Interview de Greg June

Propos recueillis par IdolesMag.com le 25/11/2015.
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Greg June © Helene Pambrun

Greg June vient de publier un premier EP, sobrement intitulé « One », emmené par l’excellent single « We can never talk ». Son premier album est attendu pour le début de l’année prochaine. Séduits par l’univers de l’artiste, nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur lui et ses projets…

Avant de parler plus précisément de cet EP qui vient de sortir et de ton premier album qui est en préparation, j’aimerais si tu le veux bien qu’on évoque ton parcours dans les grandes lignes. Et tout d’abord, la musique que tu as écoutée chez toi quand tu étais gamin ?

C’est ma maman m’a amené à la musique quand j’étais enfant. Elle était musicienne, pianiste pour être précis, et c’est elle qui m’a mis au piano quand j’avais cinq ans. Quant à ce qu’elle me faisait écouter, c’était à la fois de la musique classique, beaucoup de musique classique d’ailleurs, et notamment dans la voiture quand nous allions à l’école, mais aussi des artistes comme Michel Berger ou William Sheller qui tournaient en boucle. À côté, pour ce qui est de mes influences anglo-saxonnes, on écoutait des artistes comme Elton John. Comme tu peux le remarquer, ce sont essentiellement des pianistes et des auteurs/compositeurs.

Ta maman étant musicienne, j’imagine que tu as baigné dans une ambiance artistique à la maison.

Oui, la musique était importante, mais surtout du côté de ma maman. Mon père, lui, aimait ça, mais il n’était pas artiste lui-même. Il était plus cartésien et pragmatique ! (sourire) Mais effectivement, on baignait tout de même dans cette atmosphère musicale, en tout cas dans une atmosphère de découverte et d’enrichissement.

Tu as donc appris le piano dès l’âge de cinq ans. Que se passe-t-il par la suite ? As-tu suivi une formation de piano classique ? Un cursus au Conservatoire ?

Rien de tout ça… (rires) J’ai appris à jouer du piano mais je ne sais toujours pas lire les notes ! Ma première prof de piano était une personne âgée assez majestueuse et impressionnante. C’est avec elle que j’ai appris les bases. Très vite, on s’est demandé s’il fallait que j’aille au Conservatoire ou pas. Mais j’ai toujours refusé catégoriquement d’aller au Conservatoire … Avec mes mots d’enfant, j’avais bien fait comprendre à mes parents que j’allais déjà à l’école toute la semaine et que je n’avais pas envie d’y aller en plus le mercredi après-midi ! Donc, je n’ai jamais suivi de formation classique. Plus tard, comme tous les ados, j’ai fait ma petite crise et j’ai voulu me mettre à la guitare. Et cette guitare a amené un peu plus tard l’envie de chanter. Les choses se sont faites assez naturellement finalement.

Les premières compos, à quand remontent-elles ? Avec la guitare ou déjà au piano ?

Je pense que mes vraies compos conscientes sont venues avec la guitare à l’âge de seize ans avec mon premier groupe, « Apple Crash ». C’était un groupe de copains. On jouait dans le garage des parents.

C’étaient déjà des compos en anglais ?

Oui, déjà… il n’y a pas de hasard ! (rires)

Après « Apple Crash », que se passe-t-il dans ta vie musicalement parlant ? Tu commences à te produire sur scène ?

On a fait quelques petites scènes avec le groupe, puis j’ai commencé mes études. J’ai déménagé à cette époque aussi. On est allés habiter à Nancy. C’est là que j’ai commencé mes études. À cette époque, j’ai continué à jouer avec plusieurs groupes et à écrire de la musique. C’était un hobby, mais au fur et à mesure, les choses se sont précisées. Au fil du temps, l’envie d’écrire ma propre musique a grandi. Je continuais à faire des reprises en parallèle, mais j’avais véritablement l’envie d’aller vers ma propre musique.

Greg June © Helene Pambrun

Entre le fait d’écrire quelques chansons comme hobby et l’envie de publier un album, donc dans une démarche professionnelle, il y a une marge. Le switch, il a lieu quand ?

Le déclic s’est fait il y a maintenant sept/huit ans. J’étais encore en train de faire mes études et j’ai rencontré un petit label indépendant qui est venu me trouver après m’avoir vu jouer dans des bars. À l’époque, je jouais plutôt des reprises, mais ils m’ont demandé si j’avais quelques compos personnelles. J’avais quelques premières maquettes que je leur ai présentées. Et c’est grâce à ces premières maquettes qu’on a commencé à travailler ensemble. On a commencé à gravir les marches une à une et on a avancé vers cet Ep et cet album qui va bientôt sortir. Au fil du temps, je me suis pris au jeu de vouloir grandir en tant qu’artiste, que musicien et en tant qu’homme, tout simplement.

