Interview de Damny, Pungle Lions

Propos recueillis par IdolesMag.com le 23/07/2015.
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Pungle Lions, Round The Corner

Le groupe Pungle Lions emmené par Damny et Rouzman débarque cet automne avec un premier album excellent de bout en bout, « Round the corner ». Une musique généreuse et ensoleillée qui invite à la fête et à la danse. Nous avons été à la rencontre de Damny afin d’en savoir plus sur la genèse du groupe (qui renaît des cendres de La Phaze), le parcours de cet album et leur nombreux projets. L’occasion sera belle également pour aborder des questions plus larges comme la folie et la liberté qui manquent cruellement au monde artistique aujourd’hui !

Rappelle-moi un peu dans quelles circonstances Pungle Lions a vu le jour…

Avec La Phaze, nous nous sommes arrêtés en 2011. Je pense qu’il y avait une fatigue générale. J’avais une impression de redite au niveau artistique. Je ne voulais pas refaire un album, je n’avais pas le feeling pour me réinventer par rapport au groupe. On avait beaucoup beaucoup tourné, un peu trop peut-être, et je crois qu’on était un peu tous fatigués tout simplement. Il y avait aussi une espèce de routine qui s’était installée. Et moi, je n’aime pas trop ça dans la musique en général. Donc, d’un commun accord, on a décidé de stopper le groupe fin 2011. Ensuite, il y a eu un petit passage à vide pour les uns et pour les autres. Moi, j’ai pas mal bougé, j’avais besoin de prendre l’air. Et puis, nous nous sommes retrouvés avec le batteur, Rouzman, pour enregistrer de nouvelles chansons. J’avais continué à écrire quelques trucs. On se voyait donc de temps en temps chez moi pour enregistrer tout ça… et finalement, on s’est dit qu’on allait poster ces morceaux-là sur internet, sous la forme de 45 tours virtuels, avec une face A et une face B. Au fur et à mesure, ça a pris forme. On a cherché un nom de groupe et ce genre de choses… On s’est dit que ce serait un petit rendez-vous assez sympa avec les internautes tous les mois, quelque chose comme ça. Et puis, une chose en appelant une autre, et comme nous avions pas mal de titres, on a été approchés par un tourneur. De notre côté, on a commencé à démarcher des labels. Ça a été le cheminement un peu classique d’un nouveau groupe… et nous nous sommes remis le pied à l’étrier jusqu’à aujourd’hui où nous sortons un disque et nous partons en tournée.

À l’époque où vous publiiez vos petits 45 tours virtuels tous les mois avec Rouzman, l’envie de remonter un véritable groupe était-elle déjà là ?

À la base, on avait juste envie de balancer des titres sur le net. En tout cas en ce qui me concerne, Rouzman aurait peut-être une autre version à te donner. Mais à la base, on voulait juste balancer des prods sur le net. Point barre. Tu sais, quand tu sors d’un groupe dans lequel tu as joué pendant pas mal d’années… tu doutes quand même… tu te demandes si ça vaut véritablement la peine de remonter un truc. Donc, en fait, je préférais qu’on ne se mette pas de pression et qu’on fasse les choses de manière très naturelle et spontanée. Il n’y avait aucun calcul ni aucun plan de carrière particulier à cette époque.

La Phaze était sur un style beaucoup plus électro. Qu’est-ce qui vous a poussés vers un son plus reggae ?

En fait, je pense que ça vient de nos écoutes en commun et de notre background. Dans le camion, avec La Phaze, on en écoutait beaucoup du reggae. Mais pas que ! On a toujours écouté plein de choses très variées, mais on a toujours eu un certain amour un peu particulier pour le reggae, les vieux standards jamaïcains, Studio One et tout ça… Du coup, les premiers sons qui sont sortis étaient un peu dans cet esprit-là. Disons que notre musique a pris cette couleur Two Tone et rocksteady anglais. Après, bien entendu, on a ouvert un peu notre champ, en allant vers des trucs un peu plus électro, même si, comme tu le soulignais, on est sur quelque chose de beaucoup moins électro que ce qu’a pu être La Phaze. Mais le côté sampling est resté. Donc, oui, on avait la volonté de faire quelque chose de plus ensoleillé et fleuri ! (rires)

On ne peut pas dire que Pungle Lions soit un groupe de reggae à part entière, bien que les influences soient là, et bien là, mais quel regard jettes-tu sur la scène reggae actuelle en France ? A-t-elle toute sa place ?

