Interview de Gilles Dreu

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/11/2014.
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Gilles Dreu - DR

Il ne les parait pas… et pourtant Gilles Dreu, l’inoubliable interprète de « Alouette », a fêté cette année ses « 4 fois 20 ans ». À cette occasion, l’artiste a publié le 27 octobre dernier une compilation composée de ses plus grands succès, quelques titres plus rares et un inédit signé Didier Barbelivien. Nous avons été à sa rencontre afin de parler de ce nouveau projet, revenir sur son parcours et évoquer ses nombreux projets. Rencontre avec un artiste plein de vie qui préfère qu’on l’appelle « Gillou » que « Monsieur Dreu » !

Gilles Dreu, 4 fois 20 ansVous venez de publier un nouveau best of comprenant une chanson originale, « 4 fois 20 ans ». Nous allons donc, si vous le voulez bien évoquer certaines des chansons qui le composent au travers de ce prisme des « 4 fois 20 ans »… Avant vos 20 ans, vous avez vécu au Mali, en Guinée et dans les Antilles. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ? Et plus précisément vos souvenirs musicaux.

Le Mali, qui s’appelait le Soudan Français à l’époque, je n’en conserve pas de souvenirs tout simplement par ce que j’étais beaucoup trop petit. La Guinée, pas beaucoup plus finalement, j’y ai vécu entre mes sept ans et mes onze ans. C’était aussi une période troublée, vu que c’était la guerre. En revanche, j’ai des souvenirs très frappants de la musique antillaise qui a sensiblement évolué entre cette époque des années 1946 à 49 et aujourd’hui. Le Zouk d’aujourd’hui n’est plus le même qu’hier. Il a beaucoup évolué. La langue créole a beaucoup évolué aussi… J’ai vécu quatre ans en Martinique étant enfant et ado, et il était bien évident que j’avais appris le créole pour parler avec mes copains martiniquais. C’est assez amusant parce que je ne comprends plus vraiment tout le créole actuel… alors que quand ce sont des personnes âgées qui le parlent, je le comprends parfaitement ! (rires) C’est une langue vivante, finalement.

En 1954, vous avez 20 ans. C’est la guerre d’Algérie. Quels souvenirs gardez-vous de vos 20 ans ?

Paradoxalement, alors qu’on en a vraiment bavé, c’est un souvenir pas si mauvais que ça… C’est un peu dur de dire ça parce qu’une guerre ne peut pas être un bon souvenir. Mais on avait l’insouciance de nos vingt ans. J’ai eu quelques fois l’impression, même si ça parait incroyable, lorsque j’étais au bord de la Méditerranée à Mostaganem de ne pas être venu pour faire la guerre. Même si il y a eu des moments difficiles… On prenait des bains de mer. Il y avait des filles assez belles… C’était un peu le Club Med avec de temps en temps le fait de risquer sa peau. Après, il s’est passé pas mal de choses. J’ai pris une conscience politique et je n’ai pas toujours été d’accord avec tout ce qui a pu se passer à cette époque-là.

À cette époque-là, la chanson et vous, ça fait deux. Ce sont deux mondes différents.

Je faisais donc beaucoup de sport. Mais je chantais déjà… J’étais un chanteur à barbe de troisième mi-temps ! (rires) J’avais un répertoire de chansons… gaillardes pour ne pas dire paillardes ! (rires) Ce répertoire inépuisable a fait les beaux jours des troisièmes mi-temps bien arrosées. Ma voix s’est forgée, non pas au conservatoire, mais dans les vestiaires des terrains de rugby.

Et pourtant quelques années après, vous commencez à fréquenter les cabarets parisiens et chantez au « Tire-Bouchon »…

Ah la la… (sourire) Un soir, après un match et une troisième mi-temps particulièrement bien arrosée, on est allés avec mes potes à Montmartre dans un cabaret. On y a foutu le bordel, carrément ! Les chanteurs qui s’y produisaient n’arrivaient plus à chanter. Le patron, Valbert, s’est adressé à moi parce que j’étais celui qui parlait le plus fort. Il m’a dit « Toi, la grande gueule, maintenant, tu vas monter sur scène et tu vas chanter ! » Il voulait me déstabiliser… Mais comme j’avais un bon coup dans le nez et plein d’amis dans la salle, je ne me suis pas dégonflé et je suis monté sur scène. J’ai chanté une chanson, pas paillarde pour un sou pour le coup, « Quand on n’a que l’amour » de Jacques Brel. J’ai fait un triomphe… évidemment puisque je n’avais que des copains dans la salle. Valbert a été impressionné et m’a demandé si ça ne m’intéresserait pas de faire de temps en temps un spectacle dans son cabaret. J’avais l’inconscience de mon âge et un bon coup dans le nez… et j’ai accepté sa proposition ! Le problème… c’est que le lendemain, quand je suis monté sur scène, j’étais complètement à jeun et je n’avais plus aucun copain dans la salle. Là, j’ai découvert ce qu’était le trac du débutant, d’un seul coup…

Que se passe-t-il dans votre tête quand Valbert vous propose ce « contrat » au « Tire-Bouchon » ?

