Interview de Vincent Niclo

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/12/2014.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Vincent Niclo © Matthew Brookes

Vincent Niclo publie le 8 décembre prochain son nouvel opus, « Ce que je suis », un album composé de chansons originales qui fait suite à « Opéra Rouge » et son album hommage à Luis Mariano. Vincent signe ou cosigne ici un grand nombre de titres, il a également été rejoint par Serge Lama (qui en signe deux), Lionel Florence, Pascal Obispo, Romano Musumarra ou encore Davide Esposito. Nous avons été une nouvelle fois à la rencontre de Vincent afin d’évoquer ce grand projet aussi ambitieux que passionnant. Rencontre avec un ténor des temps modernes qui a su garder toute sa simplicité et sa sincérité.

Vincent Niclo, Ce que je suisQuand as-tu commencé à travailler sur cet album de chansons originales ? Y pensais-tu déjà à l’époque d’ « Opéra Rouge », ou peut-être plus à celle de « Luis » ?

C’est entre les deux. J’ai commencé à y réfléchir après le lancement d’« Opéra Rouge ». Quand le disque a été bien lancé, j’ai commencé à me poser dessus. Comme tu le sais, j’écris et je compose depuis quelques temps et là, je me suis dit que c’était le moment de m’assumer plus en tant qu’auteur et compositeur. C’est là que j’ai commencé à former le squelette de l’album. Je savais exactement où je voulais aller dans sa direction musicale. Après pour les textes, j’avais envie aussi de me livrer un petit peu plus. C’est ce que j’ai fait. Et puis, sont venus se rajouter des pointures de la chanson française. Ça, ce n’était pas prévu. Ces collaborations se sont faites au fil des rencontres. Et je dois dire que je suis super content…

Il y a du beau monde, tu peux être fier !

Oui, ça va ! Je ne peux pas me plaindre ! (éclats de rire)

Lorsque nous nous étions rencontrés il y a quelques mois, tu m’avais dit que tu écrivais un peu mais que finalement, quand ça ne te plaisait pas, tu lâchais vite l’affaire.

C’est toujours vrai, d’ailleurs ! (sourire)

Aujourd’hui, l’écriture et la composition sont-elles devenues des exercices plus réguliers ?

Non. C’est toujours pareil. Sauf que là… je me suis dit que j’allais présenter mon travail. Comme tu le sais, on a travaillé en équipe. Et les chansons que je signe sur cet album, on les a mises dessus parce qu’on les trouvait bien. Ce n’était pas pour me faire plaisir ou que sais-je ? D’ailleurs, j’en ai fait quelques autres qui ne se retrouvent pas dans l’album. On n’a retenu que celles qu’on estimait  essentielles. Et moi, ça a été un test aussi… quand je faisais écouter la chanson, je ne disais pas de qui elle venait. Comme ça, au moins, j’avais un avis objectif. Et au bout du compte, on en retrouve plusieurs sur cet album et c’est ça qui est très intéressant.

Vincent Niclo © Matthew Brookes

Avec Florent Bidoyen, as-tu travaillé de la même manière que sur les précédents disques ? Ou bien était-ce différent, vu la portée personnelle de ce disque ?

Avec Florent, on a travaillé très différemment puisqu’on ne partait plus d’une chanson qui existait. Le travail que nous faisions auparavant était essentiellement d’essayer d’insuffler quelque chose de nouveau à une chanson existante. Là, on partait de zéro. On n’avait pas de modèle. On était juste dans la création. C’est vrai que j’ai co-composé avec lui pas mal de titres parce que tous les deux on se comprend très très bien. On a les mêmes goûts musicaux et les mêmes repères. On se mettait en studio, on claquait les accords et je me mettais à chanter. On a construit l’album comme ça au fur et à mesure. Donc, c’est vraiment du sur-mesure. Et c’est ça qui nous a éclatés !

Serge Lama signe deux titres sur ce disque. Comment est née votre collaboration ? Parce que ce n’est pas rien de recevoir un texte de Lama…

Non, ce n’est pas rien ! (sourire) Surtout qu’à Serge Lama, on ne lui commande pas de texte. Il a envie d’écrire ou il n’a pas envie. C’est aussi simple que ça. Mais finalement, ça s’est passé tout naturellement. Au fil du temps, on a créé une vraie amitié. Je vais d’ailleurs te raconter une anecdote. Il y a une dizaine d’années, nous ne nous connaissions pas et j’étais allé voir un de ses spectacles. J’en avais été bouleversé. Et je lui avais écrit une lettre. C’est d’ailleurs le seul artiste auquel j’ai écrit une lettre dans ma vie. Pour la petite histoire, je pense qu’il n’a jamais eu vent de cette lettre. Mais peu importe finalement puisque dix ans après, on est devenus amis. Il m’a invité à plusieurs reprises sur des plateaux télé. Il m’a même invité à dîner chez lui, tout simplement en tant qu’ami. Et un soir, au moment du dessert, il m’a tendu deux textes. Je n’ai rien compris sur le moment, je te l’avoue. Il m’a dit « Tiens, c’est pour toi. Et tu vas voir, ça va nous lier et ça va nous emmener très loin ! » J’ai découvert le texte de « Jusqu’à l’ivresse » et j’ai été totalement subjugué par sa pudeur. Je me suis reconnu dans chaque mot. C’est un hymne à la vie et c’est vraiment comme ça que j’aborde la vie. Je lui ai d’ailleurs demandé comment il avait fait pour me cerner aussi bien. Et en même temps, il aurait pu chanter cette chanson. Il y a mis beaucoup de lui. On s’est aperçus que nous avions beaucoup de points communs. Et c’est probablement pour cette raison que nous sommes devenus amis. On se comprend très très vite. Il m’a donc offert ce texte et « L’amour est enfant du poème ». Après, je me suis demandé qui pourrait les mettre en musique le mieux possible. J’ai tout de suite pensé à Davide Esposito qui avait composé de superbes musiques pour Grégory Lemarchal ou Johnny. Et il a vraiment réussi à faire quelque chose de sublime. Parce que quand on y pense, ce n’était pas évident de composer une musique sur ces textes.

Vincent Niclo © Matthew Brookes

Comme tu viens de me le dire, Serge Lama signe un deuxième texte, « L’amour est enfant du poème », qui souligne le parallèle ou en tout cas l’alchimie entre les mots et l’amour. J’imagine que les mots ont été un critère de choix quand tu as reçu les textes des différents auteurs.

Évidemment. Quand je suis auteur/compositeur, c’est plus facile, je me sers comme je veux ! (sourire) Mais quand on a une chanson qui nous est proposée par un autre auteur, il faut absolument qu’on se sente à l’aise dedans. On devient interprète et il faut qu’on puisse s’appuyer sur les mots et sur la musique pour livrer le meilleur. Et je dois dire qu’en ce qui concerne les textes de Serge Lama, je ne lui ai jamais demandé de changer ne serait-ce qu’une virgule. Je lui ai juste demandé d’enlever une partie du texte parce qu’elle ne collait pas avec la musique. Ce qu’il a accepté. Mais sinon, il n’y avait rien à jeter, c’était formidable.

Avec Lionel Florence, ça a été pareil.

Oui. Avec Lionel, je lui ai parfois demandé de changer tel ou tel mot. Mais j’ai quand même été super bien servi. C’est une vraie chance pour moi de travailler avec des pointures pareilles. Ils sont tellement talentueux qu’il n’y pas grand-chose à rajouter…

Vincent Niclo © Matthew Brookes

Quand tu as commencé à réunir tous ces textes, de quoi avais-tu envie de parler ?

Je voulais parler de choses qui me préoccupent, sans pour autant me livrer moi-même à 100%. Je trouve qu’il faut quand même garder une part de secret pour soi et pour les autres. En fait, si j’écrivais une musique et que je n’arrivais à poser des mots dessus, je contactais par exemple Lionel Florence pour qu’il m’aide… Par exemple, pour le duo avec Anggun, je lui ai dit que je voulais que ce soit un « Je t’aime moi non plus », un couple qui se déchire, mais qui s’aime et qui n’ose pas se le dire, un couple qui se sépare aussi… Il l’a très bien compris et il a écrit très rapidement la chanson. Généralement, je n’ai pas besoin d’en dire trop. Je leur dis juste le thème dans les grandes lignes, et puis, après, c’est eux qui développent.