Elle n’est pas du tout représentée au niveau des gros médias nationaux. Mais dans l’undergound, si. Et il y a un énorme public qui aime cette musique. Il y a des gens qui commencent à vraiment bien marcher, que ce soit en France ou à l’étranger. Je pense notamment à Biga Ranx, par exemple, et toute cette nouvelle génération de jeunes blancs qui ont ingurgité tout le ragga jamaïcain et le reggae des années 80 et qui le recrachent à leur façon, avec d’autres possibilités et un côté plus musique urbaine. Comme je te le disais, il y a un public très présent pour ces musiques-là en France, mais le style n’est pas médiatisé. Un type comme Biga Ranx a un succès de dingue. Il fait salle comble partout où il passe, et c’est quelqu’un qui n’est pas encore véritablement joué en radio. Je trouve ça hallucinant. C’est un exemple parmi d’autres. Disons que le reggae reste une musique assez marginalisée en France. Après, par rapport au reggae typiquement français, avec des textes en français, là, je vais te donner un avis très personnel, mais je trouve que souvent ça manque de fond. Au niveau des textes, je trouve ça assez pauvre. Et même musicalement, ça reste assez pauvre. Disons que ça me parle moins. Récemment, par contre, un mec comme Pierpoljak m’a étonné. Je trouve que ça marche bien son truc. Ses textes ont un certain naturel et en même temps sont assez recherchés. Je trouve ça très intéressant et très authentique. J’ai plus de mal avec d’autres artistes où on reste dans un truc très franco-français. Ça s’apparente alors plus à de la chanson, pour moi. Mais ce n’est que mon avis ! (sourire)

Pungle Lions © Isabelle Chassagne

Tu me parles des textes… Avec Pungle Lions, on est dans quelque chose de nettement moins engagé que La Phaze. C’était une volonté ? Un besoin de légèreté ?

Un besoin de légèreté, complétement ! Tu as mis le doigt dessus ! (sourire) J’avais besoin de sortir un peu des textes engagés de La Phaze. Après… chassez le naturel, il revient au galop, ces derniers temps, j’ai recommencé à écrire des textes un peu plus politisés. Je pense qu’après La Phaze, j’ai ressenti un certain ras-le-bol. Avec La Phaze, on en était arrivés à être plus sur le terrain de l’engagement que sur celui de la musique, et ça devenait pénible. Dès qu’on faisait une interview ou qu’on débarquait quelque part, on ne nous parlait que de ça. Et puis, j’avais l’impression de ne parler qu’à des convaincus, et ça, c’est un peu difficile au bout d’un moment… Donc, sur Pungle Lions, je voulais vraiment renouer avec ce truc de la chanson qui est formidable, c’est ce refrain qui peut se chanter et qui ne cherche pas forcément à avoir de double sens ou un troisième degré. Mais il y a quand même quelques petits messages dans les textes… C’est vrai aussi que là, on est en anglais et donc le public francophone est moins attentif à ce qu’on raconte, mais on est tout de même sur quelque chose de plus abstrait et de moins engagé.

Aller vers des textes français, c’est envisageable dans le futur ?

Complètement ! D’ailleurs, là, je me suis remis récemment à écrire en français. C’est revenu naturellement. Je pense que j’avais une espèce de ras-le-bol et de rejet personnel. Je ne voulais plus être uniquement un auteur. Je ne voulais plus enfoncer des portes ouvertes. Je voulais plus de légèreté. Mais bien sûr, avec Pungle Lions, on peut tout à fait envisager un prochain disque avec beaucoup de titres en français. Ça ne me pose strictement aucun problème. Je n’ai aucun problème avec la langue française, bien au contraire !

Vous ne fermez donc pas la porte au français.

Pas du tout. Et je vais te raconter une petite anecdote à ce sujet. Le premier maxi qu’on a sorti avec La Phaze, qui était un maxi de démo qu’on avait sorti juste pour démarcher, il y avait cinq titres, dont un en anglais et l’autre en simili-français. Déjà à l’époque. C’était il y a longtemps. Donc, la démarche a été un peu la même au départ avec Pungle Lions. Peut-être est-ce que c’est une manière d’aborder un projet en se disant qu’on commence comme ça pour voir comment ça évolue… je ne sais pas trop en fait. Je ne me suis posé aucune question là-dessus. Je crois que les mélodies étaient assez anglophones et donc, ça appelait plus l’anglais.

