Interview de Phil Barney

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/04/2015.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Phil Barney - DR

Phil Barney publie aujourd’hui 4 mai son huitième album « Au fil de l’eau », un album aux accents funky, soul et même reggae, qui groove plutôt pas mal. Sur un titre, Phil se met même aux rythmes latino ! C’est avec beaucoup de plaisir que nous l’avons contacté afin d’en savoir plus sur la genèse et le parcours de cet album, qui a été un peu laborieux, mais également sa collaborations avec Gilles Luka, Thierry Sforza ou encore Philippe Chayeb. Rencontre avec un artiste qui avance et ne regarde finalement que très peu dans le rétroviseur.

Nous nous étions rencontrés il y a presque deux ans maintenant. Il était question à l’époque que cet album qui sort aujourd’hui sorte dans les prochains mois… Et vous travailliez déjà dessus depuis un certain temps ! Le moins qu’on puisse dire c’est que le parcours de cet album a été long. Racontez-le-moi un peu dans les grandes lignes.

Phil Barney, Au fil de l'eauEffectivement, ça été assez long… (sourire) Vous savez, en moyenne, il me faut quatre ans/quatre ans et demi pour écrire un album. Et là, je l’ai fait sans la collaboration d’une maison de disques. Les relations avec les maisons de disques sont devenues assez bizarres. C’est un peu pervers parce qu’on vous donne trois francs cinquante en vous disant que c’est largement suffisant pour faire un bel album… alors que pour faire de la bonne musique, il faut de bons musiciens. Les musiciens, il faut les payer aussi, il faut payer les charges. Tout ça coûte une fortune. Le studio coûte très cher aussi. Avant, les robinets étaient ouverts à vau-l’eau. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Donc, pour quelques milliers d’euros, on vous demande de livrer un album super bien produit. Et si derrière, vous n’en vendez pas deux semi-remorques en trois semaines, ils considèrent que l’album est mort et ils arrêtent de travailler dessus. Où l’effet est pervers, c’est que l’album leur appartient. Donc, vous vous retrouvez, vous, artiste avec votre travail de quatre ans et demi sur les bras, un travail que vous ne pouvez même pas exploiter. L’artiste est dépossédé de son travail. Donc, je voulais absolument sortir cet album avec une production indépendante, tout en ayant des moyens, ce qui était un peu difficile. Et entre temps, des producteurs indépendants sont arrivés, ils voulaient une tournée acoustique. Je me suis dit que pour faire une tournée acoustique, il fallait un album acoustique. C’est donc la première fois que j’ai un peu accepté de faire une sorte de compile, qui n’en était finalement pas vraiment une puisque tout a été réenregistré. J’avais pris onze anciennes chansons et je leur ai ajouté trois inédits. On a réarrangé le tout un peu afro-groove pour donner un éclairage différent à ces chansons qui dataient de quelques années. Donc, dans tout ce processus, il y a eu la recherche de moyens financiers pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions, et cet album acoustique qui est venu un peu brouiller les pistes. Maintenant, tout s’est arrangé et j’ai fini par pouvoir faire tout ce que je voulais, mais ça a pris un peu de temps. Ce temps m’a permis d’écrire un peu plus de chansons. C’est resté mon exutoire. J’ai besoin d’écrire des chansons. Donc, il a fallu choisir quinze chansons parmi quatre-vingt-cinq. J’ai pris le temps de faire aboutir chaque chanson. J’ai choisi chaque musicien avec qui j’avais envie de travailler.

Justement, parlons un peu musique. Il groove bien cet album, il y a des trucs un peu funky, d’autres plus soul, d’autres même carrément reggae !

Très sincèrement, l’album acoustique m’a un peu frustré. Il manquait d’harmonies et de différentes autres choses. On a compensé avec des voix, mais ce que je voulais faire, c’était un album groovy. Même quand on parle de ballades, on n’est pas obligé de faire quelque chose de traditionnel. J’ai toujours admiré des gens comme Eric Benet ou Baby Face qui savent faire groover les ballades. Donc, j’avais envie d’un son plus groovy, tout en restant dans une sensibilité de chanson française, je suis un chanteur de variété et je le revendique.

