Interview de Tom Fire

Propos recueillis par IdolesMag.com le 01/09/2015.
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Tom Fire © Diane Sagnier

Tom Fire publie le 4 septembre un – excellent – deuxième album « Low Fidelity », porté notamment par son duo avec Soom T « Take a walk » et des featurings avec Flavia Coelho, Melissa Laveaux, Winston McAnuff et Linval Thompson. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur la genèse de cet opus et sur ses nombreux autres projets. Tom Fire se produira notamment le 7 octobre prochain sur la scène de la Maroquinerie (Paris 20ème).

Raconte-moi un peu le parcours de « Low Fidelity ». Quand en as-tu posé les premières pierres ? Quelles étaient tes envies à cette époque ?

C’est donc mon deuxième album et ça fait à peu près deux ans que je suis dessus. J’ai créé la moitié des morceaux en tournée et l’autre moitié en studio. Il y a d’ailleurs quelques morceaux que j’ai créés spécifiquement pour le live et que je joue déjà actuellement. J’ai eu envie d’inviter sur ce disque des chanteurs et des chanteuses avec qui je voulais travailler. Certains sont devenus aujourd’hui des proches.

Tom Fire, Low FidelityTu me dis que la moitié des morceaux ont été créés pendant la tournée, peut-on dire que le live a nourri ce disque et qu’il a été créé dans cette optique d’une certaine manière ?

Oui et non. Quelques morceaux ont vraiment été créés pour le live, mais d’autres ont vraiment été créés pour être écoutés à la maison. J’aime bien l’idée qu’on puisse écouter quelques morceaux bien tranquille chez soi. Donc, il y a des morceaux de ce disque que je ne jouerai pas en live, ça c’est certain. Quand je te disais que la moitié des morceaux ont été créés pendant la tournée, ils n’ont pas été créés sur scène, mais plutôt dans le train ou pendant les répètes et les balances. J’essaye toujours des trucs. Parfois ça marche, parfois pas.

Créer pendant une tournée, c’est quand même un truc assez difficile. C’est l’effervescence un peu tout le temps, finalement…

C’est sûr qu’en tournée, tu vis musique à 100%, tu rencontres des gens qui ne parlent que musique. Mais en fin de compte, tu as beaucoup de temps libre à côté, que ce soit dans le train ou dans l’avion, et là, tu as le temps de te poser sur ton truc…

Comment vois-tu « Low Fidelity » par rapport à « The Revenge », ton premier album ? Y avait-il des choses que tu voulais gommer ou a contrario accentuer ? S’inscrit-il dans une certaine continuité ?

Le nouvel album, je le vois vraiment comme la continuité du premier. Il n’y a pas eu de cassure. Je n’ai pas regretté grand-chose sur le premier, finalement. « Low Fidelity » est vraiment la suite de « The revenge ». C’est toujours un peu le même mélange de styles et la même manière de produire. La démarche est aussi toujours un peu la même dans l’invitation des chanteurs. En fait, je voulais donner une suite à « The Revenge », je ne voulais pas faire quelque chose de différent.

Il y a pas mal de beau monde qui te rejoint sur ce disque, je pense à Flavia Coelho, Winston McAnuff, Soom T, Mélissa Laveaux et Linval Thompson. Comment sont-ils arrivés sur le projet et qu’est-ce qui t’a donné envie de bosser avec eux ? Commençons par Soom T vu que le titre « Take a walk » a été multi diffusé cet été !

Soom T., c’est une chanteuse que j’avais croisée en tournée et avec laquelle j’avais vraiment envie de travailler. J’apprécie énormément ce qu’elle fait. Comme je ne la connaissais pas personnellement, le label s’est occupé de l’approcher pour voir si une collaboration serait envisageable. Elle a été partante assez rapidement. On s’est vus une fois à Paris, elle est passée une demi-journée au studio et en quatre heures, on avait enregistré quatre titres, dont les deux titres qui sont sur l’album, « Take a walk » et « The good love », « Down » qui est sorti sur internet et qui est assez techno, et un autre titre qui n’est pas encore sorti. En quatre heures, on a fait quatre titres def, c’est assez hallucinant. Du coup, on est en train de bosser sur son album, qui est presque fini et qui sortira bientôt. On s’entend hyper bien avec Soom T. et musicalement, le courant passe hyper vite et hyper bien.

Il y a Melissa Laveaux, également.

