Interview de Jean-Pierre Morgand, Les Avions

Propos recueillis par IdolesMag.com le 06/01/2015.
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Jean-Pierre Morgand © Angelique Le Goupil

Jean-Pierre Morgand, leader emblématique des Avions (« Nuit Sauvage »), a publié en fin d’année le volume 1 de « Reprises & Covers », un opus éclectique chanté en duo avec Elise Gamet (Elisel) qui joue la carte de la reprise inattendue sur des titres de François Feldman, Depeche Mode, Michel Delpech ou encore Dionne Warwick ! Nous avons contacté Jean-Pierre afin d’en savoir plus sur ce disque. Nous en avons également profité pour évoquer ses autres projets (en cours ou à venir) comme un nouvel album solo prévu pour 2015 et les tournées « Stars 80 » et « Références 80 ».

Quoi de neuf, Jean-Pierre ?

Oh ! Il se passe plein de choses en ce moment… Il y a la tournée Stars 80, l’album de reprises qui se passe plutôt bien pour l’instant... Les fêtes, ce n’était pas terrible, mais là, je vais partir à New-York. C’est plutôt pas mal ! Et finalement, des années après l’album solo « le Bleu du Ciel » dont nous avions parlé la dernière fois, je travaille sur un nouvel album solo.

Jean-Pierre Morgand et Elise Gamet, Reprises & Covers Volume 1On en reparlera un peu plus tard. Attardons nous d’abord un instant sur « Reprises & Covers » qui vient de sortir. Quand le projet est-il arrivé sur la table ?

C’était une époque assez difficile que je vivais. Et je me suis retrouvé un peu comme un réfugié à Lyon chez un ami, Jean-Charles Daclin. Quand il était plus jeune, il a eu le Prix Foulquier, il a eu l’honneur de jouer sur la grande scène des Francofolies. C’était un showman extraordinaire et un très bon chanteur. Depuis quelques années, il est en couple avec Elise Gamet, qui a fait beaucoup de voix pour la publicité et qui a son propre projet musical, Elisel. Et donc, pour la faire simple, je suis allé chez eux et je me suis réfugié à la Croix-Rousse pendant un certain temps. C’était drôle parce que moi, à la base, je suis parisien… (sourire) Mais j’ai beaucoup aimé vivre là-bas. Comme Jean-Charles y a un studio, on avait commencé à faire quelques reprises. Comme je jouais dans les bars et que je commençais à travailler un peu avec les soirées 80, je chantais des chansons d’autres artistes, des chansons que j’aimais depuis très longtemps. On a donc enregistré quelques titres et puis le temps a passé… et j’avais un peu oublié tout ça. On l’avait plutôt fait pour s’amuser, finalement. Et c’est presque deux ans plus tard qu’on s’est dit que c’était pas mal ce qu’on avait fait. Et donc, l’année dernière, on est véritablement partis dans ce projet et on s’est dit qu’on allait le mener au bout… Et on l’a fait, toujours dans son studio à la Croix Rousse. Il a une vue imprenable sur la ville de Lyon ! Mais bref ! (rires)

L’idée d’enregistrer les titres en duo était-elle présente dès le départ ?

Non. Elise ne chantait pas trop sur les titres au début. Et je me suis vite rendu compte que ce serait intéressant de faire tous les titres avec elle. Donc, je le lui ai proposé. Elle est donc présente sur tous les titres, mais pas toujours de la même manière. C’est intéressant.

Vos deux voix racontent une histoire.

Je l’espère ! Faire des reprises, c’est un exercice très particulier. Je n’avais jamais fait un album de reprises. On avait fait quelques reprises avec les Avions, comme « Smoke on the water » en funky et quelques autres. On avait d’ailleurs fait une reprise qu’une maison de disques voulait nous signer, mais on avait refusé. C’était « Je t’aime moi non plus » en Ska Pop.

Comment s’est opéré le choix des chansons ?