Parlez-moi un peu de l’équipe de musiciens que vous avez réunie autour de vous. C’est plutôt du lourd…

Il y a notamment Philippe Chayeb à la basse, qui est aussi mon directeur musical sur scène [Philippe Chayeb a travaillé notamment pour Véronique Sanson, Mylène Farmer, France Gall…]. Il y a aussi un garçon pour qui j’ai une admiration infinie, c’est Kamil Rustam qui a travaillé avec les plus grands [Bruel, Gainsbourg, Zazie] et qui est parti s’installer à Los Angeles en 96. J’ai fait tous mes disques avec lui et il en a réalisé quelques-uns. Il m’est arrivé de lui envoyer des chansons juste pour qu’il me joue un peu de guitare dessus pour qu’elles soient un peu habillées. Donc, quand nous avons enregistré ce disque, il est venu à Paris. Il y est resté une semaine et il est venu travailler sur l’album trois jours à la maison. C’est lui qui a fait les guitares sur tous les titres. Donc, c’est une équipe de gens que j’aime beaucoup. Et puis, et surtout, à la réalisation, il y a Dion Henderson avec qui je travaille depuis maintenant presque une dizaine d’années. On a bien pensé les chansons ensemble. C’est lui qui a fait l’arrangement, mais la réalisation, on l’a faite à deux parce que ça, de mon point de vue, c’est un travail collectif, un travail de collaboration.

Phil Barney - DR

Vous avez écrit la grande majorité des textes, mais vous avez tout de même fait appel sur deux ou trois à Thierry Sforza. Pourquoi ? Pour trouver un autre angle sur certains sujets ? Parlez-moi un peu de votre collaboration.

Quand je suis sec, que je n’arrive pas à travailler, que je ne trouve rien… ça m’angoisse un peu. Thierry, c’est quelqu’un que j’adore et qui a une sensibilité proche de la mienne. C’est un latin, il doit être né en Italie. Et moi, je suis du côté méditerranéen aussi. Donc, on s’entend bien et on parle un peu le même langage. Et de temps en temps, il a des formules super chouettes. Il a notamment écrit « On n’est plus personne » pour moi. J’avais une musique que j’aimais beaucoup, et je ne voulais pas la saboter. Je me suis dit que comme je n’y arrivais pas, plutôt que d’écrire pour écrire, il fallait que je fasse appel à quelqu’un. La personne avec laquelle j’avais envie de travailler, c’était Thierry. Il m’a apporté trois chansons. Enfin, pour être honnête, il m’en a apporté plus, mais nous en avons gardé trois sur le disque. Ces trois chansons m’ont parlé profondément et directement. Et puis, je trouve que c’est bien d’apporter du sang neuf. Être tout le temps tout seul et rester enfermé, ce n’est pas bien. La musique, c’est du partage avant tout.

Vous m’avez dit tout à l’heure que vous aviez à peu près quatre-vingt-cinq chansons au départ et que vous en avez gardé quinze. Comment avez-vous opéré vos choix ? Avez-vous gardé les meilleures ? Celles qui vous parlaient le plus ?

Vous venez de répondre vous-même. Ce sont les deux à la fois. J’ai choisi les bonnes chansons, celles qui tenaient le mieux la route. Et à côté, j’ai choisi les textes qui me touchaient le plus aussi. C’est un tri qui s’est fait au niveau de l’efficacité des chansons. Certaines faisaient double emploi, ou allaient un peu moins loin, donc, je les ai supprimées. Et puis, il y avait des chansons comme « On n’est plus personne » ou « Au fil de l’eau » qui me tenaient particulièrement à cœur.

« Au fil de l’eau » donne d’ailleurs son titre à l’album.

C’est une chanson qui parle de la rentrée des classes. C’est pour le coup une véritable chanson autobiographique. Je l’ai écrite en quelques minutes en rentrant chez moi le premier jour où j’ai conduit mon fils à l’école. C’était un grand moment. Et je pense que cette chanson peut concerner un peu tout le monde. Tous les parents qui ont conduit leur gosse à l’école la première fois ont ressenti ce déchirement. Et c’est pour cette raison que j’ai donné le titre de cette chanson à l’album. En plus, c’est une formule que j’aime bien, « Au fil de l’eau »…

Donc, elle a été écrite il y a une dizaine d’années.

Oui, oui, mon fil a treize ans aujourd’hui, donc, ça fait effectivement une dizaine d’années qu’il est rentré à l’école pour la première fois. Vous savez, ce n’est pas la première fois que je ressors une chanson des tiroirs après une dizaine ou une quinzaine d’années. J’aime d’ailleurs beaucoup ressortir des chansons et les réarranger avec un son plus actuel. Je fais ça de temps en temps. Comme ça, aucune chanson n’est perdue. Il y en a même que j’ai écrites sur des musiques qui étaient faites depuis longtemps. Il n’y a pas vraiment de règle. Et en même temps, vous savez… j’ai ici de la matière pour faire quatre albums au moins ! (sourire) Je sais que ce travail n’est jamais perdu. Ce ne sont pas des chansons qui vont mourir dans un tiroir, ce sont des chansons qui vivront un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre. Je les aménagerai différemment, je réécrirai le texte éventuellement.