J’ai honte de le dire aujourd’hui… mais ma première réaction a été de lui demander combien il allait me payer !! (éclats de rire) Il me payait 20 francs. Il faut se remettre dans l’époque, le Smic devait être de 400 francs, quelque chose comme ça. Donc, ce n’était pas si mal payé que ça ! Donc aller chanter un truc qui m’amusait en étant bien payé, j’ai accepté tout de suite sa proposition. C’est là que j’ai commencé… et puis je n’ai plus jamais arrêté. Je le dis souvent, je fais partie des rares artistes à n’avoir jamais été amateur. Je n’étais pas chanteur du tout, et du jour au lendemain, je suis devenu chanteur professionnel. Il a fallu néanmoins que j’apprenne le métier, exactement comme un amateur. Parce que le « chanteur professionnel », entre guillemets, n’était pas très brillant au départ ! (rires)

C’est du travail, l’air de rien !

J’avais une chose pour moi, ma voix. Elle était là, elle était puissante et elle tenait le coup. Mais je n’avais que ça…

À cette époque, vous rencontrez pas mal de monde.

Ah oui ! J’avais donc l’insouciance de mes vingt et quelques années. Et puis, ce sont les années 60. C’est une époque fabuleuse. On est en plein dans les trente glorieuses. La France est euphorique. Tout est formidable. Et d’un seul coup, je rencontre des tas d’artistes… Le premier que j’ai rencontré, qui lui était déjà une petite vedette à l’époque, c’est François Deguelt. Il m’a appris à jouer de la guitare. Je savais jouer deux accords, et c’est lui qui m’a donné mes premières leçons de guitare, afin que je puisse m’accompagner. Avec François… mon pote François… on a continué à se voir tout au long de notre vie [Gilles est ému]. Il nous a quittés en janvier dernier…

Il y a quelques années, vous vous étiez d’ailleurs produit en spectacle avec lui et Nicole Rieu, « Ce soir, on improvise »…

Oui, effectivement ! On a fait énormément de spectacles ensemble, avec François. Et puis, nous nous sommes retrouvés aussi sur la tournée « Âge Tendre » il n’y a pas si longtemps… Franck Alamo faisait partie de cette aventure. Il nous a quitté lui aussi… Vous savez, la seule chose triste dans le fait d’avoir « 4 fois 20 ans » ou plus, c’est que souvent les conversations tournent à la chronique nécrologique… Mais c’est comme ça. Et finalement, comme je le dis dans la chanson, quand l’un d’entre nous s’en va, on est heureux d’être encore là. Mais… pas vraiment heureux finalement parce que c’est toujours une petite part de nous-même qui fout le camp…

On va repartir sur une notre plus joyeuse et amusante… En 1965, vous publiez « Filles de Garches, Enfants de Puteaux ».

C’était une des premières chansons que j’avais écrites ! On a fait deux super 45 tours, huit chansons, mais j’en avais quelques-unes de plus à l’époque. C’étaient pour le coup des chansons humoristiques. « Filles de Garches, Enfants de Puteaux » en faisait partie. Mais je n’en revendique pas la paternité. J’avais entendu cette expression dans un bistrot. C’était une discussion entre deux poivrots. Ce sont eux qui m’ont donné l’idée d’écrire cette chanson. À l’époque, mon ambition n’était pas de faire carrière de chanteur de charme. Non. Je voulais être comique. Mes idoles… c’étaient Brassens et Pierre Perret. Avec Pierre, nous avons le même âge, mais il avait débuté un peu plus tôt que moi. Donc, je voulais faire dans l’humour. Et puis, un directeur artistique s’est aperçu que l’humour n’était pas totalement mon point fort. L’humour était relativement efficace dans la présentation des chansons sur scène, et ça je continue à le faire, mais chanter des chansons drôles, ce n’était pas du tout mon truc… Mais j’ai débuté comme ça avec deux super 45 tours dans l’humeur de « Filles de Garches. Enfants de Puteaux ». Après, on a changé un peu et j’ai sorti un autre 45 tours avec une chanson qui s’appelle « Ecris-moi », qui était encore écrite par moi. C’était une chanson sentimentale… la rengaine classique « tu m’as quitté. Je suis malheureux »… Mais elle n’était vraiment pas réussie. C’est pour ça que par après, j’ai demandé aux autres d’écrire pour moi.