Tu viens de me parler de ce duo avec Anggun. Pourquoi as-tu souhaité partager ce titre, « Pour une fois », avec elle ? Elle a une voix toute particulière, Anggun…

C’est justement parce qu’elle a une voix unique. Les stars, on les reconnait à la première note. Anggun a une vraie identité vocale. Je n’ai jamais entendu une voix comme la sienne. Et comme tu le sais, je suis fasciné par les voix. Et elle, elle a en plus un côté très sensuel et très sexy dans la voix. Je me suis dit que nos deux voix pourraient vraiment bien se mélanger. Et finalement, après avoir entendu le résultat, nous avons été encore surpris davantage. Je l’ai emmenée encore ailleurs, dans des hauteurs où elle n’avait pas vraiment l’habitude d’aller. Je l’ai un peu sortie de son cadre. Et je pense qu’elle a adoré faire ça. Je lui ai d’ailleurs dit qu’elle devrait aller dans ces hauteurs un peu plus souvent parce que ça apporte une magnifique fragilité dans sa voix. C’est en tout cas une fragilité dans sa voix que je ne connaissais pas, et elle pas vraiment non plus. C’est bien de travailler sur des duos avec d’autres artistes parce qu’on s’apporte de choses mutuellement.

Vincent Niclo © Matthew Brookes

On retrouve également une chanson d’Eddy Marnay. Peux-tu m’en dire un peu plus ? Et que représente Eddy Marnay pour toi ?

Eddy Marnay, c’est un des plus grands auteurs… il a écrit pour tellement de stars ! Et puis, c’était symbolique aussi parce que je connais bien sa femme Mia Dumont, qui est une amie. On a souvent parlé d’Eddy avec Mia… Et puis, il y a aussi le rapport avec Céline Dion. Il faut savoir que ce Monsieur a été un des mentors de Céline Dion. Il a été très important dans sa carrière, et j’ai une affection toute particulière pour Céline Dion. Elle a été tout de même une personne clé dans mon parcours ces dernières années. Chanter ce titre, c’était une façon très personnelle de rendre un hommage à toute cette petite famille artistique. J’avais envie moi aussi de chanter un texte d’Eddy Marnay. En plus, j’adorais son travail. J’ai donc demandé à Mia si je pouvais chanter ce titre. Elle a accepté et j’en étais vraiment très content.

On ne va pas pouvoir évoquer toutes les chansons qui composent cet album. Alors très arbitrairement, j’en ai choisi une qui me touche particulièrement, c’est « Vivre d’espoir ». Dans quelles circonstances l’as-tu écrite ?

J’ai écrit cette chanson à une période où ça n’allait pas très très bien. Mais comme me l’a dit Serge Lama… il écrit toujours plus quand ça va mal que quand ça va bien… Mais en même temps, cette chanson, elle est très positive. J’ai toujours pensé que dans nos vies, même quand rien ne va, il fallait toujours se raccrocher à des petites choses. Et surtout ne jamais perdre d’espoir. C’est d’ailleurs pour ça que je l’ai appelée « Vivre d’espoir ». On vit dans une époque où on a l’impression que tout est sombre, qu’on n’a plus le droit de rêver ni de penser à une vie meilleure. Qu’on n’a plus le droit d’être heureux, tout simplement. Et donc, j’ai souhaité m’élever contre ça en disant que non, ce n’est pas vrai, que c’est justement dans ces périodes-là qu’il faut redoubler d’espoir et d’effort. C’est petit à petit qu’on arrive à reprendre confiance. Même si on vit des choses pas faciles, c’est important de profiter du peu qu’on a et des choses simples que la vie nous offre pour en faire une force et un bouclier. J’ai envie de croire qu’il faut arrêter de nous dire qu’on ne peut pas être heureux. On a tous le droit d’être heureux et on peut tous y arriver.

Vincent Niclo © Matthew Brookes

As-tu une petite anecdote à me raconter autour d’un titre ? Un petit truc qui s’est passé autour de la chanson et dont personne ne peut se douter en l’écoutant, mais qui, quand on la connait, permet de l’écouter d’une autre manière.

En fait, il y a une histoire toute particulière autour d’une chanson, « À corps perdu ». C’est donc une chanson qu’on m’a demandé de chanter pour la spéciale Grégory Lemarchal. J’ai découvert cette chanson en la travaillant. J’ai trouvé magnifique la force que Grégory a eue pour l’interpréter aussi bien. Quand on écoute bien les paroles et qu’on connait son histoire… c’était vraiment fort de chanter ces mots-là… Et puis, j’ai été vraiment bouleversé par sa famille, Pierre et Laurence Lemarchal que j’ai rencontrés lors de cette émission. J’ai eu un coup de cœur pour cette famille, et la sœur de Grégory aussi, pour le combat qu’ils mènent contre la mucoviscidose. Après l’émission, je les ai appelés en leur demandant s’ils m’autorisaient à reprendre cette chanson sur mon album parce qu’elle était très précieuse pour moi. Ils ont accepté directement en me disant que ça leur faisait plaisir à eux aussi. Et pour l’anecdote, tous les droits de cette chanson seront reversés à l’association Grégory Lemarchal. C’est ma façon de faire un petit clin d’œil à Grégory, de tirer un grand coup de chapeau à sa famille et de participer, à mon petit niveau, à la lutte contre la mucoviscidose.

Vincent Niclo © Matthew Brookes

Tu as donc sorti un premier album en 2006 « Un nom sur mon visage », puis plus récemment « Opéra Rouge » et « Luis ». Avec le recul, cet album a-t-il été plus difficile ou plus facile à mettre en œuvre que les précédents ?

Il a été plus difficile au départ parce que j’étais au pied d’une montagne. Je savais que j’allais arriver en haut, mais je ne savais pas par quel chemin j’allais passer. Je savais exactement musicalement où je voulais aller, toujours cette ligne très fragile sur laquelle je marche, entre la pop et l’opéra. J’avais envie aussi de textes très profonds. Et je me suis dit que je n’avais pas le choix, que je devais me livrer un petit peu plus. J’ai donc été obligé de m’activer en tant qu’auteur/compositeur puisque cet album, c’est du sur-mesure. Et honnêtement, les chansons qui sont dedans, elles ont été vraiment faites pour moi. Et donc, il fallait que je montre le chemin. C’est pour ça que j’ai créé et que je me suis beaucoup plus assumé. J’ai créé le squelette de cet album comme ça. Après, quand j’en ai parlé à Obispo ou Lama, ils ont tout de suite compris où je voulais aller.  Du coup, c’est le départ qui a été vraiment difficile. Après, tout est venu s’imbriquer tout simplement. Un peu comme sur les deux derniers projets. J’ai l’impression que quand les choses doivent se faire, elles se font naturellement et facilement.

Une dernière petite question avant de te quitter… Tu chantes ce soir à Voiron, ton album sera dans les bacs lundi, dans quel état d’esprit es-tu ?

Je suis évidemment surexcité parce que j’ai envie de savoir ce que le public va en penser. Je suis très confiant par rapport au travail qu’on a fait. Honnêtement et personnellement, je pense que je ne peux pas faire plus que ce que j’ai fait. Je trouve que je suis vraiment cohérent avec « Ce que je suis » aujourd’hui. Je suis vraiment très content du travail qu’on a pu délivrer et évidemment des collaborations incroyables qu’on a eues. Donc, par rapport à ça, je suis très serein. Après, j’ai envie de savoir si je vais être compris par le public qui m’a fait confiance jusque-là. Je n’ai pas envie de les décevoir. J’ai envie de savoir si mon travail va être reçu, et s’il va être bien reçu par ceux qui m’ont mené là où j’en suis aujourd’hui. Et donc, de ce point de vue, je suis un peu stressé…

Propos recueillis par Luc Dehon le 5 décembre 2014.
Photos : Matthew Brookes

Liens utiles :
Site officiel :
http://www.vincentniclo.com
Facebook :
https://www.facebook.com/vincent.nicloofficiel?fref=ts
Twitter :
https://twitter.com/vincentniclo









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
 
Retour en haut