Vous retouchez donc les textes, vous ne les laissez pas « dans leur jus ».

Non, non. C’est rare de ne pas retoucher un texte. Pour prendre l’exemple d’ « Au fil de l’eau », je l’ai écrite en quelques minutes d’une traite. Je la trouvais émouvante parce qu’elle me parlait à moi avant de parler aux gens. Là, sur ce titre en particulier, c’est la musique qui a été un peu réarrangée et retravaillée. Il a eu trois ou quatre vies musicales ce morceau !

Un petit mot sur « Comme un ange », le titre qui encadre la sortie de l’album.

C’est une chanson efficace. C’est une ballade, mais une ballade qui a tout de même une rythmique assez puissante. Cette chanson est le fruit d’une collaboration avec un garçon qui s’appelle Gilles Luka qui vient du monde de la musique électro mais qui est avant tout un musicien qui a un talent fou. Nous avions envie de collaborer ensemble depuis un bon moment. Il m’a donc donné cette musique et j’ai écrit le texte en une matinée. Peut-être même pas. Je me souviens de lui en avoir envoyé une partie alors qu’il prenait l’avion. Et juste avant d’embarquer, il m’a appelé en me disant qu’il adorait le texte et qu’il était content que notre collaboration soit réussie. Ce titre, il y a quelque chose que les gens aiment bien de moi dedans. Elle a une certaine force au niveau du groove. Elle a un grain particulier. C’est aussi une chanson qui est bien dans l’esprit de l’album, enfin, c’est ce que je pense…

Vous avez tourné un clip pour « Comme un ange ». Si je ne m’abuse, c’est le premier depuis la seconde version d’ « Un enfant de toi », le duo avec Marlène Duval.

Vous ne vous abusez pas ! (rires) C’est toujours pareil, c’est toujours une question de moyens. Aujourd’hui, on ne peut pas assurer la promotion d’un album ou d’une chanson sans avoir des images. Il fallait donc que ces images existent. On a tourné le clip avec très peu de moyens, avec des copains. Mais malgré tout, on avait une très bonne équipe. Six ou sept personnes ont travaillé sur ce truc qui a pourtant l’air tout simple. On a travaillé avec du matériel de pointe qui permet la projection en HD même sur des écrans géants. Tout au long de mon parcours, j’ai essayé dans mes clips de faire comme des petits films, sauf celui avec Marlène dont vous venez de parler vu qu’un clip existait déjà. Mais si vous regardez des chansons comme « Il est parti » ou « Un enfant de toi », ce sont des petites histoires, il y a un scenario. Là, on n’avait pas les moyens de faire une grosse production, nous sommes donc restés soft. Mais on a quand même un outil de promotion qui montre quelques images de cette chanson.

Phil Barney - DR

Comme vous venez de le souligner, le clip, la vidéo et le visuel sont devenus des outils de promotion indispensables. En regarde finalement plus la musique qu’on ne l’écoute de nos jours. Quel rapport entretenez-vous avec l’image ?

Aujourd’hui, on ne peut faire aucune promotion, ni continuer à exister médiatiquement, sans les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, ce sont des photos de scène, des vidéos, etc… L’image est fondamentale aujourd’hui. J’irais même plus loin, elle est indissociable d’un projet musical. Aujourd’hui, les gens s’exposent presque en permanence sur les réseaux sociaux. Même les choses les plus banales de la vie, les gens les partagent. Et donc, pour des artistes qui font de la musique, l’image est fondamentale. Comme vous l’avez dit, on va regarder la musique sur Youtube. Donc, un artiste doit être présent sur tous les réseaux sociaux. Depuis toujours je fais attention à l’image, et ça date de bien avant les réseaux sociaux. J’avais travaillé sur « Le nombril du monde », un film d’Ariel Zeitoun. Aujourd’hui, on parle de faire un numéro 2 du film « Stars 80 ». J’aimerais bien y participer et y avoir un vrai rôle de composition parce que dans le premier, ce n’était pas vraiment ça… Donc, j’ai toujours eu un rapport à l’image assez fort. Mais il ne faut pas se tromper ni taper à côté. Un clip peut faire décoller une chanson, il peut la plomber aussi. Tout ça, c’est du travail. J’ai envie de dire qu’il faut joindre l’esthétique à l’utile.

