Interview de Shirel

Propos recueillis par IdolesMag.com le 28/10/2015.
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Shirel © Alon shafranski

La pétillante Shirel revient avec un nouvel EP, « 7 », aux sonorités moins lisses un peu plus rock et plus groovy. Cet EP marque très probablement pour l’artiste la fin d’un cycle, et – surtout – le début d’un nouveau. Touchés par ses nouvelles chansons, c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons contacté Shirel, qui vit aujourd’hui en Israël, afin d’en savoir plus sur ce nouveau projet. Rencontre avec une artiste solaire qui a appris à accepter ses zones d’ombre.

Quand avez-vous posé les premières pierres de « 7 » ? Et quelles étaient vos envies à cette époque ?

En fait, j’avais envie de changer un peu de peau, de son… Je suis une fille très fidèle, donc quand j’aime quelque chose, je le fais jusqu’au bout et je n’aime pas trop aller voir autre chose. Mais j’ai compris en parallèle que nous n’étions pas tous faits d’une même couleur et que nous sommes multiples. J’avais donc envie avec cet EP de découvrir d’autres sons, plus rock et moins purs d’une certaine manière, plus foncés, moins clairs… ça reste toujours moi, puisque c’est ma voix, mais j’avais envie d’aller vers des sonorités peut-être un peu plus sales. Les zones d’ombre m’ont fait peur pendant des années. J’aimais le soleil par-dessus tout, mais maintenant, j’ai Shirel, EP 7compris que c’était dans ces zones d’ombre qu’on arrivait parfois mieux à se comprendre pour mieux avancer… En plus, ça faisait très longtemps que je n’avais plus chanté en français, et ça me manquait. J’avais très envie de rechanter en français. Très envie !

Cet Ep s’intitule donc « 7 », qui est un chiffre qui a de nombreuses symboliques qui tournent autour de lui. Que représente-t-il pour vous ?

D’abord, le « 7 », c’est mon chiffre préféré et il représente un cycle. Et je pense que je suis arrivée à la fin d’un cycle et que j’en redémarre un nouveau. C’est pour cette raison que j’ai voulu mettre sept chansons sur cet EP. C’est aussi une page qui se tourne avec une peur de l’inconnu. Et en même temps, il y a une forme d’excitation, une envie de savoir ce qui va arriver après et une espèce de conscience. Tout ça se mélange un peu dans le chiffre « 7 ». Les chansons en elles-mêmes parlent un peu de ça. Une d’entre elles parle de la mort, une autre évoque la fin d’une histoire d’amour… Il y a plusieurs fins de chapitres et des nouvelles pages qui se tournent. Par contre, le « 7 » représente la fin ou le début, mais le « 8 » représente l’éternité. Et donc, j’ai voulu mettre en bonus une huitième chanson, qui est « Je ne regrette rien » d’Edith Piaf. Parce que quand on termine un cycle, on comprend qu’on n’a rien à regretter, qu’il faut avancer, tout simplement.

Comme vous venez de m’en parler, un petit mot sur votre version de « Non, je ne regrette rien ». Avez-vous eu une certaine appréhension avant de vous attaquer à un « monument » pareil ?

Je ne m’attaque à rien… On ne s’attaque pas à la musique, on la chante tout simplement parce que ça nous fait du bien. Cette chanson, je l’avais enregistrée il y a dix ans pour un ami qui avait perdu sa maman. Il m’avait demandé de chanter cette chanson au cimetière parce que c’était sa chanson préférée. Elle avait 90 ans, comme ma grand-mère, qui elle aussi adorait cette chanson. J’avais donc enregistré cette chanson à la maison et je l’avais chantée au cimetière, en hommage à cette femme qui était décédée. Et puis, quand je me suis mise à travailler sur « 7 », le graphiste avec qui j’ai collaboré m’a envoyé une photo de lui en me disant qu’il aimait lui-aussi beaucoup le français (il est israélien), et qu’il avait un tatouage où il était écrit « Non, je ne regrette rien ». J’ai trouvé la coïncidence assez drôle, puisque j’avais la chanson enregistrée depuis une dizaine d’années. Il m’a dit que je devrais l’insérer au disque… C’est donc le fruit du hasard si cette chanson se retrouve sur cet EP. Il me paraissait logique qu’elle soit présente, comme un bonus ou une chanson cachée… Parfois, les choses se goupillent bien…

Vous avez en tout cas fait une interprétation très personnelle de ce titre et amené cette chanson ailleurs, sans jamais trahir Piaf.