Tu as donc fait des études de médecine, c’est une discipline plus cartésienne que la musique, est-ce que les deux disciplines ont été difficile à mener en parallèle ?

Ces études étaient complètement compatibles avec ma passion pour la musique, même si celle-ci prenait de plus en plus place. Donc, ce n’était pas inconciliable. Et d’ailleurs, je pense que c’est dans mon tempérament d’être à la fois pragmatique, scientifique et cartésien et de l’autre, d’avoir besoin de créer et de me retrouver dans ma bulle. C’est là-dedans que je trouve mon équilibre. Il faut pouvoir rêver en gardant les pieds sur terre...

Greg June, OneTu as dû réunir une flopée de chansons au fil des années. Comment s’est opéré le choix pour cet EP, où tu mélanges titres électriques et acoustiques ?

Le choix des titres s’est fait assez naturellement. Après, l’idée sur cet EP était de déconstruire les chansons pour revenir à l’origine des chansons. Une bonne chanson doit pouvoir fonctionner guitare/voix, sinon, elle ne tient pas la route. C’est en tout cas comme ça que je vois la musique. Donc, sur cet Ep, nous avions décidé de faire figurer le premier single « We can nerver talk », ça paraissait logique, mais je souhaitais aussi en prendre le contrepied et le proposer dans sa version acoustique, pour bien montrer aux gens d’où venait la chanson finalement. Après, je me suis dit pourquoi ne pas faire la même chose avec deux autres titres du prochain album ? En l’occurrence « Hey » et « Unify », deux titres qui me tenaient à cœur, que le public pourra découvrir sur l’album en version produite. Donc, la démarche de cet Ep, c’est de proposer en premier des versions acoustiques originales.

Il y a aussi une reprise des Pixies, « Where is my mind ».

Là, c’est plutôt un coup de cœur. C’est une de mes chansons préférées. J’avais envie de la revisiter tout en gardant son intemporalité. C’est un titre culte, finalement ! Et puis, je me suis dit que ce serait peut-être pas mal de la faire découvrir aux plus jeunes.

L’album est déjà bien avancé ?

Oui. Il est bien avancé… mais je continue à pas mal écrire en ce moment. Disons qu’il est à 80% de son process. Il est prévu pour début 2016, donc, les choses doivent avancer. Il y aura peut-être encore quelques surprises et quelques duos. Disons qu’un premier album, c’est un peu le projet d’une vie, ou d’une première vie en tout cas, donc j’ai toujours envie de rajouter des petites choses. Mais il faut savoir s’arrêter à un moment. Mais effectivement, avec la sortie de cet Ep, il y a plein de choses qui se présentent à moi, et notamment la perspective de duos ou de featurings. Donc, l’album n’est pas finalisé mais bien avancé. La vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain, donc, je me laisse encore la liberté de faire évoluer les choses avant sa sortie.

Tu as travaillé avec Franck Authié (Grégoire, Thérèse Vivre d’amour, Julie Zenatti…). Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec lui et avec le recul, que t’a-t-il apporté musicalement parlant ?

Le choix de Franck n’est pas vraiment un choix puisque Franck est un ami. C’est quelqu’un que je connais depuis très longtemps. C’est un frère d’armes en quelques sortes. C’est le premier à m’avoir donné la possibilité de travailler sur mes premiers titres. On fonctionne vraiment en binôme tous les deux. Mon studio, je l’appelle mon « bac à sable ». Je le vois comme un véritable espace de jeux où je vais pouvoir écrire, arranger et m’exprimer créativement. Et dans ce bac à sable, Franck m’encadre techniquement parlant. Il me laisse la liberté créative totale de faire les arrangements que je veux, il me laisse tenter tout ce que j’ai en tête, et après, il me donne ses conseils et peaufine le tout. Sans lui, cette aventure n’aurait pas été possible. Techniquement, il m’a beaucoup apporté. Nous nous complétons bien l’un et l’autre. On travaille vraiment en binôme et de façon très instinctive. On se connait depuis des années maintenant… C’est assez facile de travailler avec Franck.

Quand on écoute tes paroles, il en ressort quelque chose d’assez universel finalement. Quelles ont été tes principales sources d’inspiration ?

