Interview de Julie Zenatti

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/10/2014.
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Julie Zenatti - DR

Julie Zenatti revient avec un nouvel album, « Blanc », attendu très prochainement et une nouvelle tournée. L’occasion était belle pour aller à sa rencontre afin d’en savoir plus sur la genèse de cet opus concocté en toute indépendance et liberté (Julie a quitté la maison de disques chez qui elle était signée depuis ses débuts et vient tout juste de signer chez Capitol). L’artiste nous expliquera notamment qu’elle s’est fortement remise en question et qu’elle a souhaité remettre tout à plat. Des moments de doutes, mais aussi de joies, qu’elle partagera avec nous. Nous ne manquerons pas non plus de lui demander son regard d’artiste, de mère et tout simplement de femme sur certains aspects de notre société. Rencontre avec une artiste sincère et déterminée qui trace sa route de bien belle manière.

J’aimerais, si vous le voulez bien qu’on évoque ce qui s’est passé depuis plus ou moins quatre ans parce que finalement ces dernières années ont été le terreau de « Blanc », votre nouvel album…

C’est tout à fait ça…

Commençons par le début. Que retenez-vous de l’exploitation de « Plus de Diva » qui n’a pas véritablement trouvé son public ?

Je reste fière artistiquement de cet album. Je pense que c’est un album, évidemment conceptuel, mais qui me représentait bien. Je prends toujours autant de plaisir à en chanter les chansons. Concrètement, on l’a exploité pendant trois mois puisqu’après je suis tombée enceinte… Et comme le démarrage de l’album a été un peu compliqué, on a laissé les choses comme ça. Je pense que les gens n’ont pas compris où j’allais. Peut-être qu’on avait mal raconté l’histoire. Je n’en sais rien. Je me suis dit qu’il valait mieux que je parte en tournée, que je vive tranquillement ma grossesse et que cet album reste un kif artistique que j’ai vécu, et puis voilà. Donc, je suis partie en tournée, et jusqu’à ce que j’accouche, j’ai chanté ! (sourire)

Après, il y a eu la tournée symphonique de Notre-Dame de Paris.

Oui, il y a eu cette aventure avec Notre-Dame de Paris qui nous a menés en Russie. C’était une espèce de retour en arrière. Je me suis retrouvée dix ans plus tôt… C‘était assez incroyable et magique. Après, il y a eu de ma part une envie de tout remettre à zéro, tout remettre à plat. Je venais d’avoir ma fille. Je venais de revivre les émotions incroyables du tout début avec Notre-Dame et mes compères. Je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire. Je savais que j’aimais chanter, mais je ne savais pas si j’en avais encore envie… C’était un peu flou dans ma tête, je vous l’avoue. Je pense que le fait que « Plus de Diva » n’ait pas rencontré le public m’a assez déçue parce que c’est un album que j’ai profondément aimé faire et que je trouve personnellement très abouti. Je me suis donc dit qu’il fallait repartir à zéro.

Vous quittez alors Sony chez qui vous étiez signée depuis 1997…

Voilà ! D’un commun accord, on a mis un terme à ce contrat avec Sony qui était ma maison de disques depuis l’origine. Mais j’avais signé en 1997 avec d’autres personnes. Et à un moment, à force de changement d’équipe et de patron, je faisais partie d’un label et d’une marque qui ne m’avaient pas forcément choisie. Au fil des années, j’ai travaillé avec des gens que je ne connaissais pas bien, qui ne connaissaient pas bien mon histoire non plus. Donc, des gens finalement qui n’avaient peut-être pas forcément envie de travailler avec moi. Et c’est ce que j’ai ressenti au moment où il a été question de refaire un album puisqu’il me restait encore un album à faire dans mon contrat. Du coup, assez simplement, on s’est quitté. Mais vraiment bien, sans heurt, avec beaucoup de bienveillance des deux côtés. C’était un peu comme la fin d’une histoire d’amour. Avec le recul, je me dis que j’ai été presque un peu folle de faire ça… parce qu’on court toutes et tous après les maisons de disques… Et moi, il me restait un album à faire et je suis partie. Mais je suis comme ça, je fonctionne comme ça : l’humain avant tout.