Je voulais simplement chanter des émotions que je ressentais moi aussi. Après… je n’ai pas la voix de Piaf et on ne peut pas comparer l’incomparable, c’est certain. Mais chacun peut ressentir des émotions différentes au travers des mêmes mots.

Revenons à vos chansons… Vous êtes donc l’auteure et la compositrice de la majorité des titres. À quand remontent vos premières créations ?

J’avais quinze ans quand j’ai commencé à écrire mes premières chansons. J’écrivais dans une espèce de journal ce que je ressentais, mes petites peines d’amour, etc… Au fur et à mesure, je me suis mise au piano et à la guitare, j’ai repris mes bouts de textes et j’ai composé de petites chansons. Au début, ce n’étaient pas de vraies chansons, c’étaient plutôt des petits mots que je me chantais à moi-même. Et aujourd’hui, c’est un peu la même chose. Quand je vis des émotions fortes, j’écris des petits bouts de phrases et au bout d’un temps je compile ces bouts de phrases pour en faire une chanson.

Vous avez donc écrit sur cet EP des chansons en français et en anglais. Dans le passé, vous avez également écrit en hébreux. La langue influe-t-elle sur votre façon de créer ?

Oui, complètement. Pour vous dire la vérité, je n’écris pas en français. C’est mon mari qui écrit les textes en français. Je suis à côté de lui et je lui dis des mots qui me touchent. Vous savez, j’ai appris le français à l’âge de six ans et j’ai l’impression de ne pas manier assez bien cette langue pour écrire des textes. Le français est la plus belle langue qui existe et je ne me sens pas capable d’écrire en français. J’arrive à aider, à traduire et faire ce genre de choses. J’ai d’ailleurs travaillé avec Bruno Gaccio quand il a adapté la comédie musicale « Avenue Q ». Mais toute seule, c’est quelque chose qui me fait peur…

Nous parlions de cycle tout à l’heure, écrire en français fera peut-être partie de ce nouveau cycle que vous allez débuter…

Peut-être… Pourquoi pas ? Je pourrais essayer, mais très sincèrement, je pense que je n’ai pas encore assez confiance ne moi. Par contre, je n’ai pas cette barrière en anglais. Déjà, c’est ma langue maternelle, et en plus, c’est une langue très facile. C’est une langue où on dit tout simplement ce qu’on pense. Alors que le français est bien plus nuancé et subtil. Je n’ai pas d’appréhension comme je peux en avoir à écrire en français. Par contre, j’ai compris récemment quelque chose… c’est que quand j’ai peur de quelque chose, c’est qu’il faut que j’y aille… Donc, je pense que je vais me mettre à écrire des textes en français. Je pense que je vais m’étonner moi-même parce que j’ai l’impression de toujours tourner autour du même pattern. Quand j’ai peur d’un truc et que je me lance dedans, je me rends compte que j’adore !...

