelques morceaux, comme « Amoureux » ou « Comme un gant », d’autres ont été réenregistrés. Et finalement, je me suis rendu compte que les parties de batterie que j’avais faites pour Nirox étaient juste compliquées à jouer vraiment en live. Mais il est très fort, et il a réussi à la faire. Ça l’a bousculé lui aussi un petit peu, et c’était bien. Je l’ai un peu poussé à jouer autrement. Et je pense que ça lui a ouvert des portes, comme ça avait été le cas pour moi en écrivant les chansons. J’avais vraiment envie qu’il joue comme un jeune qui débute et qui apprend son métier finalement… (sourire)

Quand on écoute ces nouvelles chansons, on sent que tu as pris ton pied, que tu t’es vraiment fait plaisir. Alors que sur « La dernière étoile », la notion de plaisir était moins évidente…

Je suis très contente que tu l’aies ressenti. Et les retours que j’ai vont dans ce sens également. Je voulais vraiment prendre mon pied sur ce disque. Et puis, je l’ai fait seule. Avant, je me reposais beaucoup sur Nikko. On composait beaucoup tous les deux. Mais là, j’avais envie d’avancer seule. Ce n’est pas que ça ne me plaisait pas ce que j’avais fait avant. Pas du tout. « La dernière étoile », je la voyais comme un joli bijou posé dans un écrin. Là, j’avais envie de quelque chose de moins bien rangé, plus sauvage et plus excitant à jouer sur scène finalement.

Manu © Sebastien Bance

Beaucoup parlent de retour aux sources en disant que « La vérité » aurait pu être un album de Dolly. Es-tu d’accord avec cette analyse ?

Pourquoi pas ? De toute manière, ça reste dans la même famille musicale. Les influences que j’avais sur Dolly sont toujours les mêmes. Ce sont mes premières amours, donc, je ne peux pas les renier. Après, je dirais plutôt que c’est une continuité de ce qui a été fait avec Dolly. Pour moi, c’est une avancée aussi dans mon parcours solo. On était quatre et là, je suis seule, en tout cas au niveau des compos. Mais dans l’esprit et l’énergie, je suis d’accord. « La vérité », c’est en tout cas l’album que j’avais envie d’entendre aujourd’hui. Et même chez d’autres artistes. C’est un son un peu sauvage qui me manque aujourd’hui, en tout cas en langue française.

« Toi et moi » fait un peu figure de titre phare sur l’album. Elle est accompagnée par un clip pour le moins étonnant… Qui est à l’initiative de ce clip décalé ?

Là pour le coup, j’ai laissé carte blanche au réalisateur, Julien Patrice et son collectif. Avec mon label Tekini Records, on croit beaucoup en lui, on lui a donc laissé écrire le scenario comme il le voulait. Mais là où il m’a bien eue, c’est que je lui avais dit que sur le prochain clip, je ne voulais pas jouer dedans, ou en tout cas ne pas faire grand-chose. Et pour le coup, je me suis bien fait avoir… (rires)

Tu as tout de suite validé son scenario ?

Oui, tout de suite, j’ai adoré. On s’est beaucoup amusé pendant les post-prods. Ça ne se voit peut-être pas au premier coup d’œil, mais il y a pas mal d’effets spéciaux, de bruitages et ce genre de choses. Il a en tout cas fait un travail remarquable. Il a su mettre en image l’esprit de la chanson. C’est un clip qui fait du bien, il file la patate. C’est ce dont j’avais envie.

Tu ne voulais donc pas véritablement apparaitre dans ce clip, quel rapport entretiens-tu avec l’image, toi ?

Ça me fatigue… et depuis un moment, d’ailleurs ! (rires) Ça fait une plombe qu’on n’a pas vu ma tête sur les albums. Au début, je m’en fichais. Aujourd’hui, je ne m’en préoccupe pas beaucoup plus, mais je suis tout de même obligée d’y faire attention. Et ça, ça me fatigue ! Je préfère avoir de beaux visuels, sans ma photo. En plus, j’ai la chance de connaître des artistes très talentueux, donc, j’en profite.

