Interview de Arielle Dombasle

Propos recueillis par IdolesMag.com le 30/09/2015.
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Arielle Dombasle © Patrick Swirc

Arielle Dombasle publie aujourd'hui 2 octobre son huitième opus, «
French Kiss
 », un album résolument rock'n'roll au parfum de fifties. C'est avec beaucoup de plaisir que nous avons discuté de ce projet avec elle. Rencontre entre hula hoop, murder ballads et fureur de vivre avec une artiste plurielle et délicieuse.

Vous êtes à mon sens l’une des artistes les plus rock’n’roll qui soient en France, et pourtant, « French Kiss » est véritablement votre premier album de rock. Pourquoi avez-vous mis tant de temps avant de publier un album de rock ? N’aviez-vous pas trouvé l’angle ? Peut-être pas non plus les bonnes personnes avec qui travailler ?

En effet, sans doute. Cette voix que j’ai et ces multiples cosmos que j’ai touchés par le chant et le style, c’est vrai que j’interprète différents champs musicaux. J’ai commencé par du baroque, en chantant du Haendel, du Purcell, puis du Bach plus tardivement. Ensuite, je me suis plongée vers des airs sacrés, puis vers des sonorités électro. Tout ça a correspondu à mon parcours intérieur et ma logique d’artiste. Donc, le rock c’est une continuité musicale dans le temps. Le rock, c’est une révolution musicale et une attitude. Ce sont les premières guitares électriques et ce rhythm’n’blues qui s’électrifie. Donc, là, j’avais envie d’entrer dans ce cosmos que j’aime et connais, c’est-à-dire le rock des années 50/60.

Arielle Dombasle & The Hillbilly Moon Explosion, French KissLes années cinquante, ce sont des années troubles et sombres à Hollywood, et en même temps, c’est l’après-guerre, donc une période d’insouciance. Vous seriez-vous vue évoluer en tant qu’artiste à cette époque ?

Ah oui, complètement ! S’il y a bien une période pour laquelle j’ai une grande affection et un appeal, et encore plus que pour le dix-huitième siècle qui est aussi une grande tentation pour les femmes et pour l’esthétique, c’est celle-là. Les années cinquante, ce sont en effet the glorious years, c’est à cette époque que l’Amérique croit au progrès, qu’il y a cet extraordinaire mouvement de gaité, d’euphorie et de rébellion ! On sort de la guerre et on croit au futur. On croit à l’homme nouveau. On croit à la gaité. On croit au progrès. On croit aussi s’incarner dans une certaine vie au volant d’une Chevrolet décapotable, en mettant des talons aiguilles et en dansant le rock. C’est une époque où on va atteindre un certain sommet de la rébellion, de la gaité et de la fureur de vivre. C’est d’ailleurs surtout cette idée de la fureur de vivre qui me plait. Et j’aime beaucoup ce mouvement. Bien entendu, elle a été incarnée notamment par James Dean que j’adore aussi. J’ai beaucoup aimé ce film de Nicholas Ray Rebel without a Cause… Et puis, les années cinquante sont évidemment aussi les années Hitchcockiennes et « Sueurs Froides », les années de Billy Wilder, celles de Stanley Donen… C’est aussi Orson Welles et « La soif du mal ». C’est une période tellement prolixe et une rébellion tellement romantique. C’est aussi la première fois où la jeunesse s’emparait de la musique. Il y a eu une rupture par rapport aux parents. Et là, on se dit que tout est possible.

Quand le rock est-il entré dans votre vie ?

Il est entré avec tout le reste de la musique du monde… J’ai eu de la chance parce que mes parents écoutaient de tout, aussi bien Glenn Miller que Sinatra, Gainsbourg, Bill Crosby, Chuck Berry, The Platters, Ray Charles ou BB King. Mes parents écoutaient tout ça aussi bien que du Debussy, Bach ou Rachmaninov. Ils étaient de vrais arimélomanes. J’ai eu accès à toutes ces musiques depuis que je suis bébé.

Le rock a toujours fait partie de votre culture musicale, finalement.

Voilà. Je me souviens très bien de mes parents qui dansaient le Boogie Woogie et le Honky Tonky ! (rires)

Revenons à notre époque et à ce nouvel album, « French Kiss ». Vous l’avez donc concocté avec le groupe The Hillbilly Moon Explosion. Dans quelles circonstances les avez-vous rencontrés et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec eux ?