Et comme l’anglais ne sonne pas du tout comme le français…

… voilà ! Et je vais même aller plus loin, tu n’envisages pas du tout d’écrire de la même manière en anglais ou en français. Tu ne peux pas, tout simplement parce que les mots ne sonnent et ne résonnent pas pareil.

Nous nous étions parlé il y a un an, tu m’avais dit que l’album était dans les tuyaux et que les choses étaient déjà pas mal avancées… Que s’est-il passé pendant cette année ?

Le parcours de cet album a été finalement assez long. Je ne te cache pas que nous, on était prêts depuis un petit moment. Moins du côté du label. Ils voulaient retarder au maximum pour essayer de faire monter un peu la sauce… sauf qu’à un moment donné, lorsque tu es un groupe de live, c’est bien aussi d’avoir une actualité assez régulière. Et donc, plus tu tardes, et plus tu prends le risque que les gens passent à autre chose. Donc, nous, dans un premier temps, on a pensé à bien bosser notre live. La formation a pas mal changé. On est passés de quatre à deux. Et là, maintenant, on est à trois. C’est le line up final. Donc, oui, beaucoup de travail sur le live… Pour ce qui est de l’album, il y a eu pas mal de changements. Pas mal de titres ont été virés. D’autres sont arrivés entre temps. On a voulu un disque homogène. Donc, comme il y avait deux ou trois couleurs qui se dégageaient de l’album, on voulait des titres cohérents entre eux, pas un melting-pot. Donc, on a mis un an pour finaliser cet album… Quand on y pense, un an, c’est long, mais ça passe vite, entre les résidences, les concerts et les essais plus ou moins réussis… (sourire) Pour tout te dire, il a été question de sortir un titre avec un featuring en français, mais ça n’a pas vraiment abouti. Bref, tout ça a pris un peu de temps, et à un moment donné, il a fallu statufier. Donc là, l’album sort, et c’est plutôt une bonne chose.

Ça a donc pris du temps, mais vous n’avez pas eu la frustration de ne pas pouvoir inclure les nouveaux titres.

Non, et heureusement ! Parce que sinon, tu finis par détester ce que tu as fait. En un an, l’état d’esprit change, les envies changent aussi. Donc, oui, on a pu le faire jouer au fur et à mesure. Il y a eu trois grosses sessions de travail. Et ça, je trouve ça plutôt bien. Et je trouve plutôt bien qu’on ait pris le temps aussi d’aller au bout du truc. Surtout qu’on a fait les choses chez nous, sans grands moyens. Il a fallu prendre un peu de temps, mais ce n’est pas plus mal !

L’album n’est pas resté figé pendant de longs mois, comme c’est malheureusement souvent le cas à l’heure actuelle…

Non, il a pu évoluer. Mais ce que tu soulignes est un véritable problème aujourd’hui. Tu attends, en prenant le risque que ça fasse un effet pétard mouillé, ou alors que tu fasses cartonner un single avant de sortir le disque… parce que la plupart des labels ont tendance à penser que le disque n’a plus grand intérêt, ils préfèrent donc tout miser sur un titre. Mais je crois aussi que dans la démarche d’un groupe qui tourne beaucoup ou qui est amené à tourner beaucoup, les gens ont besoin que tu sortes des trucs nouveaux. Ce n’est pas toujours une bonne idée de toujours repousser la sortie d’un disque, surtout sur un premier album d’un groupe en développement. C’est parfois un peu casse-gueule de trop attendre.

Même si les labels sont un peu frileux à l’idée de sortir un album… pour toi, est-ce que c’était important de sortir un véritable album, et pas quelques singles ? Est-ce que ça concrétise quelque chose ?

C’est super important un album… En plus, ça donne une empreinte générale par rapport au groupe. S’arrêter sur un titre et dire qu’on connait un groupe, je trouve ça un peu limite et un peu dommage… (sourire) Donc, oui, c’était important pour nous d’aller au-delà de ça et de sortir un véritable album, pour que les gens puissent véritablement découvrir notre univers.