Encore une petite question plus générale avant de revenir à l’album comme vous venez d’évoquer les réseaux sociaux. Au-delà du fait que c’est un formidable outil de comm’ pour un artiste. Quel regard jetez-vous sur eux ?

Comment dire ? Oui, ça m’intéresse parce que ça m’a permis de retrouver des gens avec qui j’étais à l’école. Ça, c’est pour l’anecdote, mais il y en a qui sont partis au Japon, au Canada ou aux États-Unis, et ça nous permet de rester en contact. En ça, c’est extrêmement intéressant. À côté, ça devient très vite addictif. Je m’en occupe tôt le matin ou tard le soir, parce que pour un artiste aujourd’hui, il faut être présent. J’aime bien dire un petit mot et partager quelques trucs. Sur twitter, c’est un peu différent. Mais en tout cas, je suis très content que ça existe. Vous savez, j’ai été un des premiers artistes à avoir un site internet, donc, le web, c’est quelque chose qui m’a toujours beaucoup plu.  Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, c’est plus souple qu’un site. On peut y donner quelques petites infos en temps réel, et ça, c’est pas mal. Comme vous le disiez, c’est un formidable et redoutable outil de comm’. D’ailleurs, je ne parle quasi exclusivement que de ma musique et des musiques qui m’intéressent. Raconter ma vie n’aurait pas beaucoup d’intérêt. J’y parle de mon travail, et c’est tout. Je n’ai jamais voulu faire de la comm’ pour de la comm’. J’ai toujours voulu aller dans les médias pour parler de mon travail, ma vie privée n’intéresse finalement personne et ne concerne que moi.

Phil Barney - DR

Ça reste professionnel.

Exactement. Et en même temps, j’écris une chanson sur la rentrée des classes, et donc, c’est un peu une prolongation de ma vie personnelle. Mais c’est aussi le travail d’un artiste. Il faut connaître les limites, c’est tout.

Revenons-en à l’album. Un petit mot sur « Une vie de voyage ». Que représente-t-il, le voyage, à vos yeux ?

Le voyage, c’est la rencontre. Je me fous des vieilles pierres, je ne suis pas du genre à aller visiter de vieux temples, par exemple. Si je vais en Indonésie ou aux États-Unis, j’y ai d’ailleurs fait un album, c’est pour rencontrer des gens, des artistes qui me fascinent. Toutes les rencontres que je peux faire me touchent. Vous savez, j’ai une double culture puisque je suis né en Afrique du Nord, et que j’ai vraiment grandi avec cette culture orientale jusqu’à l’âge de dix ans. Après, nous sommes arrivés à Paris, et j’ai eu l’impression de naître une seconde fois. Donc, j’ai vraiment cette double culture, à la fois occidentale, parisienne et rock’n’roll va-t-on dire, et à la fois orientale. J’avais commencé la musique en Algérie, mais j’ai vraiment compris ce que je voulais faire quand je suis arrivé en France, j’ai découvert les Beatles, les Stones et les émissions des Carpentier. À l’époque, je me souviens de Nino Ferrer aussi. C’étaient ces gens-là que j’écoutais. Donc, j’ai découvert deux cultures musicales et j’en découvre encore aujourd’hui. Il faut être curieux et aller à la rencontre des autres nous-même pour apprendre. Vivre seul et en autarcie, ça ne fait pas avancer. C’est la diversité qui fait avancer le monde, et pas l’enfermement sur soi-même.

On vous attend moins sur un titre comme « Oyé Salsa », un titre latino haut en couleur et particulièrement festif…

(rires) Ça fait partie des choses que j’aime. J’ai toujours aimé la musique latino. Alors, c’est un texte qui ne dit rien, ou presque rien. Je parle couramment l’espagnol, la culture latino-américaine me passionne. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien ! (sourire) On parlait de voyage tout à l’heure, j’ai passé quelques jours à Mexico et j’y ai découvert une société très différente de la nôtre. J’y ai rencontré des gens. Et c’est ça pour moi le voyage, c’est se baigner dans une culture, se mélanger avec les populations. Je suis allé chanter dans plein de pays, j’y suis allé les bras ouverts. Le voyage est l’une de mes principales sources d’inspiration parce que qui dit voyage dit rencontre. Qui dit rencontre dit émotion. Et qui dit émotion dit chanson en ce qui me concerne.