Vous avez écrit une chanson sur la « Cop 21 » [La Conférence de Paris sur le climat, NDLR]. Vous êtes fort investie dans la protection et la sauvegarde de la nature…

Il faut dire que j’ai tout de même grandi aux côtés d’Alain Bougrain-Dubourg et de ma mère qui est une vraie amoureuse des animaux et de la terre [Jeane Manson, NDLR]. Son rêve serait de vivre dans une ferme, de cultiver ses propres champs bios et s’occuper de ses propres animaux…. Donc, même si je suis une fille de la ville, j’aime profondément la nature et je me sens très proche d’elle. L’année dernière, j’ai même vécu un passage un peu fou, et je suis partie vivre dans un mochav en Israël. C’est une espèce de petite campagne très éloignée des villes. J’ai beaucoup aimé vivre là-bas et apprendre qu’on peut recycler ses déchets. Je ne connaissais rien à tout ça. Quand on a grandi à Paris et qu’on ne sait pas comment marche l’agriculture, on est un peu déphasé avec tout ça. En allant m’installer là-bas pendant un an avec mes enfants, pour travailler la terre et cultiver les légumes, je me suis beaucoup rapprochée de tout ça. Et évidemment, un peu comme tout le monde aujourd’hui, je me sens terriblement concernée par notre environnement, par la pollution, etc… Il faudrait que chacun donne un peu de soi. Et quand on commence à comprendre le cycle de la vie, on se rend compte qu’il faudrait que nous soyons tous un peu plus au courant de toutes ces choses, plus concernés, tout simplement. Et cette Conférence est là pour en parler et éveiller les consciences. Cette chanson que j’ai écrite, c’est une véritable ode à la terre. C’est une prière pour dire merci à Dieu, à la nature, à tout ce qu’on veut... Nous sommes tous un peu des enfants ingrats… (sourire) D’ailleurs, cette chanson, je la chante comme si j’étais en train de prier.

Si on va un peu plus loin, pensez-vous qu’une chanson puisse faire bouger les choses ?

Complètement, les chansons peuvent faire bouger les choses. Une chanson, ce sont des vibrations, ce sont des souvenirs et des émotions. Donc, oui, les chansons sont là pour faire bouger les gens. Que ce soit au niveau individuel ou que ce soit à l’échelle d’un pays, oui, elles ont le pouvoir de faire bouger les choses. Quand on pense à la paix, la chanson de Lennon nous revient immédiatement en tête. Alors certes, cette chanson ne fera pas tout changer, c’est certain, mais elle inspire, et c’est déjà pas mal… Ce qui est important dans les chansons, c’est l’inspiration qu’elles amènent.

Dans « Mon amour », vous avez posé des mots sur une musique de Frédéric Chopin. Qu’est-ce qui vous touche dans l’œuvre de Chopin ?

D’abord… Chopin, c’est Chopin ! Comme nous parlions d’Edith Piaf tout à l’heure, Chopin est lui aussi un « monument » ! (sourire) Cette histoire d’amour que je chante, c’est celle d’un couple de personnes âgées qui ont traversé la vie et les épreuves ensemble et dont l’un est parti avant l’autre. Je trouvais que de parler de celui qui restait était un beau sujet de chanson. C’est donc encore une fois mon mari qui a écrit ce texte, et je trouve que ses mots vont parfaitement sur cette musique de Chopin qui est à la fois magnifique et à la fois douloureuse. Elle est aussi sombre que légère. Ce sont les extrêmes et les nuances qui nous inspirent, nous artistes, à écrire des mots.

Dans « Go back home », vous faites un clin d’œil à quelques grands artistes, dont votre maman [Jeane Manson, NDLR]. Quel regard jetez-vous sur son parcours d’artiste ? Est-elle un exemple pour vous, même si les époques sont évidemment très différentes ?

Ma mère, c’est un exemple, et bien au-delà de la musique et de son parcours de chanteuse. C’est une femme extraordinaire d’un talent immense et que personne ne peut contester. Elle n’est pas que chanteuse, elle a écrit des livre et fait du cinéma… elle est multi talent. Chaque fois qu’elle monte sur scène, je pleure. Elle me touche profondément. Je vois d’ailleurs souvent que les gens autour pleurent aussi. Elle a ce talent de toucher le cœur des gens avec sa voix. Et donc, d’abord, je la remercie parce que j’ai hérité grâce à elle, non pas de sa voix, mais d’une voix. J’ai toujours envie de monter sur scène avec elle. Et c’est pour cette raison qu’on va faire un concert ensemble au mois de janvier à Enghien parce qu’autant j’adore la regarder et l’écouter chanter, autant j’adore partager la scène avec elle aussi. Je trouve ça génial de partager cette même passion pour la musique. Je l’ai accompagnée dans toutes ses tournées… tout le temps, j’étais là. J’ai vécu dans les loges et les caravanes, au milieu des robes et des paillettes. J’ai tellement vu des paillettes dans mon enfance, que mon rêve n’était pas de devenir chanteuse. Pas du tout. Longtemps, j’ai baissé les bras pour faire autre chose dans ma vie… jusqu’à ce que je ne me rende à l’évidence, c’était quand je chantais que je vibrais et que le temps passait plus vite. Chanter, c’était ma voie. C’est ce qui me rend heureuse.

Dans cette chanson-là, vous faites également référence à Prévert, à Gainsbourg, à Brel, à Stromae, à Joe Dassin… J’imagine que ce sont des artistes qui vous ont nourrie et inspirée.

Bien sûr. Je vais reprendre l’histoire de cette chanson… je l’ai d’abord écrite en anglais et je l’ai publiée en Israël. J’avais fait un clip qui reprenait des images de tous les différents films qu’on a pu voir dans notre enfance, les films des années 80. Tous ces films tournent autour d’un même dujet, comme un mantra, c’est rentrer à la maison, rentrer chez soi et revenir chez soi. J’ai donc pris plein de petits extraits de ces films qui évoquaient ce sentiment. Comme « Sauvez Willy » quand l’orque revenait chez lui, ou comme « Apollo 13 » ou « Il faut sauver le Soldat Ryan ». Donc, quand j’ai eu cette idée d’adapter cette chanson en français, je me suis dit que ce serait bien de reprendre des extraits de chansons connues qui nous parlent tout de suite. Quand on dit « tu étais formidable, j’étais fort minable », ça parle à tout le monde. J’aimais bien ce petit clin d’œil. Et comme vous le souligniez tout à l’heure, j’ai fait ce petit clin d’œil à ma mère, en chantant avec un petite accent américain en plus… ça m’a fait marrer ! (sourire)

Il y a donc deux reprises sur ce disque, « Non, je ne regrette rien » dont nous avons parlé tout à l’heure et « Ode to Billy Joe » de Bobbie Gentry que vous chantiez déjà sur votre premier album « Tous les chemins »…

On va dire que les chansons qui sont nouvelles dans cet album sont « Go back home », « Running Away », « Cop 21 » et « Mon amour ». Après, je me suis dit que ce serait pas mal de ressortir cette chanson que j’avais chantée sur mon premier album en 2001. Je l’avais faite avec Manu Katché et à l’époque, on ne l’avait pas sortie. Je trouvais ça dommage parce que j’avais eu la chance de l’enregistrer avec Manu que j’adore et que j’admire, et qu’elle était plutôt pas mal du tout… À l’époque, on avait encore les vraies bandes analogiques qui donnaient un son terriblement chaleureux. Donc, j’ai eu tout simplement envie de la ressortir. C’était finalement la chanson dont j’étais la plus fière dans cet album « Tous les chemins », et on n’en avait rien fait… donc, aujourd’hui, elle retrouve toute sa place.

On trouve donc sept titres plus un bonus track donc huit plages sur « 7 », ce qui en fait un gros EP ou un petit album… Comment le voyez-vous, vous ?

Comme un EP. Aujourd’hui, c’est devenu extrêmement dur de sortir un album pour un artiste. Tout va de plus en plus vite. Nous vivons dans une course permanente. Comme vous le disiez tout à l’heure, les époques sont très différentes quand on compare avec les années 70 ou 80. Donc, sortir tout un album, c’est devenu très difficile. Il faut beaucoup de moyens et du temps. Je n’écris pas mes chansons toutes en même temps. Donc, je préfère les sortir petit à petit, par cinq ou six. Je préfère garder mon énergie, mon argent, mon inspiration et ma volonté pour ressortir un EP rapidement. Je préfère l’idée de sortir régulièrement de nouvelles chansons plutôt que d’attendre d’en avoir dix ou douze avant de pouvoir publier un album. Notre époque va de plus en plus vite, donc notre création suit le mouvement. Attendre quelques années avant de sortir un album, c’est difficile. Les chansons que je publie aujourd’hui, j’ai envie de les chanter maintenant. Ce ne sera peut-être plus le cas dans quelques mois.

