Interview de Nadéah

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/10/2015.
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Nadeah, EP Met a man

Alors qu’elle vient tout juste de publier un nouvel Ep (« Met a Man »), la pétillante Nadéah s’apprête à sortir son deuxième album, « While the heart beats », en début d’année prochaine, un opus réalisé par Rob Ellis (PJ Harvey, Bat for Lashes) et Marc Collin (Nouvelle Vague, Bristol, Doriand, Helena Noguerra). Plus accessible dans son ensemble que « Venus Gets Even », « While the heart beats » nous a touchés par sa poésie à la fois sombre et solaire, parfaitement à l’image de la pochette du EP où l’on voit l’artiste pleurer des larmes arc-en-ciel. Rencontre avec une artiste qui nous a, une nouvelle fois, touchés en plein cœur.

Nous nous étions rencontrés peu après la sortie de ton premier album, « Venus Gets Even ». Pas mal de choses se sont passées depuis, il y a notamment eu une énorme tournée… Que retiens-tu de l’exploitation de ce premier album ?

Je retiens surtout que j’aurais préféré ne pas être une artiste solo… (sourire) Après avoir eu l’expérience du groupe et celle de l’artiste solo, je peux te dire que je préfère largement être en groupe…

Pourquoi ?

Parce que j’aime bien partager les victoires et les défis. Je trouve que la vie est faite pour être en communion avec les autres. Je n’aime pas avoir mon nom uniquement sur quelque chose. J’aime le partage et la vie est faite pour ça. Je le pense comme ça en tout cas. Une carrière solo, c’est plus étriqué… (sourire)

Quand t’es-tu remise à travailler sur ce nouvel album, « While the heart beats » ?

On me demande souvent pourquoi j’ai mis tant de temps entre les deux albums… Mais la tournée a déjà duré trois ans… C’est essentiellement pour ça que j’ai mis tant de temps entre les deux albums. J’ai arrêté la tournée en septembre 2013 et c’est seulement après que j’ai pu me consacrer pleinement à cet album. J’avais bien entendu commencé petit à petit à écrire des chansons auparavant, mais c’est seulement à partir de l’automne 2013 que je me suis ménagé véritablement du temps pour écrire ce deuxième album et que je me suis bloquée en studio. Je reste pendant des heures devant mon piano pour que les choses sortent. Je ne suis pas quelqu’un qui écrit à l’arrache comme ça un peu n’importe où. Non, j’ai besoin de m’isoler pour écrire. J’ai besoin de me réserver des plages de temps qui sont consacrées exclusivement à la création.

Les chansons de ton premier album avaient été composées à la guitare, qu’en est-il de celles-ci ?

Effectivement, les chansons de « Venus Gets Even » avaient été composées à la guitare et transposées pour le piano par après. Mais pour celui-ci, j’ai envie de dire que c’est plutôt le piano. Quoique, quelques titres ont tout de même été composés à la guitare ! (sourire)

Composer à la guitare ou au piano influe-t-il sur ta créativité ?

Oui, bien sûr… la moitié de cet album, je l’ai composé à la guitare. Mon approche sur les accords a été plus géométrique que sonique. C’était très intéressant de travailler de cette manière. Par exemple, certaines chansons, je les ai voulues comme un carré, d’autres comme un rectangle. Il y a beaucoup de répétitions dans cet album, parce que j’aimais bien la structure. Je voulais parler du fait que nous, les humains, très souvent, on a souvent du mal à s’extraire de boucles dans lesquelles nous sommes. Nous restons bloqués très souvent. C’est ce que j’ai essayé de reproduire en musique.

Quand on écoute « While the heart beats », il a des accents beaucoup plus rock, plus groovy, plus électro et plus disco aussi que ce qu’on trouvait sur le précédent…

Avant de sortir « Venus Gets Even », j’avais sorti deux albums de rock alternatif à Brighton et à Londres. Sur scène, je suis toujours assez rock également. Donc, je voulais, avec ce deuxième album, aller dans cette direction que je connaissais mieux et avec laquelle j’étais plus à l’aise. Et aussi, je voulais ajouter un peu d’électro parce que j’aime bien ça. Je voulais un peu jouer avec les machines.

Tu as travaillé sur ce disque avec Rob Ellis et Marc Collin. Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec eux ?

