Interview de Sébastien Izambard (Il Divo)

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/10/2014.
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Sébastien Izamabdr (Il Divo) - DR

Il Divo, le groupe emmené par Sébastien Izambard, les ténors Urs Bühler et David Miller, et le baryton Carlos Marin, publiera très prochainement son album « A Musical Affair », un album consacré aux comédies musicales qui bénéficiera d’une édition française, comportant des duos avec Hélène Ségara, Florent Pagny, Vincent Niclo, Lisa Angell, Anggun ou encore Barbra Streisand. Nous avons été à la rencontre de Sébastien Izambard afin d’évoquer ce projet et la tournée qui l’encadre. L’occasion sera belle pour reparler de son premier album solo, « Libre » paru au début des années 2000 et sa participation à la comédie musicale de Richard Cocciante « Le Petit Prince ». Sébastien nous expliquera comment d’un univers Pop Rock, il a intégré un projet Opéra Pop. Rencontre avec un artiste français qui cartonne aux quatre coins du monde. En un peu plus de dix ans, Il Divo a vendu plus de 26 millions de disques…

Il Divo, A Musical AffairVous aviez déjà repris avec Il Divo sur des précédents albums quelques titres issus de comédies musicales, je pense notamment à « Don’t cry for me Argentina » ou « Somewhere ». Comment l’idée de  consacrer véritablement un album aux comédies musicales est-elle arrivée sur le tapis ?

C’est assez simple… On a toujours eu cette idée d’avoir un album à thème. La première fois que nous avons repris un titre de comédie musicale, c’était « Somewhere ». Nous avions intégré cette chanson à notre show sans avoir vraiment l’aval de notre maison de disques en Angleterre. Ils nous ont dit que ce n’était pas une bonne idée, que ça ne marcherait jamais. Comme nous sommes producteurs de notre show, nous avons décidé d’intégrer cette chanson sur une tournée et le succès a été phénoménal. Là, on s’est dit qu’il se passait quelque chose avec les comédies musicales. Plus tard, on en a mis une autre, « Don’t cry for me Argentina ». Le succès a été pareil. Nous nous sommes dit que les gens aimaient beaucoup ce style et qu’on devrait faire un album consacré aux comédies musicales. Tout s’est donc fait au fur et à mesure et petit à petit. Là, on est ravis parce que les gens adorent ce nouveau répertoire. Ils ont l’air de passer un moment exceptionnel quand ils viennent au spectacle. On est en tournée depuis le mois de janvier. On chante toutes ces chansons de comédies musicales.

Et toi, personnellement, est-ce un répertoire qui te parle ? Aimes-tu la comédie musicale ?

Oui, j’aime bien. Comme tu le sais, à 21 ans, j’ai sorti un album solo. Et j’ai enchaîné avec la préparation d’un deuxième. J’ai galéré pas mal. J’étais chez EMI et je cherchais une autre maison de disques, j’allais aller chez Universal. Dans cette période d’entre-deux, je ne savais pas trop comment m’en sortir. Je ne savais pas trop quoi faire en réalité. Et là, j’ai eu cette chance inouïe de participer à la comédie de Richard Cocciante, « Le Petit Prince ». J’ai donc pu toucher au monde de la comédie musicale avec ce spectacle. On a joué au Casino de Paris pendant six/huit mois. C’était exceptionnel. J’ai adoré cette expérience. Par contre, auparavant, je n’avais pas une grande connaissance de la comédie musicale. Quand j’ai commencé avec Il Divo, Carlos, qui, lui, a chanté dans énormément de comédies musicales, m’a emmené voir « Les Misérables », « Mary Poppins », etc... On voit toujours des enfants ou des adultes qui s’approprient un personnage. J’aime bien ce style.

Quel est ton plus beau souvenir de comédie musicale ?

« Le Petit Prince ». C’est une histoire exceptionnelle et magnifique. D’ailleurs, c’est une des histoires préférées de mes enfants. Il y a plein de choses dans ce livre. Il y a déjà une belle histoire, mais elle a une portée philosophique aussi. Certaines phrases du Petit Prince sont très fortes.

Même si c’est en train de changer depuis quelques années, la comédie musicale n’est pas vraiment ancrée dans la culture musicale française. À quoi l’attribues-tu ?