J’avais déjà travaillé avec elle sur des remixes et sur un petit live il y a cinq/six ans. Je l’ai recroisée sur un Festival à la Réunion. On était au bord de la plage et je lui ai proposé de faire un featuring sur mon prochain disque et elle a accepté de suite. Elle a une voix que j’adore. Je suis très sensible aux voix, et je savais que la sienne collerait parfaitement.

Flavia Coelho, elle était déjà là sur le premier album !

Et oui ! C’est une super copine. J’adore bosser avec elle parce qu’elle est très spontanée et puis, j’adore la langue brésilienne dans la musique. Ça met une ambiance de soleil et de pêche tout de suite. J’adore sa voix à elle aussi et je pense que sur chaque album que je ferai, Flavia sera de la partie ! (rires) C’est une habituée maintenant !

On a encore Winston McAnuff et Linval Thompson.

Ce sont les deux jamaïcains du disque. J’adore les voix jamaïcaines et reggae. Linval, ça a été assez rapide. Il était venu faire des concerts ici en France et je l’ai coincé au studio. On a bossé une petite semaine et on a enregistré sept ou huit titres. Deux sont sortis pour l’instant et j’en ai encore quelques-uns en réserve.

Winston, lui, tu le connais depuis très longtemps.

Oh oui ! Ça fait plus de dix ans ! J’ai fait pas mal de concerts avec lui, j’ai mixé son dernier album, j’ai bossé avec son fils Matthew aussi. Je le croise tout le temps, Winston. C’est plus un ami qu’autre chose. Je l’adore et j’adore ce qu’il fait. J’avais donc envie qu’il soit de la partie sur ce disque. Donc, au final, comme tu le vois, ce sont pas mal de potes qui m’ont rejoint… Je suis content de cette bonne ambiance qu’il y a eu autour de ce disque. (sourire)

Comme à l’accoutumée, tu as utilisé une foultitude d’instruments sur « Low Fidelity », des instruments très anciens et d’autres vraiment très actuels. Est-ce que c’est important pour un musicien comme toi, de créer un pont entre les époques, musicalement parlant ?

Ce n’est pas trop l’époque qui m’importe, même si j’adore écouter des trucs des seventies ou des eighties et même des années cinquante… En vrai, j’écoute un peu de tout, même du jazz et du classique ! Mais surtout, ce qui fait que j’utilise de vieux instruments, comme de vieux Moogs ou de vieilles boîtes à rythme, c’est qu’à l’époque, ils savaient construire des machines pour les professionnels. C’étaient des machines qui fonctionnaient hyper bien. Alors que maintenant, toutes les machines que tu trouves sont des machines accessibles au grand public. Il y a une grosse vulgarisation des machines, donc, elles sont moins bien construites et elles sont mal faites. Et du coup, ça sonne moins bien. Ce sont de pâles copies d’anciennes machines de qualité. Quand tu as une vielle machine des années 80, qui valait une fortune à l’époque, ça ne sonne pas comme les pâles copies qu’on trouve aujourd’hui. Tu sais, quand tu joues du violon, tu préfères jouer sur un Stradivarius qui date de 1750 plutôt qu’un violon du meilleur luthier qui existe aujourd’hui…

C’est vraiment une question de son et de qualité d’instrument qui fait que tu te diriges vers ces vieilles machines.

Exactement. Après, c’est vrai que c’est sympa de mélanger les instruments. Quand tu joues sur un piano qui date de 1965 et que tu mélanges ce son avec un truc hyper moderne, c’est sympa de se dire que le piano a traversé les époques… il a fait Woodstock et après, il se retrouve dans ton petit studio où tu fais de la musique électronique… (sourire) J’ai aussi une contrebasse qui date de 1903 et quand je l’utilise dans des prods modernes, je me dis qu’elle a vu du monde la contrebasse… (rires) Et puis, ce sont des instruments qui ont une âme. Alors, tu pourrais te dire que c’est pour cette raison qu’ils sonnent bien, mais non… c’est parce qu’ils étaient bien mieux construits à l’époque ! Tout était fait à la main avec des soudures à l’or… la chaîne du son était optimale. Ça ne se fait plus comme ça aujourd’hui. Mais j’ai aussi des synthés modernes qui sonnent bien. Ce sont des synthés qui ont été conçus comme les anciens, à la main. Ce sont des modèles un peu uniques. Et là, tu peux retrouver des sons intéressant. C’est aussi bien construit qu’à l’époque.

Sur « Brainwash », sur ton premier disque, on entendait un Iphone qui sonnait… Y a-t-il eu des petits accidents comme celui-là sur « Low Fidelity » ?