On était à un concert en Suisse. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus musicalement. On a immédiatement parlé de Jerry Lee Lewis et de Chuck Berry, mais aussi de Donna Summer. De fil en aiguille, nous en sommes arrivés à parler de tout ce revival éternel des années 50, au cinéma, dans la musique ou dans la mode. C’est une période dans laquelle musicalement ils excellent. Ça s’est donc fait comme ça. Ensuite, Oliver a proposé de m’écrire une ou deux chansons, et quand je les ai écoutées, elles m’ont plu tout de suite. Après, je suis allée à Zurich et à Londres et le disque s’est fait comme ça, pendant trois ans.

Arielle Dombasle & The Hillbilly Moon Explosion © Patrick Swirc

Vous chantez le premier single, « My love for evermore », en duo avec Nicolas Ker (Poni Hoax, Paris). Comment est-il arrivé sur le projet ?

Nicolas est arrivé quand j’étais déjà en train d’enregistrer. On avait commencé à travailler avec The Hillbilly Moon Explosion depuis un bon moment. Un an, un an et demi, quelque chose comme ça. Je l’ai rencontré lors d’un concert au Cirque d’Hiver avec les Poni Hoax. C’était un concert où nous accompagnions les stripteaseuses américaines remarquables, les Burlesques. Elles avaient demandé à des artistes qu’elles admiraient de venir chanter, afin qu’elles puissent danser sur nos interprétations. Et là, en entendant la voix de Nicolas, je me suis dit qu’il avait la plus belle voix de rock actuellement en France. Il a une voix géniale, entre Ian Curtis, Bowie et Jim Morrison. Il est un très très grand musicien ! Donc, nous nous sommes rencontrés tous les quatre avec Oliver et Emanuela et l’idée d’un featuring est très vite arrivée. Il fallait cette voix rock hyper romantique, vibrante et destroy sur le titre.

C’est une très belle idée, parce que sur le papier, la réunion de vos deux voix peut laisser perplexe, mais à l’écoute, il y a une vraie osmose.

C’est une vraie rencontre musicale que j’ai faite, avec Nicolas Ker. Il est remarquable, un des vrais seuls rockers français même si c’’est un prince franco-cambodgien. Il m’a fait découvrir des univers, les Stooges, les Cramps, J. Davidson, les tous débuts de Jim Morrison avant The Doors. Il est vraiment tout à fait extraordinaire. Totalement rock’n’roll attitude ! Son album solo « suburbs of exil », sort, du reste, en novembre.

Arielle Dombasle © Ali Mahdavi

« My love for Evermore » a bénéficié d’un très beau clip réalisé par Ali Mahdavi. Nous vivons aujourd’hui dans un monde d’images et vous avez, tout au long de votre carrière, énormément soigné le visuel et l’imagerie qui entouraient votre projet musical. J’imagine que c’est quelque chose qui a beaucoup d’importance pour vous.

Oui, c’est normal parce qu’il ne faut pas laisser ça uniquement à Beyoncé, Lady Gaga et les autres américaines (sourire). La seule artiste qui le fait en France, c’est Mylène Farmer. C’est tellement important l’image et trouver une cohérence visuelle. C’est un plaisir et une richesse aussi. Ali, c’est quelqu’un que j’aime depuis longtemps, et il connait cette époque des années 50, comme personne. Il a fait quelque chose  quelque chose à la croisée de Tarantino et de Sun City, une murder ballad sombre… C’est une sombre ballade qui reflète très bien le romantisme noir des années cinquante. Love story, Hollywood, Babylone.

En parlant d’histoires d’amour, un petit mot sur « Johnny are you gay ? ». On ne va pas revenir sur la polémique qui a entouré la loi sur le Mariage Pour Tous en France, mais disons qu’elle a réveillé de vieux relents homophobes. Sous ses airs guillerets, c’est une chanson militante, finalement… Pensez-vous qu’une chanson puisse faire évoluer certains esprits ?