C’est culturel, je pense… J’ai une image des français, et je me mets dans le paquet, un peu particulière ! Je me souviens d’une époque où des gens venaient ici et qu’on les engueulait parce qu’ils ne parlaient pas notre langue… (sourire) On leur jetait un menu à la figure et on leur demandait ce qu’ils avaient choisi. Maintenant, les choses commencent à changer. Si on veut que les touristes aient une meilleure image de la France, il faut que nous nous montrions plus ouverts. Mais ça, c’est en train de changer. La France reste un pays très conservateur. On n’est pas vraiment ouverts sur le monde. Mais on s’ouvre de plus en plus au fil des années. C’est fou parce que si on fait deux cents kilomètres et qu’on va en Belgique ou en Hollande, ce n’est plus du tout la même mentalité. Et d’ailleurs, tout le monde le dit, mais c’est vrai, c’est le meilleur public européen ! (sourire) Quand on a joué à Bruxelles et à Amsterdam, c’était un truc de dingues. Je suis ravi que les français commencent à s’ouvrir un peu plus sur la communauté européenne et mondiale. Du coup, musicalement parlant, on découvre d’autres choses. Tu sais, je bosse aux États-Unis… et là-bas, la baguette, ils ne savent pas la faire ! (rires) Chaque pays a sa propre culture finalement. Et c’est ce qui fait la force d’une nation. Ici, nous n’avons pas vraiment la culture de la comédie musicale, mais on a d’autres choses. Tu sais, je vais faire un parallèle avec Il Divo. Nous, nous mélangeons la pop et l’opéra. Ce n’est pas toujours très bien vu… Mais je suis persuadé que grâce à nous, et d’autres projets similaires, les gens vont un peu plus à l’Opéra. On ouvre des portes gentiment, sans que ce ne soit agressif. C’est la même chose pour les comédies musicales en France. Des spectacles comme « Notre-Dame-De-Paris » ou « Les 10 commandements » ont super bien fonctionné ici.

Il Divo - DR

« A Musical Affair » est sorti l’année dernière dans le monde et ressort aujourd’hui avec une édition spécifique pour le marché français. Que va-t-on trouver dessus ?

Il y aura « L’envie d’aimer », notamment. C’est sans aucun doute une des meilleures chansons de l’album. L’orchestration qui a été faite sur ce titre est exceptionnelle. Cette version avec quatre mecs et une femme n’a jamais existé. Elle est exceptionnelle. C’est magnifique, très sincèrement. Après, on retrouve évidemment « Belle ». Pareil, on est dans le même répertoire. Là, c’est Florent Pagny qui vient chanter avec nous. Ça pourrait être pire… (éclats de rires) Je me souviens très bien… Nous étions en train d’enregistrer des chansons en français et j’ai appelé Florent en lui demandant s’il serait intéressé de collaborer avec nous, puisque je le connaissais d’avant. Il m’a dit qu’il serait vraiment heureux de le faire. Il commençait tout juste sa tournée et il ne savait pas trop quand il pourrait le faire. Finalement, il a pris le temps et le résultat est sublime. C’est une version très différente de la version originale. Je l’ai appelé le lendemain de son enregistrement pour lui dire combien je trouvais que ce qu’il avait fait était sublime ! Anggun vient chanter avec nous sur « Who wants to live forever » de Queen. C’était une chanson que nous chantions déjà sur la version internationale de l’album, mais nous ne la chantions que nous quatre. Là, c’est une autre adaptation. Anggun est une artiste exceptionnelle. Elle est belle, elle chante bien. On est vraiment ravis d’avoir collaboré avec elle. Lisa Angell, pareil. Elle chante la chanson du Roi Lion, « Can you feel the love tonight ». « Memory », on la chante avec Hélène Ségara. Elle a une voix extraordinaire.

Vincent Niclo est là aussi.

Oui. Il est venu chanter « Le Temps des Cathédrales » avec nous. C’est magnifique aussi. Avec Vincent, c’est drôle parce que nous nous sommes recroisés il y a un an sur un plateau télé en Allemagne avec une dame qui s’appelle Helene Fischer. Nous avons discuté parce que nous nous étions connus à nos tout débuts. Lui chantait dans une comédie musicale et moi aussi. Je lui ai demandé ce qu’il devenait, et il m’a parlé de son album qui cartonnait en France et un peu partout dans le monde. Je lui ai dit que ce serait bien qu’on fasse un jour quelque chose ensemble puisque ce qu’il faisait n’était finalement pas très éloigné de ce que nous faisons depuis des années avec Il Divo. Et là, un an plus tard, nous nous retrouvons à partager un titre sur ce disque. C’est assez drôle. C’est très très sympa…

On trouve sur ce disque également un duo avec Barbra Streisand…

Ah oui !... C’est incroyable cette chanson… Cette femme est incroyable aussi…

Vous l’avez accompagnée sur scène fin 2006. J’imagine que ce devait être un très grand moment !