Comment fonctionnez-vous avec Rouzman pour la compo des titres ?

En général, j’arrive avec des idées, une grille d’accords ou une ligne mélodique assez simple. Parfois, j’arrive avec une démo plus élaborée, mais c’est plus rare. Après, on se retrouve et Rouzman installe sa batterie. En règle générale, là, on part vraiment du beat, de la rythmique et on construit le morceau autour de ça. Là, ça me permet d’avoir un véritable canevas pour placer arrangements et d’autres claviers et guitares. Je construis autour de ça, en général. Un peu comme dans le rap et le hip hop, on part vraiment du beat et de l’atmosphère de base qu’il y a dans la séquence. Après, je construis autour. Parfois, il y a eu quelque morceaux déjà biens prêts, et là, Rouzman a cherché quelques nouvelles rythmiques dessus.

Vous bossez ensemble depuis quelques années maintenant avec Rouzman, arrivez-vous tout de même à encore vous surprendre ?

C’est une bonne question ! (éclats de rire) Mais oui, je pense bien ! On essaye en tout cas d’aller chercher des choses qui nous sont moins évidentes et de sortir des sentiers battus. Guillaume n’est pas quelqu’un qui écrit la musique, il est autodidacte. Mais par contre, il a une oreille assez avertie. Donc, en général, quand je pars sur une de mes ébauches, il va fouiller dans sa bibliothèque sonore pour trouver quelque chose. Comme plein d’autres gens, on va aussi parfois s’inspirer de l’état d’esprit d’un autre morceau pour réinterpréter une saveur dans une nouvelle compo. C’est plus dans ce sens-là qu’on se surprend l’un l’autre. Il y a des morceaux que j’avais mis à la poubelle, étant persuadé que ça n’allait rien donner de bon, mais lui arrivait derrière en trouvant des idées toutes bêtes, comme ralentir le tempo, par exemple. Il m’ouvre des portes, en fait.

As-tu une petite anecdote à me raconter autour d’un titre ? Quelque chose qui se serait passé autour de la chanson et dont l’auditeur ne peut absolument pas être au courant, qui pourrait lui permettre de l’écouter d’une autre façon.

Ce sont des trucs assez personnels, je ne sais pas si les gens y seront sensibles. Mais je pense à une anecdote autour de « Oh the light ! », une des premières chansons qu’on a sorties. C’est une des premières que j’ai écrites. J’étais parti en « pèlerinage », va-t-on dire. J’avais en tout cas besoin de prendre l’air. Et j’étais donc parti sur la côte dans une grande maison qui appartenait au manager de La Phaze, qui est resté un ami. Il est d’ailleurs le programmateur du festival « Couvre-Feu ». Il m’avait dit qu’il allait me filer les clés pour que j’aille me mettre un peu au vert dans cette baraque avec mon matos. Je cherchais l’inspiration, et des fois, ce n’est pas évident… Et en fin de compte, au bout d’une semaine, il a déboulé là-bas avec toute sa petite famille et moi, de mon côté, j’avais le début de cette chanson-là. Je l’ai faite écouter à sa fille qui était toute petite à l’époque. Elle a réagi à fond dessus. Elle s’est mise à chanter et à danser. C’était assez rigolo. Et là, je me suis dit que cette chanson, elle lui serait dédiée…C’est une chanson en définitive qui fonctionne vraiment bien avec les enfants. C’est comme une ritournelle ou une chanson que tu apprends à l’école quand tu es gamin. Ça, tu vois, c’est une anecdote qui me tient à cœur… Et alors, je vais être honnête avec toi jusqu’au bout… comme je savais qu’il devait débarquer en fin de semaine avec toute sa famille, je m’étais dit que ce morceau allait lui plaire, à la gamine. Du coup, je m’étais mis dans cette démarche de faire un truc qui plaise aux mômes.

Pungle Lions © Isabelle Chassagne

Tu me tends la perche. La musique de Pungle Lions peut s’adresser à toutes les tranches d’âge.