L’album se termine par un titre plus lacrymal, mais très touchant, c’est « Prenez ma vie », l’histoire d’un père qui demande à donner sa vie pour sauver celle de son enfant. Dans quelles circonstances est-elle née ?

Au départ, c’est une idée originale de Thierry Sforza qui m’a apporté ce texte-là. Il l’avait écrit pour un autre artiste, je ne sais plus exactement qui. On a donc continué à écrire ce texte Thierry et moi. Nous parlions de voyages tout à l’heure, il n’y a pas que les voyages autour de la planète, il y a aussi les voyages intérieurs, et les émotions que ça peut procurer. En ce qui me concerne, il y a eu la naissance de mon petit garçon… qui a aujourd’hui treize ans et qui est donc plutôt un petit jeune homme ! (rires) Tout ça, ce sont des émotions très importantes. J’ai eu mon fils alors que j’avais quarante-cinq ans, à un âge où je ne pensais plus devenir papa un jour. Là, j’ai découvert un amour tout autre, que je n’avais jamais imaginé avant. J’avais d’ailleurs écrit une chanson à ce sujet sur un précédent album. Elle est passée complètement inaperçue, mais ce n’est pas grave. On ne fait pas de la musique pour gagner de l’argent, on le fait parce que c’est de l’art. Et donc, cette chanson que m’a amenée Thierry, je l’ai un peu transformée avec mes propres émotions. Je me suis posé la question de savoir ce qu’un parent pourrait faire de plus important que de donner sa vie pour son enfant ? Et nous sommes partis sur cette idée, et le texte est venu tout seul après. Mais tout ça, grâce à l’idée de Thierry. Tout est parti de son début de texte.

Phil Barney - DR

L’écriture, est-ce un processus douloureux pour vous ?

Oh oui ! Absolument. Mais c’est un besoin et une envie aussi. Faire des « la la la », c’est mon métier de musicien, c’est facile, quelque part. Mais l’écriture, c’est tout autre chose ! C’est un combat intérieur que je livre. Je sais que j’ai besoin d’écrire sur un sujet, que j’ai besoin de trouver des mots qui seront musicalement et phonétiquement intéressants par rapport à la musique. Et en même temps, je ne veux ni me compromettre ni être dans la redite. J’essaye de faire aussi bien que ce qui a déjà été fait. Je ne veux pas décevoir les gens qui vont écouter mes chansons. Je veux qu’ils retrouvent l’émotion et une certaine forme de tendresse qu’ils ont ressenties en écoutant les précédentes chansons, même dans les morceaux qui groovent. Je ne veux pas trahir le public. Un morceau qui groove n’est pas très différent d’une ballade… il faut juste que la phonétique soit parfaite. Il faut que les mots en français sonnent sur une musique qui au départ est plus anglophone.

En parlant de ne pas trahir le public, vous livrez quinze nouvelles chansons inédites. À une époque où beaucoup se contentent de quatre titres ou tout simplement de faire des reprises, c’est plutôt pas mal…

(sourire) C’est aussi pour cette raison que le parcours de cet album a été long ! Je ne voulais pas faire les choses à moitié. Je voulais que toutes ces chansons apparaissent sur le disque et je voulais qu’on travaille dans de bonnes conditions. Je voulais travailler avec de bons musiciens. On a travaillé chez moi, mais c’est un très bon studio. Vous savez, un album, c’est une tranche de vie. Je me demande toujours quand j’ai terminé un album si ce sera le dernier ou pas. J’aurai toujours la possibilité d’écrire des chansons, mais aurais-je les moyens de les faire entendre ? Aller jusqu’aux médias, ce n’est pas toujours facile. Aujourd’hui, ça devient long. Très long. Difficile. Très difficile. Donc, voilà, cet album m’a pris beaucoup de temps, mais je voulais qu’il soit bien. Je pense très sincèrement que si j’avais sorti un EP de quatre titres, les gens auraient tiré une drôle de tête !

