Interview de Joana Balavoine - Gentle Republic

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/03/2015.
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Gentle Rpublic © Serverin Photography

Gentle Republic, le tandem formé par Joana Balavoine et Alexandre Mazarguil, publie son premier EP le 30 mars prochain, un recueil de cinq titres particulièrement bien fichus et rapidement addictifs qui célèbrent une certaine idée hédoniste de la musique pop. Séduits par cet EP, nous avons tout naturellement voulu en savoir plus sur le groupe, sa genèse, son parcours et ses projets. C’est Joana qui a répondu avec beaucoup de franchise et de sympathie à nos questions.

Gentle Republic EPAvant de parler plus précisément de Gentle Republic et du EP que vous publiez le 30 mars prochain, j’aimerais, si vous le voulez bien, qu’on évoque votre parcours dans les grandes lignes, et notamment votre rapport à la musique pendant toutes ces années, parce que je reste persuadé qu’un artiste est nourri des différentes musiques qu’il a pu écouter à des moments charnières de sa vie… Commençons donc par le début. Quelle musique avez-vous écoutée dans votre petite enfance ? Quels sont vos premiers souvenirs musicaux ?

Ma mère m’a bercé avec Toto, Tears for Fears, New Order, Phil Collins, Peter Gabriel… toute cette musique des années 80 et 90. C’est, au sens large, de la musique généreuse. C’est en tout cas comme ça que je la vois. C’est une espèce de lâché prise un peu flou.

Vous êtes une enfant des années 80, mais vous n’avez pas véritablement vécu ces années puisque vous étiez bien trop jeune. Quelle image en avez-vous a posteriori ?

Quand je vous parle de musique généreuse, c’est à cette époque que je pense.  C’est de la musique généreuse, que ce soit harmoniquement ou mélodiquement. Les gens étaient généreux à cette époque. Et je pense que c’est aussi pour cette raison que les gens ont encore aujourd’hui envie de chanter les chansons des années 80. C’est de la belle musique populaire, pour moi. C’est en tout cas ce que j’en garde et l’image que j’en ai.

Un peu plus tard, vers l’adolescence, vers quelle musique vous dirigez-vous ?

Comme toutes les filles de mon âge, il y a eu les boys bands (sourire). Ça a duré un petit moment… Et à un moment donné, les Beatles me sont tombés sur le coin du nez. J’ai décortiqué les Beatles pendant des mois et des mois. Ensuite, ils m’ont amenée à découvrir d’autres choses. J’ai écouté beaucoup de Radiohead aussi. J’étais férue de ces musiques un peu rock et en même temps pop. Beaucoup pop, même !

Vos références sont essentiellement anglo-saxonnes.

Énormément. Je n’ai pas vraiment de culture de la chanson française. Maman ne nous y a pas vraiment élevés. C’est très étrange.

À cette époque, que se passe-t-il musicalement parlant dans votre vie ? Vous commencez à chanter ? Vous jouez d’un instrument ?

J’ai fait du piano quand j’étais toute petite. Après, vers l’adolescence, j’ai arrêté. C’était au fond de moi… mais je viens d’une famille de musiciens et c’était un peu compliqué ! (sourire) Ensuite, je suis partie en pension. Là, on avait un petit studio de musique. Mon prof d’anglais m’a dit que ce serait bien que je vienne dans ce studio. Et là, j’ai commencé un peu à chanter et à jouer de la batterie. C’est là que j’ai touché à une guitare, à une console, etc… On faisait des petits concerts. Après, je suis rentrée à Paris et j’ai eu mon bac… et j’ai tout fait pour ne plus faire de la musique, je pense ! (rires) J’ai fait du théâtre, j’ai fait de la photo… ma mère voulait que je fasse les Beaux-Arts. Je suis passée aussi par la porte de la télé. J’ai fait le générique de l’émission « Un jour un destin » avec un ami à moi. Donc, voilà, j’ai brodé un peu comme ça autour de la musique… Et un jour, j’ai compris que j’aimais vraiment la musique et que j’avais envie de faire des chansons… (sourire)

Dans quelles circonstances le projet « Gentle Republic » a-t-il vu le jour ?