Le visuel de « La vérité » est particulièrement réussi.

Nico Hitori avait déjà fait un travail magnifique sur le EP en japonais. Et là, il a recommencé avec « La vérité ». Je trouve ça beaucoup plus intéressant que de voir ma tête… L’image est plus sincère comme ça. C’est en tout cas ce que j’aime. Et en l’occurrence, cet artwork, je le trouve sublime. Pour en revenir à ta question, oui, on est obligés de faire attention à l’image, mais ce n’est pas ce que je préfère. Ça n’a rien à voir avec la musique. Comme je te le disais tout à l’heure, ça me fatigue… (sourire)

Lui as-tu laissé carte blanche ?

Oui. Je lui ai filé les démos pour qu’il les écoute. La seule chose que je lui ai demandée, c’est que ce soit en noir & blanc avec des traits un peu sauvages. Et il m’a fait cette belle pochette…

Encore un mot sur « Toi et moi » et son solo de guitare à l’infini… En quoi ça consiste exactement ?

C’est parti de l’idée de faire une fin alternative sur ce titre, afin d’en avoir plusieurs différentes à offrir à la sortie de l’album. L’idée de base était d’inviter des amis. Il y a d’abord eu Laurent Duval qui m’accompagne en tournée, puis le solo « officiel » de Patrick qui est sur l’album, puis celui de Nikko, puis celui de Shanka, évidemment, Laurent Lachater, etc… Au final, je me suis retrouvée avec une liste assez impressionnante de solos de guitaristes que j’avais contactés. On s’est pris au jeu avec Patrick et on a décidé de lancer d’autres invitations. Tellement de gens ont répondu positivement qu’on ne sait pas quand ça va s’arrêter, donc, on l’a appelé « Le solo de l’infini ». L’idée de l’ouvrir au public, c’est Patrick qui l’a eue et j’en suis ravie parce que c’est bien que les gens puissent s’éclater à le faire aux aussi. Ils téléchargent l’officiel sur le site, ils enregistrent leur solo chez eux et nous le renvoient. Après, il y a de très joli lots à gagner. On a des partenaires assez prestigieux comme Sony/Playstation, Woodbrass, GuitareXtreme et Eagletone. Pour le coup, on ne se moque pas des gens avec ce solo de l’infini.

Si on va un peu plus loin dans la démarche, est-ce que c’est difficile pour toi de graver définitivement un morceau ?

J’irais même plus loin… Ce qui est difficile, c’est de se détacher d’un son une fois qu’on l’aime. Par exemple, je suis très attachée aux premiers sons qui sortent. Après, quand on les refait, j’ai toujours un problème avec ça. Finalement, souvent je me dis qu’on se prend la tête pour rien quand on mixe et remixe les titres. Enfin, pas pour rien parce que ça vaut le coup de prendre le temps de bien faire les choses, mais des fois on va passer une après-midi sur un son et quand on réécoute le premier son après, on se dit que c’était tout aussi bien, voire mieux… C’est intéressant d’aller dans le détail, mais pas tout le temps. Et c’était d’ailleurs un de mes souhaits sur cet album-là, c’était de ne pas aller trop dans le détail, ne pas perdre trop de temps sur des détails. J’aime aussi beaucoup d’un autre côté les productions léchées, mais ce n’était pas ce que je voulais sur ce disque précisément. Le mot d’ordre était place à l’imperfection. Il y a des erreurs sur ce disque, mais je les y ai laissées volontairement parce que les refaire n’aurait pas apporté grand-chose…

Un petit mot sur « Des larmes », qui est une pépite sur ce disque. Te rappelles-tu des circonstances dans lesquelles elle a été créée ? Il y a notamment dans ce texte une phrase qui justifie à mon sens toute la chanson, « Ne me laisse pas au bord de tes larmes ».