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« Alouette » arrive en 1968.

Oui, mais elle n’est pas arrivée par hasard. C’était « Misa Criolla » d’Ariel Ramirez, un compositeur argentin génial. Un des titres de cette messe, « La Peregrinacion », fait [Gilles commence à chanter] « A la Huella, la Huella, Huellita, José y Maria … » Quand Delanoë, qui ne parlait pas un mot d’espagnol, a entendu cette chanson, il a entendue « alouetta, alouetta »… alors que le titre n’en parlait pas du tout. Et il a écrit une chanson tout ce qu’il y a de plus laïque et pas du tout religieuse. Et je vais même vous dire que cette chanson ne m’était pas du tout destinée. C’était normalement Jean-Claude Pascal qui aurait dû la chanter, mais il n’a jamais voulu. Donc, le producteur qui ne voulait pas se retrouver avec un playback a demandé si quelqu’un connaissait la chanson par cœur pour l’enregistrer. Et comme à l’époque, il fallait que je gagne ma vie, j’étais choriste parallèlement. J’ai donc dit que je la connaissais et j’ai enregistré la voix témoin. Après, cette chanson est restée dans les tiroirs pendant presqu’un an. Et puis, elle est arrivée sur le bureau de Lucien Morisse, directeur des programmes d’Europe N°1, je ne sais par quel hasard début 68 ! Il a aimé cette version et c’était parti…

« Alouette » n’était finalement qu’une maquette quand Lucien Morisse l’a écoutée.

Oui. Je n’avais enregistré qu’une seule prise. Et c’est pour ça qu’il y a une petite faiblesse sur le final. On ne l’entend pas vraiment, mais moi je l’entends et je sais qu’elle est là. J’aurais aimé la refaire si j’avais su que ce titre allait être définitif… mais voilà, c’est comme ça…

Elle arrive sur les ondes en… mai 68 !

Oui ! Nouveau coup de chance, le titre a été mis en radio fin avril 68. Après, il y a eu les épisodes de Mai 68, avec un drôle de chambardement en France. Il y a eu une grève générale. Les radios, France Inter, RTL, Europe et Radio-Monte-Carlo n’avaient plus de journaux ni quoi que ce soit… donc, ils ont passé de la musique en continu. Les programmateurs ont fait le choix de diffuser des nouveaux titres, donc, « Alouette » a été matraquée à la radio… Ce qui fait que le 1er mai 1968, le grand public ne me connaissait pas. Et au 1er juin 1968, j’étais dans toutes les mémoires.

C’est donc le hasard et un merveilleux concours de circonstances qui ont fait que vous vous êtes retrouvé à chanter cette chanson qui reste un de vos plus grands succès.

C’est un peu comme la soirée au « Tire-Bouchon »… Le hasard a joué un rôle considérable dans ma vie.

Après qu’il vous ait écrit l’adaptation française de « La Peregrinacion » (« Alouette »), vous avez pas mal travaillé avec Pierre Delanoë. Avez-vous une anecdote ou un souvenir particulier de lui ?

Ce qui m’a le plus fasciné chez Pierre, c’est sa facilité d’écriture. En général, je lui apportais une musique toute faite et il écrivait dessus. On dînait souvent ensemble, et puis il s’enfermait dans son bureau. Moi, de mon côté, je gratouillais à la guitare, et lui, au fur et à mesure, écrivait avec son stylo « Mont-Blanc ». Mais quelle facilité d’écriture ! Je ne l’ai jamais vu ouvrir un dictionnaire de rimes. Et c’était tout de suite à peu près carré et parfait. Il avait une musicalité en tête cet homme… c’était formidable. Et cette facilité, je l’ai retrouvée par la suite chez Didier Barbelivien.

Trois ans après, vous chantez « Moïse » en duo avec Nicole Croisille. Quels souvenirs gardez-vous de ce duo ? Avez-vous recroisé Nicole récemment ?