En fait, au début, j’ai bossé avec Rob Ellis parce que je savais que je voulais revenir à mes racines un peu rock. J’aimais beaucoup ce qu’il avait fait pour PJ Harvey et Bat For Lashes. J’aimais ce son, mélangeant ballades et rock plus pêchu. C’est pour ça que j’ai souhaité travailler avec lui. Il a donc travaillé sur la première moitié du disque. Il a emmené mes chansons vers cet univers très rock. Si j’avais été basée aux États-Unis, ça aurait été très bien… mais comme je suis aujourd’hui basée en Europe, je voulais aussi aller vers quelque chose de plus électro et de plus années 70. Du coup, j’ai travaillé avec Marc Collin. On a enregistré ensemble l’autre moitié de l’album et on a transformé un peu les arrangements.

Un mot sur ta collaboration avec Marc Collin. Tu as déjà travaillé avec lui à plusieurs reprises de par le passé (« Nouvelle Vague », « Hollywood mon amour »). Que retiens-tu de l’expérience « Nouvelle Vague » ?

Trop facile, c’était super ! Tu sais, j’adore quand le projet ne repose pas uniquement sur moi ! (rires) Il n’y a pas la même peur. Tu peux te consacrer uniquement sur ta performance. Le seul inconvénient avec ce genre de projet où nous chantons des reprises, c’est que je ne peux pas combler mon besoin d’écrire. Et il est viscéral. Donc, pendant « Nouvelle Vague », j’ai pu écrire, bien entendu, mais je ne pouvais pas chanter mes propres chansons. C’est le seul inconvénient que j’ai rencontré parce qu’autrement, c’était le top, « Nouvelle vague » ! (sourire) Quand tu n’as rien à organiser, que tu n’as qu’à te pointer et chanter, que les gens sont sympas avec toi… Que demander de plus ? J’ai adoré cette facilité. Avec le recul, je pense que Marc Collin et « Nouvelle Vague » sont arrivés au bon moment dans mon parcours, je débarquais en France, et je n’avais pas la force de me battre pour mon propre projet. Ça m’a permis de me remettre le pied à l’étrier. Marc a été mon sauveur. Il m’a remise sur scène à une époque où je pensais véritablement que ma carrière était finie…

Les textes de ton premier album étaient un véritable psychodrame… Ici, j’ai l’impression qu’on est sur quelque chose peut-être d’un peu plus léger.

Je suis contente que tu l’aies ressenti parce que ça a été un problème sur le premier album. Mon tourneur me l’avait dit, il me trouvait trop dark ! (rires) Donc, si cet album-ci peut sembler plus léger, c’est génial ! C’est vrai que les sujets que j’abordais dans « Venus Gets Even » étaient très complexes, très difficiles… et pas vraiment imaginables finalement. Ça parlait de folie, de psychiatrie, d’alcoolisme, mais toujours avec un angle extrême. Dans « While the heart beats », je parle plus de choses « normales », entre guillemets, de heartbreaks, d’addictions… Donc des choses plus légères si tu veux ! (éclats de rire)

C’est en tout cas probablement plus accessible pour le grand public.

Exactement. Les gens peuvent plus s’identifier à ces nouveaux textes qu’aux précédents. Tout le monde n’est pas tétraplégique ou n’est pas interné dans un hôpital psychiatrique… Ici, on est plus dans un cadre normal. Quand on a le cœur brisé, on se retrouve certes dans une boucle un peu infernale, mais c’est le quotidien de beaucoup de gens.

Dans leur ensemble, de quoi vont parler les textes de « While the heart beats » ? Y a-t-il un fil rouge qui se détache ?

Oui. Il sera beaucoup question d’addictions. Tout le monde n’est pas addict à l’alcool ou à la drogue, c’est un fait. Mais à notre époque, tout le monde est addict à quelque chose, que ce soient les likes ou les amis sur Facebook, le travail, les selfies, etc… Dans notre monde occidental, on a une manière de vivre qui fait que nous tombons facilement dans des boucles ou des addictions. Donc, je parle beaucoup de ce phénomène dans ce disque. Je parle également de cœur brisé et j’essaye de donner un peu d’espoir pour sortir de cette spirale. Je parle des médicaments aussi, qui peuvent être une béquille. On a tous eu notre cœur brisé un jour ou l’autre et nous avons tous eu besoin à un moment ou un autre d’une béquille pour nous aider à tenir le coup.

