Interview de Igit

Propos recueillis par IdolesMag.com le 25/03/2015.
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Igit, Les Voiles © Ojoz

Igit, demi-finaliste de la saison 3 de « The Voice », publie le 30 mars un nouvel EP, « Les Voiles », un recueil de six chansons au cœur desquelles trois grands axes se rejoignent : le mouvement, le voyage et la liberté. Séduits par l’univers de l’artiste, nous avons été à sa rencontre afin d’évoquer son parcours et ses nombreux projets.

Quand as-tu commencé à travailler sur cet EP ?

On a commencé à travailler dessus à la rentrée dernière, ce devait être en septembre, quelque chose comme ça.

Quelles étaient tes envies à cette époque ?

J’avais envie de faire une musique assez poussée et assez proche de mes envies musicales. Je voulais vraiment me présenter aux gens. De par le fait qu’il y avait eu cette exposition avec The Voice quelques mois avant, je ne voulais pas faire de compromis. Je voulais mettre en valeur les chansons à texte que j’avais en stock.

On retrouve donc d’anciennes chansons sur cet EP ?

Effectivement il y en a quelques anciennes, et quelques nouvelles également. La chanson la plus récente, c’est « Ma solitude », je l’ai écrite pendant la tournée de The Voice. L’écriture des autres chansons s’est effectuée sur une période de temps assez large.

Avant, tu évoluais sur un terrain clairement blues. Aujourd’hui, tu t’aventures vers des sonorités plus pop, voire électro à certains moments. Est-ce quelque chose que tu as décidé consciemment ou qui s’est finalement dessiné au fil du temps ?

J’en avais vraiment envie. Tu sais, avant, quand j’habitais en Slovénie, j’avais pas mal fait de trucs électro. Et ça faisait longtemps que j’avais envie de mélanger ces touches électro et contemporaines à mes chansons. Jusqu’à maintenant, on n’avait pas vraiment eu l’occasion de le faire parce qu’on était tout de même sur des productions moins ambitieuses. Tout simplement parce qu’on avait moins de moyens. Donc, là, c’est vraiment la première fois que j’ai pu prendre le temps de bien faire les choses. Il fallait trouver le bon mix entre le côté acoustique et le côté électronique. C’est vraiment la première fois que je me suis laissé le temps de le faire parce que je savais qu’il allait y avoir une plus grande exposition. Donc, c’est quelque chose dont j’avais envie, mais je n’avais pas vraiment eu la possibilité de l’explorer de par le passé.

Igit © Ojoz

Si je te dis que les chansons de cet EP s’articulent autour de trois axes principaux : le mouvement, le voyage et la liberté, es-tu d’accord avec moi ?

Tout à fait. Tu as parfaitement résumé cet EP. D’ailleurs, c’est ce que j’ai voulu transcrire dans son titre, « Les Voiles ».

As-tu beaucoup voyagé ?

Voyagé, pas vraiment, finalement. Mais j’ai habité dans pas mal d’endroits différents. J’ai habité quelques années au Canada, en Slovénie… Donc, je ne voyage pas souvent, mais quand je voyage, c’est pour longtemps.

Tu as écrit les textes des chansons qui figurent sur cet EP. Depuis quand écris-tu ?

Ça fait longtemps. Quand j’ai écrit ma première chanson, je devais avoir douze ans. J’avais un pote musicien qui écrivait des chansons aussi, donc, c’est un truc qui est assez naturel chez moi. J’ai toujours considéré la musique par le fait de chanter mes propres chansons.

Quelle était la source à cette époque ? Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire des textes ?

Je faisais du rap. C’était la musique que j’écoutais et donc celle que je voulais reproduire. Je n’ai pas trop analysé le truc à l’époque, je pense que j’avais juste envie de faire comme les gens que je voyais, que j’écoutais et qui m’impressionnaient beaucoup. C’est un truc que j’avais en moi, sans trop expliquer ni pourquoi ni comment. J’ai toujours eu envie de faire ça en tout cas.

Tu écris donc en français et en anglais. Abordes-tu l’écriture de la même manière dans une langue ou dans l’autre ?

