Interview de Rose Laurens

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/04/2015.
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Rose Laurens © SlamPhotography

Vingt ans après « Envie », Rose Laurens revient avec un tout nouvel album, « A.D.N. », écrit en collaboration avec Pierre Palmade, un opus troublant de sincérité et d’émotion. C’est avec un énorme plaisir que nous avons été à la rencontre de Rose afin d’en savoir plus sur ce projet qui a mis quelques années avant d’exister. L’occasion sera belle également pour évoquer son parcours, « Africa », bien évidemment, mais également ses débuts dans le rock progressif et sa rencontre avec Marilyn Manson ! Rencontre avec une artiste authentique définitivement tournée vers l’avenir, qui prend finalement autant de plaisir à s’occuper de ses chats et ses mandariniers que de faire de la musique !

Rose Laurens, ADNQuand on fait les calculs, et si l’on met à part la comédie musicale de François Valéry « L’Ombre d’un Géant », votre dernier album de chansons originales remonte à… vingt ans !

Ouh la la ! Je n’avais pas calculé… et effectivement, vu comme ça, ça fait long ! (sourire) Mais vous savez, dans mon humble vie artistique, je ne compte pas. Je n’ai jamais compté. Je fais au gré de mes envies. Et de ma vie, tout simplement. Je me laisse porter.

Ce n’était donc pas un manque d’envie ou une certaine forme de lassitude. C’est juste que ça ne s’est pas présenté.

Voilà. Mais vous savez, je me laisse porter par la vie. Et sans faire de philosophie à bon marché, la vie n’est pas simple. Il y a des moments où on fait de la musique, d’autres où on n’en fait pas, d’autres où on ne peut pas en faire… Alors au milieu de tout ça, l’important est de garder l’envie intacte et de faire les choses au moment où elles se présentent le mieux possible.

Il y a pas mal de temps qu’on évoque ce projet d’album avec Pierre Palmade. Quand a-t-il commencé à prendre forme ?

Je serais incapable de vous répondre parce que je n’ai aucune notion du temps. Le temps et moi ne nous entendons pas très bien. Il passe trop vite. (rire) Donc, vous répondre précisément, j’en serais incapable. Ce qui est clair par contre, c’est que cet album ne s’est pas fait en un mois. Ça s’est étalé sur plusieurs années. Et finalement, peu importe quand il a commencé à prendre forme, la seule chose qui m’importe moi, c’est qu’il soit là aujourd’hui. S’il avait fallu attendre encore trois ans avant qu’il ne sorte, eh bien, j’aurais attendu. Je suis une personne très patiente de nature. L’important, à mon sens, c’est d’avoir la foi dans son ventre. (sourire) Et donc, finalement, l’important, c’est qu’il existe. Il faut le temps que les choses se fassent. Quand je pense à des gens comme Cabrel ou Voulzy, ils mettent des années avant de sortir un album. Je ne suis ni Voulzy, ni Cabrel, et on s’en fiche, mais l’important c’est qu’à un moment donné un artiste vienne proposer des choses nouvelles. Ça par contre, là-dessus, je suis très exigeante. Je suis toujours un peu déçue quand des camarades chanteurs ou chanteuses annoncent qu’ils vont sortir un truc et que c’est juste des reprises de titres qu’ils avaient déjà faits auparavant. Je ne les critique pas du tout, mais c’est juste que moi, ce n’est pas une démarche qui m’intéresse et qui me correspond. Ce qui m’intéresse, c’est d’évoluer à mon rythme. Chacun vit sa vie à son rythme, il ne faut pas juger. L’important, c’est de la vivre. C’est l’essentiel et c’est pourtant beaucoup plus difficile. C’est pareil pour la musique.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Pierre ?