Chanter bien une chanson dans un bar ou même dans « Stars 80 », c’est une chose. L’enregistrer en est une autre. Quand on enregistre une reprise, il ne suffit pas de faire une bonne version, les gens s’en foutent finalement. Il faut trouver la manière de le faire pour que ça devienne intéressant. Donc, avec ce postulat de départ, ça a beaucoup écrémé le choix des chansons. Certaines reprises étaient bien, mais finalement pas assez pour être enregistrées. Elles restaient juste très sympas pour être jouées dans une soirée. Point barre. Donc, sur toutes les reprises qu’on a pu faire, on a gardé celles qui nous semblaient pouvoir avoir de la personnalité. On voulait à la fois respecter l’original, mais surtout ne pas en faire une copie…

Quel est le point commun entre tous les titres que tu reprends ? Il y a aussi bien du Feldman, du  Gainsbourg que du Depeche Mode, du Pink Floyd ou encore du Michel Delpech ! C’est très éclectique !

C’est ce qu’on a voulu. Comme je viens de te l’expliquer, un premier choix a été fait sur les reprises qui avaient une personnalité. Notre version de « Joue Pas », on nous a souvent dit que ça ressemblait plus à du Johnny Cash qu’à du Feldman… (sourire) Donc, c’est parti comme ça. « Syracuse », c’est une chanson que je chante depuis très longtemps sur scène. La chanson de Pink Floyd, « Money », pourquoi la chanter comme eux ? Ça n’aurait eu aucun intérêt. Donc, il fallait d’une part que ces versions nous plaisent, mais aussi, qu’elles plaisent à des gens de notre entourage qui ne sont pas musiciens. Ce sont des gens qui très intuitivement nous disaient « ça j’aime bien, j’aimerais l’avoir sur un disque. Ça moins. » C’est comme ça que ça s’est fait finalement. Et c’est aussi pour cette raison que le choix est assez éclectique. Les morceaux qui sont restés sont des morceaux qui, à la fois avaient un écho auprès d’un petit groupe de gens, et qu’à la fois, nous, nous trouvions marrants et intéressants. Je peux d’ailleurs te dire qu’après quelques semaines, les deux versions qui plaisent le plus sont actuellement celles de « Joue Pas » et de « Quand j’étais chanteur » de Delpech. À propos de cette chanson, tout le monde nous a dit que c’était nul de la faire en rock… On l’avait jouée dans un bar à côté du studio et les gens l’avaient trouvée vachement bien.

En parlant justement de « Joue Pas »… Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’emmener ce titre du côté de Nashville ?

(sourire) C’est venu assez étrangement. Je t’avais parlé la dernière fois que nous nous étions rencontré d’une chanson qui figure sur « Le Bleu du Ciel », « Sex is a garden » que j’avais écrite pour Ann’so qui cherchait à l’époque une chanson qui parlait du temps médiéval et de trucs sexy… J’avais trouvé son point de vue intéressant, j’avais donc écrit cette chanson et elle l’avait enregistrée. Ça n’a pas donné grand-chose finalement, mais moi, j’ai voulu la reprendre sur mon album parce qu’elle m’amusait. Et sur ces accords-là, un jour, je me suis dit « Bingo ! On peut jouer Joue Pas ! » J’avais fait un petit medley pour m’amuser lors d’un de mes concerts. À la fin de la chanson, j’ai enchaîné sur « Joue Pas ». Et j’ai continué à la chanter par la suite. Et puis, un soir, je me retrouve dans un endroit assez branché à Paris et un gars vient me trouver en me disant qu’il aime beaucoup cette chanson… Avec son petit air bobo, il me demande si c’est une chanson à moi ou si c’est une reprise. Il avait l’impression de connaître ce titre, sans vraiment le connaître. Je lui ai donc expliqué que c’était une chanson de François Feldman… et il a été vraiment déçu ! (rires) Je trouve ça un peu nul parce que moi, j’aime beaucoup François Feldman. Il a fait de super chansons. Mais là, ce mec super branchouille parisien un peu élitiste, je sentais que ça l’emmerdait d’avoir aimé une chanson un peu populaire ! C’est dingue, non ? Je lui aurais chanté « Nuit Sauvage », ç’aurait été pareil… c’était trop populaire pour un garçon branché ! Mais tout ça a trouvé un écho en moi parce que je me suis dit que tout le monde connaissait ce refrain. C’est une chanson énorme, « Joue Pas ». Donc, tout est parti de là. Je l’ai faite écouter à Joniece Jamison qui l’a adorée et je l’ai envoyée à François Feldman par l’intermédiaire de son manager, qui lui ne m’a pas répondu, mais je lui en avais parlé personnellement il y a quelques temps et il avait trouvé l’idée intéressante. Voilà la petite histoire de « Joue Pas »…