Pas vraiment… Il n’y a pas eu trop de trucs comme ça sur celui-ci… (sourire) Sur « No Food », tu entends Winston qui parle derrière et qui fait des petits commentaires en direct. Mais mis à part ça… il n’y a pas vraiment eu de petits accidents, comme tu dis. En fait, ils ont tous été effacés. « Low Fidelity » a été fait assez minutieusement. Je suis revenu à de nombreuses reprises sur les versions et du coup, il n’y a pas eu d’accident du tout. En tout cas, s’il y en a eu, je les ai enlevés.

Tu passes beaucoup de temps sur un morceau en général ?

Oui. La création est toujours assez rapide. Le morceau est fait en une heure, rarement plus. Donc, ça va assez vite. Par contre, après, je travaille le morceau pendant des mois. Des fois, j’ai fait jusqu’à 120 versions d’un titre. Je mets des petits numéros après chaque sauvegarde dans mon logiciel, et puis je trie. Un titre comme « Take a walk », j’ai dû arriver à une cinquantaine de versions. Donc, oui, les morceaux sont énormément travaillés. Par contre, j’essaye toujours de ne pas perdre la vibe de départ qui doit rester simple et évidente. Un morceau, aussi travaillé soit-il, doit rester efficace dans la simplicité. Par contre, le traitement, la structure et les petits sons comme la réverbe les caisses claires, je peux passer des heures dessus. Il y a beaucoup de boulot de fond. Le mix aussi me prend des heures.

En prenant des raccourcis un peu rapides, on pourrait dire que ta musique est un mix entre du reggae et de l’électro. La scène électro a bénéficié d’une bonne exposition dans les médias ces dernières années, alors que la scène reggae, pas du tout. À quoi l’attribues-tu ?

Il y a une scène reggae très active en France… mais à part Nova, très peu de radios passent du reggae. C’est un peu un milieu où tout le monde se connait, c’est un milieu hors-système, si je puis dire. C’est aussi un peu fait exprès. Ce sont des gens qui n’ont pas forcément envie de rentrer dans le système non plus. Le reggae, c’est un peu  en dehors du truc. Il y a de gros festivals reggae, il y a une famille reggae, mais ça ne se mélange pas forcément avec le reste… contrairement au hip hop, à la techno ou à la house qui passent énormément en radio ou en clubs. Les festivals reggae ne sont pas si nombreux que ça non plus finalement… Et puis, le public reggae n’écoute pas forcément les médias non plus. Il y a un truc un peu rebelle dans le reggae. Ceux qui écoutent du reggae n’écoutent pas non plus forcément la radio et ne lisent pas forcément la presse musicale. Il y a un gros côté contre-culture.

Parlons un instant de la scène. Comment l’appréhendes-tu ?

Ça fait partie d’un tout. Quand tu fais de la musique, tu as tout le travail de studio, à ça s’ajoute le travail sur le visuel et sur l’image et puis, il y a le live. C’est un peu la trinité de la musique. Le live, ce n’est pas une obligation pour certains artistes. Moi, j’adore, et je me réjouis de repartir en tournée très bientôt. Ça fait du bien… surtout quand tu vis sept jours sur sept dans ton studio, comme c’est un peu mon cas ! (sourire)

Tu es parfois seul, parfois accompagné d’un batteur.

Voilà. Pour l’instant, j’ai toujours été avec un batteur. On a fait la tournée à deux. C’était entre électro et rock dans l’intention et la patate avec le batteur. Mais là, je vais faire des concerts tout seul pour essayer aussi un live un peu plus électro et plus club. C’est quelque chose qui m’intrigue et qui m’attire. J’ai en tout cas envie d’essayer. Du coup, je vais pouvoir me produire dans d’autres endroits qui n’ont pas forcément la place pour accueillir trop de monde sur scène.

Tu seras sur la scène de la Maroquinerie le 7 octobre prochain. Que va-t-il s’y passer ? Auras-tu des invités ?

Oui. Les trois chanteuses de l’album seront là. Et ça, j’en suis hyper content ! Soom T., Melissa Laveaux et Flavia Coelho viendront chanter leurs morceaux et peut-être même d’autres qu’on a en stock. Donc, ça va être hyper sympa ! Mon batteur sera là. Et moi, j’aurai l’occasion, comme c’est sur Paris, d’amener plus de matos que d’habitude. Comme je ne suis pas très loin du studio, je vais pouvoir m’éclater un peu avec ça. Je n’aurai pas la contrainte du transport… Donc, les gens qui viendront pourront découvrir quelques-unes de mes vieilleries… mes instruments des années 70, n’est-ce pas ?!... (éclats de rires) Après, il y aura peut-être un autre chanteur ? Je ne sais pas. Ça se fera un peu comme ça quelques jours avant. Ce sera finalement une surprise pour moi aussi, quelque part.