Vous m’avez parlé tout à l’heure de ce spectacle avec votre maman à Enghien en janvier prochain, d’autres spectacles sont-ils prévus en Europe ?

Je viens à Paris dans un mois et j’espère pouvoir y organiser un concert.

Que représente la scène pour vous ? Est-elle une finalité en soi ? Diriez-vous comme certains artistes que vous écrivez des chansons pour aller les chanter devant un public ?

Mon moment préféré… en fait, mes moments préférés, parce que j’en ai deux, c’est tout d’abord quand je me retrouve avec des musiciens et qu’on crée une chanson que j’ai écrite toute seule dans mon coin. C’est comme si on prenait de la farine, du sucre et de l’eau et qu’on allait façonner un pain. C’est magique cette connexion entre les musiciens, de donner vie et âme à un morceau qui ne ressemble à rien. J’adore ce moment, qui est un moment privilégié et exceptionnel. Et le deuxième moment le plus important pour moi, c’est quand je suis sur scène devant un public et que je me connecte à mes émotions, ce moment qui dure quelque secondes ou quelques minutes où il n’y a plus de concert, plus rien, juste de l’émotion. C’est comme un moment parfait où tout, les musiciens, les artistes, le public, les sons… tout est en corrélation parfaite. On n’est plus dans le temps, on est hors du temps. On s’envole…

Vous avez publié il y a deux ans sur internet une chanson pleine d’humour à propos de l’Eurovision, « 12 points pour l’Eurovision ». Est-ce que ça reste un concours important pour vous ?

Non, pas du tout en termes de musique, mais j’aime profondément regarder cette émission. Même si c’est kitsch et tout ce qu’on veut, rien ne remplace une bonne soirée Eurovision ! C’est trop sympathique ! J’aime beaucoup le concept. Même si, c’est vrai, ce n’est pas du tout le genre de musique que j’aime, j’aime l’ambiance de l’Eurovision. Ma mère a représenté le Luxembourg en 1979, et en Israël d’ailleurs, c’est assez drôle, et moi, j’aimerais beaucoup représenter la France ou Israël. Quand j’ai sorti cette chanson avec beaucoup d’humour, j’ai pensé qu’on aurait pu me choisir… mais non ! (rires) Mais j’ai adoré enregistrer cette chanson et tourner ce clip, c’était un régal. On s’est beaucoup marré !

Donc, si on vous propose de représenter la France ou Israël, vous êtes partante !

Ah oui ! Je dis oui tout de suite ! (rires)

Tant que nous sommes dans les concours de chant… vous avez participé à « The Voice Israël » l’année dernière. Qu’est-ce qui vous a incitée à participer à ce télé-crochet et avec le recul, qu’en avez-vous retiré ?