Avec Alexandre, mon binôme, nous nous sommes rencontrés quand j’avais 20/21 ans, juste avant que je ne parte pour l’étranger. En rentrant deux ou trois ans après, comme on avait gardé le contact, je lui ai dit que j’avais envie de faire de la musique. Je lui ai fait écouter deux/trois trucs que j’avais faits et il m’a dit « allons-y ! » On a donc passé un an et demi/deux ans dans une petite chambre chez moi à faire des chansons… jusqu’à ce qu’un jour, on en trouve une, puis deux, et qu’on commence à y croire. On n’avait pas en tête de devenir un groupe ou quoi que ce soit. On avait juste envie de faire des chansons ensemble, pour prendre du plaisir.

Gentle Rpublic © Serverin Photography

Avez-vous rapidement trouvé votre univers ?

C’est allé assez vite. Ça a pris quelques mois, mais qu’est-ce que c’est quelques mois ? Ça va vite. Ce qui est marrant, c’est qu’avec Alexandre, nous sommes très complémentaires. Lui vient d’un univers un peu plus rock. Il a plus écouté The Smashing Pumpkins ou Nirvana. Quand je l’ai retrouvé à mon retour en France, il m’a dit qu’il commençait à ouvrir ses oreilles à autre chose. Donc, tout s’est mis assez vite en place. En quelques mois, on a trouvé une chanson, puis deux, puis trois. Après, ce qui prend du temps, c’est de bien chanter et de faire appel à de bons musiciens. Ça a mis trois ans pour faire cet EP, quand même…

Comment fonctionnez-vous à deux au niveau de la création ? Toujours dans cette petite chambre ?

Ça a un peu évolué. (sourire) Il faut aussi reconnaître qu’Alexandre a beaucoup plus d’expérience que moi. Donc, aujourd’hui, il me pousse un peu à faire des choses toute seule. Mais nous n’avions pas de contrainte au niveau de la création, ça pouvait partir d’un riff à lui ou d’une mélodie de voix qui me trottait dans la tête. Ensuite, au niveau de l’écriture, parfois on écrit un peu chacun de son côté, parfois, on bosse ensemble. Il n’y a pas de règle, en fait. On n’a jamais eu de règle. Quand quelqu’un trouve quelque chose, on travaille dessus. Aujourd’hui, on a intégré deux musiciens, donc ils viennent également un peu travailler avec nous. Je pense que notre philosophie, c’est que peu importe qui apporte quoi, tant que la chanson est bien, c’est le principal. Donc, la création, ce n’est pas plus le domaine d’Alex que le mien, ni vice versa. Et c’est ce que j’aime dans notre manière de travailler.

Quand a-t-il été question de publier un EP ? Parce que là, il n’y a plus que le simple plaisir de créer des chansons, il y a la démarche de les graver. C’est une autre étape !

Ça fait un bon moment… Ça doit faire une bonne année et demie. Là, on s’est dit qu’on avait des chansons, qu’elles étaient bien, et qu’il fallait qu’on passe à la vitesse supérieure en faisant un EP. Nous sommes donc passés à l’enregistrement, et là, on s’est rendu compte qu’il fallait qu’on travaille encore plus nos voix et les arrangements. À partir du moment où on a pris cette décision, on a pris le temps de bien faire les choses. Les titres, on les avait. On les avait fait écouter un peu à gauche et à droite, et ça, c’est un truc qui ne trompe pas, on nous disait qu’il y avait quelque chose de pas mal dedans. Donc, on a mis les bouchées doubles, on a bossé encore plus pour enregistrer cet EP et pour voir ce qui allait se passer après… On aimerait bien évidemment enchaîner avec un album, mais nous n’en sommes pas encore là. Tout s’est fait finalement très naturellement.

Gentle Rpublic © Serverin Photography

Il y a quelque chose de très hédoniste dans vos chansons et même une certaine légèreté qui s’en dégage.