C’est un peu différent. Disons que ça vient toujours de la même source, c’est-à-dire une émotion forte que je veux mettre en musique. Après, c’est un peu différent parce que même si j’ai certaines capacités en langue anglaise, et notamment de par mes voyages, je joue plus facilement avec les mots en français. Disons que le français est ma langue maternelle et qu’elle me permet d’aller plus loin d’une certaine manière, elle me permet d’être plus précis aussi. Le français se prête également mieux aux métaphores et à ce genre de choses. Et puis, je pense aussi que je fais plus attention avec le français… (sourire)

Il y a peut-être aussi une pudeur qui est différente avec sa langue maternelle. Ça touche à des émotions plus « primaires ».

Ouais… peut-être. Mais je ne parlerais pas de pudeur, parce que de la pudeur, je n’ai pas trop l’impression d’en avoir. Aller raconter ses histoires d’amour devant un public en espérant avoir la plus grande audience possible… on ne peut pas parler de pudeur ! (rires) À partir du moment où je décide d’écrire une chanson, c’est que la pudeur n’est plus là. Donc, non, je ne pense pas que c’est une question de pudeur, je pense que c’est plus une question de profondeur. Et de facilité aussi quelque part. Je manie mieux le français que l’anglais. Et puis, de par le fait que j’habite en France maintenant et qu’on fait des concerts essentiellement dans les pays francophones, il y a ce paramètre  dont il faut tenir compte. Le public aime écouter les textes et les comprendre.

Tu as dit que tu aimerais beaucoup faire un duo avec Juliette Gréco. C’est marrant parce que quand j’ai écouté ton EP la première fois, il y a des intonations de voix qui m’ont fait penser à Brel et des mots qui m’ont rappelé ceux de Prévert. Est-ce une famille d’artistes, ces artistes de la Rive Gauche au sens large, dont tu te sens proche ?

Oui, tout à fait. Il y a une espèce de grande mélancolie chez ces artistes dont je me sens proche. C’est un truc qui me parle.

As-tu l’une ou l’autre petite anecdote à me raconter sur un titre ? Quelque chose dont l’auditeur ne peut pas se douter, mais qui lui permettra d’écouter peut-être la chanson différemment quand il la saura.

Il y en a plusieurs… La première anecdote, c’est sur la chanson « Courir ». Je me souviens d’avoir couru d’une traite de la Place des Ternes à la Rue de la Mouzaïa. J’ai couru quand même pendant une heure à toutes pompes dans Paris. Donc, c’est une histoire vraie. Mais en général, toutes mes chansons partent d’une histoire vraie, même les choses qui paraissent un peu métaphoriques. Ce sont des choses qui m’arrivent réellement quand j’écris les chansons. Et puis, il y a cette chanson dont je te parlais tout à l’heure, « Ma Solitude », que j’ai écrite dans ma chambre d’hôtel pendant la tournée The Voice. On était tout le temps entourés de plein plein de gens, et comme je suis un peu solitaire parfois, ça commençait à me peser un peu. Après avoir fait la sieste avec tout le monde, je me suis casé dans ma chambre avec, enfin, personne qui ne me parlait. Et c’est là que m’est venu ce refrain « Tout est si parfait autour de toi le silence ».

Un petit mot sur les clips qui accompagnent cet EP, et notamment le clip de « Courir ». Quel est ton rapport à la danse et au mouvement du corps ?

J’ai un rapport assez particulier avec le mouvement du corps parce que quand j’étais en Slovénie, j’ai travaillé avec une troupe de danseurs contemporains. J’écrivais des musiques pour eux. J’ai donc côtoyé ce milieu pendant quelques temps. J’avais plein d’amis qui faisaient de la danse contemporaine. J’ai donc eu l’occasion de me forcer à comprendre cet art. C’est une discipline qui peut sembler parfois un peu difficile d’accès, mais j’ai eu la démarche d’essayer de la comprendre. Je me suis ouvert à la danse contemporaine à cette époque. Ça m’a permis de découvrir et de comprendre beaucoup de choses. J’ai beaucoup de respect pour les danseurs et pour le milieu de la danse en général, parce qu’ils ont une liberté par rapport à leur corps que moi, par exemple, je n’ai pas. Je pense que c’est un langage différent, mais qui peut être tout aussi direct et tout aussi parlant que la musique.