Pour ce premier album, ce sont des thèmes auxquels j’ai pu réfléchir pendant de nombreuses années, pendant cette première partie de ma vie. Donc, on va retrouver des thèmes comme l’amour, la relation aux autres, l’amitié. Les rapports humains, en somme. Et c’est d’ailleurs ça qui me fascine le plus, je pense. Les rapports que nous pouvons avoir les uns avec les autres et les conséquences qui peuvent en découler. Ce sont effectivement des moments et des émotions que j’ai eu le besoin de mettre en musique et en mots à un moment donné. Ce sont donc des thèmes universels, comme tu le soulignais. Après, même avec des thèmes universels, on peut avoir sa propre manière d’exprimer les choses.

Greg June © Helene Pambrun

Les textes sont tous écrits en anglais, qui n’est pas ta langue maternelle. Pourquoi ? Pour une question de pudeur ou tout simplement parce que la musique anglo-saxonne fait véritablement partie de ta culture ?

Il y a un peu de tout ça… à la base, j’ai choisi d’écrire en anglais parce que j’ai beaucoup voyagé quand j’étais plus jeune et que la musique anglo-saxonne a toujours accompagné ma vie. Même si à côté je suis fier et amoureux de la langue française, ça n’a rien à voir. Mais effectivement, j’avais cette envie de m’exprimer dans une langue que j’avais beaucoup pratiquée en voyageant et qui était utilisée par des artistes que j’aime beaucoup. Et en même temps, je pense que plus jeune, c’était plus simple pour moi de m’exprimer en anglais, par pudeur, comme tu le disais. Je pense que c’est la démarche de plusieurs autres artistes qui chantent en anglais. Donc à la base, il y a une réelle envie artistique d’aller vers l’anglais depuis le début, et à côté, il y a cette petite partie de moi qui préfère s’exprimer dans cette langue par pudeur…

La porte reste-t-elle tout de même ouverte pour le français ?

Oui, pourquoi pas ? En tout cas, je serais très heureux de travailler avec des artistes français en tant qu’arrangeur ou compositeur ou même sur l’écriture de textes. Après, moi, aujourd’hui, je n’éprouve pas le besoin de chanter en français, mais qui sait ? On ne sait pas de quoi sera fait notre futur ?...

« We can never talk » fait un peu figure de tube sur cet EP. Te rappelles-tu des circonstances dans lesquelles tu as écrit ce titre ?

C’est un titre qui a une dizaine d’années. Je l’ai écrit suite à la séparation d’avec ma petite amie de l’époque. Je parle de ce moment où dans une relation, on n’arrive plus à se dire les choses. On se connait tellement bien qu’il n’y a plus de dialogue possible. « We can never talk », c’est ce moment où le dialogue n’est plus possible, où on n’arrive plus à se dire les choses. Même si on s’aime encore, c’est la fin… C’est une ancienne chanson, mais le sujet peut parler à tout le monde.

Un clip a été réalisé en support de « We can never talk ». Nous vivons aujourd’hui dans un monde d’images. Quel est ton rapport à l’image ?

Au fond de moi, j’ai un rapport à l’image assez paradoxal. Dans le style de musique que je fais, l’image est très importante. En plus, ma manière de penser la musique est très cinématographique. Quand j’écris et que je compose, j’ai en moi un petit film qui déroule l’histoire de la chanson, avec un début, un milieu et une fin ou une fin, un début et un milieu… peu importe (sourire). Ça, c’est l’artistique, ça concerne l’artiste. À côté, il y a l’être humain. Ma vie privée doit rester privée. Je ne suis pas pour le fait d’étaler sa vie sur les réseaux sociaux tous les jours. Savoir ce qu’un artiste a mangé à midi n’est pas le plus important… Me semble-t-il en tout cas ! (sourire) On est dans le rêve, bien sûr, nous sommes là pour véhiculer des messages, mais il faut faire attention à ce qu’on donne ou ne donne pas. C’est là que le rapport à l’image est très important dans la musique. Mais je m’efforce de le maîtriser le plus possible…

Tu me dis que tu as une façon assez cinématographique d’écrire et de composer, la musique à l’image, ça t’intéresserait ?

J’adorerais ! C’est quelque chose qui me passionnerait, je pense. C’est aussi quelque chose qui vient avec le temps, mais le fait de penser sa musique avec l’image, c’est quelque chose qui permet d’évoluer en tout cas.

Toujours dans le clip de « We can never talk », on te voit danser. La danse fait-elle partie intégrante de ton projet artistique ou était-ce juste pour les besoins de l’esthétique du clip ?

C’est vraiment quelque chose que j’aime beaucoup. Je suis un mec de mon temps, j’aime bien sortir, j’aime bien danser, j’aime bien bouger tout simplement. Et effectivement, la danse, c’est quelque chose qui me tient à cœur et notamment sur scène où je n’aime pas me cacher derrière ma guitare ou mon piano. J’aime bien évoluer sur scène. Bouger, danser, je pense que c’est important pour un artiste. Évoluer dans l’espace. Et notamment dans la pop. Alors, j’ai certainement encore beaucoup de travail à fournir à ce niveau-là, mais j’y travaille… (rires) La danse fait partie pour moi, comme la musique d’ailleurs, des arts en mouvement. Ce sont des arts qui me parlent beaucoup. Je suis fasciné par la danse, qu’elle soit classique ou contemporaine. J’adore aller voir des spectacles de danse. J’adore les arts en mouvement, où contrairement à la peinture ou la photographie, il y a un parti pris de subjectivité. L’interprétation n’est jamais la même. C’est quelque chose d’intéressant.

En parlant de scène, y en a-t-il qui sont prévues ?

Là, je suis en pleine promo, donc, j’ai pas mal de plateaux promo et radio en France prévus jusqu’à fin janvier. Et puis, on est en train de préparer le live et le spectacle inhérent à la sortie de l’album. Donc, la scène, ce sera plutôt pour début 2016. Il y a en tout cas plein de choses qui se préparent en ce moment.

Encore un petit mot sur une des chansons du EP « Unify », qui parle d’unité et de tolérance. J’imagine que cette chanson ne date pas d’hier, mais qu’elle prend une nouvelle tournure suite aux évènements qui ont endeuillé la France récemment…

Paradoxalement, c’est une chanson que j’ai écrite assez récemment. C’est en tout cas une des dernières chansons que j’ai écrites. Elle doit dater d’il y a une petite année. Pas plus. Ce qui n’est pas très long, au vu de mon processus d’écriture. Et cette chanson est très à propos ces derniers temps… Elle est très ancrée dans l’actualité. J’avais pensé à l’unité en écrivant ce titre, mais jamais je n’aurais pensé qu’elle prendrait un tel écho aujourd’hui. Malgré les problèmes et les différences, nous devons pouvoir nous unir et penser tous ensemble.

La création des chansons qu’on va retrouver sur ton album, sur quelle période s’étale-telle ?

Un premier album, c’est l’écriture d’une vie. Il y a des titres que j’ai pu écrire il y a une dizaine d’années, et d’autres l’année dernière. Un premier album, c’est le reflet d’une première vie. Ce sera l’album de mes trente premières années. On est sur quelque chose qui a pris le temps de mûrir.

Le deuxième album, lui, il faudra le faire en deux ans tout au plus…

(rires) C’est en tout cas pour cette raison que j’essaye de rester le plus créatif possible. Si deuxième album, il y a… En tout cas, en ce moment, je suis à fond sur ce premier album. Je fais tout pour qu’il soit bien et qu’il plaise au plus grand nombre. Je souhaite en tout cas qu’il ne déçoive personne… C’est d’ailleurs un moteur dans ma vie, l’insatisfaction. J’ai toujours en moi cette peur profonde de décevoir. C’est un moteur qui me permet d’avancer. Alors, oui, je serais ravi qu’il y ait un deuxième, mais c’est beaucoup trop tôt pour en parler.

Qu’est-ce que ça représente concrètement pour toi de publier ce premier album aujourd’hui ?

C’est l’aboutissement de tant d’années de travail ! C’est une forme de rêve aussi… qui d’ailleurs n’est pas encore tout à fait réalisé. Je vais enfin avoir la possibilité de rencontrer un public. Avoir cette sensation que les chansons ne t’appartiennent déjà presque plus… Trouver un écho. Apporter du réconfort à des gens. Tout ça, c’est fantastique. Et quand on remonte un peu le temps et qu’on déroule la bobine, on se rend compte que c’est difficile de s’imaginer que tout ça va peut-être se réaliser. Donc, je suis très heureux et très fier de tout ce qui m’arrive aujourd’hui. Je le vois comme une bénédiction et il faut en profiter.

Propos recueillis par Luc Dehon le 25 novembre 2015.
Photos : Hélène Pambrun

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