En fait, ça ne s’est pas tout à fait passé de cette manière. Vous savez, dans ma vie d’artiste, j’ai toujours eu la grande chance de pouvoir choisir les gens avec lesquels j’ai travaillé. Au point d’en faire presque une famille musicale, artistique et humaine. C’est très important pour moi. J’aurais beaucoup de mal à travailler avec des gens avec lesquels je ne ressens rien humainement parlant. Ça ne m’intéresserait pas trop. Donc, j’ai toujours choisi les gens avec qui j’ai travaillé. Et dans ma première vie, le destin a fait que la personne avec laquelle on a écrit quasiment toutes mes chansons était la personne que j’aimais et avec qui j’avais fait ma vie. Le destin a ensuite voulu que cette personne s’en aille ailleurs, dans un monde meilleur, peut-être… Il y a donc eu une cassure dans ma famille artistique. Et après ça, tout a été un peu problématique parce que j’avais été tellement habituée à travailler d’une certaine façon que travailler d’une autre ne m’intéressait pas. J’ai préféré m’occuper de mes mandariniers que d’avoir en face de moi des gens avec lesquels le courant ne passait pas aussi bien. La musique, c’est quelque chose de trop important à mes yeux pour la banaliser d’une certaine manière. Je ne concevais pas faire de la musique avec n’importe qui. Le destin m’a donc joué des tours, mais quelques fois, il fait aussi bien les choses… Pas toujours, mais souvent. Et donc, un jour, j’avais été invitée sur une énième émission sur les années 80. Pierre Palmade y était également. Pour la petite histoire, Pierre a une très bonne vue, et moi pas du tout ! (rires) Donc, comme je n’avais pas mes lunettes, je ne voyais rien autour de moi. Il est venu me dire bonjour à un moment donné, et fatalement, je ne l’ai pas vu et j’ai tourné la tête à ce moment-là. Il a donc cru que je ne l’aimais pas… ce qui était totalement faux parce que j’ai une réelle admiration pour Palmade, et notamment pour tout ce qu’il a écrit pour Muriel Robin ou Michèle Laroque. Il a une écriture formidable. Mais bon, entre nous, ça avait mal commencé ! (rires) Quand j’ai su qu’il était venu me dire bonjour et que je ne l’avais pas vu, je lui ai envoyé un petit mot d’excuses avec mon numéro de téléphone. Deux heures après, j’ai reçu un coup de fil de Palmade me disant que le seul moyen de me faire pardonner, c’était d’aller prendre un pot avec lui. J’ai trouvé son idée excellente. Nous sommes donc allés boire un verre ensemble. On a parlé de plein plein de choses. On a beaucoup ri d’ailleurs. Nous avons parlé de choses très sérieuses aussi. Et puis, il m’a demandé où j’en étais dans ma vie d’artiste. Je lui ai expliqué qu’ayant perdu mes piliers, j’attendais quelque chose, une rencontre, quelque chose d’un peu magique. Très peu de temps après, il m’a dit « vous savez, Rose, j’ai très envie d’écrire des textes. » Je lui ai répondu « C’est ça ce moment magique que j’attendais, vous allez m’écrire un album ! » On est parti là-dessus. Il m’a écrit un premier texte très rapidement et après ce texte, on a décidé de travailler pour de bon ensemble. On a donc réuni notre famille de compositeurs et de musiciens. On a tout fait nous-même, je suis donc entièrement responsable de ce bébé, du début jusqu’à la fin. Mais finalement, ça en a toujours été de même. Personne ne nous a jamais dit ce que nous devions faire ou ne pas faire. Quitte à faire des erreurs, ce qui est normal et humain, au moins, on peut les assumer !

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Comment avez-vous travaillé avec Pierre ?

Tout est parti d’un échange d’idées. On s’est beaucoup parlé. On a fait ensemble beaucoup de choses « normales ». On a été prendre pas mal de pots ensemble, ça nous permettait de nous retrouver dans des situations différentes et banales finalement, on a donc pu parler de plein de trucs. On s’est fait des réflexions sur certaines choses, on a beaucoup ri d’autres aussi. On a pleuré également. Du coup, Palmade a su trouver parfaitement les mots que j’avais envie de dire aujourd’hui. C’est le plus beau cadeau qu’on pouvait me faire. Mettre dans la bouche d’un chanteur les mots exacts qu’il a envie de chanter, c’est le plus beau cadeau. Ça ne peut pas être mieux.