Tu peux le dire ! Notre manager est arrivé un jour près de nous en nous disant que nous allions chanter avec Barbra Streisand. Tout de suite, on a pensé qu’on allait assurer ses chœurs, sa première partie ou quelque chose dans le genre. On était aux anges ! (sourire) On avait hâte parce qu’on allait jouer au Madison Square Garden à New-York et dans des salles de dingues. Mais non, nous n’avons pas fait ses chœurs ou sa première partie… Nous avons chanté avec elle ses propres chansons. En plus, elle a eu la gentillesse de nous laisser la scène pour chanter quelques chansons. On a donc véritablement partagé la scène avec Barbra Streisand. C’est juste impossible. Mais c’était la réalité. On a vécu un rêve éveillé. Quelle expérience ! Barbara Streisand est une femme extraordinaire. Elle a une voix exceptionnelle, ça tout le monde le sait, mais c’est aussi une très belle personne. C’était en tout cas une expérience magnifique.

Tout à l’heure, tu m’as parlé de « L’envie d’aimer », qui était une des plus belles chansons pour toi. Elle a été écrite par Lionel Florence. Tu as travaillé avec Lionel Florence sur ton premier album, « Libre ». Que retiens-tu de cette aventure ? Parce que j’ai réécouté cet album hier, et franchement, il était plutôt pas mal du tout…

Je suis content que tu me dises ça… Même si ça me fout un peu les boules ! (sourire) La maison de disques qui m’avait signé était à fond avec moi sur ce disque. Mais quand il a été question d’en assurer la promo, tout le monde s’est fait virer. Il n’y avait plus personne pour travailler sur ce disque. Avec le recul, ça me fout les boules parce que je pense qu’il aurait pu marcher, et ça n’a pas été le cas. Il n’a pas trouvé son public, comme on dit. Mais j’en reste fier. C’est vrai qu’il y a des choses dans les textes que je ne dirais plus de la même manière aujourd’hui. Je n’ai plus le même âge. Là, j’ai 41 ans, à l’époque, j’en avais 21. Donc le point de vue est différent. Mais j’en reste très fier. J’avais tout composé à part une chanson. J’avais bossé pas mal sur ce disque… Enfin… C’est de l’histoire ancienne. J’espère en tout cas que les gens qui liront cette interview auront envie de l’écouter…

Il Divo - DR

Tu composes toujours au jour d’aujourd’hui ?

Oui. Je compose toujours énormément. Je bosse beaucoup avec d’autres gens en Californie. C’est toujours ma grande passion. Et j’espère un jour peut-être ressortir un disque. Disons que je reste fier de cet album sorti en France au début des années 2000. J’aimerais faire des duos aussi. Ça me manque de chanter en français. Terriblement.

Toi qui parcours aujourd’hui le monde et qui te produis aux quatre coins de la planète, gardes-tu toujours une oreille sur ce qui se passe musicalement ici en France ?

Toujours. Je suis compositeur et donc toutes les semaines, je vais sur iTunes et je regarde les titres qui sont dans le Top 10 de tous les pays. J’écoute tout, les albums ou les singles. C’est une véritable manie chez moi. Je sais exactement ce qui se passe au Japon, aux États-Unis, en Angleterre ou en France. Je découvre tout le temps des trucs dingues… Je vais même te faire une confidence, ma mère me parlait depuis longtemps d’une chanson d’un mec qu’elle adorait, Stromae. Et donc, nous, avec Il Divo, nous enregistrons nos disques en Belgique, aux studios ICP. Tous les matins, on prenait notre petit déj’ et on jouait au baby-foot avec un mec génial super sympa, que je ne connaissais pas… C’était lui, Stromae ! On parlait tout à l’heure d’exception culturelle avec la France… la musique française en est une elle-aussi. Elle est connue et reconnue dans le monde entier. On a la chance d’avoir une langue d’une richesse incroyable. On ne s’en rend pas toujours compte, mais pour exprimer précisément une idée ou un sentiment, on a à notre disposition des dizaines de mots. C’est rare. C’est quelque chose qu’on ne trouve pas dans les autres langues. Le français est d’une subtilité incroyable. En anglais, on doit rester sur quelque chose de général, pas en français.

Tu me disais tout à l’heure que tu continuais à composer. Même si Il Divo a chanté quelques chansons originales, serait-il envisageable que vous sortiez un album composé uniquement de chansons originales, et peut-être composées par toi ?