Complètement. D’ailleurs, le week-end dernier, on a donné un concert à Lisieux et le public était très familial. Quand on a commencé le concert, c’était dément, tous les mômes étaient à fond. Ils se sont lâchés tout de suite. Et après les parents ont suivi. Les enfants, c’est un public qui réagit tout de suite ou que ne réagit pas. Et je pense que notre musique leur plait parce qu’il y a quelque chose de très instinctif dedans. Ce n’est pas dark, c’est assez rythmé et simple, ça chante. Donc, effectivement, je pense que ça peut toucher pas mal de monde. Et ça, je trouve que c’est assez gratifiant parce qu’avec La Phaze, on avait un public assez ciblé, et des fois, j’avais envie de sortir un peu de ça… C’est gratifiant de sentir que ta musique peut aller toucher tout le monde.

Quand on écoute l’album, ce qui ressort en premier, c’est la générosité de la musique. C’est aussi une musique qui invite à la danse, donc une musique de scène. Vous venez d’ailleurs de changer le line up, vous êtes trois sur scène à présent.

Là, on est trois, comme je te le disais tout à l’heure. Et ça fonctionne parfaitement. Je suis le plus heureux. Le guitariste qui nous a rejoints s’appelle Grabs. C’est quelqu’un de Nantes, donc on se connait très bien. C’est un bon musicien et il a vraiment compris la musique de Pungle Lions. Ça fonctionne vraiment bien sur scène à trois. C’est super efficace. Ça me rappelle un peu La Phaze forcément parce qu’on a été trois pendant longtemps. Le trio, c’est quelque chose d’assez efficace sur scène.

Comment ça se passe sur scène ?

On a adapté le concert pour qu’il ne soit pas véritablement dans une configuration classique. On est un peu comme dans un sound system, les morceaux s’enchaînent avec parfois des plages qui font le lien d’un titre à l’autre. En gros, le concert, c’est une heure et demie de set non-stop.

C’est bien de rester dans l’énergie.

On a de super retours par rapport à ça. La plupart des gens qui nous découvrent sur scène se laissent prendre par l’univers du groupe. Même si à la base, ce n’est pas la musique qu’ils auraient écoutée. Tu rentres dans le truc assez rapidement. Après deux morceaux – comme pour nous, le public a besoin de se mettre dedans – ça décolle et c’est là que le concert débute réellement. C’est comme une invitation au voyage et ça fonctionne vraiment.

Le 8 novembre, vous jouerez en première partie de Nina Hagen au Bataclan, dans un tout autre style que celui de Pungle Lions. Que représente une artiste comme elle pour toi ?

Nina Hagen, c’est une artiste profondément libre. Et aujourd’hui, c’est une plus-value extrêmement rare. Elle n’a pas de frontière. Elle sait parfaitement ce qu’elle veut et où elle va. Elle a d’ailleurs toujours fait ce qu’elle voulait artistiquement parlant. Je pense que c’est une artiste intemporelle. Elle est capable de s’adresser à plein de générations qui vont découvrir ou redécouvrir sa musique. Mais ce qui importe le plus pour moi, c’est sa liberté artistique. Alors, oui, certains vont dire qu’elle est folle. Peu importe. Elle a une vraie liberté artistique, qui est très certainement liée à son histoire. Elle vient de l’Allemagne réunifiée. Elle a connu l’avant et l’après. Elle a connu le punk rock à Berlin. C’est quelqu’un qui est super intéressant au niveau de son parcours. Et en plus, c’est une super chanteuse.

Les artistes manquent souvent aujourd’hui cruellement de liberté et de folie. À quoi l’attribues-tu ? À l’industrie du disque ? Est-ce un phénomène plus général qui touche la société ?

C’est une discussion qui est très récurrente en ce moment… et je vais te dire, je pense que c’est la plus grande catastrophe qui nous arrive. Mais ce n’est pas que dans la musique, c’est un phénomène plus général qu’on retrouve aussi dans d’autres disciplines artistiques, et notamment le cinéma. La littérature semble moins touchée. Pas encore, certainement. Peut-être, et même sans doute, est-ce dû à l’objet qui est encore acheté ? Je pense que le problème est un peu dû à l’industrie du disque. Je vais être cash, mais on a beaucoup de vendeurs de chaussettes aujourd’hui. On peut faire du business, ça ne me dérange pas. Mais pas du tout. Il y a des gens qui vendaient des millions d’albums dans les années 80 et 90, mais ils avaient les couilles pour faire quelque chose qui leur ressemblaient. Ils n’étaient pas aux pieds des maisons de disques. Aujourd’hui, le problème, c’est que les décisionnaires ne sont même plus les gens des maisons de disques, mais des gars de la pub ! Bientôt, et c’est même déjà le cas pour certains, c’est Starbucks Coffee qui va décider comment va sonner le nouvel album de Beyoncé ou je ne sais qui. Il n’y a plus d’indépendance artistique. J’en parlais ce matin… Prends l’exemple de Talk Talk, ils ont fait des cartons. Mais l’album qui a suivi « Such a Shame », c’était un truc complètement barré et expérimental. C’était super intéressant. Leur maison de disque leur avait donné de l’argent pour faire un troisième album dans la lignée des précédents, avec de gros tubes. Mais non, eux, ils ont décidé de faire autre chose. Ils ont fui le système et on sorti ce disque expérimental hyper ambitieux qui malheureusement n’a pas connu le succès du précédent. C’est un exemple, mais il y en a des milliers d’autres. Quand on y pense, c’est dramatique ce qui se passe en ce moment. Il y a un nivellement par le bas général. Et un conformisme absolu. Je parle des artistes mainstream. Parce que les artistes de l’underground restent là et se renforcent même. Mais personne n’en parle jamais, ils restent noyés dans la masse. C’est important qu’il y ait des artistes mainstream qui s’inspirent de ce qui se passe dans l’underground pour tirer le niveau vers le haut. Ça s’est toujours fait, mais ça n’est plus du tout le cas. Quand un artiste cartonne, ce n’est presque même plus sous son nom, mais sous le nom d’une marque de fringues ou que sais-je ? Ça devient complètement automatique, et c’est ça le problème. Tout est extrêmement formaté. Ce phénomène est dû à l’industrie de disques, certes, mais aussi aux usagers qui se laissent formater eux-aussi. Plus rien ne crée l’exceptionnel aujourd’hui. Tout se noie dans la masse. Et la seule chose qui puisse créer l’exceptionnel, c’est l’évènement. Les artistes mainstream manquent d’ambition aujourd’hui. Les cordons de la bourse sont serrés, c’est clair… et donc, beaucoup jouent le jeu pour ne pas crever la dalle. Et je peux les comprendre. Je ne leur jette pas la pierre.

Nous sommes devenus des petits agneaux bien sages…

(rires) Toute la société est comme ça. C’est déprimant parfois… même la jeune génération a des désirs de vieux ! C’est horrible. Quand j’avais quinze balais, la seule chose qui m’importait, c’était de fuir de chez moi et fuir tout ce qui m’était imposé. Bosser à l’usine, les trois huit, j’en avais strictement rien à cirer. Ce que je voulais, c’était vivre dans la marge et vivre mon truc, avec des gens qui pensaient comme moi. On n’était pas 100% antisystème, mais on était quand même dans la marge. On voulait créer notre propre musique. Aujourd’hui, pour les gamins, la seule chose importante, c’est d’avoir le nouvel IPhone et de le payer en faisant un crédit… (sourire) C’est du délire !

Revenons à la musique de Pungle Lions… Comment ça se passe à l’étranger ?

Ça démarre doucement. On a un tourneur en Allemagne et un autre en Espagne. Mais je ne te cache pas qu’ils attendent l’album. En tout cas ça commence à démarrer. On a des touches à droite et à gauche. Là, sur l’album, on a un invité américain. Donc, là, on est en démarrage, mais il y a des chances pour qu’on aille à l’étranger. Notre tourneur pense d’ailleurs développer le groupe à l’étranger.

Le parcours de cet album a été assez long. Il sort enfin. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Plutôt serein. Parce qu’on a trouvé nos marques au niveau du live. C’est un peu ce qui me gênait jusqu’à aujourd’hui. J’avais la sensation que ce n’était pas tout à fait nous. Je n’étais pas totalement à l’aise avec ce qu’on a fait quand on a démarré les concerts il y a un an. L’équilibre n’était pas bon. Et là, maintenant, c’est vraiment cool. Il manque encore quelques titres, un peu d’aisance et un peu de visibilité. Mais je me dis que ça va venir. Donc, je suis plutôt serein. J’aborde les choses de manière sereine et sans précipitation.

Propos recueillis par Luc Dehon le 23 juillet 2015.
Photos : Isabelle Chassagne, DR

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