Quelles étaient vos envies à cette époque ? Aviez-vous envie de parler de certaines choses précisément ?

Je voulais que l’album qu’on allait faire ensemble reflète exactement celle que je suis aujourd’hui. Je ne voulais aucune tricherie, aucune sophistication. Ça ne m’intéresse pas. J’avais tout simplement envie d’être à la ville comme à la scène et à la scène comme à la ville. C’est ça qui m’intéressait. Je voulais parler de choses très simples. Je n’avais pas envie de jouer à quoique ce soit. J’avais juste envie d’être, ce qui est finalement le plus difficile. Et donc, que mon album soit ainsi. Sur ce plan-là, je sais qu’on y est parvenus parce que ce sont les mots exacts, les notes exactes et la réalisation exacte. Tout est clair, comme je l’espérais. Donc, dans ces chansons, on parle essentiellement des choses de la vie, de l’amour, des rêves, des espoirs, des désespoirs, des joies, des tristesses… Vous savez, il n’y a que la vie qui m’intéresse. Le reste, je m’en fous ! (rires) On ne va pas faire de la philosophie à trois euros, mais comme nous vivons dans un monde un peu dur, j’avais juste envie de douceur, de chaleur, de choses très simples. Les plus simples possible. Je voulais que ce soit un petit moment de douceur comme suspendu dans ce monde… Et ce n’est pas facile, je peux vous l’assurer.

Tendre vers quelque chose de simple est finalement beaucoup plus compliqué qu’aller vers quelque chose de sophistiqué.

C’est un fait. Vous savez, aujourd’hui, je n’ai envie que de choses très simples. Le reste ne m’intéresse pas. Il y a tellement de richesses et de jolies choses simples… que je n’ai pas envie de passer à côté. Alors, oui, il y a des gens qui ont des esprits plus compliqués voire plus torturés, c’est un fait. Mais chacun vit sa vie à son rythme et comme il l’entend. La seule chose que m’importait, c’était que quand j’écouterais le résultat de ce qu’on avait fait, ça corresponde exactement à ce que je souhaitais à ce moment-là.

Finalement, c’est le sentiment qui ressort à l’écoute de l’album.

C’était mon espoir… Après quelques années de silence, voulu ou non-voulu, ma seule espérance, c’est que les gens ressentent ça. Après cette grande parenthèse, je voulais simplement revenir en tant que moi-même, tout en étant une autre. Si les gens qui me feront le plaisir d’écouter mon album ressentent ça, je pourrai m’estimer très heureuse. Ce sera déjà bien.

Déjà, vous ne revenez pas avec d’anciennes chansons remises plus ou moins au goût du jour…

(sourire) Je suis le cycle de la vie… On ne va pas en arrière dans une vie, on avance. Plus ou moins facilement ou difficilement. Dieu sait que ce n’est pas simple ! Mais c’est ce qui est intéressant et passionnant dans la vie. C’est une chance aussi. S’il faut tout le temps faire référence au passé… ce n’est pas folichon ! J’ai la chance d’avoir un très beau passé, et ce beau passé m’a servi justement à avoir la force d’avancer et de suivre mon chemin. Alors, c’est vrai, ça n’a pas été simple… Vous savez, on m’a proposé plein de trucs, mais sans jouer les prétentieuses, ça ne m’intéressait pas du tout. Je préfère dans ce cas m’occuper de mes chats et de mes mandariniers. Voir un bon film aussi.

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À propos de bon film, vous cosignez avec Pierre « Comme dans César et Rosalie ».

C’est drôle que vous me parliez de cette chanson… Autant sur les autres titres Pierre avait trente-six mille idées à la seconde, autant là, il ne se passait rien, du moins pas grand-chose ! On la trouvait jolie cette musique, on sentait qu’il y avait un truc, un parfum… mais on ne savait pas du tout quoi ! Et puis, d’un seul coup, j’ai pensé à « César et Rosalie ». Pierre et moi, nous adorons Romy Schneider et Jean-Loup Dabadie qui a écrit le scenario de ce film, entre autres films et chansons sublimes. Quand j’ai évoqué « César et Rosalie », on est tout de suite partis dans ce petit délire d’hommage à ce film qu’on adore tous les deux. C’est un classique parmi les classiques, mais il faut le regarder à la loupe. Chaque regard, chaque mot, chaque intention, tout est tellement juste et simple. Et tellement vrai. C’est de ce délire qu’est partie cette chanson. Et là, Palmade s’est mis à écrire comme un fou, on ne pouvait plus l’arrêter ! (rires) J’ai d’ailleurs eu envie de chanter ce titre tout de suite. Et je vais même vous raconter une petite anecdote à ce sujet. Pierre avait les coordonnées de Jean-Loup Dabadie et quand la chanson a été terminée, Pierre a dit qu’on allait appeler Dabadie pour lui chanter la chanson au téléphone. Je lui ai dit qu’il était malade, complètement malade… Mais il l’a fait et Jean-Loup Dabadie nous a confié qu’il était jaloux de cette chanson, qu’il aurait aimé l’écrire. (sourire) On en était très heureux parce qu’on a senti qu’elle lui plaisait beaucoup beaucoup. En tout cas, en ce qui me concerne, j’adore cette chanson. Elle est très simple, finalement. C’est une ambiance, c’est un joli moment. Et puis, tout bêtement, c’est une jolie histoire.

Une autre chanson m’a beaucoup touché, c’est « Je valse seule ». Dans quelles circonstances est-elle née ?

C’est le premier texte que Pierre m’a écrit.  C’était un soir, nous nous étions rencontrés avec Palmade peu de temps auparavant et nous avions donc décidé de travailler ensemble. Je dinais avec un très bon ami à moi. C’était une soirée très sympa, il faisait très beau et nous nous racontions plein de bêtises. Et au plein milieu de cette soirée très sympathique, le téléphone sonne. C’était Palmade qui me disait qu’il pensait avoir écrit le premier texte. Il avait peur d’être allé trop loin… Il m’a demandé si je pouvais venir tout de suite, je lui ai dit que ce n’était pas possible parce que je dinais avec mon meilleur ami mais que demain, il n’y aurait pas de problème. Et là, mon meilleur ami m’a donné un grand coup de pied sous la table et m’a dit que j’étais une grande malade, qu’il fallait que je file chez lui tout de suite ! Je suis donc partie chez lui. À cette époque, Pierre n’habitait pas très loin de chez moi. Et il m’a fait lire « Je valse seule ». C’est là qu’on a décidé qu’on allait faire un bout de chemin ensemble, pour aller au bout de cette très belle aventure artistique.

C’est donc la première pierre de l’édifice.

Tout à fait. Les mots étaient tellement simples et tellement justes. Tout était exact. C’était un peu comme si ça sortait de moi. Manque de bol, ce n’est pas moi qui l’ai écrite, mais au final, je la chante et c’est le principal ! (rires) Après, Nicolas Meudec a écrit la musique et a fait un super boulot. Il fallait que la musique ne dérange pas, qu’elle soit juste un soutien puisque les mots étaient jolis et importants. Il fallait que cette chanson soit d’une simplicité presque effrayante. Et c’est ce qu’il a fait. Donc, cette chanson a été la première pierre, comme vous venez de le dire. Après, on a décidé de travailler sur ce disque de jour comme de nuit.

C’est Jean-Pierre Goussaud qui signe la musique de « Si Dieu était une femme » [son défunt conjoint, pour lequel elle a mis sa carrière entre parenthèses].

Effectivement. J’avais gardé cette musique au plus profond de mon cœur et de mes tiroirs. Je m’étais dit que si un jour j’avais le bonheur de rencontrer quelqu’un avec qui j’aurais très envie de refaire un album, je voudrais que cette musique en fasse partie. Du coup, je l’ai faite écouter un jour à Palmade sans même lui dire que c’était une musique de Jean-Pierre. Il a trouvé cette maquette extrêmement belle et il a écrit tout de suite un texte dessus. On a dû passer deux ou trois jours sur ce texte. C’était un délire… je ne sais d’ailleurs pas vraiment ce qu’on a voulu dire dedans ! (éclats de rire) Mais en même temps, les mots sonnent bien avec la musique, il y a un joli mariage entre les notes et les mots. En bref, c’était un délire !

Un exercice de style.

Exactement. Et c’est une de mes chansons préférées à vrai dire…

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De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ?

Comme ça fait un certain temps que je n’ai plus sorti d’album, je les aime toutes de la même manière et j’ai la même tendresse pour toutes. Elles ont été conçues avec tellement d’amour et de passion que j’aurais du mal à choisir… Et puis, je ne vais pas vous le cacher, le parcours de cet album n’a pas été simple. Le métier, déjà, n’est pas simple. Donc, je les aime toutes de la même manière. C’est vrai qu’une chanson comme « Je vertige », la petite dernière, me touche beaucoup. Ses mots me touchent. Ils sont plein de vérité et d’amour. Si je prends « Si j’pars sur une île », c’est un petit clin d’œil mignon, et en même temps c’est un peu décontracté. Ah si, il y en a une qui est vraiment très belle, c’est « J’t’aime moins ». Le texte est excellent. Palmade m’a dit quand il a écrit ce texte qu’il allait écrire une chanson d’amour, mais pas « je t’aime » parce que c’est trop banal ni « je t’aime pas » parce que ce n’est pas rigolo, mais « J’t’aime moins ». J’ai trouvé son idée redoutable. C’est terrible de dire « J’t’aime moins »… Mais indépendamment de tout ce que je viens de vous dire, je les aime toutes, ces chansons. Ce sont toutes mes bébés et je les aime toutes de la même manière.

Les chansons ont-elles été écrites dans l’idée d’aller les chanter sur scène ?

Ah oui ! Complètement. Dès le début, j’ai pensé à ce bonheur de refaire de la scène le plus vite possible. Je voulais qu’elles soient faites de telle manière qu’on puisse les retrouver sur scène sans se poser trente-six mille questions. C’est notamment pour cette raison qu’on n’a pas ajouté trente-deux violons dessus. Il y en a juste un. Et c’est parfait comme ça. Je vais vous raconter une anecdote à ce sujet. C’est une jeune femme violoniste qui joue à la fin de « J’t’aime moins ». Je l’ai rencontrée sur la Place des Vosges un dimanche. Ce jour-là, il y avait un groupe de jeunes qui jouaient du jazz manouche. À cette époque, je savais que j’avais envie d’un très beau violon sur le disque, un violon qui pouvait répondre d’une certaine manière à la voix. Mais je n’avais pas envie de demander à un violoniste de faire une séance pour ça… Et donc, en me baladant, j’ai entendu une façon de jouer du violon exceptionnelle. Je suis allée vers ce groupe et j’ai vu une petite nana qui jouait du violon comme une malade mentale. (rires) Là, je me suis dit que c’était elle que je voulais sur mon disque. Je suis allée la voir, le hasard a fait qu’elle m’a reconnue, je lui ai donc expliqué que j’enregistrais un nouvel album et que sa façon de jouer du violon m’avait complètement bouleversée. C’est comme ça qu’elle est arrivée sur ce projet. J’adore ce qu’elle fait. Elle fait d’ailleurs pas mal de trucs en ce moment, elle a un talent de folie. Je suis en tout cas très heureuse de l’avoir découverte, d’une certaine manière.

Des scènes sont-elles prévues ?

C’est en discussion. Je pense que ça ne va pas tarder. Disons que tout ça est en négociation et que ça prend du temps, pour des raisons diverses. Aujourd’hui, il faut tout assumer tout seul si on veut être un artiste libre. C’est en tout cas comme ça que je vois mon métier. Je suis une saltimbanque, j’ai toujours été libre. C’est ce que j’ai voulu en tout cas, à tort ou à raison. Et donc, c’est toujours plus difficile d’être un artiste totalement indépendant et de tout gérer soi-même. Tout est toujours un peu plus long. Mais peu importe. L’important, c’est de faire des choses et de les mener à bien. Si ça prend un peu plus de temps que prévu… ce n’est pas bien grave ! (sourire)

Selon vous, le métier était-il plus facile ou plus difficile avant ?