Avec le recul, « Low Fidelity » a-t-il été plus facile ou plus difficile à mener à son terme que « The Revenge » ?

Plus difficile, je pense… Ton premier album, tu le fais un peu sur dix ans. Comme t’as rien fait avant, tu as pas mal de morceaux qui trainent dans ton ordinateur. Du coup, tu as pas mal de matière, et c’est une matière qui s’est réfléchie sur du long terme, même si à la fin, tout s’accélère. L’histoire du deuxième album, c’est autre chose… Généralement, tu reviens fatigué d’un an de tournée et là, tout d’un coup, on te dit qu’il faut penser au deuxième album. Du coup, tu as un an ou six mois pour faire ton album. Mais là, le problème, c’est que tout ce qui était bon, tu l’as mis sur le premier, donc tu n’as plus rien et tu repars à zéro. Comme tu as peur d’être dans la redite, tu essayes de faire des trucs un peu différents, et là, tu risques de te perdre… J’ai essayé plein de sons différents et ça ne marchait pas forcément. Il faut trouver une homogénéité dans les morceaux. Donc, au final, c’est un travail assez ardu et fatigant. Mais une fois que c’est parti, c’est cool. Et je pense par contre que le troisième sera plus simple à faire parce que j’ai pas mal cherché sur le deuxième et ça a porté ses fruits.

Le troisième est donc déjà dans les tuyaux.

Ah oui, et depuis un bon bout de temps ! (sourire) « Low Fidelity » sort là, mais je l’ai terminé en septembre dernier pratiquement. C’est toujours assez lent le processus entre la fin de la création et la sortie. Donc là, je suis déjà dans d’autres trucs, de nouveaux morceaux, de nouveaux remixes, de nouveaux projets… Donc, je pense au troisième très sérieusement. Mais je pense publier quelques petits EP tranquillement entre les deux. J’ai envie de bosser sur quatre/cinq titres et pas sur dix/douze d’un coup. Ça fait une petite récréation !

Justement, quels sont les autres projets que tu as sur le feu en ce moment ?

Il y a donc l’album de Soom T. qui va sortir cette fin d’année. J’ai fait pratiquement tous les instrumentaux et j’ai réalisé l’album. Ça m’a pris énormément de temps parce qu’on a beaucoup bossé avec Soom. C’est un des gros projets. Après, j’ai fait pas mal de remixes pour des gens assez différents. J’ai fait aussi quelques EP pour différents groupes. Notamment un pour Soviet Suprem. J’ai fait des trucs pour Winston aussi. J’ai mixé l’album de Flavia. J’ai fait aussi un peu de musique à l’image ces derniers temps. Il y a aussi un album de hip hop d’un petit gars qui s’appelle Vincha qui va sortir dans pas trop longtemps. Je passe beaucoup de temps en studio… (sourire) Je bosse donc sur pas mal de trucs en dehors de Tom Fire, ce qui me permet de me ressourcer et de prendre du recul sur mes propres productions.

« Low Fidelity » est terminé depuis belle lurette, mais il sort maintenant. Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

Je suis assez excité. Ce sont de bonnes périodes parce que tu as passé beaucoup de temps sur ce truc. Il y a eu des moments de doutes, des moments forts… Il y a toujours beaucoup d’émotions sur un album. Et là, il sort, donc, c’est une façon de tourner une page. Donc, je suis super content que ça sorte. Après… une sortie d’album, ça reste une date arbitraire. Un album ne sort pas que le jour de sa sortie dans les bacs. Ce qui est important aussi, ce sont les titres qui passent déjà en radio, l’accueil qu’ils ont reçu… Sincèrement, je suis beaucoup plus sensible à l’entrée en radio d’un titre qu’à sa sortie en physique. La diffusion de la musique, c’est encore plus fort que sa commercialisation. Quand j’ai un titre qui est playlisté sur une grosse radio, je suis encore plus content… En plus, vendredi, je vais bosser toute la journée sur un autre projet, donc, je fêterai ça le soir. J’irai acheter mon disque, on dit que ça porte chance… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 1er septembre 2015.
Visuel de l’album : Nicolas Delorme
Photo : Diane Sagnier

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Site officiel :
http://www.tomfire-lowfidelity.com
Facebook :
https://www.facebook.com/TomFireMusic









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