Je suis contente que vous l’ayez remarqué et je suis entièrement d’accord avec vous ! C’est assez rigolo parce que vous auriez posé la même question à Alexandre, il ne vous aurait pas du tout répondu la même chose que moi. On ne voit pas du tout la vie de la même manière. Mais je pense que où nous nous retrouvons dans ce côté hédoniste dont vous parlez, c’est que nous sommes des gens généreux. Et pour moi, c’est mon enseignement : quand on fait de la musique, c’est pour la donner, c’est pour la partager. C’est pour faire rêver les gens. Oser être sur scène, oser chanter devant les autres et oser être soi, ce n’est pas rien. Et cette musique, qui a aussi un fond nostalgique est pleine de lumière. C’est ce qu’on veut donner aux gens. C’est ça finalement la musique populaire. Et je trouve que c’est un peu ce qu’on a perdu dans les années 2000. On a perdu cette vraie générosité de la musique populaire. Et populaire ne veut pas dire vulgaire. Les gens ont perdu ce mot populaire. C’est ce qui rassemble, pourtant…

À ce propos, dans l’argu de votre EP, vous dites, et à juste titre d’ailleurs, que vous souhaitez renouer avec une pop intelligente et grand public. Aujourd’hui, si on schématise, dans l’esprit de beaucoup de gens, ce qui est grand public est plutôt considéré comme cheap, et ce qui est underground et élitiste est forcément hype. Il y a quelques années, un succès populaire était valorisé, aujourd’hui c’est un peu tout le contraire. Quel regard jetez-vous sur ce phénomène ?

Ce que je vais vous répondre ne reste que mon point de vue… Mais à un moment, à vouloir ne faire que du pognon, on s’est enlisés… Après, je ne crache pas non plus sur les majors parce que grâce à elles, il y a encore, et heureusement, de super artistes qui émergent aujourd’hui. Mais je pense qu’à trop vouloir faire du pognon, on a perdu en qualité. Tout est fait à la chaîne. Aujourd’hui, au lieu de prendre un artiste pour un projet… on va en prendre dix, en espérant que ça va marcher. On ratisse large ! Et puis, je pense aussi que jusque dans les années 80, si vous n’étiez pas un bon chanteur ou un bon musicien, vous n’aviez aucune chance de faire ce métier-là. Alors qu’aujourd’hui, c’est à la portée de tout le monde. Vous passez en studio, on met un petit coup d’autotune, et hop, on traficote un peu, on fabrique beaucoup et le tour est joué. Mais quand le type ou la nana va sur scène, c’est un autre problème… C’est un vrai métier, la musique, il ne faut pas l’oublier. Aujourd’hui, les mecs arrivent en studio les mains dans les poches, ils ne connaissent même pas leur chanson… Vous savez, si on va encore un peu plus loin, je pense que c’est un problème de société, parce qu’aujourd’hui, on est passés dans l’image. On fait croire à des gens qu’on peut devenir star en quelques semaines. Alors que c’est un vrai métier d’être artiste, qu’on soit chanteur ou musicien. Je ne parle pas de star, je parle d’artiste. Je connais des gars qui jouent quinze heures par jour sur leur instrument pour atteindre une certaine perfection. Mais malheureusement, ce n’est pas ce qu’on met en avant aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi. C’est une énigme pour moi.

Revenons aux chansons qui figurent sur le EP… Je sais que c’est toujours assez délicat de demander à un artiste de quoi parlent ses chansons, parce que c’est à l’auditeur de se faire sa propre interprétation dans le fond, mais quels sont les grands axes de ces cinq chansons ?

Il y a deux/trois chansons d’amour. Quand nous nous sommes retrouvés avec Alexandre, nous étions tous les deux un peu dans une rupture. Et je pense que c’est de là que ces chansons qui parlent d’amour ont découlé. Ensuite, on a une chanson dont l’idée du texte me semble assez intéressante, c’est « Death of Thotsakan ». Pour le coup, c’est une chanson qui parle du ramayana de Bouddha. C’est l’histoire d’un géant et nous avons écrit un texte autour de ça. On a essayé de la transformer en dialogue. Et puis, on a « Better Run » qui est pour moi une chanson d’espoir. Dans ce monde, il faut trouver son courage. C’est à ça que servent les choses. Et là, Alexandre aura certainement une autre version à vous raconter. C’est marrant parce qu’on interprète un peu les chansons différemment… (sourire) On a commencé à intégrer des paroles qui nous permettent de parler un peu aux gens aussi. Je reviens à cette idée dont nous parlions tout à l’heure. Faire de la musique, ou de l’art au sens large, c’est aussi, je pense, aider les gens. Je ne sais plus quelle personne a dit que les artistes sauveront le monde… (éclats de rire) Je ne sais plus qui c’était, mais peu importe, je sais que dans nos chansons, on essaye d’attirer les gens vers plus de lumière. Donc, pour en revenir à votre question, ce n’est pas un EP concept. Il n’y a pas un thème particulier qui se dégage des chansons. Ce sont des chansons d’amour et de courage. Des histoires, tout simplement…

Un petit mot sur le clip de « Triangular », qui était le premier clip du groupe. Quelles sont vos impressions ?