Je ne sais pas… Vous savez, quand j’ai démarré, c’était déjà assez difficile. Assez paradoxalement, ça n’a jamais été facile, finalement. On me reprochait de ne pas avoir une voix comme la dernière chanteuse à la mode. J’avais une voix trop particulière. Un jour, quelqu’un de très important dans ce métier, dont j’aurai la délicatesse de taire le nom, m’a dit que je n’avais pas une voix populaire et que ça ne marcherait jamais… (éclats de rire)

Il était visionnaire !

(rires) Mais je m’en suis foutue… et six mois après, on sortait « Africa ». Et là, je me suis dit dans mon for intérieur « Peut-on faire plus populaire ? » (rires) Quand je l’ai recroisé par après, il ne voulait pas croiser mon regard. Et comme je ne voulais pas le saluer non plus, ça tombait bien ! (rires) Mais pour en revenir à votre question initiale, le métier artistique a toujours été difficile. Et on s’en fiche ! C’est ce qui est beau dans ce métier aussi ! Peu importe les difficultés qu’on rencontre, ce qui importe, c’est de suivre son petit chemin et surtout de ne pas s’occuper de ce qui se passe d’un côté et ce qu’on vous dit de l’autre. Les bons conseils… ça ne vaut pas toujours grand-chose. Que chacun s’occupe de soi, et ce sera déjà pas mal ! À part ça, c’est un chemin difficile, le chemin de l’artiste.

Ça l’a toujours été et ça le sera toujours.

Effectivement. Aujourd’hui, la donne est encore un peu différente. Il y a des gens qui chantent bien, qui ont des choses à dire. Et à côté, vous avez des gens qui veulent être reconnus dans la rue. Ça, ce n’est pas de l’artistique. C’est autre chose. Ce qui est dramatique, c’est que certaines personnes leur font croire que c’est de l’artistique. C’est dommage pour eux parce que ces jeunes-là, quelques mois après, plus personne ne s’en souvient. Et ceux qui leur avaient fait miroiter plein de trucs ne les reconnaissent plus non plus. On en a vu des cas comme ça ! C’est triste.

Vous me parliez d’« Africa » tout à l’heure…

On pourrait en parler des heures de ce titre ! Vous savez, aujourd’hui encore, je reçois des lettres tellement belles d’Africains qui me disent combien ce titre a été important pour eux et combien il leur a procuré du bonheur. Ils sont heureux qu’on ait parlé de l’Afrique d’une autre manière, pas pour pleurer ni plaindre les gens, juste pour parler d’un continent, d’un parfum, d’une énergie. Ça me touche beaucoup…

Vous avez même été chanter « Africa » au célébrissime « Top of the pops » !

Ah oui ! Quel beau souvenir ! On a fait pas mal de grosses télés à Londres à cette époque. Ça démarrait pas mal. Le producteur a fait ce qu’il a pu… mais il a eu beaucoup de chance avec « Africa », parce que tout a été simple ! (rires) Du jour au lendemain, c’est parti en France et un peu partout en Europe. Et c’est vrai que nous nous sommes retrouvés sur ce célèbre plateau de « Top of the pops ». Mais partout en Europe, nous nous sommes retrouvés sur des plateaux très importants. C’était hallucinant. J’arrivais là-bas tout en me demandant ce qui se passait ! (éclats de rires) Et en même temps, c’est génial parce quand on a le regard émerveillé, c’est que tout va bien…

Avec le recul, un succès aussi énorme que celui d’ « Africa » a-t-il pu être pesant par la suite ?