Alors… (sourire) j’ai voulu faire ça parce que je n’étais pas connue en Israël. Mes chansons passaient un peu à la radio, mais il me fallait un petit coup de présence à la télé pour rentrer dans la maison des gens, pour essayer de faire connaître aux Israéliens l’histoire d’une française qui a quitté la France par amour pour Israël, alors qu’elle aimait profondément la France et qu’elle avait une carrière naissante là-bas. J’avais envie aussi de rencontrer un peu plus de personnes dans le métier en Israël et de comprendre la musique israélienne. J’ai d’ailleurs aujourd’hui encore un peu de mal à la comprendre. C’est pour toutes ces raisons que j’ai participé à « The Voice Israël ». En plus, j’étais tout de même la plus âgée… Au final, ça a été une super expérience. Musicalement, je n’ai pas appris grand-chose. On apprend toujours, mais je n’ai pas appris de techniques particulières ou ce genre de choses. Mais j’ai surtout appris la culture musicale du pays, ce que les gens aimaient, ce qui leur parlait. Ce qui touche les gens en France, ce n’est pas du tout la même chose que ce qui touche les gens ici en Israël. Et c’est pour cette raison que j’ai été un peu désorientée. Pour faire carrière dans un pays, il faut comprendre le langage du pays. Si on ouvrait un restaurant qui marche du tonnerre à Paris ici à Tel-Aviv… ce ne serait pas forcément un succès. Les codes ne sont pas les mêmes. Ce sont donc ces codes musicaux que j’ai voulu apprendre en participant à ce télé-crochet. Je suis arrivée jusqu’en quart de finale. Ça a été très difficile parce qu’il a fallu que je fasse preuve d’une extrême humilité. J’ai déjà fait énormément de scène en France, que ce soit avec « Notre-Dame de Paris », « Avenue Q » ou toute seule. Et là, ils m’ont cassée pendant toute la saison. Mon coach me soutenait, mais les autres me cassaient constamment. Ça a été très dur. Mais c’était drôle parce que ça m’a montré comment je réagissais au conflit. J’ai compris aussi ce qu’était la jalousie entre les candidats… Mais au final, je suis très contente de l’avoir fait. J’ai beaucoup grandi dans ma vie personnelle avec cet épisode de « The Voice ». Ma vie musicale, non, mais ma vie personnelle, beaucoup plus.

Vous étiez en décalage avec les autres candidats. Vous, vous avez déjà une carrière. Vous ne cherchiez pas une « starification à la seconde »…

(sourire) Vous savez, je ne cherchais pas grand-chose en fait. Même là quand je sors « 7 », bien évidemment, j’aimerais qu’il plaise aux gens et que les chansons soient diffusées en radio, mais mon but dans la vie, ce n’est pas de vendre des milliers d’albums. Non. Je cherche à grandir, à tomber, à me relever, à comprendre, à analyser, à me retrouver… J’ai toujours besoin de challenges. Les challenges m’allument.

Vous avez donc quitté la France par amour pour Israël… la France vous manque-t-elle parfois ?

Oh vous savez, je reviens très très souvent en France !… (sourire) Il y a des problèmes d’une tristesse absolue en France, comme l’antisémitisme… Mais la beauté de ce pays est incomparable. Tout est beau en France. La France, c’est un raffinement exceptionnel. Il y a des talents fabuleux en France, que ce soit dans la musique, dans le cinéma ou en architecture… Se promener dans Paris, en tant que touriste, c’est un cadeau extraordinaire. Alors que quand on y habite… on ne voit pas trop toute cette beauté. Ici, j’habite à Tel-Aviv, qui est la ville moche la plus belle du monde. Je n’ai jamais vu une ville aussi moche, mais son histoire est tellement belle qu’elle en devient magnifique. Mais oui, bien entendu, j’ai toujours un plaisir immense à revenir à Paris, c’est la plus belle ville du monde. La France, c’est mon pays aussi. Donc, oui, il me manque. Son raffinement me manque.

D‘autres projets sont-ils dans les tuyaux ?

Oui, mais je ne peux pas en parler encore. Disons que pendant dix ans, j’ai fait une petite pause en France et que là, je viens de repousser sur le bouton play… je pense que la porte n’est pas fermée et qu’elle est même accueillante. Les gens ont un regard sympathique envers moi, un sentiment qui est partagé.

Propos recueillis par Luc Dehon le 28 octobre 2015.
Photos : Alon shafranski

Liens utiles :

Shirel en concert en France :

  • 10 décembre à Marseille (Concert caritatif au profit de la Croix Rouge israélienne « L’Étoile Rouge » pour l’achat d’ambulances en Israël.
  • 31 janvier 2016 : Concert avec sa mère Jeane Manson au Casino d’Enghien (95)








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