Ça me fait plaisir que tu me dises ça… (sourire) Tu sais, je me rappelle toujours très bien des circonstances dans lesquelles les chansons voient le jour. Et celle-là en particulier, je vais t’expliquer pourquoi. Elle est partie d’une base que j’avais faite toute seule, comme les autres. D’ailleurs, pour toutes les autres, quand les garçons sont arrivés, tout était prêt. Il y a tout de même trois morceaux que je n’ai pas menés à leur terme toute seule. Comme on commençait à répéter pour le live tous les quatre, je me suis dit qu’il fallait que les garçons mettent aussi un peu leur patte sur quelques titres, avant d’aller trop loin. Ces trois chansons sont « Bollywood », « À quelqu’un » et donc « Des larmes » où je n’ai gardé que le petit riff de départ et le refrain. Tout le reste, on l’a construit ensemble avec les garçons, Patrick, Nirox et Laurent. Par contre, quand j’avais enregistré la démo, Patrick m’avait fait un petit gimmick, en me disant que ce serait un guide de chant… C’est pour cette raison qu’il chante aussi dans ce titre. Cette chanson, c’est vraiment une collaboration entre ses idées et les miennes. Comme il est mon compagnon dans la vie, c’était très fort pour moi de me dire qu’on allait chanter cette chanson-là tous les deux. Graver sur un disque nos deux voix ensemble, c’était beau. Donc, il fallait que le texte soit à la hauteur de l’évènement… (rires) Du coup, au départ, je lui ai demandé d’écrire le texte, puisqu’il allait chanter, mais finalement, et après avoir beaucoup discuté, c’est moi qui l’ai écrit.

Manu © Jipe Truong

C’est en tout cas une sublime chanson de mon point de vue.

Et le pire… c’est qu’elle a véritablement failli passer à la trappe ! (rires) On n’arrivait pas à s’en sortir. Nirox nous avait fait une batterie géniale à la fin, du coup, on arrivait à six minutes quarante de chanson. On n’arrivait plus à s’en sortir. C’est le dernier morceau qui a été mixé en plus. Nous étions en retard sur la date de rendu pour la fabrication de l’album, donc, j’étais à deux doigts de la mettre de côté. Le morceau me paraissait trop compliqué par rapport aux autres. Mais finalement, on ne l’a pas abandonné, et quand j’entends ta question… je me dis qu’on a bien fait de le garder !! (rires)

Quel est le line up sur scène en ce moment ?

Il y a Nirox à la batterie, Patrick à la guitare (ou Murdock si tu préfères !), et Laurent Duval à la basse mais qui fait aussi de la guitare sur certains titres. Si tu te souviens bien, sur « La dernière étoile », je m’étais mise à la basse sur scène, donc, je continue à jouer deux/trois morceaux à la basse et Laurent prend le relai à la guitare. C’est un très bon guitariste…

Le vendredi 13, j’ai vu sur ton Facebook que tu étais sur scène. En sortant de scène, as-tu ressenti le besoin de poser quelques mots sur ce qui venait de se passer ?

Pas véritablement. Je t’avouerai qu’on aurait bien aimé rejouer le lendemain. La date a été reportée, sans qu’il n’y ait de rapport avec les évènements. Quand on est sortis de scène, ça a été la douche froide. Tout de suite, j’ai pensé aux potes qui étaient sur place. Donc, mon premier réflexe a été d’avoir de leurs nouvelles. Le lendemain, nous sommes rentrés sur Paris. Nous sommes arrivés à la Porte d’Orléans, déserte pour une fois. C’était assez particulier… En fait, on avait tous envie de remonter sur scène tout de suite, plutôt que d’écrire ou composer quelque chose. On voulait tout de suite repartir. La meilleure réponse qu’on puisse donner à l’atrocité, c’est garder notre liberté de sortir. Là, on vient de jouer au Gibus, certains amis nous ont dit qu’ils n’avaient pas encore la force de ressortir, d’autres étaient heureux de venir. Chacun réagit à sa manière, finalement. Et toutes les réactions sont compréhensibles. Mais nous, notre objectif, c’est de continuer et de garder notre liberté.

Propos recueillis par Luc Dehon le 8 décembre 2015.
Photos : Sébastien Bance, Jipé Truong

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Twitter : @ManuTekini -
https://twitter.com/ManuTekini









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