Je vais vous dire exactement ce que je pense… je connais beaucoup d’artistes et le rêve de tout artiste est d’avoir un jour ou l’autre un succès. Un succès, ce n’est jamais que la rencontre avec le public. Tout d’un coup, il y a une majorité de gens, et pour des raisons diverses, qui se retrouvent dans une chanson. Cette chanson leur donne beaucoup beaucoup de bonheur et vous laisse des souvenirs des années après. De jolis souvenirs. Alors, très franchement, moi, je souhaite ça à tous les jeunes qui démarrent dans la chanson. Avoir le bonheur d’avoir un succès, qui plus est international dans le cas d’ « Africa », c’est un cadeau. Après, est-ce que ça peut-être pesant ? Peut-être. Probablement. Mais je préfère garder le meilleur. En fait, ce métier est assez réducteur, on aime bien nous mette, nous artistes, dans des cases. « Toi, tu as fait ça. Toi, tu es années 80. Toi, tu es rock. Toi, tu es pop. Toi, t’es ringard. »  Mais on le sait, c’est comme ça et on s’en fout ! En tout cas, en étant très honnête avec vous, je pense que connaître un tel succès, c’est un véritable cadeau, c’est le summum. Des gens comme Voulzy et Cabrel ont des carrières sublimes sur des années et des années, moi, je n’ai pas eu cette chance. Mais on a tous le gros gros succès qui nous colle au cœur et à la peau. Et tant mieux ! Les gens qui vous aiment vont voir au-delà de ce gros succès. Les autres, finalement, ils ne vous aiment pas plus que ça, donc ils ne vont pas voir au-delà. Tant pis ! Que voulez-vous qu’on fasse ?! Heureusement, tout le monde est différent et chacun trouve son public. Comme je le dis toujours, « Africa » a changé ma vie. Trois jours avant, j’avais la même tête, je chantais pareil, je marchais dans la rue en pensant arrêter ce métier. Et paf, le titre passe en radio et il se passe plein de choses autour de moi. D’un jour à l’autre, on me demandait d’être partout. C’est un truc extraordinaire. Et ce bonheur me poursuit encore aujourd’hui. « Africa » est toujours là. Et moi aussi, d’ailleurs ! (rires) Si je n’avais pas chanté « Africa », est-ce que je serais en train de parler avec vous de mon nouvel album ? Personne ne peut le savoir.

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Vous me disiez tout à l’heure qu’on mettait facilement les artistes dans des cases. Le grand public vous connait essentiellement par le biais d’« Africa », un titre très variété, mais ce qu’il sait moins, c’est que vous avez débuté dans le rock progressif !

Ah là là ! Que de souvenirs !! (éclats de rires) Qui aurait pu penser que j’avais fait du rock progressif ? En tout cas, je garde de cette période un souvenir extraordinaire. Je ne sais toujours pas vraiment comment j’ai atterri dans ce groupe ! Mais attention, ce n’était pas n’importe quoi. Le guitariste était Jean-Pierre Alarcen [il a accompagné Jacques Dutronc et a formé les Mod’s avec Alain Legovic, devenu Alain Chamfort quelques années plus tard, NDLR], un des plus grands guitaristes français mais qui s’est volontairement un peu marginalisé. Nous travaillions aussi avec Georges Rodi, qui était le clavier et qui s’est retrouvé à New-York quelques années après et qui a signé quelques musiques de films. Je me suis donc retrouvée du jour au lendemain dans un groupe de Rock progressif. J’étais juste une petite lycéenne avant. Je pense que j’avais enregistré une maquette qui se baladait un peu dans le métier et qu’elle a atterri un jour chez Jean-Pierre Alarcen, par l’intermédiaire de Claude Puterflam [le producteur de « Confidence pour Confidence » de Jean Schultheis, des « Divas du dancing » de Philippe Cataldo et chanteur du « Système Crapoutchik », NDLR]. Puterflam avait un grand studio à cette époque et Alarcen cherchait une soliste pour chanter en anglais. Il s’avère que cette maquette, je la chantais en anglais. Après l’avoir écoutée, ils m’ont contactée. Je me souviens d’avoir été les voir… et je correspondais à ce qu’il cherchait. Quand il m’a dit que c’était un projet de rock progressif, je me suis dit « ouh la la… » (sourire) Mais deux jours après, je signais mon contrat. On n’a pas vécu longtemps, mais on a vécu intensément. On est sortis à l’époque en Angleterre et on a eu des critiques plutôt pas mauvaises. Ils n’avaient jamais entendu une musique pareille depuis des années, etc, etc… J’ai d’ailleurs encore quelques-unes de ces critiques chez moi. Après, ce qui s’est passé, c’est que mes acolytes étaient tous mariés, même s’ils étaient très jeunes. Ils avaient donc tous fait des bébés et à un moment donné leurs femmes ont dit « Stop, maintenant, il faut qu’on mange ! » (éclats de rire) Ils ont donc discuté ensemble, moi j’étais libre comme le vent, et nous nous sommes quittés. Ça a été hyper triste parce que je pense qu’on aurait pu faire de très jolies choses. Après, j’ai été contactée par Magma, un grand groupe français extraordinaire. Quand ils ont su que « Sandrose » était fini, ils m’ont appelée. Là, j’ai joué ma grande chanteuse et j’ai dit que ce n’était pas pour moi, que j’avais envie de chanter seule. C’est très dur de faire partie d’un groupe, vous savez… Mais on a passé des moments extraordinaires. C’étaient des gens tellement gentils, de vrais artistes bourrés de talent. Après, évidemment, Alarcen a fait une très grande carrière, mais à sa manière puisqu’il a toujours refusé le métier tel qu’il est, donc il a toujours fait des trucs à côté, mais des choses magnifiques. Rodi, on connait sa carrière. Les autres, ce sont des petits marseillais, et eux, je ne sais plus très bien ce qu’ils sont devenus. En tout cas, on a fait des choses superbes ensemble, on s’est super bien éclaté. Moi, je me laissais un peu porter par les évènements parce que je ne savais pas ni comment ni pourquoi j’avais atterri là, mais tant pis, c’était vachement bien ! Et puis, comme première expérience, c’était top. Ça m’a permis de faire beaucoup de scène avec de grands musiciens. Ce n’était pas rien !

Nous allons rester dans l’esprit rock… La première photo que vous avez postée sur votre Facebook était une photo avec Marylin Manson. On vous imagine pourtant loin de son univers !

(éclats de rire) On m’avait invitée à son vernissage. Je ne savais pas du tout que Marylin Manson peignait. Un ami m’avait proposé de l’accompagner à ce vernissage, me disant que c’était étonnant ce qu’il faisait. J’y suis donc allée. Et là, j’ai croisé Marylin Manson. Une personne qui l’accompagnait lui a dit en anglais que j’étais la chanteuse d’ « Africa » et il a dit « I know, I know ». L’a-t-il dit parce qu’il le savait ou parce qu’il est très poli, je n’en sais rien ! Mais en tout cas, il a été charmant. On a fait quelques photos ensemble.

Votre nouvel album « A.D.N. » sort donc maintenant dans quelques jours. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis déjà tellement heureuse que cet album existe. Ça n’a pas été évident. Je suis tellement heureuse aussi des premières réactions, et de ma collaboration avec Pierre Palmade. Donc, je suis très contente et en même temps, je suis d’une très grande lucidité. Ce qui n’empêche pas le plaisir, bien évidemment. Mais il faut rester lucide. Là, je vais laisser les choses se faire toutes seules… enfin, pas complètement, non plus ! (rires) Mais il faut laisser les choses prendre leur place. L’important, c’est qu’il soit là et qu’il existe. Après, on va se battre pour faire de la scène avec, mais rien que le fait qu’il existe, c’est formidable. Vous savez, il n’y a pas beaucoup de chanteurs des années 80 comme moi qui ont cette chance d’avoir de nouvelles chansons et qui vivent avec leur passé, aussi beau soit-il. Parce que le passé est encore plus beau quand on peut continuer son chemin, c’est en tout cas comme ça que je le vois. Mais chacun vit sa vie et chacun suit son propre chemin. Je ne critique personne. Vous me voyez sortir un album avec une version rock progressive d’ « Africa » ?! Que diraient les gens qui me font l’amitié de me suivre aujourd’hui encore ? Non, je ne vis pas avec le passé. J’avance.

Propos recueillis par Luc Dehon le 7 avril 2015.
Photos : SlamPhotography

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