(rires) Un album de chansons originales, pourquoi pas ? On en chante d’ailleurs très souvent. Depuis dix ans, il y a toujours des chansons originales sur nos albums. Celui-ci est le seul qui n’en contienne pas. Souvent les gens pensent que ce sont des reprises. Quand tu prends une chanson comme « Mama », beaucoup pensent que c’est une reprise. Eh bien non, c’est une chanson qui a été écrite pour nous. Et il y en a plein d’autres. Par contre, écrire pour Il Divo… j’ai déjà essayé et c’est difficile. Je n’ai pas assez de recul, je pense. Et je ne vois pas où je pourrais emmener le groupe. Je pense que je ferais une chanson qui ressemblerait trop à ce que nous avons déjà fait. Je pense que ce n’est pas la meilleure solution, d’écrire moi-même une chanson pour Il Divo. Ce qui est bien quand quelqu’un t’écrit une chanson, c’est qu’il t’emmène dans un autre univers. Et là, je ne pense pas que j’en sois capable. Pas pour l’instant, en tout cas. Enfin… il ne faut jamais dire jamais. Donc, peut-être. Là, j’ai une idée, mais je ne sais pas si elle va se concrétiser.

Il Divo - DR

Après « Libre » et « Le Petit Prince », tu as intégré Il Divo. Dans quelles circonstances était-ce ? Parce que tu es le seul à ne pas avoir de formation lyrique sur les quatre et Il Divo est finalement très éloigné de tout ce que tu as pu faire avant.

J’ai couché ! C’est aussi simple que ça ! (éclats de rires) Non, je n’ai pas couché… j’ai passé un casting ! J’étais en train de bosser sur mon deuxième album avec Universal. J’avais des chansons magnifiques qui sont d’ailleurs sorties sur internet. J’aurais aimé qu’elles voient le jour différemment, mais bon… C’est comme ça. J’avais travaillé avec un type très très doué, Francis Maggiulli. On avait composé des chansons ensemble. Et c’est à cette époque que j’ai passé un casting qui était organisé à l’Opéra de Paris. J’avais chanté « Caruso », une de mes chansons préférées. Je m’étais accompagné au piano moi-même. Ce n’était pas très bon, mais le mec a tout de suite aimé ma personnalité. Il était le bras droit de Simon Cowell. Là, il m’a demandé si je pouvais déménager à Londres le lendemain. Je lui ai répondu que non, que j’étais plutôt venu pour m’amuser. Et je pense le fait de ne pas avoir la pression et de ne pas avoir vraiment envie de participer au projet m’a libéré de tout. Il cherchait un mec comme moi depuis deux ans. Mon côté pop lui a tout de suite plu. Après, on a parlé du projet plus sérieusement, j’ai accepté et j’ai travaillé énormément. Et depuis plus de dix ans, le groupe existe… On bosse énormément. On n’arrête jamais. On le sait, on a beaucoup de chance. On fait ce qu’on aime, donc, on bosse comme des fous pour que les gens ne s’emmerdent pas quand ils viennent nous voir. On ne fait jamais deux fois la même chose. C’est important. On se donne les moyens d’y arriver et de faire plaisir aux gens.

Vous vous produirez donc sur la scène du Zénith le 2 novembre prochain. Que va-t-il s’y passer ? Des surprises sont-elles envisagées ?

J’aimerais qu’il y ait des surprises, mais le problème, c’est le temps. Là, je suis à Paris et dans six heures, nous serons sur scène à Nottingham, puis à Manchester et à Brighton. Donc… on est juste venu lors d’un jour off pour assurer la promo de l’album. On ne chôme pas ! Je pense que le temps va nous manquer pour faire une surprise. On a déjà discuté de ce que nous aimerions faire, mais c’est juste un problème de disponibilité avec les autres artistes. Il faut qu’on trouve du temps. Par contre, les gens vont avoir un show exceptionnel, ça je peux le garantir. Nous ne sommes jamais venus avec ce spectacle en France, mais nous tournons avec depuis le mois de janvier dans le monde entier. Les gens se régalent ! Je pense qu’ils vont passer un bon moment.

« A Musical Affair » est sorti dans le monde l’année dernière, il sort maintenant en France, vous êtes en pleine tournée, mais pensez-vous déjà à la suite que vous allez donner à ce disque et cette tournée ?

Oui. On a même des idées très très précises. Là, on essaye de trouver le lieu où on va le faire, avec quel producteur. On a des idées de cordes et ce genre de choses. Et je pense que les gens seront surpris parce que ce sera encore différent de tout ce qu’on a déjà proposé. Je pense que ça va tuer. Pour te dire… j’ai déjà hâte de partir en tournée avec ce prochain album qu’on n’a même pas encore enregistré !

Tu peux m’en dire un peu plus ?

Il faut garder la surprise… Tout ce que je peux te dire, c’est que ce sera sexy !

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 octobre 2014.
Photos : DR

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