Vous avez aussi eu la délicatesse de ne pas ajouter une nouvelle version d’ « Un enfant de toi »… (sourire)

(sourire) Je ne suis pas du tout un passéiste. Je n’aime pas entendre parler de compilation. Je trouve que c’est mercantile et je déteste ça. Les gens ne veulent pas réentendre mille fois le même titre. Ils veulent des choses nouvelles. « Un enfant de toi », elle a déjà vécu. Mais je ne la renie pas du tout, parce que si je peux sortir un nouvel album aujourd’hui, c’est parce que des gens ont aimé ce titre, ont été émus par ce titre et qu’aujourd’hui, ils me suivent toujours. Sur l’album, il y aura trois versions acoustiques d’anciennes chansons. Mais moi, je ne suis absolument pas solidaire de ça. Moi, mon boulot, ce sont les quinze nouvelles chansons. On a mis ces trois titres uniquement pour le business. Je ne revendique pas ça. Ce que je revendique, ce sont les quinze chansons que j’ai écrites et enregistrées. J’espère que les gens me pardonneront ces trois chansons acoustiques… (sourire) En tout cas, je ne voulais en aucune façon remettre « Un enfant de toi ». J’adore cette chanson, elle m’a fait vivre des trucs formidables, mais je n’ai pas que ça à dire. Si j’existe encore aujourd’hui en tant qu’artiste, c’est en partie grâce à elle. Si je peux participer à « Stars 80 » depuis toutes ces années, c’est grâce à elle. Donc, j’aime profondément cette chanson. Mais en même temps, elle est très pesante parce qu’on m’en parle toujours, quelles que soient les nouvelles chansons que je viens d’écrire. Aujourd’hui, je ne pourrais plus écrire « Un enfant de toi ». Je peux écrire des titres comme « Prenez ma vie », la chanson dont nous venons de parler, mais pas « Un enfant de toi ». J’ai plus envie d’écrire des chansons comme « Comme un ange » qui traite elle aussi d’un sujet un peu difficile. C’est plus dans cet état d’esprit que je suis aujourd’hui, que d’écrire « Un enfant de toi » comme il y a vingt-six ou vingt-sept ans.

Vous êtes donc actuellement en pleine tournée avec « Stars 80 », et vous ferez escale le 9 mai sur la scène du Stade de France, mais une tournée « Au fil de l’eau » est-elle envisagée ?

Oui, il y a plein de choses qui se passent. En ce moment, on est surtout axés sur la promo. Il devrait y avoir une date à Paris autour de la mi-octobre, avant le redémarrage de la tournée « Stars 80 ». Donc, j’espère qu’au printemps 2016, on pourra faire quelques dates avec les chansons de ce nouvel album et mes musiciens. Il y aura aussi le tournage du second film de « Stars 80 ».

Votre huitième album sort donc aujourd’hui, et son parcours a été un peu laborieux, dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ? Êtes-vous déjà reparti sur de nouvelles chansons ?

J’ai fini une chanson dans ma cuisine ce matin… puisque c’est le matin que j’écris le mieux. J’ai trouvé une nouvelle mélodie. À vrai dire, je ne sais pas quoi faire. Je me laisse porter. J’ai passé l’âge de m’angoisser. Je sais qu’aujourd’hui, c’est très difficile de vendre du disque. Tout le monde me demande pourquoi j’ai écrit un nouvel album, que c’est très courageux… Je leur réponds que j’ai des choses à dire et que j’ai envie de les dire. « Comme un ange » a été très bien accueillie. Les premiers retours que j’ai sont plutôt pas mauvais. Ce qui ressort, c’est que le disque a été très bien produit. On sent qu’il y a du travail là-derrière. Qu’il y a de la matière. Donc, je suis un peu entre deux eaux. Je suis inquiet et en même temps, je ne suis pas en train de me dire qu’il faut que je sois numéro un des ventes. Je n’ai jamais été comme ça, d’ailleurs. Un truc inespéré m’est tombé comme ça sur la tête il y a quelques années, et après, c’est le vrai challenge qui démarre. Aujourd’hui, j’écris des chansons parce que j’aime profondément ça, que je sais le faire et qu’il y a je pense quelques personnes qui les aiment bien. Donc, j’ai plein d’espoir, mais je reste également attentiste. Je suis attentif à tout ce qui est aller à la rencontre des gens et aller sur scène. Parce que toute ma vie est là. Ce n’est pas le tout d’être enfermé et de travailler avec des potes, aussi talentueux soient-ils, le top c’est d’aller partager les émotions avec eux et avec le public sur scène. Donc, là, je suis optimiste avec cet album, mais je ne me fais aucune illusion.

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 avril 2015.
Photos : DR

Liens utiles :
Site officiel :
http://www.philbarney.com
Facebook :
https://www.facebook.com/pages/Phil-Barney-Officiel/312636082127178?fref=ts
Twitter : @FilBee
https://twitter.com/FilBee









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut