Interview de Bastien Lanza

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/01/2015.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Bastien Lanza - DR

Bastien Lanza publie aujourd’hui 26 janvier son premier album, « 2H du mat », un album romantique, mélancolique et un brin nostalgique qui ne manque jamais d’humour. Nous avons été à la rencontre du jeune artiste afin d’en savoir plus sur la genèse de ce projet, sur lequel figure notamment un duo avec Francis Cabrel. Bastien Lanza assurera prochainement quelques premières parties pour Renan Luce, Jeanne Cherhal ou encore Grand Corps Malade. Il se produira également en nom propre et notamment le 18 mars au Café de la Danse (Paris 11ème).

Bastien Lanza, 2H du matAvant de parler plus précisément de ton album, j’aimerais, si tu le veux bien, qu’on évoque un peu ton parcours. Viens-tu d’une famille de musiciens ?

On ne peut pas vraiment dire que je viens d’une famille de musiciens, et pourtant, mon père, lorsqu’il était adolescent, a gratté un peu sa guitare et griffonné lui aussi des petites chansons. Il avait sorti un vinyle qui était plus là pour l’entourage, mais qui était là tout de même. C’est lui qui m’a mis à la guitare quand j’étais plus jeune.

Qu’écoutait-on comme musique chez toi quand tu étais enfant ?

La musique qui a bercé mon enfance, c’est tout simplement Francis Cabrel. Mon père l’adorait et l’a beaucoup écouté. C’est avec la musique de Francis que j’ai grandi. Tu as raison de poser cette question parce que finalement, la musique de nos parents est la musique qui nous construit. La musique de Francis Cabrel m’a construit d’une certaine manière.

On reparlera de Francis Cabrel un peu plus tard, puisqu’il chante un titre en duo avec toi sur ce disque, mais on peut dire d’une certaine manière que la boucle est bouclée…

Exact ! (rires) La boucle est bouclée comme tu le dis. Il s’est passé pas mal de choses complètement inimaginables. Il y a quelques années, on m’aurait dit qu’il allait se passer ça ou ça, je n’y aurais jamais cru. Mais il se trouve que ça s’est passé !... (sourire)

Quel est ton parcours musical dans les grandes lignes ?

Dans les grandes lignes, j’ai commencé la guitare à l’âge de huit ans, dans une école de musique type conservatoire. J’ai appris la guitare classique avec des méthodes très… classiques ! (sourire) Vers l’adolescence, je me dis « pourquoi ne pas essayer d’écrire quelques paroles et les poser sur mes musiques ? » Dans un premier temps, je voulais faire rire mes potes avec des chansons un peu drôles. Et dans un deuxième, j’ai voulu séduire les filles avec des chansons d’amour. Ça commence vraiment comme ça. Et puis, plus le temps passe, le collège, le lycée et puis la Fac, plus je me dis que je peux me perfectionner et que je peux en faire mon métier. Donc, la musique m’a suivi tout au long de mes études. Et à la fin de mes études, je me suis dit que je ne voulais pas travailler dans ce pourquoi j’étais rentré à la Fac, je voulais lancer mes maquettes sur internet pour voir ce que ça allait donner. Et grâce à ces maquettes postées sur le site My Major Company, j’ai pu signer en maison de disques, étant donné que j’ai réussi à réunir la somme de 100 000 € de la part de 1300 internautes. Et tout ça s’est fait très rapidement.

La musique a donc toujours été présente, même pendant tes études.

Exactement. À ce moment-là, j’avais fait un premier CD. Je m’étais mis dans la tête l’idée de concrétiser vraiment un premier album. Je voulais graver douze chansons sur un CD, même si c’était très amateur en termes d’artwork et tout… mais c’était surtout l’histoire de dire que j’avais concrétisé un premier projet. J’avais douze chansons gravées sur un CD que je pouvais passer à mes potes de fac. Évidemment, ce n’étaient pas les chansons qui sortent aujourd’hui, mais malgré tout, tout au long de mes études, je n’ai jamais cessé d’écrire. Et quelques chansons de ce premier album qui va sortir le 26 janvier, datent de cette période de ma licence et de mon master.

Bastien Lanza - DR

On trouve donc quelques chansons plus anciennes sur cet album.

Exactement. Il y a des chansons qui datent vraiment de ma période universitaire. Tu sais, dans les premiers albums, il y a souvent de grosses fourchettes de dates entre lesquelles les chansons ont été écrites. Et là, on trouve des chansons qui ont été écrites à cette époque.

À cette époque, te produis-tu déjà en concert ?