Ça fait un moment que je n’ai plus revu Nicole… On a refait ensemble une soirée de la Rose d’Or à l’Olympia il y a quelques années. Je ne l’ai pas revue depuis. Vous savez, à l’époque, on était très copains. On était dans la même production de disques. On a fait des tournées ensemble. Ce n’était pas du tout un hasard ce duo. Nous en avions vraiment envie l’un et l’autre. Cette chanson avait d’ailleurs été écrite pour elle et pour moi.

En 1974, vous avez 2 fois 20 ans. Si la vie était un jeu, on pourrait dire que vous vous arrêtez sur la case télévision. Vous présentez « Jamais Dreu sans trois » sur Télé Monte-Carlo. Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure télévisuelle ?

C’est une aventure là aussi due un peu au hasard. J’avais signé pour la fameuse tournée d’été Europe 1. Et pour des raisons budgétaires, cette tournée a été supprimée cette année-là. Je me suis donc retrouvé avec un contrat signé et il fallait qu’Europe 1 assume son engagement… Alors, plutôt que de me donner des dommages et intérêts, ce qui ne m’intéressait pas du tout, on a cherché ensemble une solution. Et il se trouve qu’Europe 1 était à l’époque le principal actionnaire de Télé Monte-Carlo qui était très indépendant d’RMC à l’époque. On m’a donc proposé cette émission sur cette chaîne qui n’avait pas une énorme diffusion. Elle diffusait sur la Principauté et les Alpes Maritimes principalement. Ça allait peut-être un peu sur la Var…mais pas beaucoup. On m’a donc proposé cette émission, « Jamais Dreu sans trois ». Ça a été une très belle expérience. J’ai appris le métier d’animateur à cette époque. Ça a été là aussi un hasard et j’ai là aussi commencé du jour au lendemain. L’invité principal de la toute première émission était Alain Decaux. Je n’étais pas très fier !! (rires) Mais il a fallu que j’assume. Ça m’a ouvert d’autres horizons. J’ai rencontré des tas de personnalités. J’ai eu comme invités toutes les vedettes de la chanson. Ça a été l’occasion de soirées inoubliables avec Johnny. Vous allez dire que je suis un alcolo puisque je ne parle que de soirées copieusement arrosées, mais avec Johnny, on s’est bien amusés ! (rires) Mais il n’y avait pas  que des vedettes, j’ai reçu sur ce plateau des gens comme Edgar Faure. Ce sont des gens que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontrer dans d’autres circonstances.

Quel regard jetez-vous sur la télévision d’aujourd’hui ? Et notamment la télé-réalité.

Vous savez, le concept de télé-réalité, ça cumule le meilleur et le pire. Mais le meilleur ne représente que 5 ou 10%. Le reste, c’est le pire. On voit aujourd’hui ce que ça donne avec le fait divers de Nabilla. Je la plains cette pauvre fille finalement… les candidats de ce genre d’émission deviennent vedette du jour au lendemain… C’est difficile à gérer ! Nous qui avons travaillé dur et longtemps pour devenir un peu vedette, c’est aussi un chambardement dans notre tête quand on le devient. Des gamins qui deviennent star du jour au lendemain, ils pètent les plombs… Et c’est normal. Enfin, des stars… ce mot est tellement galvaudé aujourd’hui ! Sinon, je trouve que mis à part la télé-réalité, la télé ne s’est pas beaucoup renouvelée. La télé n’a pas suivi l’évolution des autres médias. La majorité des émissions sont encore des émissions d’il y a quelques années. Dans mon domaine, la variété, ça n’a pas beaucoup évolué. Finalement, les Carpentier faisaient des émissions sensiblement plus évoluées que celles qu’on voit aujourd’hui… À part les Taratata de Nagui, il n’y a pas eu grand-chose d’intéressant… Il ne se passe pas grand-chose. Ah si, il y a « Le plus grand cabaret du monde » de Patrick Sébastien… Mais c’est « La piste aux étoiles » avec des invités. Maintenant, est-ce que le public est prêt à recevoir autre chose ? Je n’en suis pas convaincu. On ne peut pas jeter la pierre à longueur de temps aux producteurs et aux animateurs. Aujourd’hui, un concept nouveau, on ne lui donne pas bien longtemps pour faire ses preuves. En quatre ou cinq émissions, si l’audience n’est pas au rendez-vous, on le supprime de la grille.

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C’est pareil dans le milieu artistique.

Effectivement. Un jeune artiste aujourd’hui n’a plus le temps de se construire. On lui donne sa chance une fois, pas deux. Nous, on a eu la possibilité de nous construire pendant des années et des années. Je me souviens très bien que Francis Cabrel a été soutenu par sa maison de disques pendant deux albums avant de vendre bien ses disques. Les légendes, comme Brel, Brassens ou Aznavour, ne se sont pas fait en trois semaines de Star Academy. Ils ont mis cinq, dix ou quinze ans pour se faire. Et même les derniers qui ont marqué, Cabrel, Goldman ou Jonasz… on leur a laissé le temps. Et d’ailleurs, regardez bien les candidats qui se présentent à « The Voice » aujourd’hui, ceux qui vont loin sont ceux qui chantent dans leur coin depuis dix ans ou plus… Un artiste ne sort pas de n’importe où à n’importe quel moment. Mais la télé nous le fait croire… en tout cas le fait croire aux gamins qui pensent qu’ils vont devenir star en quelques semaines de télévision ! C’est un peu la course aux déceptions et à l’aigreur…

Nous parlions tout à l’heure de cinéma. Vous avez tourné quelques films l’air de rien ! (« Les Cracks » en 1967, « Chaussette Surprise » en 1978, « Le cri du Hibou » en 1987) Est-ce que ça vous a plu ?

Vous savez, c’est une des rares déceptions que j’ai aujourd’hui… ne pas avoir fait carrière dans le cinéma. Ne pas avoir tourné plus, en tout cas ! J’ai beaucoup aimé ça, j’ai aimé tourner, j’ai aimé l’ambiance des plateaux, j’ai aimé le travail de l’acteur et la construction du personnage. C’est un bien grand mot pour les rôles que j’ai joués, je vous l’accorde… (sourire) Mais ça m’a beaucoup plu. Je n’ai pas beaucoup de regrets dans ma vie et c’est peut-être le seul que j’ai.

Dans les années 80, vous avez été directeur de l’institut de Vichy. Le sport, votre première passion finalement…

J’avais déjà quelques années derrière mois… et ma grande époque était passée. Au lieu d’être dans un sentiment de traversée du désert qui verse souvent dans l’aigreur, je me suis souvenu de mon premier métier, celui de prof de gym. Et grâce à mon deuxième métier, j’avais un bon carnet d’adresses ! On a monté un centre de remise en forme. J’ai eu l’occasion d’inviter de nombreux amis. Et ça a bien marché pendant quelques années.

En 1994, vous avez 3 fois 20 ans. Quels souvenirs gardez-vous de vos soixante ans ? L’heure de la retraite pour certains !

(rires) Mes soixante… rien de bien particulier. C’est bien passé finalement. C’est la première fois que j’ai commencé à comprendre que je n’étais plus tout à fait jeune…

Vous avez sorti pas mal de disques à cette époque, dont « Chanter pour elle » en collaboration avec Didier Barbelivien. Mais Didier, vous le connaissiez depuis longtemps !

On s’est retrouvés à cette époque, mais je le connais, Didier, depuis quarante-et-un ans ! Je l’ai connu, il avait 19 ans et il arrivait à Paris. Il présentait ses chansons à des artistes qui avaient réussi à l’époque. J’en faisais partie. J’ai été un des tout premiers à lui prendre une chanson, elle s’appelait « Desesperado ». On l’avait enregistrée mais elle n’a pas eu un grand succès malheureusement. On est amis depuis cette époque. On s’était un peu perdus de vue, mais on avait toujours conservés nos numéros de téléphone.

C’est donc Didier qui signe cette chanson « 4 fois 20 ans ». Dans quelles circonstances est-elle née ?

Quand je me suis rendu compte que j’allais avoir « 4 fois 20 ans », j’ai appelé Didier en lui racontant quelques anecdotes. Dans les années 60, quand on me demandait de signer un autographe, c’était « Gillou, Gillou, un autographe s’il te plait ! ». C’était formidable. Puis le temps a passé. Dans les années 80, j’avais de très jeunes femmes qui venaient me trouver en me demandant des autographes pour leur maman… Et il n’y a pas tellement longtemps, une jeune fille, 24/25 ans, fort charmante, est venue me trouver en me disant « Monsieur Dreu »… Ce n’était plus « Gillou », mais « Monsieur Dreu » !! C’est très poli, mais ça file un coup ! (sourire) Elle voulait une photo dédicacée pour sa grand-mère qui était fan de moi quand elle était jeune… j’ai donc raconté ça à Didier. Il m’a dit qu’il allait m’écrire une chanson là-dessus. Et donc, j’ai fêté d’une manière une nouvelle fois bien arrosée mes quatre-vingt ans le 31 juillet dernier !