Une bonne chanson reste une bonne chanson. Et j’aime beaucoup l’idée du mec qui aime le titre et qui l’aime moins quand il comprend que c’est un grand succès populaire…

(sourire) On a eu aussi quelques réactions des internautes avec lesquelles je ne suis pas d’accord. « Joue Pas », pour moi, c’est une très bonne chanson. Je viens de la musique plus expérimentale, c’est vrai, mais ça n’empêche pas que je puisse écouter et aimer de la pop et des formats de 3 minutes. Et franchement, ce « Joue Pas », c’est une des meilleures chansons funky qu’on ait eues en France. Elle a une rythmique parfaite. La réunion de Feldman et Joniece, c’était bien vu. C’est un coup de génie cette chanson ! C’est une super chanson. Des gens me disent que « Nuit Sauvage », c’était un super titre. C’est peut-être vrai, mais « Joue pas », c’est juste énorme. D’ailleurs dans le spectacle de Références 80, « Joue pas » est souvent chantée par Philippe Cataldo, à la place de François Feldman, et Joniece qui participe elle activement à ce projet en chantant notamment un medley Tina Tuner. Et ça cartonne. Et c’est normal parce que la chanson en soi est rythmiquement et mélodiquement incontournable.

Jean-Pierre Morgand et Elise Gamet - DR

On trouve deux titres de Gainsbourg sur le disque, « Dieu fumeur de havanes » et « Manureva ». Pourquoi ces deux titres-là en particulier ?

« Dieu fumeur de havanes » est une chanson que je chante depuis très longtemps. Une fois de plus, c’est le hasard qui m’amène à faire des chansons… « Nuit Sauvage » en était un, et c’est encore le cas aussi pour cette reprise. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec des jeunes gens qui faisaient du rock et qui ne supportaient pas l’idée de prendre des cours de chant. On était dans les années 95, quelque chose comme ça. Comme j’étais dans le milieu rock depuis un moment, un gars dans une maison de disque a dit « On va les envoyer à Morgand ! » parce que le mec chantait pas mal mais avait tout de même quelques lacunes. Donc, je me suis retrouvé avec deux ou trois coachings. Le garçon savait très bien qu’il avait des lacunes, mais il ne voulait pas perdre son identité. Il pensait qu’en prenant des cours de chant, il allait perdre son identité. Ce qui n’est pas tout à fait faux en soi parce qu’il y a certains coachs qui déforment complètement les chanteurs. Et s’ils n’ont pas une personnalité forte, ils se font massacrer, ça peut être une catastrophe ! Et donc, ce mec me dit qu’il aime bien parfois chanter des trucs de variété, sans faire de la variété. Et je lui ai dit de chanter « Dieu fumeur de havanes » à la Nirvana. Il était dubitatif, mais il l’a fait. Et j’ai trouvé ça super intéressant. Il avait gardé sa personnalité, mais il gueulait tout de même un peu. Je lui ai dit que ce serait pas mal qu’on comprenne mieux les paroles et ce genre de choses… Tout en gardant son énergie et sa personnalité, il fallait qu’il acquière une certaine technique. J’avais un argument béton : Iggy Pop. Ce mec a une présence époustouflante, mais mine de rien, il a une technique rock super balèze. Bref, après toute cette histoire, j’ai repris « Dieu fumeur de havanes ». Et comme je ne chantais pas avec une fille, je chantais un coup en bas, un coup en haut. Je changeais de tonalité pour m’adapter au titre. Du fil en aiguille, j’ai connu cette chanson par cœur et je l’ai chantée régulièrement. Même aujourd’hui quand on est à l’hôtel avec « Stars 80 » et que des gens me demandent de chanter « Nuit Sauvage », eh bien, je chante « Dieu fumeur de havanes ». Et les gens adorent cette chanson. Elle a toujours été dans le top des reprises que je pratique !