Le clip de « Je suis libre » est très différent, pour le coup. Il a été tourné au Pays Basque, je pense.

Tout à fait. C’est un clip dont on est très fiers. On est partis sur une esthétique un peu différente. Déjà, on a fait le parti pris de le faire en couleurs. Tout ce qu’on avait fait auparavant était en noir et blanc. Donc, on a eu cette envie de s’ouvrir un peu et d’élargir notre univers. Et puis, on a lâché aussi le traditionnel costume trois pièces pour un truc un peu plus « normal », entre guillemets. Par rapport à tout ce dont nous parlions tout à l’heure, on retrouve le mouvement et le voyage dans ce clip. On a vraiment joué là-dessus. On a juste changé un peu l’esthétique pour arriver sur un truc plus nature. Je suis très fier de ce clip, parce qu’on y a glissé quelques petites références aussi. On espère en tout cas que ça va plaire parce qu’on a mis beaucoup de nous dedans.

L’esthétique et le visuel, ce sont des aspects de ton projet que tu sembles apprécier.

Effectivement. C’est important de travailler l’image. Quand on cherche à écouter des musiques, le plus simple, quand on est à la maison en tout cas, c’est d’aller sur Youtube. Donc, on associe de plus en plus la musique et l’image. Et puis, il y a aussi ce travail très agréable d’aller chercher des idées pour les clips et le visuel qui entourent le projet au sens large. Je prends en tout cas beaucoup de plaisir à discuter avec les réalisateurs de mes clips pour voir comment on va pouvoir mettre en image une chanson. C’est un travail très intéressant.

Un petit mot sur la suite que tu envisages de donner à cet EP. Es-tu parti dans l’optique de ressortir un EP ou d’aller vers un format plus long, un album ?

L’idée, c’est vraiment d’aller sur un format long, un album au début de l’année 2016. C’est quelque chose que je n’ai encore jamais réussi à faire jusqu’à maintenant. C’est une autre façon de travailler, un album. Un EP, finalement, ça reste une carte de visite qu’on laisse à un moment donné. On essaye de présenter des chansons efficaces qui donnent un panel assez large de ce qu’on veut défendre. Du coup, j’ai vraiment hâte de passer au format album, où on peut se permettre plus de libertés. Donc, oui, on part sur un album. On a d’ailleurs bien commencé à travailler dessus.

Concrètement, où en es-tu ?

Il commence à prendre forme, mais j’écris encore. L’idée, de toute façon, c’est d’avoir le choix avant d’entrer en studio. L’idéal, à mon sens, est d’avoir quinze/seize chansons et de choisir les meilleures. Je pense que si on rentrait en studio demain, on aurait déjà un bel album, mais le but est de pousser l’écriture un peu plus loin. J’ai vraiment envie d’avoir plus de chansons pour pouvoir vraiment faire un choix une fois qu’on va rentrer en studio. Donc, là, j’écris, j’écris et j’écris. Il y a des trucs qui sont bien et d’autres moins. On verra par la suite, quand on va se pencher plus sérieusement sur l’album, ce qu’on gardera et ce qu’on laissera. Là, l’idée, c’est vraiment de créer de la matière pour avoir l’album le plus cohérent possible. J’ai hâte. C’est en tout cas un bel exercice. Ça fait dix ans que je fais de la musique et je n’ai pas encore enregistré d’album, donc, il est temps de passer sur un format un peu long où on peut raconter des choses différentes.

As-tu déjà une idée de l’équipe de laquelle tu vas t’entourer ?

Les musiciens, oui, parce que ce seront les musiciens avec qui je suis sur scène en ce moment et que tout se passe vraiment très bien. Kenzo Zurzolo a notamment coréalisé le EP « les Voiles », et il nous suis actuellement sur scène. Donc, je pense qu’on va travailler tout ça de manière très proche avec les musiciens et lui. Comme on fait pas mal de concerts en ce moment, et donc qu’on est souvent ensemble, on peut commencer à y réfléchir. Après, pour ce qui est de l’enregistrement à proprement parler, non, on n’a pas encore d’idée précise. Je pense que ce seront les chansons qui détermineront la personne avec laquelle on a envie de bosser. Il faut d’abord faire des pré-prod assez fouillées, et après, on avisera. On soumettra tout ça à des réalisateurs et on verra celui qui nous semblera le plus pertinent pour ce qu’on a envie de faire à ce moment-là. Je ne voudrais pas qu’on se bloque aujourd’hui en balançant des noms parce que l’idée aujourd’hui, c’est d’avancer et de voir ce qui va arriver derrière.

Igit © Ojoz

Un petit mot sur la scène. Que représente-t-elle pour toi ? Est-elle d’une certaine manière la finalité de ton projet artistique ou une étape parmi les autres ?

C’est une discussion compliquée. C’est quand même une finalité en soi parce que tous les concerts sont différents et qu’on prend aujourd’hui beaucoup de plaisir à aller y défendre nos chansons. Et de plus en plus. Après, sommes-nous contents de nous ? Non. C’est très difficile d’être content de soi quand on fait des concerts. Il y a toujours un moment où tu te dis que tu aurais dû faire différemment. Il y a donc cette dureté de l’exigence qu’on peut avoir envers soi-même en essayant de faire le mieux possible. Après, ce sont toujours des moments super et tous ces petits problèmes, au final, les gens ne les remarquent probablement même pas. Ce sont des trucs, finalement, de musiciens. En tout cas, sur scène, on court après quelque chose de magique et ce sont toujours de bons moments.

Le grand public t’a donc découvert l’année dernière sur « The Voice ». Presque un an après, qu’en reste-t-il ? Qu’en retiens-tu ?

J’en retiens que c’était une belle aventure humaine parce que j’y ai rencontré des gens formidables, que ce soit parmi les candidats ou parmi les gens de la production. Et puis, c’est vraiment ça qui a mis un bon coup de boost à mes chansons. C’est grâce à The Voice si mes chansons trouvent aujourd’hui le chemin du public. Du coup, je suis ravi. J’étais allé là-bas pour un tas de raisons, et j’ai un peu rempli le carton de tout ça. On me pose souvent la question de savoir si j’appréhendais un peu l’émission avant d’y aller parce que, et c’est vrai d’une certaine manière, ce n’est pas vraiment mon univers. Mais j’y ai rencontré des gens formidables, donc j’en suis ravi.

Avec le recul, la télé t’a-t-elle changé ? Ou en tout cas a-t-elle changé ta perception du métier ?

Non. Elle ne m’a pas changé. Je pense que je suis resté le même et que le métier est resté à l’image que j’en avais avant. Disons que j’étais déjà conscient avant d’y aller qu’il y avait parfois des compromis à faire. Ce qui est tout à fait normal. Mais ces compromis-là, finalement, sont minimes et valent vraiment le coup parce que c’est ce qui te permet d’aller à la rencontre du public. Donc au final, non, je n’ai pas vraiment changé mon idée du métier. J’ai compris que je ne serais jamais populaire ou très populaire. Mais par contre, j’ai compris que j’avais le potentiel pour faire une belle carrière en chantant mes chansons. Il y a des gens qui font des énormes cartons, ce ne sera je pense pas mon cas. Ces gens-là ont un truc qui se dégage, ou en tout cas une envie, que moi, je n’ai pas forcément. Ça m’a fait comprendre ça.

Tu as écrit « Je suis libre, du moins j’en ai l’air ». Te considères-tu aujourd’hui comme un artiste libre ?

Oui, complètement. Je suis libre, bien sûr. Et d’ailleurs si je ne l’étais pas, j’aurais beaucoup de mal à concilier tout ce qui m’arrive. Si je suis aussi enthousiaste pour la suite, et je pense notamment à l’album, c’est parce que je sais qu’il y a encore plein de choses à faire artistiquement et que je n’ai pas encore tout dit. J’ai la liberté de faire comme j’en ai envie, et c’est primordial.

Propos recueillis par Luc Dehon le 25 mars 2015.
Photos : Ojoz

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