Comment avez-vous opéré votre choix quant aux titres qui figurent sur cette compilation ? Mis à part les incontournables « Alouette » et consorts… Parce que vous avez tellement chansons à votre actif !

C’est certain ! Il y a deux ou trois cent chansons. Donc, comme vous dites, il y avait les incontournables : « Alouette », « Descendez l’escalier » et à un degré moindre « Pourquoi bon Dieu », « Ma mère me disait » et « La mégère apprivoisée ». Après, j’avais envie de mettre le duo avec Nicole, « Moïse ». En dehors de ça, j’ai choisi des chansons que j’avais aimées et au côté des quelles le grand public est un peu passé. Ceux qui se souviennent du vinyle, se souviennent certainement de la face A et de la face B. Il y avait la face qui passait en radio et on occultait complètement l’autre face. Et pourtant, il y a des faces B que j’ai adorées, même plus que certaines faces A. J’ai donc voulu réhabiliter ces chansons et leur donner leur chance. J’espère qu’aujourd’hui le public écoutera aussi ces faces B et prendra autant de plaisir à les écouter que j’en ai eu à les enregistrer.

Ce sont peut-être finalement ces chansons inconnues du grand public et planquées à la fin des albums qui sont celles qui caractérisent le mieux un artiste.

Effectivement. Et il y a des carrières qui ont été faites sur un hiatus de compréhension. Je vais prendre l’exemple de Joe Dassin. Cet homme a sorti des chansons extrêmement commerciales en face A qui ont fait son succès… mais il y avait des merveilles artistiques en face B. Et le public ne le sait pas. C’est dommage.

Avez-vous une petite anecdote à me raconter sur l’une ou l’autre chanson que nous n’aurions pas évoquée ?

« Ma mère me disait » ne m’était pas destinée… Elle avait été écrite pour Dalida. C’est Dalida elle-même qui l’avait enregistrée qui m’avait dit que c’était une chanson pour moi, que c’était une chanson d’homme.

L’avez-vous bien connue, Dalida ?

Oui. Comme beaucoup d’artistes de mon époque. Je ne vais pas sombrer dans la nostalgie des vieux cons… mais le métier était différent. Il n’y avait pas de starification comme aujourd’hui. J’ai fréquenté régulièrement Jacques Brel, Gilbert Bécaud, Dalida, Raymond Devos… on allait boire des coups ensemble après les concerts. Le métier n’était pas compartimenté. Les grandes vedettes n’arrivaient pas avec leurs gardes du corps comme ça se fait aujourd’hui. On se voyait beaucoup plus. Il y avait beaucoup plus de tournées qu’aujourd’hui, évidemment. Et ça nous permettait de nous croiser en province. On se côtoyait tous. On dormait dans les mêmes hôtels, on prenait le petit déj’ ensemble. C’était un autre monde. Et je le regarde avec un peu de nostalgie.

On vient d’évoquer « 4 fois 20 ans », cette chanson que Didier Barbelivien vient de vous écrire. D’autres nouvelles chansons originales sont-elles en préparation ?

Ah oui ! Je compte d’ailleurs beaucoup sur cette compile pour revenir un peu à la surface. Derrière, j’ai un certain nombre de chansons originales. C’est un projet qui me tient à cœur. C’est ça qui me donne peut-être une éternelle jeunesse ? Mais c’est vrai que j’ai la pêche et la santé. Beaucoup de gens me demandent ce qu’est mon secret… Je ne suis aucun régime. Je m’abstiens maintenant de faire du sport parce qu’à 80 ans… il ne faut pas exagérer. Mais le fait d’avoir plus de projets que de regrets me donne cette éternelle jeunesse. J’ai toujours eu cette impression d’avoir plus de choses à faire que ce que j’ai fait jusqu’à maintenant.

Vous avez pas mal de concerts qui se profilent aussi.

Oui, pas mal. J’ai encore un concert pas loin de chez moi avant les fêtes. Puis je recommence l’année prochaine avec une tournée en Vendée et une en Bretagne. Donc, l’agenda est bien rempli… Mais pas autant que je le souhaiterais ! (sourire) Je n’aurais plus la force de chanter 240 jours par an comme j’ai pu le faire à une époque mais si je pouvais chanter deux ou trois fois plus que ce que je ne fais en ce moment… je serais bien content !

Propos recueillis par Luc Dehon le 10 novembre 2014.
Photos : DR

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