Interview de Christophe Cirillo

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/01/2015.
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Christophe Cirillo © Mathieu Zazzo

Christophe Cirillo revient sur le devant de la scène avec un magnifique quatrième album, « Cow-Boy Désarmé », un opus que le jeune artiste a entièrement écrit, composé, réalisé et produit seul. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur la genèse de ce projet tout en finesse et poésie. Au cours de cet entretien, nous évoquerons évidemment le formidable succès des « Murs Porteurs » de Florent Pagny, titre dont il est l’auteur. Christophe reviendra également sur sa déception face au non succès de son précédent disque, « Funambule ». Enfin, sachez que Christophe Cirillo assurera à partir du 28 janvier pour quelques dates les premières parties de Calogero. Rencontre avec un artiste à fleur de peau qui capte dans ses chansons les émotions comme personne.

Quand as-tu posé les premières pierres de ce nouvel album, « Cow-Boy Désarmé » ?

Il y a deux ans et demi, quelque chose comme ça.

Christophe Cirillo, Cow-Boy Desarme« Funambule » était donc sorti quelques mois auparavant, quelles étaient tes motivations à cette époque ?

J’avais tout simplement envie de faire des chansons. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Je sortais d’une expérience un peu navrante, à vrai dire. « Funambule » était un album que j’aimais beaucoup et puis voilà, les choses se sont mal passées comme c’est souvent le cas en ce moment dans l’industrie du disque. Donc, j’avais envie d’écrire des chansons pour mette tout ça de côté, pour dissocier tout ce qui peut se passer en terme de promo et de réussite, et par ailleurs le métier d’artiste qui consiste à écrire des chansons, à tracer sa route et à faire ce qu’on sait faire. Donc, l’idée était de faire des chansons sans savoir du tout quelle couleur musicale j’allais avoir envie de leur donner. Je me suis positionné plutôt par rapport à ce qui s’était passé plutôt que par rapport à un disque, avec lequel d’ailleurs je n’avais aucun problème.

Avant de revenir à l’artistique, et puisque tu m’en parles, tes deux premiers albums sont donc sortis en major (sous le pseudo de Monsieur Clément) et le troisième a été produit sur une plateforme de financement participatif. Qu’est-ce qui t’a poussé à choisir le chemin de l’indépendance pour ce quatrième disque ?

Je me suis dit « Essayons. Voyons si c’est possible. » Je ne me suis jamais dit que j’allais autoproduire mon prochain album. Non. Je me suis dit que j’allais essayer. Je voulais voir si c’était jouable et réalisable. Je n’étais pas du tout dans l’idée d’aller jusqu’au bout tout seul. Je sais très bien l’intérêt de travailler avec une maison de disques, en tout cas quand ça se passe bien. Donc, l’idée était de commencer moi-même le travail, sans être dans l’attente d’un éventuel partenaire. Je voulais aller le plus loin possible tout seul, pour après, éventuellement voir s’il était possible de poursuivre le chemin avec une maison de disque, et notamment pour tout ce qui est distribution, marketing et promotion. Tout ce qu’une maison de disques sait faire. Et finalement, je me suis aperçu que ce n’était pas si compliqué que ça. Bien entendu, je suis entouré de gens qui m’accompagnent depuis mes débuts et donc, les choses ont pu se mettre en place sans trop de difficultés, finalement.

Et en fin de compte, tu as été tout seul jusqu’au bout.

Exactement. Aujourd’hui, on a la possibilité de le distribuer déjà sur les plateformes numériques. Il n’y a plus la nécessité de passer par les bacs. Donc, je fais tout ça un peu tout seul. J’ai tout de même un manager qui m’aide et des copains musiciens. Je connais un petit peu de monde, il y a des artistes sur lesquels je sais que je peux compter. Donc, c’est plus facile. Je n’ai pas vécu le parcours du combattant d’un artiste qui démarre et qui ne connait personne. Là, ce n’est pas du tout le même cas de figure. Donc, voilà, je ne suis pas pour l’indépendance à tout prix et pour cracher sur les maisons de disques. Je pense qu’il faut de tout pour faire un monde. Et je reste convaincu que c’est cette diversité qui va faire que ce métier va évoluer dans le bon sens.

