Interview de Keen'V

Propos recueillis par IdolesMag.com le 22/10/2015.
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Keen'V, La ou le vent me mene

Keen’V publie le 23 octobre chez Warner son nouvel album, « Là où le vent me mène », un album nettement plus costaud que les précédents, tant musicalement qu’au niveau des textes. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons été à la rencontre de Kevin afin d’en savoir plus sur la genèse de ce disque pour lequel, il avait besoin, selon ses termes de prendre un nouveau départ.

Tu as quitté Universal après avoir sorti avec eux cinq albums, et tu viens de signer chez Warner. Que s’est-il passé ? Pourquoi ce changement de maison de disque ?

Il ne s’est rien passé avec Universal, je suis resté en très bons termes avec eux. Ils ont fait un super boulot sur tout ce qu’on a pu faire ensemble. Mais j’avais besoin de prendre un nouveau départ pour ne pas m’installer dans une routine. J’avais envie de travailler autrement, tout simplement. J’avais aussi envie d’être traité comme un jeune artiste qui débute. Quand tu as sorti quelques albums, tu rentres dans une routine, tu sors un album tous les étés, tu travailles avec les mêmes personnes, tu vois toujours les mêmes têtes. Donc, en restant chez Universal, je pense que j’aurais pu m’installer dans un train-train qui aurait, au final, pu m’ennuyer. Donc, j’ai préféré les quitter avant et nous sommes en très bons termes. Je n’ai certainement rien contre eux parce qu’ils ont été géniaux avec moi. J’avais juste besoin d’un nouveau départ.

En parlant de nouveau départ, on retrouve dans « Là où le vent me mène » des rythmes ensoleillés, bien évidemment, mais également des sons plus rock, plus électros, plus électriques aussi…

Tu vas avoir l’impression que je me répète, mais j’avais envie d’une évolution. Et tout coïncide, que ce soit au niveau des textes ou des musiques. Je voulais un album plus diversifié au niveau des styles musicaux et des choix de thèmes pour les textes. J’avais envie de surprendre les gens et de me surprendre par la même occasion. Le jour où tu as fait le tour de la question… c’est plus la peine de ressortir un album ! (sourire)

Parlons tout d’abord de « Comme les autres », qui est une très belle chanson sur les rapports entre un père et son fils quand il apprend qu’il est gay. Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ce texte ?

L’histoire que je raconte, je la trouve tout simplement pas juste. Je ne suis pas un défenseur des injustices non plus, mais quelle que soit la position dans laquelle j’essaye de me mettre, c’est difficile. Si j’étais père et que mon fils venait me voir en me disant qu’il est homo, dans ma tête, ça équivaudrait au fait qu’il préfère faire du foot au lieu du basket. Rien de plus. Je ne vois pas ce que ça pourrait me faire que mon fils soit homo. Et si je me mets du côté du fils, j’imagine l’incompréhension qu’il a pu ressentir. Si j’avais été voir mon père en lui disant que j’étais homo, et qu’il m’avait dit qu’il ne m’aimait plus ou plus de la même manière, je n’y aurais rien compris. C’est quelque chose que je ne saisis pas. Je ne vois pas en quoi le fait d’être homo peut influer sur une relation aussi forte qui existe entre un père et son enfant. Donc, je trouvais ça injuste. Et je n’aime pas les injustices. J’avais envie d’en parler, mais je ne fais pas de leçon de morale, je dénonce juste la situation.

Si on va un peu plus loin, penses-tu qu’une chanson comme celle-ci puisse faire évoluer certaines mentalités ?

Non ! Les mentalités de ces gens-là, je ne pense pas qu’elles évolueront. C’est triste ce que je te dis, mais c’est ce que je pense sincèrement. Par contre, si cette petite chanson peut aider un môme qui est dans cette situation, là, j’aurais gagné quelque chose. Mais non, je ne pense vraiment pas que des gens aussi sectaires et fermés puissent se laisser attendrir par une chanson.

Dans un tout autre registre, tu partages le titre « J’ai piscine » avec Rayane Bensetti. Comment est-il arrivé sur le projet ?

Je ne fais que des featurings en famille ou entre amis. Il y a eu Willy William qui est un ami à moi et avec qui j’ai beaucoup composé. Il y a eu Lorelei B. qui est ma sœur. Il y a eu Toy Nawaach qui est comme mon frère et Cauet qui est un très bon ami. Alors avec Rayane, tout a démarré dans une soirée chez lui. On prenait un petit café et il a commencé à jouer de la guitare. J’ai été étonné qu’il joue de la guitare et je lui ai dit que ce serait marrant qu’on fasse un featuring ensemble. Et là, il me répond « Eh bien, vas-y ! ». On n’en reparle plus, et puis quelques semaines après, il me téléphone et il me demande où en est le featuring… je ne pensais pas qu’il avait été sérieux. Donc, on s’est mis à écrire un truc. Comme il est comédien et que je ne voulais qu’on pense que c’était un comédien qui voulait se lancer dans la chanson, on a écrit un truc pour bien faire comprendre aux gens que ce serait un one-shot.

Rayane a participé comme toi à « Danse avec les stars ». Avec le recul, retenterais-tu l’expérience ?

Avec un énorme plaisir. Autant, en sortant de l’émission, je ne pouvais plus voir un pas de danse… parce que j’en gerbais tellement j’avais eu du mal… autant, maintenant avec le recul, je me dis qu’il me manquait plein de trucs à l’époque pour profiter de l’expérience à fond. Il faut une super condition physique pour participer à cette émission. Aujourd’hui, je l’ai, et notamment grâce à la danse, mais à l’époque, je ne l’avais pas. Grâce à « Danse avec les Stars », j’ai appris à faire du sport tous les jours… C’est quatre à six heures par jour d’entrainement cette émission. Et là, aujourd’hui, je n’ai pas gardé le même rythme (sourire), mais je continue à faire du sport ! Et je vais même aller plus loin, je pense que si je retentais l’expérience aujourd’hui, je serais meilleur. J’en profiterais encore beaucoup plus. Donc, oui, je retenterais l’expérience avec un grand plaisir.

Un mot sur « Un monde meilleur ». Sous ses airs de petite chanson légère, elle évoque notre monde qui marche un peu sur la tête. Quel regard jettes-tu sur notre société ?

Je ne suis pas grand-chose pour juger… mais j’ai mon petit point de vue. J’ai l’impression que tout se sectorise et qu’on se divise tous. Tout devient très clivant. Et je pense que nous serions beaucoup plus forts tous ensemble plutôt que chacun de son côté. On est tous à se regarder du coin de l’œil l’air de dire « toi, tu me veux du mal »… C’est très bizarre. Après, c’est peut-être une vision simpliste, mais je me dis que le monde est assez grand pour tout le monde…

Dans la chanson, tu dis qu’on pourrait « effacer les erreurs du passé qui empêchent d’avancer ». As-tu des regrets ? Du moins, artistiquement parlant ?

Non. Je fais partie des épicuriens, donc je ne vis pas avec des regrets. Peu importe le mal que j’ai pu voir ou les épreuves que j’ai pu traverser, je pars du principe que ce sont ces épreuves qui m’ont fait grandir. Je prends toujours le positif dans le négatif. Autant que faire se peut.

Dans cette chanson, tu évoques John Snow (« Dans un monde meilleur, John Snow serait en vie »). Es-tu fan de « Game of Thrones » ? Et plus généralement, es-tu fan de séries américaines ?

Je suis fan de séries, tout court. Il y a aussi de très bonnes séries françaises et asiatiques notamment. L’avantage d’une série, par rapport à un film, c’est que tu peux voir évoluer un personnage auquel tu t’es attaché. La personnalité des personnages a le temps de se développer. Un film, ça dure une heure trente, et après c’est fini. Une série, ça peut durer des heures et des heures. Donc, oui, je suis très client de séries. Et surtout très fan de « Game of Thrones » ! (rires) Et si j’ai pris John Snow, il y a une bonne raison, c’est qu’il y a quelques détails qui me font dire qu’il n’est pas mort… [Et là, nous commençons à parler plus en détail de la série et du destin de John Snow]

Revenons à ton nouvel album ! « Si j’avais su » évoque une nouvelle fois la paternité. Est-ce un sujet qui te travaille ?

Non. En vrai, non… Avant de penser à la paternité, il faudrait penser à une femme. Et malheureusement, je n’ai pas encore eu l’occasion de vraiment me poser et de vivre quelque chose de sérieux. On ne fait pas un enfant avec la première venue. Donc, je ne peux pas me poser cette question aujourd’hui. Mais, bien sûr, j’aimerais avoir un enfant. Je pense que tout le monde est comme ça… ça me semble logique. Donc, oui, j’ai un vrai désir de devenir père, mais ce n’est pas viscéral. Ça viendra quand ça viendra. Mais en tout cas, avant de quitter ce monde, j’aimerais avoir un gosse, oui… (sourire)

En parlant d’enfant… « Blessures du passé » aborde un sujet une nouvelle fois très délicat (les enfants battus). Te mets-tu parfois certaines barrières quand tu abordes certains sujets plus sensibles dans tes textes ?

Jamais ! Je ne me pose jamais ces questions-là. Et en règle générale, je ne me pose pas trop de questions. Je suis d’accord avec toi, et je vois très bien où tu veux en venir, le texte de « Blessures du passé » est très violent. Elle est très dure cette chanson. J’en suis conscient. Et en même temps, je ne me suis jamais mis de barrières. J’ai toujours eu des morceaux un peu osés ou des morceaux un peu durs. Je me suis toujours amusé à ne pas rentrer dans les cases où on voulait me mettre.

Tu évoques le temps qui passe dans une chanson, te fait-il peur ?

Ça ne me fait pas peur… mais je me rends compte de plus en plus que je n’aurai probablement pas assez d’une seule vie pour faire tout ce que j’ai envie de faire. C’est un peu compliqué… j’aimerais avoir des journées de 48 heures. Et je ne dois pas être le seul dans ce cas ! Je vis ma vie à 200% et à 200 à l’heure… et même en faisant ça, j’ai l’impression de passer à côté de certaines choses. Là, je vis ma carrière à 200 %, mais je passe à côté de ma vie amoureuse.

Le fait de devoir faire des choix pour ta carrière au détriment de ta vie privée par exemple, est-ce que ça peu te gêner quelque part ?

Tu sais, depuis quelques années, le public m’offre la chance de pouvoir réaliser mon rêve d’enfant. Ça veut dire que je vis de ma passion. Et cette chance qu’on m’a offert, je serais tellement égoïste de la gâcher pour essayer de construire quelque chose… alors que j’ai un truc formidable entre les mains ! J’en veux toujours plus, comme beaucoup de gens, mais je sais aussi me contenter des choses qu’on m’offre. Et là, le cadeau que le public m’a offert en me plébiscitant, c’est le plus beau qu’on pouvait me faire dans ma vie. Donc, je ne peux pas me dire que je vais gâcher ça pour avoir un semblant de vie privée qui serait voué à quelque chose de bien, ou pas d’ailleurs. Je n’en suis même pas convaincu. Alors que là… c’est du concret que je vis. Je ne vais pas tout gâcher !

Tout ce qui t’arrive depuis quelques années, c’est un rêve de gosse.

Tu sais, quand j’étais gamin, je n’aurais même pas osé rêver à un quart de ce qui m’arrive aujourd’hui. Quand j’ai sorti mon premier album, je me suis dit « au moins, j’aurai sorti un album dans ma vie… » Au deuxième, je me suis dit que j’en aurai au moins sorti deux. Et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui. Je pense que le public a décidé que c’était maintenant mon moment. Et de toute façon… on chante pour lui !

En parlant de chanter pour le public. Tu vas partir en tournée au printemps prochain. Sais-tu déjà ce qu’il va se passer sur scène ? La formation que tu vas avoir ?

Là, très franchement, je me concentre sur la sortie de l’album avant tout. Donc, c’est un peu tôt pour parler de la tournée. Mais normalement, il y aura des danseuses, des musiciens, un DJ et des choristes. Après, le nombre exact, je ne peux pas encore te le dire, c’est trop tôt. Je ne voudrais pas dire de bêtises.

La scène, que représente-t-elle pour toi ? Est-ce une finalité en soi ou une étape parmi les autres, aussi géniale soit-elle ?

Pour faire une métaphore que tout le monde pourrait comprendre, le fait de faire des morceaux en studio, c’est comme si je confectionnais un repas. Et le fait de les créer sur scène, c’est comme si je le faisais goûter aux gens. Les deux étapes sont aussi importantes l’une que l’autre. Et surtout, elles sont complémentaires.

En parlant de tournée, j’ai vu que tu avais été contraint d’annuler ta tournée des clubs cet automne. Tu as d’ailleurs posté un message sur Facebook et l’info a été reprise partout sur la toile. Le fait de vivre à une époque où tout doit être justifié et justifiable, est-ce parfois pesant pour un artiste ?

Personne ne m’a demandé de me justifier de quoi que ce soit… Ce message que j’ai posté sur Facebook, je ne l’ai pas fait pour me justifier, mais tout simplement pour expliquer aux gens qui comptaient venir me voir que j’étais contraint d’annuler cette tournée. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir les réseaux sociaux qui nous permettent une certaine proximité avec le public. Si on ne les tiens pas au courant, eux, le monde tourne à l’envers. À aucun moment, je ne me suis senti obligé de justifier quoique ce soit. C’était une information, pas une justification. En plus, ils ont été plutôt cools avec moi, aucun n’a souhaité avoir plus de précision ou quoi que ce soit. Ils ont été adorables, comme toujours, d’ailleurs…

L’album va bénéficier d’une édition collector. Est-ce que c’est important pour toi de publier des éditions augmentées et de jolis objets ?

La vraie raison de l’édition collector… c’est que, comme je te l’ai dit, j’écoute beaucoup des conseils du public. Et l’année dernière, on m’avait reproché de mettre des titres osés dans la version normale. Donc, comme je suis à l’écoute, je me suis dit que j’allais mettre le morceau le plus osé de l’album sur une autre édition. Je ne veux pas que les mères soient outrées quand leurs gamines écoutent le disque ! (sourire) Et puis, pour ce qui est de « Petite Émilie » à la guitare, c’est parce que j’avais envie de réarranger cette chanson en vue de la tournée. Et surtout, sans choquer les gens, qu’ils soient déjà au courant qu’il y a une autre version de la chanson. Après, la version collector est beaucoup plus jolie, c’est une pochette en carton, donc, il y a un réel attrait à acheter un objet physique.

Aujourd’hui, toi, tu achètes du mp3 ou du Cd ou du vinyle ?

Ça dépend… Pour écouter de la musique dans la voiture, le mp3, c’est plus facile. Mais quand il s’agit d’un artiste que j’aime énormément. J’aime bien acheter l’objet physique.

Une dernière petite question avant de te quitter, « Là où le vent me mène » est donc ton sixième album et il sera dans les bacs demain (notre interview a été réalisée la veille de la sortie du disque), dans quel état d’esprit es-tu ?

Je suis stressé parce que c’est une nouvelle aventure qui commence, ça remet les compteurs à zéro une nouvelle fois. Je dois une nouvelle fois faire mes preuves. C’est un peu comme si je démarrais une nouvelle carrière. Si le public est déçu de l’album, je serai le plus malheureux.

L’impression de remettre tout à plat et de recommencer de zéro, c’est un sentiment que tu as éprouvé à chaque sortie de disque ?

Oui, à chaque fois. Mais c’est un petit stress positif. Ce n’est pas facile, mais j’aime les challenges. C’est bénéfique !

Propos recueillis par Luc Dehon le 22 octobre 2015.
Photos : DR

Liens utiles :
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Tournée 2016 de Keen’V :

  • 03/03 : Bikini / Toulouse (31)
  • 04/03 : Le Rocher de P. / Bordeaux (33)
  • 12/03 : La Coop. /Clermont Ferrand (63)
  • 13/03 : Les Docks / Lausanne (CH)
  • 19/03 : Trianon /Paris 18ème
  • 29/03 : 106 / Rouen (76)
  • 15/04 : Cirque Royal / Bruxelles (BE)
  • 16/04 : la Laiterie / Strasbourg (67)
  • 17/04 : Aéronef / Lille (59)
  • 21/04 : La carrière / Nantes (44)
  • 22/04 : Boisseuil / Espace Crouzy (87)
  • 23/04 : Oasis / Le Mans (72)
  • 28/04 : Châteauroux / Mach 36 (36)
  • 29/04 : Transbordeur / Lyon (69)
  • 30/04: L’Usine / Istres (13)








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