Non, pas du tout. La première fois où je suis monté sur scène, c’est très peu de temps après m’être inscrit sur le site My Major Company. C’était il y a quatre ans, quelque chose comme ça. Je venais donc de m’inscrire et j’avais recueilli mes premier 3000 € ! Sachant qu’il m’en fallait 100 000… je n’y croyais pas trop ! (rires) Donc, le soir-même, j’ai fait ma première scène à Avignon. C’était un concours… J’avais un trac pas possible. J’ai passé toute l’après-midi à torturer un cintre qui se trouvait dans ma loge. Finalement, j’ai gagné ce concours et le soir-même, j’avais 11 000 € dans ma jauge. Donc, en une soirée, j’avais pris 8000 € de mise sur mon projet. Donc, voilà, l’histoire de ce premier concert. Après, mois après mois, j’en ai fait de plus en plus souvent. Et là, je viens de fêter très récemment mon centième concert.

Qu’est-ce qui t’a poussé à tenter l’aventure du participatif ? Avais-tu démarché d’autres labels ?

Je n’avais pas démarché de labels, justement. Je me suis dirigé vers My Major Company d’une part parce que je connaissais ce site, que la démarche m’attirait et que, d’autre part, je pensais que ça pouvait fonctionner pour moi. J’aimais beaucoup des gens comme Grégoire, Joyce Jonathan ou Irma. Je les ai d’ailleurs rencontrés par la suite. Donc, je me suis dit que ça pouvait être la bonne solution. Je venais du sud, je ne connaissais personne à Paris et je me suis dit que plutôt que d’aller faire le tour des maisons de disques dans le vide, j’allais tenter le participatif. Et ça a fonctionné…

Bastien Lanza - DR

Tu as réunis les 100 000 € assez rapidement, donc, j’imagine que l’idée de ce premier album devient concrète assez vite.

L’idée n’est pas concrète dans ma tête avant que la jauge n’arrive presque à son terme. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup rêver, qui aime beaucoup se projeter, qui aime beaucoup se dire que des choses qui paraissent impossibles vont devenir réelles… mais une fois que ces choses sont devenues réelles, mais une fois que c’est concrétisé, je ne passe pas un mois à m’extasier dessus. Je me dis que c’est très bien, je le fête une journée ou deux, mais je passe très rapidement à l’étape suivante pour essayer de progresser encore. Très sincèrement, quand j’avais 3000, 10000 ou 50000 €, je faisais des paris un peu débiles avec mon frère … mais moi, je ne voulais pas trop y croire. J’avais peur de la désillusion. Très honnêtement, jusqu’aux 95 000 €, je ne me suis jamais dit que j’allais faire un album. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Certainement parce que je me projette pas à pas et que je fais tout ce qu’il faut pour pouvoir retomber sur mes pattes. Mais pendant très longtemps, je ne me suis jamais dit pendant l’évolution de la jauge que j’allais arriver aux 100 000 €. Je voyais aussi autour de moi des gens qui étaient montés à cinquante ou soixante mille et qui redescendaient. Les gens pouvaient démiser à l’époque. Il y avait de grosses désillusions. Donc, moi, je me disais que ça allait bien, que la boucle positive continuait, mais jamais je ne me suis dit, à part la dernière journée où j’étais à 95 000 € où là je savais que c’était une question de quelques heures.

Elles arrivent à quel moment les Rencontres d’Astaffort ?

Juste après avoir recueilli les 100 000 €, donc juste après ma signature en maison de disques. Tout s’est fait de façon assez parallèle, à la fois les Rencontres d’Astaffort, la rencontre avec Francis Cabrel et la signature en maison de disques. Tout est arrivé à peu près en même temps.

Quelle est la chose la plus importante que tu aies apprise à ces Rencontres d’Astaffort ?

Je crois que c’est la précision qu’il faut apporter au texte, malgré le fait que nous, quand nous écrivons la chanson, nous savons très bien de quoi il parle. On sait exactement le sujet dont on veut parler et la façon dont on veut l’aborder. Là, j’ai appris la précision. Il faut être sûr que quand les autres vont le lire, ils vont également comprendre de quoi on a voulu parler. Nous, comme on sait de quoi on parle, on peut se laisser aller à des approximations. Mais derrière, il faut absolument que les gens qui écoutent le titre n’aient aucun doute sur ce qu’on veut transmettre. Et là, je parle notamment de chansons réalistes. Quand on veut dire des choses, il faut absolument que le public puisse comprendre très précisément et très rapidement le message qu’on a envie de délivrer. C’est probablement la chose la plus importante que j’ai apprise là-bas.

Ta rencontre avec Cabrel date de cette époque, j’imagine.

Oui. Ça part de là. La première fois que je l’ai rencontré, c’est lors de ces Rencontres d’Astaffort en mai 2011. On s’était croisés, on s’était un peu parlé. Il semblerait que ce que j’avais à lui proposer à l’époque lui ait plu puisque nous nous sommes revus à de nombreuses reprises par la suite. J’ai toujours entretenu un lien assez serré avec Francis et aussi avec son association « Voix du Sud ». Donc, ça a vraiment commencé en 2011, après, il y a eu plusieurs étapes. Il m’a remis un prix qui s’appelle le Prix « Centre des Écritures de la Chanson », un prix qui récompense les auteurs. Il m’a remis ce prix sur scène. Après, il m’a embarqué en avril 2014 sur ses premières parties. Puis, il a accepté de faire un duo avec moi sur mon premier album. C’est un soutien et un attachement sans faille et de plus en plus fort.

A-t-il accepté tout de suite de te rejoindre sur ce titre « À l’air libre » ? Ce n’est pas banal de décrocher un duo avec Cabrel sur un premier album…

(sourire) Comme tu le dis, c’est loin d’être banal ! Et très honnêtement, j’y ai été avec sincérité et naturel. Je ne voulais pas qu’il pense qu’il pourrait être un argument marketing ou quoi que ce soit. Moi, j’étais content de ma chanson et artistiquement, je sentais que ça allait le faire, de la chanter avec lui. Pour moi, ça représentait beaucoup. Très naturellement, je lui ai donné rendez-vous. On s’est rencontrés chez lui et on a commencé à parler de tout et de rien. Plus tard, je lui ai dit que si je venais le voir, c’était aussi pour l’inviter sur mon premier album. Je lui ai dit que j’avais une chanson qui pourrait bien coller. Il l’a écoutée et quelques minutes après, il m’a dit qu’on allait la faire ensemble…

Pourquoi as-tu appelé cet album « 2 H du mat » ? Cette chanson a-t-elle quelque chose de plus que les autres ? On ne donne jamais un titre au hasard à un album…

Bien sûr… Je crois que cette chanson pèse un peu plus dans mon cœur que les autres puisque c’est la chanson dont beaucoup de gens me parlent. Dès le départ, quand j’ai posté cette chanson sur internet, j’ai eu beaucoup de retours sur ce titre en particulier. C’était la chanson que les gens retenaient. Je ne savais pas pourquoi, et je ne le sais d’ailleurs toujours pas vraiment. Et puis, je trouvais que c’était un beau titre d’album. C’est un titre qui évoque la nuit. La nuit, c’est quelque chose de très particulier pour moi. J’aime le sentiment nocturne. Il est plus intense que les autres. La nuit, les choses deviennent plus possibles. Il y a moins de limites. La nuit, ça évoque la solitude et la nostalgie, bien évidemment, mais d’un autre côté, ça évoque la fête et la folie aussi. J’aime bien ce côté un peu ambivalent qui représente pas mal l’être multi facette que je pense être et incarner.

Bastien Lanza - DR

Très arbitrairement, il y a, moi, une chanson qui me touche un peu plus que les autres, c’est « La vie va comme elle veut ». C’est un titre d’une part très mélancolique et d’une autre très entraînant. Dans quelles circonstances l’as-tu écrite ?

Je l’ai écrite à un moment donné lorsqu’autour de moi j’entendais des gens me dire à propos d’évènements malheureux des choses assez fatalistes. « De toute façon, c’est comme ça, on n’y peut rien. » Il y a des choses qui nous tombent dessus et pour lesquelles on n’y peut rien. Et en pensant à ça, les « La la la la vie va comme elle veut » sont venus assez naturellement. Et finalement, j’ai construit cette chanson autour de ce noyau qui en est devenu le refrain. J’étais dans une période où je me disais que ce serait bien d’avoir quelques chansons un peu plus rythmées et entraînantes. Et finalement… je suis retombé dans le côté ballade et j’ai écrit cette chanson sur laquelle j’ai aussi pas mal de retours. Ça me fait plaisir que tu m’en parles parce qu’elle semble plaire pas mal autour de moi aussi… (sourire)

As-tu une petite anecdote à me raconter autour de l’une ou l’autre des chansons ? Je pense à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson et dont l’auditeur ne peut pas se douter si tu ne lui en parles pas, une petite histoire qui pourrait apporter une autre lecture à la chanson…

Je pense aux « Gens de passage » qui parle de façon très quotidienne des gens qu’on croise dans la rue. Les gens qu’on ne connait pas, auxquels on n’a pas forcément envie de dire bonjour et avec lesquels on n’a pas non plus forcément envie d’engager la conversation parce qu’on se dit qu’elle sera stérile finalement. C’est une thématique qui est très présente dans ma tête depuis très longtemps, depuis le collège et le lycée, et qui ne m’a jamais quitté. J’ai toujours eu cette espèce d’esprit un peu moqueur par rapport à ce genre de situation, face à des gens auxquels on n’a pas forcément envie de parler, mais auxquels on parle par courtoisie et politesse. C’est une thématique qui me suit depuis l’adolescence et qui est encore aujourd’hui très présente dans ma vie de jeune adulte. J’ai décidé d’écrire cette chanson pour mes amis parce qu’ils m’entendent parler de ça depuis une bonne dizaine d’années… (sourire)

Si tu devais me définir cet album en quelques mots, que me dirais-tu ?

Je dirais que c’est un album personnel, intime, décalé, ironique et émotif.

C’est un peu ce que tu es dans la vie, quelque part…

Voilà… (sourire) Mais c’est vrai, je le dis souvent, c’est un album très personnel, comme le sont souvent les premiers albums où on retrouve un condensé des dix dernières années.

Bastien Lanza - DR

Pas mal de scènes se profilent, des premières parties de Renan Luce, Jeanne Cherhal ou Grand Corps Malade, ainsi qu’une tournée en nom propre qui fera escale au Café de la Danse le 18 mars prochain. Que représente-t-elle pour toi ? La vois-tu comme la finalité de ton projet ou une étape parmi les autres ?

Je la vois sans doute comme une finalité. C’est vraiment le moment où on est en contact avec le public. C’est aussi ce qui me permet de vivre et de créer. À côté de ça, c’est un réel moment de partage. On se retrouve à partager avec les gens des chansons qu’on a écrites avec une bouteille de vin dans sa chambre. C’est un moment très privilégié et je suis vraiment content de pouvoir en faire encore et encore le maximum. Même dans le cadre de premières parties où les gens ne t’attendent pas forcément. Tu arrives avec ta motivation et tes convictions et généralement, ça passe parce que si tu es sincère, ça passe. Ça compte beaucoup la scène. J’ai cette grande chance de pouvoir tourner beaucoup. J’en suis ravi. Que ce soit en première partie d’artiste prestigieux ou en nom propre.

La première partie, c’est toujours un exercice un peu compliqué…

Je n’emploierais pas le mot compliqué. Oui, forcément, il y a un a priori, mais si tu y vas décomplexé et avec sincérité, les gens accrochent finalement. Et souvent, j’ai des retours très positifs des premières parties que j’ai pu faire. Donc, oui, c’est génial de pouvoir me produire dans des petits théâtres à travers la France en mon nom, mais je ne dénigre pas non plus le fait de faire des premières parties qui sont souvent très agréables. Ce sont des exercices très différents, mais aussi agréables l’un que l’autre. De toute façon, une fois qu’on est sur scène, quelle que soit la scène, le stress s’envole. Très vite, je suis dans le bain. Je vais te raconter une petite anecdote de première partie. C’était au Palais 12 à Bruxelles en première partie de Francis Cabrel. J’ai eu beaucoup de retours positifs et pas mal de gens ont acheté le mini album qu’on mettait à leur disposition après le spectacle. Eh bien, pas mal d’entre eux sont venus me revoir quelques jours plus tard dans une petite salle à Bruxelles. C’était plein…

Tu fêtes aujourd’hui tes 27 ans [notre interview a été réalisée le 19 janvier], ton premier album sera dans les bacs dans quelques jours, pas mal de premières parties et de scènes se profilent… il se passe quoi dans ta tête ? Dans quel état d’esprit es-tu ?

Je suis très serein et très décomplexé dans le sens où j’ai fait de mon côté tout ce que je pouvais pour que ça marche. Je ne me suis pas ménagé, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir. Là, l’album n’est plus entre mes mains. Quoi qu’il se passe, je suis heureux que ce projet se soit concrétisé. On verra où il va nous emmener. Je suis heureux de pouvoir défendre cet album sur scène en nom propre et d’avoir aussi cet objet physique disponible pour les gens. Ça me permet aussi de tourner une page et de progresser encore. Et voir ce dont j’ai envie pour la suite… j’ai envie de liberté, faire ce que j’ai envie au jour le jour, tout en respectant un certain nombre de contraintes. Faire de sa passion son métier, c’est le principal. J’essaye donc d’être de plus en plus libre et je me réjouis d’attaquer un autre projet, qu’il soit musical ou pas, d’ici peu de temps.

Propos recueillis par Luc Dehon le 19 janvier 2015.
Photos : DR

Liens utiles:
Site officiel :
http://www.bastienlanza.fr
Facebook :
https://www.facebook.com/bastienlanza
Twitter :
https://twitter.com/bastienlanza









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut