Interview de Didier Barbelivien

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/11/2014.
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Didier Barbelivien - DR

Didier Barbelivien a publié le 3 novembre dernier un triple CD comprenant quelques-unes des plus grandes chansons qu’il a signées pour lui et pour les autres, « Les Années Barbelivien ». Au cours de cet entretien, nous évoquerons notamment son examen d’entrée à la Sacem en mars 1975 et sa  collaboration avec Dalida et Eric Charden. Didier ne manquera pas non plus de nous raconter quelques anecdotes, et notamment quand Julio Iglesias lui a passé Stevie Wonder au téléphone ! L’occasion sera belle également pour parler de son spectacle musical qui verra le jour l’année prochaine, « Marie-Antoinette » et sur lequel il travaille depuis de nombreuses années. Nouvelle rencontre avec un artiste passionné et éclectique.

Les annees BarbelivienDans le livret des « Années Barbelivien », vous publiez une copie de votre examen d’entrée à la Sacem (le texte « Si tu veux t’en aller »). Quels souvenirs gardez-vous de cette épreuve ?

C’était assez marrant… Je n’étais pas un très bon élève à l’école. Enfin… je n’étais pas un des pires non plus ! (sourire) Cet examen d’entrée à la Sacem, c’est un peu comme un Baccalauréat, mais un Baccalauréat volontaire. C’est-à-dire que c’était la profession à laquelle je me destinais, et donc, c’était très important pour moi d’avoir cet examen. C’est comme quand vous êtes sur le marché du travail… c’est comme les mecs qui passent leur CAP de menuisier ou de cuisinier. C’est vachement important d’avoir son certificat d’aptitude professionnelle. Ça ressemblait à ça…

L’épreuve en elle-même, comment s’est-elle déroulée ?

On vous enferme dans une pièce et vous avez une heure pour écrire une chanson sur un titre imposé. On vous donne un titre et dans le temps qui vous est accordé, vous devez écrire cette chanson.

Une heure, ce n’est pas énorme…

À l’époque, je me souviens très bien que j’étais un peu frustré et je me suis dit « Ah la la… ils ne me laissent qu’une heure ». Mais finalement, je me suis rendu compte au cours de ma vie, et je l’ai souvent dit même si ça en agaçait certains, mais c’est la vérité, qu’on n’écrivait pas une chanson en plus d’une heure de temps. C’est très rare que je passe plus d’une heure sur une chanson…

Ça sort naturellement ou ça ne sort pas.

Voilà ! (rires) Il faut que ça vienne de manière rapide, violente et spontanée. Il faut que ça vienne tout de suite. Après, bien entendu, il peut m’arriver d’avoir envie de changer une phrase. Et là, ça peut me prendre quatre jours. Mais les 95% de la chanson sont écrits dans l’instant. Alors, après, il se peut qu’en studio quand je chante le texte, je me rende compte que certaines phrases sont inchantables. Mais ça, c’est devant le micro. Alors, à ce moment-là, je la change… (sourire) C’est aussi simple que ça ! Vous savez, un jour, quelqu’un est venu à la maison, il voulait racheter mes cahiers de chansons. Je lui ai dit que ce n’était pas des trucs à vendre. Moi, je les garde par sentimentalisme. Et quand il les a vus, il s’est rendu compte qu’il n’y avait quasiment aucune rature. Je rature assez peu. Après, en séance, il arrive que mon arrangeur me demande de déplacer un couplet ou de mettre un pont. Ça, ça peut arriver.

Quelques jours après cet examen, vous recevez une lettre vous annonçant que vous êtes admis.

J’étais le plus heureux du monde. Ce n’était pas un jour comme les autres. J’ai eu l’impression d’avoir franchi une étape. Là, je me suis dit que plus personne ne pourrait dire que je n’étais pas un auteur professionnel, puisque c’était écrit sur cette lettre. J’avais une carte d’adhérent à la Sacem… après, je suis devenu sociétaire. Maintenant, ça n’a plus beaucoup d’importance pour moi, mais je comprends l’émotion des jeunes artistes qui deviennent adhérents à la Sacem. C’est normal.

Ça vous a donné une légitimité.

J’étais fier d’être reconnu au même titre que d’autres auteurs que j’admirais. C’est un peu comme quand Dabadie est rentré à l’Académie Française. Je le connais bien et je sais qu’il a fait une drôle de tête quand il est rentré à l’Académie…

Ce coffret « Les Années Barbelivien », vous l’avez signé chez Universal alors que vous étiez chez Sony depuis… quelques années ! Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Parce que finalement, c’est un peu une boucle qui se boucle puisque vous aviez sorti votre premier 45 tours, « Alcools » chez Polydor…

Vous êtes bien renseigné ! C’est ce que j’ai dit à Pascal Nègre quand j’ai signé avec Universal. « C’est un retour à la case départ ! » J’ai quitté Sony pour revenir à ma première maison de disques finalement… Tout s’est très bien passé avec Sony pendant de très nombreuses années. Mais dans le milieu artistique, on a les mêmes soucis que les employés ou les cadres dans d’autres secteurs. Il peut arriver qu’on ait quelques soucis et qu’on aille bosser dans une société concurrente. Quand on nous voit changer de maison de disques… c’est qu’en général, il y a eu un souci avec celle d’avant… (sourire) Je suis comme un cadre supérieur de soixante ans qui se retrouve sans travail et qui en retrouve un ailleurs. Les quinqua et les sexagénaires d’aujourd’hui ne sont plus comme ceux d’hier. Ils sont encore dynamiques et peuvent retravailler avec de nouvelles équipes. Enfin… Pascal Nègre, c’est une légende. Je le connais bien depuis longtemps. Mais c’est vrai que c’est quand même un vrai changement.

Comment avez-vous choisi les cinquante-quatre titres qui figurent sur cette compile ? Mis à part quelques très grands incontournables, évidemment…

J’ai remis mes chansons fétiches. Il y a notamment la chanson « Léo » de Nicole Croisille, en hommage à Léo Ferré. Il y a aussi « Une femme à quarante ans » de Dalida et « J’m’en balance » d’Hervé Vilard qui n’est pas sa chanson la plus connue, mais une de celles que je préfère. J’ai voulu mettre des titres qui étaient parfois peut-être un peu en dessous des autres, au niveau de leur notoriété.

Dedicace de Didier Barbelivien pour IdolesMag

Quel souvenir gardez-vous de Dalida, comme vous m’en parlez ?

Le souvenir d’une femme absolument délicieuse. D’abord, c’était très compliqué pour moi de travailler avec elle… je vais vous expliquer pourquoi. J’étais petit, j’avais quoi ? Sept ou huit ans ? Peut-être même pas. Et ma mère écoutait « Bambino » toute la journée. Dalida a été mon biberon musical. Toute la journée, on entendait des chansons de Dalida à la maison. C’est un truc qui marque ! Un truc dont on se souvient ! Et puis, les années passant, j’ai commencé à travailler avec beaucoup de monde, mais je trouvais que ç’aurait été génial de travailler pour elle. Son frère Orlando m’appelle un jour, on ne se connaissait pas, si ce n’est de nom, et il me demande si je serais d’accord d’écrire des chansons pour sa sœur. J’étais heureux et ravi qu’il ait pensé à moi. Je me suis donc mis à écrire des chansons pour elle. Mais j’ai fait bien plus que ça, je l’ai accompagnée en studio et je l’ai dirigée pendant les enregistrements. Je me souviens d’une femme totalement charmeuse et charmante. Au point qu’il m’est arrivé de laisser passer des fautes artistiques, des petites faussetés ou des mots pas très en place, tout simplement parce que j’étais sous son charme. Elle avait un charme dans la voix totalement envoutant. Dalida pouvait chanter avec quelques petites fautes, mais on ne s’en rendait pas compte parce que le charme opérait. On était un peu anesthésiés par le charme de Dalida en studio. Elle avait un truc dans la voix qui était indéfinissable. Je ne saurais pas dire ce que c’était, ni le comment du pourquoi, mais c’était comme ça. Les gens qui aiment Dalida le savent. Ils ne l’aiment pas par hasard. Elle a un truc unique dans la voix, quelque chose d’indéfinissable et particulier.

Elle était captivante. Et finalement, ces petites faiblesses dont vous me parlez font partie d’elle et de son interprétation.

Elle chantait juste tout de même à 95% ! (sourire) Mais de temps en temps, elle avait une petite faiblesse, et c’est peut-être ce qui fait tout le charme de sa voix. Vous savez, quand j’entends Dalida chanter « Avec le temps », je suis bouleversé. Je m’en fous de savoir si c’était parfaitement en place ou non. Je m’en fiche. J’écoute Dalida dire des mots et ça me touche.

Elle avait une émotion unique dans la voix. Une émotion qui n’appartient qu’à elle finalement.

Ah oui, c’était même sa qualité première. C’était une charmeuse, Dalida….

Il y a un second titre de Dalida sur cette compilation, c’est « Pour te dire je t’aime », une adaptation de « I just called to say I love you » de Stevie Wonder. L’exercice de l’adaptation est-il différent de celui de la chanson originale ?

Non. C’est à peu près pareil. Et je vais même vous dire que c’est même un peu plus facile dans la mesure où on est emballé par la chanson qu’on adapte. Celle qu’on écrit, c’est la sienne, on l’aime ou on ne l’aime pas. Alors que l’adaptation, on l’a choisie. Et forcément, on aime déjà énormément la chanson qu’on adapte. Là, j’aimais beaucoup cette chanson de Stevie Wonder. Et je vais vous raconter une anecdote que peu de gens connaissent… vous savez que je suis très ami avec Julio Iglesias. Quand il fait des chansons ou des tournées en France, je suis toujours avec lui. Et même aux États-Unis. Et donc, un soir, nous sommes avec Julio à Atlantic City, tout près de New-York. Il me demande ce que je fais en ce moment et je lui réponds que je viens d’adapter une chanson que j’adorais de Stevie Wonder pour Dalida. Il me dit « Tu as vraiment adapté I just called ? » Je lui réponds que oui. Et là, il me dit « Mais il faut le lui dire ! ». Là, je lui réponds qu’il le saura peut-être un jour, que ce n’est pas si important que ça… Et là, Julio me dit qu’il a son téléphone et qu’il va l’appeler tout de suite pour lui dire… (sourire) J’ai cru qu’il plaisantait… mais non, il m’a passé Stevie Wonder au téléphone ! Je lui ai expliqué que j’étais un auteur français… lui, évidemment, n’avait jamais entendu parler de moi. Julio lui avait fait l’article avant en lui disant que j’étais un auteur formidable et que je lui avais écrit des chansons… Et donc, j’ai pu parler une minute ou une minute trente avec Stevie Wonder au téléphone. J’étais très très impressionné !

Ce n’est pas banal.

J’ai vécu des moments impressionnants comme celui-là avec Julio. Je me souviens d’une année où il venait de débarquer à Paris. Il venait faire une tournée européenne qui allait l’amener à Londres, à Munich, à Copenhague, etc… Et à un moment, le soir, nous sommes à table et je suis assis en face de Julio. Un type un peu plus loin me regarde et je me dis que je connais ce monsieur, mais pas moyen de remettre un nom sur son visage ! C’était un très beau garçon avec une barbe un peu naissante. Sa tête me disait vraiment quelque chose, mais je n’arrivais à retomber sur son nom. Et à un moment, je me penche vers Julio et lui demande qui c’est… et il me répond que c’est Herbie Hancock ! Je n’y croyais pas !! Et si, c’était bien lui, il faisait toute la tournée européenne de Julio. Ils avaient joué au Rex à Paris. C’était une équipe tellement étonnante ! Voilà le genre de surprise que j’ai pu vivre avec Julio Iglesias… (sourire)

On ne va pas pouvoir parler de toutes les chansons qui figurent sur ce triple album… Mais on en retrouve trois d’Eric Charden. Quels souvenirs gardez-vous de lui ?

Eric, c’était mon ami et mon proche. J’ai commencé en 1975 et une des toutes premières chansons que j’ai faites, c’était pour Eric. C’était une chanson qui s’appelait « J’t’aime bien ». J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour Eric. Il a été un véritable compagnon pour moi. Quand j’étais adolescent, j’adorais tout ce que ce garçon chantait. Et tout ce qu’il écrivait pour les autres. Et puis… « Stone et Charden », c’est toute une époque ! C’est un vrai talent d’écrire des chansons populaires comme il en écrivait pour Annie et lui. J’ai toujours été extrêmement proche de lui. Avec lui, j’ai fait « Pense à moi », « L’été s’ra chaud » et le public va découvrir sur cette compilation d’autres titres…

… Les génériques de « Sun Ku Kaï » et « Albator ». Toute une époque !!…

Je garde de ces chansons le souvenir de ma complicité avec Eric. Eric m’appelait le matin en me disant qu’il avait reçu la veille deux génériques de dessins animés japonais à écrire. Il me demandait de passer à la maison pour qu’on fasse les chansons l’après-midi. J’allais chez lui et on regardait ces dessins animés. On n’y comprenait rien du tout, tout était en japonais. On ne connaissait rien de l’histoire. On avait compris que c’était un truc qui se passait dans l’espace… on a donc écrit un truc sur une guerre interstellaire… mais on ne savait pas trop où on allait ! (rires)

Ça va faire plaisir au public, ces deux chansons, parce que finalement, les génériques sont dans la tête de tout le monde… mais pas grand monde ne sait que c’est vous et Charden qui les avez écrits…

C’est vrai. Souvent, les gens sont abasourdis de savoir que c’est Charden et moi qui les avons écrits…

Ils créent la surprise.

Vous savez des surprises, j’en ai encore dans mes tiroirs… On pourrait ressortir une autre compile avec d’autres choses surprenantes. Vous seriez très surpris de certaines choses que j’ai pu écrire dans ma vie… (sourire) Il y a même des chansons que vous connaissez mais qui ne sont pas signées de mon nom, mais que j’ai écrites...

Ah bon ?

Oui, ça m’amusait de faire ça à une époque. Je voulais savoir si mon nom avait une influence ou pas. Comme je le raconte dans la compile, certains m’appelle « Monsieur Tubes » ! S’il y avait un « Monsieur Tubes » dans ce pays, ça se saurait ! Mais parfois, je changeais de nom pour voir si la chanson allait marcher ou pas. Et finalement, ça ne change rien… J’ai toujours été assez éclectique. Et finalement, c’est pour ça que cette compilation me plait bien, parce qu’elle est éclectique et qu’elle désarçonne quelque part. J’ai écrit des tas de chansons qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. C’est ce que j’ai essayé d’être pendant toute ma vie d’auteur, quelqu’un d’éclectique, sans préjugé, sans parti pris sur la musique, en essayant d’être toujours le plus généreux possible avec tout le monde. La chanson, c’est quelque chose de populaire et d’humble. C’est un truc simple.

Didier Barbelivien - DR

On vient de célébrer les 25 ans de la chute du Mur de Berlin. Un petit mot sur « D’Allemagne » de Patricia Kaas…

C’est une idée que j’avais depuis adolescent. Je voulais écrire une chanson sur la double Allemagne. J’étais parti d’un mot de François Mauriac qui avait dit lors de l’édification du mur de Berlin qu’il aimait tellement l’Allemagne qu’il préférait qu’il y en ait deux… Ce mot était terrible. C’était terrifiant. Moi, ça me semblait une erreur de l’histoire depuis que j’étais adolescent et que j’avais appris l’histoire de l’Europe et de la deuxième guerre mondiale. Je m’étais toujours dit que ça ne tiendrait pas cette histoire de mur. Ce n’était pas possible. J’avais donc écrit « D’Allemagne ». Et ce qui est bizarre, c’est que très peu d’auteurs se sont intéressés à ce sujet-là. Les deux que je connais sont Souchon et moi. Souchon avait écrit le texte de « Liebe » pour Voulzy. On est, je pense, les deux seuls à avoir parlé de ça dans la chanson française. Pour moi, ça avait un aspect prophétique. Mais on n’était les prophètes de rien. On se doutait que ça ne tiendrait pas. Je me disais toujours que c’était une question de temps, qu’il y aurait une génération de la jeunesse allemande de l’est et de l’ouest qui ne supportera pas qu’il y ait deux Allemagne. C’est comme si la France avait perdu la guerre et qu’on avait eu deux France avec la zone occupée et la zone libre. Ça tient un certain temps, mais un certain temps seulement…

On va maintenant évoquer un projet qui vous anime depuis des années et que le grand public va découvrir l’année prochaine… « Marie-Antoinette », une adaptation du roman d’Alexandre Dumas, « Le Chevalier de Maison-Rouge ».

Vaste programme ! Là, nous sommes en train d’enregistrer le disque. Ce sera fini le 20 décembre. Enfin, je dois rendre ma copie à cette date ! (rires) Le premier extrait sera dévoilé début janvier et l’album sortira à la mi-mars. C’est un énorme projet qui englobe la participation de beaucoup d’artistes et de Stéphane Bern, qui fait le conteur entre les chansons. C’est un truc dont je suis assez fier parce que c’est vraiment une épopée historique en musique. Et j’aime beaucoup quand tout est mélangé. Il y aura des chansons, un personnage qui raconte… le spectacle, ce sera une pièce de théâtre avec en plus des chanteurs. J’aime le mélange des genres. J’aime qu’on mélange la comédie avec la musique. C’est mon côté très 18ème siècle ! J’aime le spectacle total, ça me plait beaucoup. J’aime quand il y a des chanteurs, des acteurs, des musiciens, des auteurs dramatiques, etc… ça me plait ça, le mélange.

Un petit mot sur le casting…

Il en a que le grand public connait, d’autres moins. Il y aura notamment Mickael Miro. C’est Kareen Antonn qui jouera le rôle de Marie-Antoinette. Il y en a une autre, une petite belge, qui s’appelle Aurore Delplace. Elle joue en ce moment dans « Circus ». Il y a aussi un garçon que j’aime beaucoup, c’est Valentin Marceau. C’est un jeune qui commence à faire des disques très intéressants… Et il y a un inconnu total mais qui ne va pas le rester longtemps, il s’appelle Slimane. Et puis, il y a moi qui joue le Chevalier de Maison-Rouge.

Quand le spectacle est-il attendu sur scène ?

Je ne sais pas encore exactement. Il faut déjà le temps que le disque sorte… je n’aime pas tout faire en même temps. J’ai envie de faire les choses bien. Je n’aime pas la précipitation, quand on sort le disque et qu’on joue le spectacle dans la foulée. Non, non. Moi, je veux prendre mon temps. Je veux choisir une salle à Paris et choisir des dates en Province. C’est très important pour moi. Donc, je pense que ce ne sera pas avant 2016. L’album sortira donc au printemps 2015, donc le spectacle verra le jour soit en janvier 2016… et je préfèrerais même en septembre 2016. Je veux que ça reste quelque chose presque intime… le mot n’est pas le bon, parce qu’on ne peut pas dire qu’un spectacle soit intime, mais je ne veux pas faire un truc à la va-vite. Je veux avoir le temps d’avoir les costumes qu’on veut, les décors, les comédiens… Ils ont déjà été beaucoup sollicités par Antoine Rault qui a écrit la pièce. Je veux aussi pouvoir remodifier la pièce comme je modifie mes chansons. Des chansons, j’aurai peut-être envie d’en rajouter. Je n’ai pas envie que ce soit un spectacle bâclé. Je ne veux pas aller dans la précipitation sur scène. Non, non. Je n’ai pas envie de ça.

Vous voulez prendre le contrepied de ce qui se fait actuellement. Tout trop vite, toujours plus vite… quitte à bâcler les choses.

Exactement. Mais vous savez, dans ma vie, je pense que j’ai toujours été un exemple du contrepied, c’est pour ça que je suis un si mauvais danseur ! (rires) J’ai toujours vécu à contrepied des évènements.

Vous qui avez écrit des milliers de chansons originales, quel regard jetez-vous sur le paysage musical français qui est aujourd’hui fait en grande partie de reprises ?

Les reprises, c’est toujours un peu le signe d’un abandon de la créativité. Mais ça, ça vient beaucoup d’une certaine facilité. Quelques fois aussi, c’est excitant de reprendre des chansons. Dans les années 60, j’avais une dizaine d’années, je voyais les auteurs français adapter des tubes anglo-saxons. Ça me plaisait qu’il y ait ça. À la fois j’aimais les chansons originales, et à la fois, ça me plaisait d’avoir une version française d’un titre. Aujourd’hui, les jeunes interprètes à qui on reproche de ne pas s’intéresser au patrimoine de la chanson française, là pour le coup, font le contraire. Alors c’est compliqué parce que quand ils ne s’y intéressent pas, on le leur reproche, et quand ils s’y intéressent, on leur dit qu’ils ne font que des reprises ! Mais moi, je comprends qu’on ait envie de reprendre Aznavour, Ferrat ou Bécaud. Si j’avais plusieurs casquettes et plusieurs vies, j’adorerais faire des tours de chant rien qu’avec leurs chansons. Ce sont des chansons immenses ! Un jour, quelqu’un m’a dit que c’était super de sortir cette compilation « Les Années Barbelivien » parce que ça allait lui permettre de reprendre et piocher dans mes chansons. Je trouve ça très valorisant qu’un jeune se dise qu’il va trouver dans mes chansons des trucs qu’il a envie de chanter. C’est excitant. Et puis dans la jeune génération, il n’y a pas que des reprises.

Pas que, certes, mais beaucoup quand même.

Regardez des gens comme Calogero. Il vient de faire un disque exceptionnel ! Ok, il n’a plus dix-huit ans… mais bon ! Il a fait un album vraiment exceptionnel. J’aime aussi beaucoup le dernier album de Bénabar. Il y a plein de gens qui arrivent avec des disques et des chansons formidables.

Regardez les disques qui sortent en cette fin d’année… il y a quand même un peu beaucoup de reprises.

Je sais… Mais les radios sont tellement formatées aujourd’hui qu’il y a une vraie frilosité à passer des nouveautés. Évidemment, la nouveauté ne fait pas forcément une audience immédiate, à moins de sortir un méga tube qui plait à tout le monde. Mais laisse-t-on aussi le temps à ces jeunes d’avoir de bonnes chansons ? Leur laisse-t-on le temps de s’installer pour plaire ? Non… On est un peu pressés. Les majors sont pressées, les radios encore pire… Ce n’est pas simple.

Tout est tellement formaté à l’heure actuelle.

C’est un cauchemar de la vie. Vous savez, je suis encore un résistant : je n’ai pas internet ! Et pour la simple et bonne raison qu’écouter de la musique sur internet, c’est de la daube. Quand j’entends la musique qui vient d’internet que mon fils écoutait…. Quelle horreur ! Je lui ai dit « Tu n’es quand même pas sourd… Tu entends bien que ce qui sort de ton ordi, ce n’est rien par rapport à ce que représente un disque vinyle ou même un CD ! »

On est d’accord, le MP3 est tellement compressé qu’on n’entend pas grand-chose. Il n’y a aucune subtilité dans le son.

Exactement. Je lui ai dit qu’il se lasserait de son iPad, qu’il se lasserait de ce qu’il avait dans les oreilles. Et ce jour de gloire est arrivé ! Un jour il est arrivé près de moi en me disant qu’il n’en pouvait plus d’écouter de la musique comme ça… Il lui aura fallu le temps, mais il a compris ! (sourire) Je lui ai dit « tu achètes des disques. Tu en auras moins que quelques millions de titres en MP3, mais tu prendras le temps de les écouter ! » Parce qu’entre nous, qu’est-ce que ça peut nous foutre d’avoir un million de chansons sur son baladeur ? Ce n’est pas un concours à qui en aura le plus ni une collection.

À trop en avoir, on n’écoute plus vraiment.

Exactement… Vous savez, je rangeais mes disques l’autre jour… Et je sais très bien que je mourrai avant d’avoir pu écouter tout ce que j’ai envie d’écouter. C’est comme ça…

Propos recueillis par Luc Dehon le 10 novembre 2014.
Photos : DR

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