Complètement ! C’est presque devenu tabou maintenant de se poser la question quand on flashe sur quelqu’un de savoir s’il est gay ou non ? Et pourtant c’est une question que tout le monde se pose… là, la question y est amenée d’une façon très légère. C’est l’histoire de quelqu’un qui a envie d’un peu plus d’amour avec somebody et qui se demande s’il est gay ou pas. Pourquoi ne l’embrasse-t-il pas ? C’est très amusant. Et en même temps, c’est joli de se poser la question parce qu’on n’est pas gay une fois pour toutes. On ne nait pas gay. C’est quelque chose d’extrêmement subtil et mystérieux finalement. Nous sommes dans une époque où les gens, et surtout la jeunesse, se sentent très bisexuels. Donc, c’est une question intéressante à se poser. Cette chanson va être reprise par le festival « Chéries / Chéris » qui programme les films les plus pointus et audacieux. « Johnny are you gay ? » sera en quelque sorte l’hymne du mouvement.

Vous apparaissez dans la bande dessinée de Mikl Mayer « Mes papas et moi ». Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Je trouve que ses dessins sont adorables. Il y a quelque chose de très sensible dans son trait et dans ses histoires. Il a un petit côté Hergé aussi. J’aime cette sensibilité de la Gay attitude dans la bande dessinée. Donc, l’idée de me prêter à cet univers m’a séduite.

Arielle Dombasle & The Hillbilly Moon Explosion © Patrick Swirc

À propos de dessin et de bande dessinée, est-ce une expression artistique qui vous parle ? On retrouve notamment des planches de dessins dans le clip « My love for evermore »…

Oui. Les dessins que l’on peut voir dans le clip sont signés Stefano Canulli qui fait tous les dessins de Mugler et qui travaille pour le Cirque du Soleil à Vegas. C’est un merveilleux dessinateur.

Un petit mot sur la scène… Vous vous êtes produite la semaine dernière sur la scène du Bus Palladium pour chanter vos nouvelles chansons. Quel accueil ont-elles reçu ?

C’était le délire ! Les gens ont adoré. C’était cool.

Qui vous a habillée pour l’occasion ? Jean-Paul Gaultier ?

Non, en l’occurrence, ce soir-là, c’était Olympia Le Tan qui m’avait habillée. Effectivement dans le clip, et d’habitude, c’est toujours Jean-Paul qui m’habille. Mais là, j’ai choisi cette petite robe d’Olympia Le Tan très fifties. Elle est si talentueuse.

Un mot sur votre collaboration avec Jean-Paul Gaultier qui ne date pas d’hier… Travaillez-vous ensemble sur vos tenues ou laissez-le vous seul vous imager dans telle ou telle robe ?

On se voit souvent et nous rêvassons ensemble… (sourire) Il est tellement génial, Jean-Paul, qu’il a mille idées à la seconde ! Et là, en l’occurrence, l’esthétique du clip « My love for evermore » lui doit beaucoup bien sûr… C’est super ce qu’il a fait.

De toutes les chansons qui composent « French Kiss », y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas forcément au propos de la chanson ni à sa musicalité, mais plutôt à un petit évènement qui se serait passé lors de sa création ou en studio…

Je pense que c’est « My love for evermore » parce qu’il y a dans cette chanson quelque chose de très très mélancolique, style Nick Cave et Kylie Minogue romantisme noir… C’est une histoire d’amour qui tourne mal et qui me fait penser à tous ces merveilleux mélos du cinéma américain de cette époque. Murder Ballads. C’est celle qui déclenche en moi le plus d’émotions.

« French kiss » est votre huitième album, si j’ai bien fait les calculs. Il sort dans quelques jours [notre interview a été réalisée mercredi dernier], l’excitation est-elle la même au fil du temps ? Ou est-elle finalement plus importante ?

Là, c’est un survoltage maximum ! Le public en redemande, et puis, nous arrivons avec un nouveau projet et on espère que c’est ce qu’il avait envie d’entendre. Et ça, c’est toujours un mystère… (sourire)

Une dernière petite question avant de vous quitter. J’ai lu dans votre bio qu’en 1981 vous aviez été applaudir Stray Cats à l’Olympia et que vous aviez eu la chance de récupérer une baguette que le batteur avait jetée dans la foule. L’avez-vous conservée ?

Malheureusement, elle a été perdue dans mon dernier déménagement. Mais je l’ai eue près de moi, longtemps !  

Propos recueillis par Luc Dehon le 30 septembre 2015.
Photos : Patrick Swirc, Ali Mahdavi

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Arielle Dombasle en concert / French Kiss Tour :

  • Mardi 3 novembre – Manko Cabaret (Paris 8ème)
  • Mercredi 4 novembre – La Cigale (Paris 18ème)
  • Jeudi 5 novembre – Le Bus Palladium (Paris 9ème)








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