Et « Manureva » ?

C’est un peu différent. Une fois de plus, on a bossé avec Philippe Cataldo. Lui, la chante normalement, si je puis dire. Et ça lui va bien parce qu’il a un registre un peu Berger/Daho… Dans les spectacles « Références 80 », il a eu l’idée de faire « Manureva ». Et un jour, je suis tombé sur une version un peu rock que Chamfort avait faite. On s’est dit que ça m’irait comme un gant, et on est partis là-dessus. Et puis un soir que j’étais avec Jean-Charles, je me suis mis à chanter « Manureva » très grave. C’est un peu le dada de Jean-Charles : on m’a toujours fait chanter haut, mais lui préfère quand je chante bas. C’est ce que m’avait dit mon ex-femme aussi… Beaucoup de gens me le disent, je devrais revenir à ma voix originale qui est plus proche du baryton, même si dans les années 80 on m’a fait chanter beaucoup plus haut pour des tas de raisons. J’ai donc chanté « Manureva » un octave en dessous. Là, Jean-Charles m’a dit que ça lui plaisait et qu’on allait partir là-dessus. On a donc fait cette version de « Manureva » très cool… Et une fois de plus, c’est une belle chanson ! Je vais même te dire, toute proportion gardée, « Manureva » me rappelle un peu « Nuit Sauvage ». Au départ, ça s’appelait « California », la chanson avait été enregistrée en Californie. Gainsbourg débarque et modifie le texte qui devient « Manureva ». Et là, le titre pend immédiatement une autre tournure. C’est un autre sujet, c’est un autre univers. Apparemment, Chamfort n’était pas convaincu au départ. Je n’ai plus vingt ans… et donc, je me souviens très bien de l’époque où la chanson est sortie. (rires) Eh bien, pas mal de gens ne comprenaient pas pourquoi on faisait une chanson sur un mec qui avait disparu en mer ! Et en quelques semaines, ça a été un succès et aujourd’hui, la chanson est devenue culte, n’ayons pas peur des mots. On ne s’attaque pas, dans cet album de reprises, à n’importe quels titres ! Et même les titres en anglais, je pense à « Tainted Love », qui est plus inspirée de la version originale des années 60 que de celle de Soft Cell, ou « Walk on by » de Dionne Warwick ou « Just Can't Get Enough » de Depeche Mode. Ce sont à la base des titres énormes.

Comme tu m’en parles, tu reprends donc un titre de Depeche Mode (« Just Can't Get Enough ») et un autre de Pink Floyd (« Money »). Sont-ce des groupes qui ont compté pour toi ?

Oui. Finalement, je suis très admiratif de ce genre de groupes. Je viens du milieu alternatif et du rock expérimental, mais j’ai toujours été fasciné, plutôt contre mon milieu d’ailleurs, par les gens qui étaient foutus de faire des chansons de trois minutes avec un son nouveau et une belle énergie. Franchement, si je devais vendre mon âme au diable… ou à un génie… qui me demanderait ce que j’ai envie de faire comme chanson… faire des trucs bizarre j’en ai fait… alors faire des trucs comme « Instant Karma », « Hey Jude » ou « Just Can't Get Enough », eh bien, je ne dirais pas non ! Il y a des standards de rock impressionnants. Dans le spectacle « Références 80 », Pedro Castaño de la Macarena, qui est espagnol et canadien, chante « We will rock you » et c’est imparable ! Je trouve que d’arriver à ce point de faire un truc aussi simple qu’imparable, c’est ça le vrai génie. C’est comme quelqu’un qui écrirait une nouvelle de trois minutes qui parlerait à tout le monde. Je trouve ça fantastique. Et c’est vrai qu’avec le temps, j’ai plus été vers la chanson… Je reviens sur « Dieu fumeur de havanes ». Gainsbourg l’avait écrit en une nuit pour Deneuve. Ce sont toujours les mêmes accords, mais la petite ruse, c’est que ça ne finit pas un cycle classique et que ça repart tout de suite au bout de quelques mesures. C’est tout con, mais c’est juste génial !

On a évoqué juste un instant ta reprise de Michel Delpech « Quand j’étais chanteur »…

Oui… J’aime beaucoup Delpech. Même quand je faisais du rock dans les années 70 et que toute la variété de l’époque me gonflait, comme tous les jeunes d’ailleurs, j’aimais Delpech. À 14/15 ans, on rejette tout ce qui est variété. Je ne supportais pas la variété française. Il n’y avait qu’un seul mec que je trouvais merveilleux, justement parce qu’il était profondément pop, c’était Delpech. Et puis, j’aimais beaucoup sa vision des gens, un peu à la Sautet. Et ce qui est formidable, c’est que le Monsieur est resté content avec les années. Son dernier album est vachement bien ! Quand tu écoutes une chanson comme « Compagnons » ou « Johnny à Vegas », elles sont fabuleuses. C’est un des rares chanteurs français à pouvoir revendiquer un côté pop. Il a une voix fantastique. Et donc, depuis que je suis môme, j’ai toujours adoré Delpech. Je me rappelle en te parlant d’une soirée à Montélimar où j’avais chanté cette chanson en acoustique dans un concert en plein air et j’ai été étonné de voir que tous les gens la connaissaient par cœur. Les gens en connaissent toutes les paroles et tous les contre chants. C’est hallucinant ! Donc, on est partis avec l’idée de reprendre ce titre avec le rythme glitter, et ça a donné cette reprise…

Jean-Pierre Morgand - DR

On parle de chansons cultes depuis tout à l’heure… On retrouve également « Nuit Sauvage » sur cet album ! Est-ce le passage obligé pour chaque nouvel album de Jean-Pierre Morgand ?

(sourire) J’avoue que je me suis marré en enregistrant l’album parce qu’il y a toujours un mec qui me demande si on trouve « Nuit Sauvage » sur l’album. Alors, je me suis dit qu’on allait la mettre pour devancer cette question. Et puis, très honnêtement, ça me plaisait aussi. Cette version n’est pas vraiment mon idée, elle vient d’un gars qui s’appelle Peter Combard. Je le connais depuis qu’il a dix-huit ans, il a maintenant une trentaine d’années. C’est le guitariste de Mademoiselle K, mais aussi de groupes expérimentaux mais totalement géniaux comme Doctor Drone ou Arcan, un groupe un peu dans la veine de Pink Floyd. Donc, lui, c’est quelqu’un qui est dans un milieu rock et un jour il m’a dit que je devrais faire une version cool de « Nuit Sauvage ». Il a souvent de bonnes idées… (sourire) Il avait cette idée de côté un peu lancinant et donc, on l’a refaite à Lyon dans cet esprit-là.

Elle en est à sa combientième version, « Nuit Sauvage » ?

(éclats de rire) Je n’en sais rien ! Il y a eu la version originale. Puis, il y a eu une version Eurodance qui n’a pas beaucoup plu aux Avions et qu’on n’a pas trop poussée. Il y a eu une version de Johann Perrier récemment, une version un peu dance, mais pas eurodance. Il y a aussi une version qui a été faite par Mederic Nebinger, un gars de la French Touch, qui en avait fait un truc un peu funky électro. Mais ce ne sont pas des trucs très commerciaux. Après, il y a eu une autre version faite par les orchestres de Groland, Les Producteurs de Porcs. Ils avaient d’ailleurs fait un disque et on avait fait un concert avec Régine pour sa sortie. En s’amusant à faire des reprises, ils ont chanté « Nuit Sauvage » dans une version rock assez énorme. Après, il y a eu un groupe qui s’appelle Red Lion, un groupe de rock, qui ne connaissait pas vraiment la version originale mais qui connaissait celle des gars de Groland, donc une version déjà plus punk rock à la base. Eux en ont fait une version carrément garage à donf, enregistrée et filmée dans un garage. Et ils m’ont avoué qu’ils ne connaissaient quasiment pas du tout la version originale. Il y a aussi une version acoustique qui a été diffusée sur France Inter. C’est une version de Richard Lornac un peu funk acoustique. Et je me suis dit que tant qu’à faire, il fallait faire une version cool, un peu comme on l’a fait pour « Manureva »…

Un petit mot sur la pochette, dans le plus pure esprit Gallimard. C’est ton côté littéraire qui ressort, là…

(sourire) Je suis un faux littéraire, tu sais ! J’ai été forcé à faire de la littérature ! (rire) C’est une idée qu’on a eue avec la graphiste. On s’est dit que ce serait bien de reprendre cette idée de livre classique. On s’est d’ailleurs renseignés pour voir si ça ne pouvait pas nous jouer des tours, mais vu qu’on n’est pas dans le même domaine, et que c’est plutôt un hommage, on est partis là-dessus. Tu sais, je ne suis pas toujours pour mettre la tête des chanteurs sur les pochettes des disques. Faire des reprises, c’est aussi l’idée de publier un recueil, comme un livre quelque part, un recueil de nouvelles qu’on aime particulièrement, qu’on garde dans sa bibliothèque et qu’on relit de temps en temps. C’était un peu ça l’idée de départ.

Elle intrigue parce que justement on ne s’attend pas à la trouver au rayon disque…

Je ne pensais pas sincèrement qu’elle aurait l’impact qu’elle a. Comme quoi, on en revient à nos premières amours… les pochettes avaient une énorme importance ! Je me souviens de ne pas avoir acheté un disque parce que la pochette ne me plaisait pas… Et inversement, j’ai acheté des disques parce que la pochette me plaisait. Donc, là, je suis fier de notre équipe, parce qu’on a trouvé une bonne idée. Et je peux te dire que la pochette a beaucoup d’impact d’après les retours que j’ai en ce moment ! On parlait de Pink Floyd tout à l’heure… eux, ils ont eu des pochettes géniales, sans le nom du groupe, sans le nom de l’album ! De temps en temps, je donne des cours sur la musique et la communication, et j’explique à mes élèves qu’à cette époque, même s’il n’y avait pas le nom du groupe ni celui de l’album, tout le monde achetait le disque parce que tout le monde savait que c’était le nouveau Pink Floyd. Ils avaient une façon de communiquer très forte et très pertinente. Aujourd’hui, on veut tellement en faire que ça en devient peut-être contre-productif. Comme quoi, cette communication qui paraissait absurde ne l’était peut-être pas forcément…

Tu m’en as touché un mot en début d’interview… Tu travailles sur de nouvelles chansons originales dans le cadre de ton projet perso…

Oui. Ça a commencé il y a déjà un petit bout de temps, avec la tournée RFM Party 80 en 2010/2011, j’ai eu l’idée de réécrire des chansons un peu inspirées, peut-être pas par la tournée en elle-même, mais par le fait de rencontrer à nouveau le public. Donc, aujourd’hui, ça donne une bonne trentaine de chansons. Et je commence vraiment à travailler dessus très sérieusement. Ça devient concret.

Jean-Pierre Morgand - DR

Une trentaine de chansons, c’est déjà pas mal de matière…

Oui, mais tu sais, c’est assez classique. On a des idées de chansons, et parfois même des chansons presque finies mais après… il faut faire une sélection. Et cette sélection est assez bizarre. Contrairement à ce que beaucoup disent, ce ne sont pas celles qui ont été écrites en quelques minutes qui résistent à l’épreuve du temps… Souvent, ça part très vite, et puis, il ne se passe plus rien. On n’arrive pas à les finaliser. Et puis, parfois, il y a des chansons qui paraissent moins bien au départ et qui finalement arrivent à être de mieux en mieux… La musique, ce n’est pas une science exacte. Ça on le savait déjà ! (rires) Donc, là, je voulais faire un album plus immédiat, à la fois plus rock, plus dense et plus dance, la sélection s’est faite plus naturellement. Ce sont les chansons qui restent dans ce mood-là que je garde. Et j’espère l’avoir terminé soit pour le printemps, soit pour la rentrée prochaine.

C’est finalement très très concret !

Ah oui ! Mais je mûris tout ça depuis pas mal de temps. La première chanson qui m’était venue à l’esprit, c’est une chanson un peu bizarre… enfin bizarre… son titre est bizarre. (sourire) Elle s’appelle « L’homme qui passe après le canard ». À l’époque, dans la tournée des années 80, je passais après un plateau assez humoristique avec d’énormes canards jaunes. Le présentateur, Laurent Petitguillaume, qui d’ailleurs adore cette chanson, se présentait au public habillé en grand canard. Et je passais juste après. Et pendant toutes ces années après « Les Avions », j’ai fait plein d’autres trucs, d’autres aventures, d’autres métiers, même. Et là, hop, c’était un peu comme un constat humoristique que je tirais sur mon parcours. Cette chanson en a déclenché pas mal d’autres. Et ce sont ces chansons qu’on va retrouver sur ce prochain album. Donc, c’est un projet qui me tient vraiment à cœur et qui me sera très personnel. Ce qui m’anime, c’est de faire des chansons que j’ai très envie de jouer sur scène et qui me sont personnelles. Disons que je ne raconte pas vraiment ma vie dedans, mais ça me concerne vraiment. Que ce soit fun ou pas. J’ai envie d’arriver à un résultat à la fois très simple et très personnel. C’est mon seul but… et c’est déjà un gros boulot ! (rires)

Finalement, c’est la démarche la plus saine…

J’en suis persuadé aussi. Tu sais, j’écoute parfois des choses vraiment extraordinaires autour de moi. Des gens me demandent conseil parce que j’ai un certain âge et une certaine expérience. Mais des fois, je ne sais pas trop quoi dire… il y a parfois des choses vraiment merveilleuses et fantastiques, mais, parce qu’il y a un mais… aujourd’hui les gens s’en foutent d’entendre un album fantastique, extrêmement bien produit, bien chanté, avec des paroles superbement bien écrites… Non, ce qui intéresse les gens finalement, c’est qu’il se passe quelque chose, que les chansons les touchent quand ils les écoutent. Et ça, ce n’est pas évident à obtenir. Il faut déjà que ce soient des choses qui plaisent à celui qui les chantent et aux musiciens qui les jouent. Après, si le titre rencontre le public, tant mieux. Mais on aura de toute façon la satisfaction d’avoir fait un truc correct, et d’avoir bien fait notre métier. C’est comme ça que je vois les choses. Après, que ça marche ou pas… c’est la cerise sur le gâteau. C’est comme ça que je vois la musique. Je ne vois pas d’autres voies. Il y a beaucoup de clichés dans la musique. Et ça m’étonne toujours… On entend à tout va « ça, c’est de la merde, ça va passer en radio… » Alors qu’il y a des choses très bien qui passent en radio ! Il y a des projets sur lesquels personne ne met d’argent et qui finissent par marcher et rencontrer le public… Il y a des trucs qui sont parfois très artistiques mais qui sont complètement nuls… Donc, tous les cas sont possibles. Souvent on te dit que si tu n’as pas tel format, tu ne passeras pas en radio, alors que des chansons non formatées y passent. On nous racontait la même chose en 85 ! À l’époque, je connaissais bien les Rita Mitsouko, et on leur a assez dit que leur musique n’atteindrait jamais le public. Et finalement, quand tu passes les barrières, comme quand tu passes le physio en boîte… les gens apprécient souvent les chansons qui ne sont pas dans le format ! Si on veut faire un truc qui intéresse les gens, on est souvent hors-format. Prends l’exemple de Stromae dont on parle beaucoup aujourd’hui. Certes, sa musique rappelle des choses, certes sa façon de chanter rappelle des choses… mais son format n’existait pas avant. Il a imposé un style et un nouveau format. Après, on aime ou on n’aime pas, mais le gars a proposé un nouveau format. Et ça, c’est formidable. Ça passe ou ça casse, et là, en l’occurrence, c’est passé ! Et largement ! Il y aura toujours ce débat stérile « format ou pas format ? Bon élève ou cancre ? » Celui qui n’y arrive pas, ça ne veut pas dire forcément qu’il n’a pas de talent mais qu’il est passé à côté d’un truc… Et puis, d’autres ont la chance de rencontrer les bonnes personnes aussi. Parce que finalement, un gars de radio ou les internautes aujourd’hui, ça suffit pour imposer un morceau. Mais ça reste toujours un métier hasardeux. Mais si on prend cette voie, on sait à quoi s’attendre ! (rires)

Finalement, personne ne sait pourquoi un titre rencontre le public et pas un autre. C’est aussi un peu la magie du métier.

Exactement ! Mais je pense quand même que, sans faire de morale à deux balles, quand on a quelque chose à dire, ça passe tout de même mieux. Alors, il y a des chefs d’œuvre de la chanson française comme « Foule Sentimentale », mais on peut avoir aussi des choses plus modestes à raconter sur notre société ou une façon particulière de raconter l’amour qui va toucher le public. Il faut juste avoir quelque chose à dire. Si on n’a rien à dire et qu’on s’occupe uniquement de la forme et pas du fond… ça ne risque pas marcher. C’est en tout cas ce que je pense !

Derrière chaque grande chanson, il y a toujours un artiste qui avait quelque chose à dire et qui l’a dit sincèrement.

Je pense comme toi. Comme tu le sais, je viens plutôt du milieu rock expérimental et j’ai toujours entendu dire mes camarades que la variété, c’était de la merde, que c’était des artistes fabriqués, etc… Je dis non ! Les gens qui ont fait de la grande variété sont des gens qui ont quelque chose à dire, qui aiment ce qu’ils font et ils le font bien. Après, tout est question de goût. Mais quand on fait les choses avec sincérité, c’est le principal. Il y a des gens qui ont fait des choses qui paraissent simples ou simplistes mais qui ne le sont finalement pas tant que ça puisqu’il n’y a qu’eux qui les ont faites… Aujourd’hui, on fait beaucoup de reprises dans les soirées 80, on travaille aussi avec une autre formule, « Références 80 », où je chante un peu plus de chansons. Certaines des chansons qu’on chante semblent simples, mais pourtant, elles sont très très belles… Ces chansons qui ont traversé les époques ont ce petit truc qui fait la différence…

Un petit truc qui fait tout finalement !

(sourire) Beaucoup ont dit que « Sea, Sex & Sun » était une mauvaise chanson de Gainsbourg, mais ça reste quand même un très bon exercice de style, très amusant et qui dit des choses qu’aucune autre chanson ne dit… Même quand Gainsbourg écrivait des trucs vite faits… ça restait de la classe A, comme on dit ! (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 6 janvier 2015.
Photos : Angélique Le Goupil, DR

Liens utiles:
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Facebook perso :
https://www.facebook.com/jeanpierre.morgand?fref=ts
Site Référence 80 : http://www.references80.com
Facebook Références 80 :
https://www.facebook.com/pages/REFERENCES-80-LIVE/393165854145924









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