(éclats de rire) C’était encore autre chose. Je ne sais pas très bien comment vous l’expliquer, mais je ne l’ai pas hyper bien vécu. Ce n’est pas facile d’être devant la caméra. C’était encore un autre métier. Et en même temps, c’était super intéressant parce que pour le coup, c’est une autre expérience. Et là, très franchement, j’ai hâte de faire le second. Les premières fois, c’est toujours un peu compliqué ! (sourire) Même Alex, je l’ai bien senti, n’était pas non plus très à l’aise. On a eu un drôle de ressenti. Mais j’ai hâte de faire le deuxième en revanche !

C’est un peu sado-maso…

(rires) N’allons pas jusque-là ! Disons que ça n’a pas été traumatisant non plus, ce tournage… Mais là, on va être dans un contexte complètement différent. On part à Los Angeles avec une équipe un peu plus familiale. Ce ne sera pas en studio… les conditions seront différentes. Peut-être que ce côté confiné dans un studio a généré une ambiance un peu spéciale, je ne sais pas. Disons que ce premier tournage était un peu particulier. Après, je n’ai pas non plus trop souffert… (sourire) C’était une super expérience. Mais parfois, ça a été un peu douloureux quand même…

Si on va un peu plus loin, tout le visuel qui entoure la musique, et qui est devenu essentiel aujourd’hui, est-ce quelque chose qui vous intéresse et à laquelle vous accordez beaucoup d’importance ?

Oui, c’est important, parce que c’est ce qu’on montre aux gens. Mais on ne veut pas que ce soit non plus trop travaillé, il faut que ça reste naturel. Regardez la pochette du EP, nous sommes tous les deux avec un T-shirt blanc. On essaye de rester simples, mais c’est important de savoir ce qu’on projette et ce qu’on montre aux autres. Ce n’est pas pour rien par exemple qu’on a choisi un soleil, parce que le soleil, c’est la lumière, c’est l’énergie… On est vraiment dans cette énergie-là, on veut projeter quelque chose de lumineux. Donc oui, à ce niveau, le visuel est très important. Après, je ne suis pas dans un concept non plus. Je pense que l’intemporel va avec le fait de rester soi-même. Et ce n’est pas facile de le véhiculer dans l’image. Il y a toujours quelqu’un qui va venir vous trouver en vous disant que comme nous sommes une fille et un garçon, il faut mettre en avant l’image d’un couple. Ça, c’est moins intéressant, je trouve…

Gentle Rpublic © Anne Licoys

Quand on parle d’un projet musical quel qu’il soit, le premier réflexe est, aujourd’hui neuf fois sur dix, d’aller voir des images sur youtube. On regarde plus la musique qu’on ne l’écoute. Quel regard jetez-vous sur cette démarche ?

C’est tout à fait vrai ce que vous dites… C’est la force et la faiblesse d’internet. Tout y est accessible en quelques clics, et en même temps, tout est jetable. C’est pour ça que le visuel prend autant d’importance, parce qu’en deux clics, on y a accès. Et quand vous regardez un clip, si ça vous gonfle au bout de quinze secondes, vous pouvez en lancer un autre… ça, c’est quelque chose qui m’angoisse un peu. Je trouve ça un peu moyen. Et puis, on perd une vraie qualité d’écoute. Mais ce qui est intéressant, c’est que les gens de ma génération ressentent cette espèce de malaise avec ce qui est jetable sur internet. Ils ont envie de changer les choses. Et si vous regardez bien, vous verrez qu’il y a un véritable mouvement de retour vers le vinyle. Là, on a une véritable qualité d’écoute. Les gens ne se rendent pas compte que le mp3, c’est juste inaudible. On a perdu dans la qualité… comme un peu partout ! (sourire) L’effet internet n’est que le reflet de l’aspect compulsif de notre société. On peut tout avoir tout ce temps.

C’est vrai que le son compressé des mp3 fait parfois un peu peur. Et puis le mp3 fait aussi partie de la génération kleenex…

Quand on y regarde de plus près, ce son, c’est ce qu’on donne aux gens. Après, tout le monde n’a pas non plus le besoin d’écouter pleinement la musique, ni l’envie tout simplement. Mais la facilité veut qu’on aille vers le mp3. C’est pour ça que je pense que les gens de notre génération peuvent changer ça. Il faut retrouver de la qualité. C’est pour cette raison aussi qu’avec Alexandre, on a mis trois ans avant de sortir cet EP. On ne voulait pas juste sortir des chansons et les jeter aux gens comme ça. On a voulu aller au bout du processus. On a voulu mener les chansons le plus loin possible. On a fait ça seuls. On est allés au bout des arrangements qu’on savait faire. On est allés au bout du mix. On voulait en tout cas aller à la recherche de la qualité. Maintenant, est-ce que ça vient de notre éducation musicale ? Je ne sais pas. En tout cas, ce que je peux vous dire, c’est que j’ai aujourd’hui un professeur de chant qui me fait recommencer jusqu’à ce que ce soit parfait. « Tu recommences, tu recommences… » Et c’est sans fin jusqu’à ce que ce soit bien ! (éclats de rire) Et je vais vous dire qu’il y a plein d’artistes aujourd’hui, de grands artistes, qui veulent retrouver une certaine exigence. Là, j’aimerais aller voir plein de concerts… mais souvent, je me fais chier. Et c’est frustrant !

Il faudrait prendre le contrepied de ce « vite-fait, mal fait, à peu de frais » qui est devenu malheureusement légion.

C’est un peu triste. Mais je pense que les gens s’en rendent compte et qu’ils ont envie que ça change. Je le pense réellement… Mon prof m’a appris qu’on pouvait tromper certaines personnes quand on était médiocre, mais les grands, les bons, les véritables, on ne pourra jamais les tromper. C’est impossible. Alexandre, je sais par exemple que j’ai un bonheur fou à travailler avec lui parce qu’il ne lâche rien ! Même en répétitions, s’il y a un demi-temps de retard, on arrête tout et on recommence. J’aime ça et il aime ça. C’est peut-être chiant de travailler comme ça, mais c’est tellement plaisant ! Et j’espère que cette exigence qu’on a, on pourra la véhiculer et elle sera comprise. Vous savez, cet EP, on peut l’aimer ou pas, c’est normal et c’est tellement subjectif la musique, mais je pense qu’on ne peut pas dire qu’il n’y a pas une certaine qualité. Et je le dis sans vouloir le vendre à tout prix, je vous le dis sincèrement comme je le ressens. On aime ou on n’aime pas, mais je pense qu’on n’est pas ridicules en le publiant et qu’on ne se moque pas des gens.

Gentle Rpublic © Florie Berger

En parlant de qualité d’écoute, vous éditez un vinyle de cet EP. Le fait de la matérialiser reste-t-il essentiel à vos yeux ?

Oui… Le vinyle est un bel objet. Le CD, par contre, c’est moche. Et c’est cher finalement… ça se raye vite. En plus la qualité d’écoute n’est pas au top. En tout cas, avoir un vinyle chez soi avec une belle pochette, ça fait plaisir. En ce qui me concerne, je suis dingue de ça. J’ai une grosse collection de vinyles et j’adore rentrer chez moi le soir et en sortir l’un ou l’autre. C’est beau. Et même la platine, c’est beau. Les enceintes, ça peut être beau aussi. C’est comme quelqu’un qui aime le cinéma, il n’aura pas envie de voir un film sur un petit écran. Il va avoir envie d’avoir un super écran avec des enceintes qui rendent un son magnifique. C’est important, tout ça, l’air de rien. Donc, oui, matérialiser les choses, ça sert à quelque chose, mais les matérialiser bien, par exemple avec un vinyle. Vous savez le support CD, c’est bon pour la promo, mais ça s’arrête là. Un CD, ce n’est rien de plus qu’une bête disquette pour moi ! (rires)

Un petit mot que la suite que vous souhaitez donner à cet EP. Êtes-vous plutôt partis sur l’idée d’un deuxième EP ou d’un véritable album ?

On a envie de faire un album, je ne vous le cache pas. Après, je ne sais pas si c’est ce qui va être fait, parce qu’on ne sait jamais. Mais on a envie d’aller vers un album. Pour l’instant, on n’a pas encore été démarcher les labels. On reste en autoproduction, et ce n’est pas évident. L’idée de faire un album, ça induit peut-être aussi l’idée de faire intervenir un réal. Ce serait intéressant pour nous, parce qu’on a envie d’élever notre musique. C’est important de donner le meilleur de soi et de rendre une copie de la meilleure qualité possible. Ça vaut le coup de faire un album de dix chansons. Le EP, je le vois plutôt comme une carte de visite.

Aller sur un format long de dix/douze titres, avec une vraie cohérence artistique, c’est en tout cas un projet qui vous intéresse.

Comme vous le dites, avec un album, on va plus loin. Un EP, c’est comme une introduction, ça reste léger. Un album demande plus d’empreinte et plus de recherche, qu’elle soit visuelle ou artistique.

Un petit mot sur la scène. Que représente-t-elle pour vous ? Est-elle la finalité de votre projet, comme ça peut souvent l’être pour beaucoup d’artistes, ou représente-t-elle une étape parmi les autres ?

Pour moi, c’est là où ça se passe. Une fois que vous avez créé et gravé des chansons… on n’a qu’une envie, c’est aller les chanter et les donner. La scène, c’est un endroit magique. J’adore ça. On parle souvent du succès, vous savez, moi, ce n’est pas ce qui me fait frissonner. Ce qui me fait avance, c’est me dire qu’on va aller sur scène et faire x dates. C’est là que ça se passe. Les gens viennent vibrer avec nous. Alors, oui, on a un EP ou un album, on peut l’écouter chez soi, tout seul. C’est bien. Mais partager la musique avec des gens, c’est autre chose. C’est là aussi que je dis que la musique perd de sa valeur, c’est parce qu’avec cet effet kleenex dont nous parlions tout à l’heure, il n’y a plus beaucoup d’artistes qui, quand vous allez les voir sur scène, vous mettent une baffe ! C’est con, mais quand je paye une place de concert, j’attends de prendre une baffe. J’attends de vivre un moment unique. C’est hyper important d’être sur scène. Une belle gueule qui débarque sur scène ne me suffit pas. Il faut que ça chante, et que ça chante bien.

Gentle Rpublic © Kalel Koven

Comme nous le disions tout à l’heure la technologie s’est beaucoup développée depuis quelques années, et forcément, ça n’encourage pas à aller plus haut ni plus loin.

Les gens sont devenus un peu fainéants ! (rires) Mais c’est partout pareil, ce n’est pas que dans la musique. C’est la même chose partout dans la société. Je ne vais rien vous apprendre, aujourd’hui on ne veut pas chanter bien ni faire plaisir aux gens, on veut devenir star. On se trompe de discours… Kurt Cobain, quand il se levait le matin, je ne pense pas qu’il se regardait dans son miroir en se disant qu’il voulait devenir une star… (sourire) Kurt Cobain, c’est certes un mec qui s’est drogué et qu’il ne faut pas imiter, mais c’était un bosseur ! Prenez l’exemple d’un Sinatra ou des Rolling Stones dans un autre genre, ce sont des bosseurs. C’est tout.

Des bosseurs… Et des artistes !

C’est exactement ça, des artistes et pas des stars ! Et je pense que c’est un peu le problème qu’on retrouve dans notre paysage musical ici en France. Et puis, parfois, paf, il y a un ovni qui débarque et qu’est-ce que ça fait du bien ! Je pense à Christine and the Queens. Elle a son propre univers et c’est génial ce qu’elle fait. Mais quand vous regardez le reste ou en tout cas une bonne partie… On en train de perdre la valeur des choses… Il faut faire bouger les choses. Et les artistes peuvent initier ce mouvement.

Avant de vous quitter, je ne peux pas ne pas évoquer un instant votre papa, Daniel Balavoine. Vous avez donc découvert son œuvre a posteriori. Qu’a-t-il, selon vous, apporté de plus à la chanson française et à la musique en général ? Comment expliquez-vous que presque trente ans après sa disparation, il fasse encore partie des artistes qui comptent le plus ?

C’est un mec génial… On ne va pas refaire l’histoire de papa, mais c’est un type qui disait tout haut ce que les gens pensaient tout bas. C’est un type qui chantait aussi. Un type qui bossait. Ça se sent quand vous écoutez ses chansons. Ça fait pratiquement trente ans qu’il a disparu. Et si trente ans après, il est encore autant présent c’est parce qu’il avait du courage. Le courage, c’est chanter. Le courage, c’est de dire ce qu’on pense. Le courage, c’est travailler. Et c’est ça qui a fait que c’était un mec complètement authentique. Il ne mâchait pas ses mots. Jamais. Et ça, ça n’a pas de prix. Après, comme vous le savez, je ne l’ai pas connu, j’ai donc découvert ses chansons après… mais waow, que ce soit mon père ou pas, ça ne change rien finalement, qu’est-ce que c’était bon ! Il y avait une qualité incroyable. Il choisissait ses musiciens parfaitement. Il n’y avait pas de hasard. Tous les gens qui ont travaillé avec lui, il les a choisis pour leurs qualités et leur travail. La preuve, quand il a signé, la première chose qu’il a dite, c’est « voilà, je veux juste choisir mes musiciens et faire ça comme çà, comme ça et comme ça. Le reste, je m’en fous. Vous pouvez faire ce que vous voulez. » Ce qui  lui importait, c’était de faire quelque chose de qualitatif. C’est ce qui fait sa force.

Gentle Rpublic © P Girod

Comme vous venez de me le dire, il ne mâchait pas ses mots. Pensez-vous que ce serait encore possible aujourd’hui dans notre société hyper formatée ?

Sincèrement ? Oui. Mais on étouffe les gens qui veulent parler. Il y a beaucoup de censure, quand même. On fait passer très intelligemment les gens qui ouvrent un peu leur bouche pour des fous, des  ridicules ou des marginaux, tout simplement. La politique est assez bien ficelée pour faire taire ceux qui ont envie de parler. Pour autant, je pense qu’on peut quand même le faire. Et justement, avec internet, on peut faire ce qu’on veut. Si on a envie de dire des choses, on peut les dire. Je vais faire une référence avec cette chanson de papa, « Frappe avec ta tête », « Ils t’ont coupé et ta langue et tes doigts pour t’empêcher de t’exprimer. Mais ils ne savent pas qu’on ne se bat pas contre les hommes qui peuvent tout, surtout pour ce qu’ils croient ». On ne pourra jamais empêcher quelqu’un de parler. C’est dur parce que tout est bien ficelé, mais c’est faisable.

Je vais vous poser une dernière petite question qui va d’une certaine manière résumer un peu tout ce dont nous venons de parler… Vous travaillez avec Alexandre depuis quelques années maintenant, il y a donc cet EP qui sort le 30 mars, des scènes qui se profilent, un album, peut-être. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis à block ! (éclats de rire) Il se passe tellement de choses dans ma tête en ce moment… Déjà, une bonne part de soulagement, parce que c’est matérialisé, c’est figé. Ça, c’est fait. On est allés au bout de quelque chose. Je le vois comme un accomplissement cet EP. Peu importe ce qui va en ressortir, que ça marche ou pas. De l’avoir fait, ça me fait du bien. On a déposé quelque chose dans le monde. On a donné. Après, il y a l’excitation et l’envie de faire des concerts. L’envie de tourner, de voyager, de rencontrer des gens. Envie de faire rêver les gens aussi. Je suis très excitée, en fait. J’ai la chance de faire ce métier-là. Je l’aime. Et tout ce qui va avec aussi. Je déborde d’énergie aujourd’hui. J’ai envie d’aller plus loin. J’ai envie d’explorer des choses. J’ai envie de devenir une meilleure chanteuse. J’ai envie de devenir une meilleure batteuse. Il faut arriver à prendre ce tourbillon-là dans la vie. Le tourbillon de l’élévation. Il faut continuer et surtout ne pas s’arrêter.

Les projets à court et moyen terme, c’est quoi ? De la scène ?

Oui, de la scène. Mais on continue d’écrire aussi. Bien sûr, ça s’est un peu ralenti mais on pense enchaîner avec un album, donc beaucoup de répétitions. On est encore jeunes et on a un certain niveau à atteindre. Ça passera par la scène aussi. La scène à fond !

Propos recueillis par Luc Dehon le 13 mars 2015.
Photos studio : Séverin Photography
Photos live : Anne Licoys, Florie Berger, Kalel Koven et Pierre Girod

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