Finalement, l’indépendance, ça t’a plu.

Oui, ça m’a plu. Et ça m’a plu aussi de porter plusieurs casquettes, de ne pas être juste le chanteur qui rentre en studio quand tout est prêt et que les musiciens sont là. J’ai vraiment aimé ce côté artisanal. Et j’ai compris qu’un des gros problèmes dans cette industrie, ce sont les innombrables intermédiaires. Tout est très long. La mise en route d’un projet peut mettre des mois voire des années. C’est hallucinant. Et parfois, ça devient trop long. On écrit des chansons qui n’existent au final que deux ans après et on n’a plus forcément envie de les défendre à ce moment-là. Ça, c’est un peu difficile à gérer. Travailler en totale indépendance permet d’avancer à son rythme et, finalement, de gagner du temps. Et puis, on est dans un rapport simple avec les gens. On ne doit pas passer par dix intermédiaires pour parler à quelqu’un… (sourire) J’ai vraiment aimé ça. Et je vais même aller plus loin dans cette réflexion. Je pense que j’aimerais un jour le faire pour d’autres. Dans quelle configuration ? C’est une autre question. Mais c’est quelque chose qui me plairait beaucoup. J’adorerais ça. Alors, bien entendu, je ne suis pas du tout à même de le faire aujourd’hui, mais mener un projet de A à Z m’a beaucoup plu.

Tu me disais tout à l’heure qu’il n’y avait plus la nécessité aujourd’hui de passer par les bacs pour une sortie d’album. Est-ce quelque chose que tu regrettes ?

Disons que là, l’album bénéficie dans un premier temps d’une sortie digitale, mais peut-être qu’il y aura une distribution dans les bacs plus tard. La promo commence seulement. Donc, je ne fais pas du tout de croix sur une sortie physique. Ce qui est certain, c’est que l’album existe en version physique et que donc j’ai la possibilité de le vendre lors des concerts ou par correspondance. Après, oui, je préfèrerais être dans les bacs, mais il n’y a pas d’urgence. Un album, s’il vit sur scène, s’il y a un peu de promo, je ne vois pas la nécessité absolue qu’il soit dans les bacs.

Le principal, c’est qu’il existe physiquement, finalement.

Exactement. Ça, ça reste important, ça concrétise le projet. D’ailleurs, là, dans une semaine, je pars pour faire quelques premières parties de Calogero, et l’album sera en vente sur les dates.

Revenons à l’artistique. J’ai envie de dire que les dix titres qui composent cet album sont des petits instants de vie, comme des billets d’humeur. Es-tu d’accord avec moi ?

Je suis entièrement d’accord. Et je dirais même que c’est un peu le cas depuis le début. Ce sont un peu mes états d’âme. Ça peut paraître égoïste de présenter les choses comme ça, mais dans la mesure où mes états d’âme sont universels, ça ne l’est pas. Sans être prétentieux ou quoique ce soit, je pense que ce qu’on ressent soi-même c’est aussi ce que ressentent les autres. C’est important qu’un texte ne soit pas nombriliste, que chacun puisse se retrouver dedans. Donc, quand tu parles d’humeur, je suis entièrement d’accord avec toi. La mienne est plus souvent mélancolique, c’est d’ailleurs, un peu le dénominateur commun entre mes quatre albums. Mais je m’oriente vers une mélancolie plus légère et moins pesante. Je crois que je cohabite de mieux en mieux avec ma mélancolie.

Tes textes sont toujours assez finement travaillés. Passes-tu beaucoup de temps dessus ?

Chaque chose en son temps. Je passe effectivement beaucoup de temps à les retravailler. Mais souvent, quand j’ai une idée, ça va assez vite, je déroule la bobine assez vite. C’est après que je retravaille pas mal. Il faut savoir que j’écris d’abord les textes, contrairement à beaucoup d’artistes. Et donc, je suis amené à retravailler les textes à partir du moment où je pose la musique dessus. Je suis obligé de couper ou de changer certains mots parce qu’ils ne sonnent pas bien. Donc, là, ça peut être assez long. Jusqu’à la dernière minute, même quand j’enregistre ma voix, je m’autorise à changer un mot ou l’autre. C’est même assez classique et courant.

Quand as-tu commencé à écrire ?

C’est venu assez vite. Au tout début, j’écrivais en anglais. Ça n’a pas duré très longtemps, surtout que je parle très mal en anglais. Et donc, c’était un peu ridicule… (sourire) Et puis après, j’ai découvert Brel et Gainsbourg et j’ai eu forcément envie d’écrire en français. C’est donc vers 18/20 ans que j’ai commencé à écrire.

Christophe Cirillo © Mathieu Zazzo

Écrivais-tu déjà à cette époque dans l’idée de capter tes états d’âme ?

Oui. Et puis forcément, il y a d’autres choses. Je ne sais pas si c’est une déformation universitaire… mais j’ai fait des études de sociologie et je me suis aperçu que dans mes chansons, j’essayais toujours de porter un regard un peu sociologique sur le monde qui nous entoure. C’est un peu un mix de mes états d’âme et un constat que je peux faire sur notre époque et le monde qui m’entoure. Ça parle de moi sans parler de moi.

Écrire des choses très personnelles qui doivent parler à tout le monde, est-ce compliqué ?

Non, parce que globalement les sentiments sont partagés. Et finalement, ce qui est libérateur, c’est que ce qui de prime abord peut paraitre assez intime et personnel ne l’est pas vraiment. Je n’ai donc pas de problème à utiliser le « je ». C’est toujours un peu moi que l’on retrouve dans les chansons. Et ça donne sans doute un côté plus personnel et plus vrai. Je pense que l’authenticité d’un artiste passe par là. Et d’un autre côté, j’ai envie de me contredire aussi… J’avais entendu Jean-Louis Aubert dire que les chansons d’amour étaient souvent factices. Je ne sais plus exactement quels étaient ses termes, mais il disait qu’un artiste n’avait pas forcément la chance de vivre ces choses-là, que ce qu’il chantait était fantasmé, et pourtant, ça semblait vraiment personnel. Donc, il y a un peu tous les cas de figure… Et pour en revenir à ta question, non, ce n’est pas difficile de parler de choses personnelles et intimes.

« Le niveau de la mer » est une chanson très touchante, de mon point de vue. Te rappelles-tu des  circonstances dans lesquelles tu l’as écrite ?

Pas du tout… (sourire) C’est le flou total ! Tout ce que je peux te dire, c’est que je suis fasciné par la mer depuis mon adolescence. Donc, j’ai toujours envie de parler d’elle. Il faut toujours que dans une chanson de l’album, j’en parle. Peut-être que ça vient un peu de là… Et puis, j’aimais aussi bien le jeu de mot entre la mer et l’amer. C’était une façon de parler un peu de l’amertume aussi. Je me suis amusé avec ce titre.

De toutes les chansons qui figurent sur cet album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas à la qualité du texte ou de sa mélodie, mais plutôt à quelque chose qui se serait passé autour d’elle.

Si je peux me permettre, je vais un peu détourner ta question, et te parler d’un titre qui aurait dû figurer sur mon album et qui n’y figure pas. Il s’agit des « Murs Porteurs ». C’est une chanson que j’avais écrite, paroles et musique, pour moi. Et le hasard de la vie a fait que cette chanson est devenue une chanson de Florent Pagny, avec le même texte, mais une autre musique, composée par Calogero. C’était le titre que je préférais sur mon album, avec une musique très différente de celle que Calogero a posée dessus. C’est assez marrant parce que pour le coup, ce texte me paraissait vraiment très personnel. J’avais l’impression d’avoir parlé d’un truc qui me tenait vraiment à cœur et qui m’était très personnel. J’ai adoré cette idée à un moment donné que Florent Pagny s’en empare. Quand je l’écoute aujourd’hui, je me dis que cette chanson était vraiment écrite pour lui, de la même façon que je pensais à l’époque qu’elle l’était vraiment pour moi. Cette chanson fait partie des belles surprises qui peuvent survenir dans ce métier. Il y a plein de choses inattendues.

Christophe Cirillo © Mathieu Zazzo

Tu avais donc écrit cette chanson pour toi. L’avais-tu enregistrée ?

Oui. Avec, donc, une musique très différente de celle que Calogero a composée. Tu sais, on a un lien avec Calogero. J’avais commencé à lui envoyer de temps en temps des textes. « Les Murs Porteurs », ça a été magnifique, mais nous avons fait ensemble d’autres titres, et notamment « Fidèle » sur son album à lui. Qu’est-ce qui a fait qu’un jour j’ai eu l’envie de lui envoyer ce texte alors que j’avais déjà enregistré le titre pour mon album ? Je n’en sais toujours rien aujourd’hui ! (sourire) Je lui avais envoyé deux textes de cet album, histoire de le mettre un peu au parfum de ce que j’avais écrit. Qu’il flashe sur ce texte en particulier et qu’il me propose de composer une musique dessus… c’est le destin. Je ne peux pas dire autrement. Et ce qui est très rigolo, c’est que j’ai travaillé avec un batteur sur mon album. Il avait donc enregistré ma version des « Murs Porteurs ». Et vraiment par hasard, il s’est retrouvé à jouer les morceaux de batterie du titre pour Florent. Du coup, il joue sur les deux versions… Je trouve ça assez rigolo, j’aime ce genre de coïncidence.

C’est un joli clin d’œil. Mais cette histoire finalement confirme l’idée que j’ai sur les chansons. Quand elles sont écrites, elles vivent leur propre vie, en dehors de la vôtre, vous les créateurs.

Effectivement et j’adore ça. C’est volatile une chanson. Et j’adore que les chansons aient leur propre destin. Finalement, j’aime autant écrire pour moi que pour les autres. Je n’ai pas le sentiment de propriété avec mes chansons. Je suis content de les écrire, après, elles ne m’appartiennent plus et advienne que pourra. Donc, voilà, j’ai répondu un peu à côté de ta question, mais j’ai beaucoup de tendresse pour ce titre. Et puis, ce titre m’a donné aussi beaucoup de courage pour aller au bout de cette aventure en solitaire. C’est rigolo parce qu’à la maison, j’ai un carton avec des CDs contenant ma version de ces fameux « Murs Porteurs ». Je les garde au chaud. C’est collector, mais je n’en ferai rien. Je sais juste que ma version des « Murs Porteurs » existe quelque part…

Ça a dû être super galvanisant pour toi.

Oui, vraiment. C’était une très belle aventure. Et puis, tu sais, j’étais un peu inquiet que cette chanson soit choisie en premier single. Je trouvais ça un peu audacieux parce que c’est un texte assez long et assez écrit. Je ne le voyais pas vraiment en format single. Et puis, quand on voit que le succès est au rendez-vous… c’est formidable. Alors, bien entendu, ce n’est pas dû qu’au texte de la chanson, il y a la musique de Calogero et l’interprétation superbe de Florent, mais j’étais très heureux que ce titre suscite l’adhésion du public. Et quand on y pense, c’est un peu une constante depuis mes débuts, ça a toujours été un artiste qui est venu me sortir la tête de l’eau, va-t-on dire. C’est rarement une maison de disques ou un éditeur, quand bien même j’ai eu la chance de signer de beaux contrats. Mais les choses se sont toujours débloquées grâce à un artiste. Depuis le début, c’est comme ça.

Revenons à ton « Cow-Boy Désarmé ». Pourquoi ce titre ? Ce n’est jamais innocent le nom qu’on donne à un album…

C’est vrai, c’est vrai… surtout celui-là. Pour moi, c’est une métaphore pour faire passer l’idée qu’un homme, ou un artiste, n’est jamais aussi touchant que quand il accepte ses failles et sa fragilité. J’ai l’impression que cette idée me correspond. C’est en tout cas ce que j’essaye de faire au gré de mes albums : accepter cette sensibilité qui est la mienne et qui met en avant une certaine fragilité. On peut se sentir très garçon, même c’est un peu cliché de présenter les choses comme ça, et en même temps être à la merci de l’amour et de tout ce qui peut nous éblouir dans la vie de tous les jours. Le fait d’être un « Cow-Boy Désarmé » n’est pas le propre que d’un garçon ou d’un homme. J’ai le sentiment qu’on est tous un peu des cow-boys désarmés. Les circonstances parlent un peu pour nous. J’aurais pu aussi l’appeler « Cavaliers seuls », au pluriel. Ça aurait pu être un peu la même chose.

Il y a quelque chose d’assez anglo-saxon qui ressort de l’album, quelque chose qui m’a rappelé à certains moments des chansons de Michel Berger, par exemple. Quelles sont tes influences ?

J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question dans le sens où j’arrive difficilement à avoir du recul par rapport aux artistes qu’on pourrait retrouver dans les chansons que j’écris. Après, je peux bien évidemment te parler des artistes que j’aime et de ceux qui m’ont marqué quand j’ai commencé à faire de la musique, mais je ne sais pas si on peut parler d’influence. Je ne sais pas si ça aurait du sens. Globalement, c’est vrai que je n’écoute que de la musique anglo-saxonne, je reste un inconditionnel de RadioHead, Arcade Fire ou Damon Albarn dont j’aime beaucoup le premier album solo sorti il n’y a pas si longtemps… Après, au niveau des artistes français que je trouve majeurs en ce moment, je citerais Miossec, Dominique A ou Biolay. Ce sont des gens que j’aime beaucoup en France. Mais il y en a d’autres. J’aime beaucoup The Do, par exemple. J’aime Camille. J’aime -M-. Ce sont des gens très différents les uns des autres. Et pour autant, je n’ai pas l’impression qu’ils influencent directement ce que je fais…

Un petit mot sur les clips. Il y en a eu un pour « La beauté du geste », et un nouveau vient d’être dévoilé pour « Grand bien nous fasse ». Est-ce que l’image qui entoure la musique est quelque chose d’important pour toi ? Est-ce que tu t’investis beaucoup dans ce travail ?

Oui, ça m’intéresse autant que la musique. Ce qui me passionne dans ce métier, c’est qu’on peut toucher à tout, à la photo, à l’écriture, à la vidéo… Tu sais, avant d’être vraiment attiré par la musique, je rêvais de faire du cinéma, d’être réalisateur ou comédien. Ce sont des métiers qui me faisaient rêver. Alors, sur cet album, l’idée a été de faire des images quand bien même on ne disposait pas de l’économie dont dispose une major pour produire des clips. Pour le clip de « La beauté du geste », nous sommes partis avec un ami qui avait lui aussi cette envie de faire de belles images. On a fait ça vraiment sans moyens, et sans moyens techniques non plus. On voulait faire un petit clip web, on n’avait pas la prétention de faire un clip télé. On a fait ça avec un appareil photo et un téléphone. Après, on est passés à des appareils un peu plus sérieux pour tourner le clip de « Grand bien nous fasse », qui est le premier véritable single de l’album. Donc, oui, l’image m’intéresse. J’aimerais disposer de plus de moyens pour tourner des clips qui ressemblent un peu plus à de véritables clips. Je voudrais de belles images, je voudrais travailler avec une équipe technique. Pour l’instant, ces deux clips, on les a tournés à deux. Et j’adore ça. Je vais même aller plus loin, souvent je m’intéresse à un artiste en regardant ses clips. C’est ce qui crée l’adhésion chez moi. Ça peut être une pochette aussi. Tout ce qui tourne autour de l’image me passionne.

Tu vas assurer plusieurs premières parties de Calogero à partir du 28 janvier. Que représente la scène pour toi ? Est-elle la finalité de ton projet artistique ou la vois-tu comme une étape parmi les autres ?

Je pense que c’est une étape parmi les autres mais ça devient de plus en plus la finalité de mon projet. C’est-à-dire que pendant très longtemps, j’ai eu beaucoup d’appréhension à monter sur scène. C’était très douloureux pour moi. J’avais un trac d’enfer. J’avais  l’impression d’une grande mise à nu et j’avais beaucoup de mal avec ça. Le côté représentation ne me plaisait pas non plus. J’avais l’impression qu’il y avait beaucoup de prétention derrière cette idée d’arriver sur scène et montrer ce qu’on sait faire. J’avais une espèce de réserve quant à ça. Et c’est vrai qu’avec mes différents albums, quand on fait les calculs, j’en ai fait très peu, de scène. J’ai rarement eu l’occasion de m’y sentir bien, finalement. Même pour les musiciens et les artistes aguerris, il leur faut un certain nombre de dates avant de se sentir bien avec un album sur scène pour bien jouer les chansons. Et là, pour le coup, on a trouvé une formule en duo acoustique qui me plait beaucoup. J’ai commencé à faire quelques petites scènes. Et je commence à y prendre goût. Les premières parties de Calogero, c’est la cerise sur le gâteau. Je ne sais pas si c’est en rapport avec le fait d’avoir porté cet album seul, mais j’ai vraiment à cœur d’aller présenter mes chansons au public. Et puis également celles de mon précédent disque qui n’a pas trop vécu finalement sur scène. J’ai une grande attirance pour la scène pour le coup.

Je reviens un instant sur « Funambule » puisque tu m’en reparles. C’est assez triste la destinée qu’il a eue. Il n’a pas eu le succès qu’il aurait mérité d’avoir. C’était pourtant un album qui se tenait. C’est en tout cas ce que je pense.

Je crois aussi que c’est un album qui se tient. Et puis, au-delà de ma propre déception, j’étais très contrarié d’avoir travaillé avec Jean-Louis Piérot, un réalisateur exceptionnel qui a fait « Fantaisie militaire » pour Bashung, qui travaille pour Miossec et plein d’autres gens. Il y avait un décalage entre ce que j’ai vécu au cours de l’enregistrement, les rencontres que j’ai pu faire et les musiciens qui sont venus travailler dessus, et finalement le résultat qui a été très décevant. C’est un album qui n’a pas du tout été porté par le label qui l’a produit. Et c’est un peu injuste. Finalement, l’album n’est pas arrivé jusqu’au public. Après, on ne peut pas savoir si les gens l’auraient aimé ou non, mais disons que l’album n’est pas allé au bout du processus. J’ai le sentiment d’avoir passé beaucoup de temps pour rien. Mais le métier est ainsi fait que c’est très facile de planter un projet. Comme dans le cinéma. Il y a des films qui, dès la première semaine, passent aux oubliettes alors que ça représente des années de travail et beaucoup d’argent investi.

Ton quatrième album, que tu as donc entièrement produit toi-même, sort dans quelques jours maintenant, dans quel état d’esprit es-tu ?

Ce qui est super, c’est que je ne cogite pas trop cette sortie puisque deux jours après, je pars en tournée avec Calogero. Donc, l’excitation du moment, c’est la scène. Du coup, la sortie de l’album est un peu secondaire. Il y a un peu de promo qui se profile, mais ce qui me réjouit, c’est que je vais pouvoir aller chanter mes nouvelles chansons dans de grandes salles. D’entrée de jeu, ce nouvel album va vivre. C’est un peu le même cas de figure que sur mon premier album, ajouté à ça qu’il y avait l’euphorie de sortir un nouvel album. Mais là, je suis vraiment serein, très content d’être arrivé au bout de l’aventure. Et quand bien même il ne se passerait pas de grandes choses autour de cet album, ça restera une très belle et grande expérience pour moi. C’est en tout cas une expérience qui va beaucoup me servir pour la suite…

Propos recueillis par Luc Dehon le 20 janvier 2015.
Photos : Mathieu Zazzo

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