« While the heart beats »  sortira donc en début de l’année prochaine. Est-il finalisé pour pas encore complètement ?

Je le finalise cette semaine. Maintenant, c’est plutôt au niveau du tracklisting qu’on travaille. Je vais être franche avec toi, là, j’ai déjà écrit un nouvel album (sourire), donc… c’est très difficile pour moi de ne pas mettre de nouvelles chansons sur ce disque. J’en chante quelques-unes pendant les concerts. Mais il y a tout de même une chanson que j’ai tenu à inclure dans cet album et qui n’a pas été enregistrée en même temps que les autres. C’est une chanson que j’ai enregistrée cette année pour ma fille… Mais le reste était enregistré depuis un moment…

Le titre de l’album, « While the heart beats », fait référence à une phrase de de George Eliot « While the heart beats, bruise it. It is your only opportunity » (« Tant que le cœur bat, écrasez-le, c'est votre seule opportunité »). En quoi cette phrase t’a-t-elle autant touchée ?

Cette phrase m’a fait comprendre pourquoi les moments douloureux existaient. On est là pour expérimenter la vie humaine et toutes ses façades. On est là pour vivre une expérience émotionnelle. Tu ne peux pas seulement ressentir quelques petites émotions qui sont justes acceptables. Il faut vivre le tout. Si on n’arrive pas à faire une sorte de réconciliation avec chaque émotion ni voir l’importance de chacune d’entre elles, la vie ne vaut pas grand-chose. Il faut accepter la tristesse aussi grande soit-elle. Il faut accepter le deuil, aussi douloureux soit-il. Pendant que nous sommes sur terre, nous devons vivre toutes les expériences possibles. Nous ne devons pas nous perdre dedans, mais les vivre. Chaque instant doit être apprécié, même s’il n’est pas agréable…

Des scènes sont-elles prévues dans les prochaines semaines ?

Le 29 octobre, je serai donc à La Boule Noire et la tournée, ce sera pour l’année prochaine.

Que représente la scène pour toi ? C’est là aussi une expérience émotionnelle très riche…

Pour moi, c’est là que la boucle est complète. Tu écris des petites chansons dans ton coin et les gens les écoutent tous seuls dans leur coin après. Mais tu ne sais pas ce qu’ils ressentent en les écoutant. Quand tu les chantes devant eux, tu peux tout de suite savoir s’ils sont émus ou non, si le propos les touche ou non. C’est là que réside le partage en musique. Si je fais de la musique, c’est pour partager et communiquer. Ce n’est pas pour qu’elles restent dans un placard. La musique, c’est la meilleure manière que j’ai trouvée pour exprimer mes émotions. Et si on va plus loin, j’espère que ma musique pourra permettre aux gens d’expérimenter leurs propres émotions, en partageant les miennes. Tout ça, ça se vit par la scène. Quand tu écris une chanson que tu trouves super, une chanson qui te touche, tu as envie de la partager avec les autres. C’est humain. C’est comme quand tu viens de voir un film qui t’a donné des frissons, tu as envie d’en parler pour que tout le monde autour de toi puisse ressentir ces mêmes frissons. C’est pareil avec les chansons.

Avec le recul, ce deuxième album a-t-il été plus facile ou plus difficile à finaliser que le premier ?

C’était beaucoup plus difficile… De toute façon, un album, pour moi, ce n’est jamais quelque chose de facile. J’ai toujours envie de changer un truc. La scène, pour ça, c’est magique, parce que tu vis le moment présent et tu ne peux rien changer. Mais pour en revenir à ta question, le parcours de « While the heart beats » a été beaucoup plus difficile que celui de « venus Gets Even ». J’étais seule à le produire et j’ai dû prendre toutes les décisions. Je me suis entourée, bien évidemment, mais au final, c’est moi qui devais prendre les décisions. Et je suis très nulle pour prendre des décisions !!… (éclats de rire) Par contre, tout ça veut dire que le prochain sera plus facile, et ça c’est une bonne nouvelle !

Propos recueillis par Luc Dehon le 20 octobre 2015.
Photos : DR

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