Julie Zenatti - DR

Vous vous retrouvez alors toute seule.

Oui ! (sourire) Je me retrouve à chercher des chansons toute seule. Ça a été finalement un moment très agréable parce que j’avais beaucoup de liberté. Mais j’ai été aussi confrontée à moi-même, avec mes envies et mes contradictions. Donc, ça a été parfois un peu compliqué à gérer. Du coup, je suis remontée sur scène pour remettre une nouvelle fois tout à zéro, alors que j’avais déjà commencé à constituer un répertoire. J’avais déjà pas mal de chansons.

Vous rencontrez ensuite Universal.

Oui, Capitol pour être plus précise. Ils ont écouté le travail que j’avais fait toute seule depuis deux ans. Ils ont écouté mes maquettes et le projet leur a plu. Du coup, on s’est dit qu’on allait partir ensemble sur cette nouvelle aventure. Et c’est comme ça que « Blanc » a commencé à devenir plus réel.

Pendant deux ans, vous vous retrouvez donc toute seule, sans maison de disques à vos côtés. Ça a dû être assez difficile à gérer pour vous qui aviez toujours eu un label derrière vous.

Je vais vous dire très honnêtement ce qui a été difficile, c’est le regard des gens qui change. Tout d’un coup, quand vous dites que vous n’êtes plus signée en maison de disques, on sent un regard qui en dit long genre « Oh la pauvre fille… C’est horrible ce qui lui arrive… Comment elle va faire ? » C’est quelque chose qu’on ressent très fort, je peux vous l’assurer ! Mais en même temps, mon énergie était tellement positive à cette époque-là, que ça passait… En fait, j’étais heureuse d’avoir pris la décision de quitter Sony parce qu’au fond de moi, je savais qu’on allait réussir à le faire, ce dernier disque sous contrat, mais allait-on le faire bien ? Je ne le pense pas. Ils n’en avaient pas vraiment envie. Et moi du coup non plus, je n’en avais pas envie. Donc de toute manière, je savais que j’allais dans le mur. Et finalement, j’ai pu chercher mes chansons – et on en a fait plein ! – sans aucune pression. J’étais libérée de tout format ou toute date de sortie. Donc, je ne vous cache pas que je me suis mangé beaucoup de portes, parce que les gens ne croient plus à votre projet parce que vous n’avez plus de contrat. C’est horrible, mais je peux vous assurer que je l’ai vécue, cette situation. Que ce soit des auteurs ou des compositeurs… et bizarrement des gens que je connaissais depuis longtemps. Donc, il y a eu ça. Et en même temps, j’ai contacté des gens qui jouent et qui écrivent juste pour l’amour de la musique, des gens qui se foutent de savoir si ça va sortir dans six mois ou dans deux ans et quand ils vont toucher leurs droits Sacem. Finalement, c’est hyper galvanisant. Et ça m’a permis d’être dans une réalité que je ne connaissais pas forcément. Vous savez, j’ai toujours eu beaucoup de chance tout au long de ma carrière. J’ai débuté dans un projet magnifique, « Notre-Dame de Paris ». C’est un peu le rêve pour un chanteur qui démarre. Ça m’a permis de faire les bonnes rencontres et de faire de la musique à mon rythme. Et tout a roulé après…

Quelles étaient vos envies quand vous vous être remise en quête de chansons ? Aviez-vous envie de parler de certaines choses ? Aviez-vous envie d’une certaine couleur musicale ?

J’avais déjà envie de parler de la vie d’une jeune femme de trente ans. L’air de rien, j’ai commencé quand j’en avais quinze. Et j’ai toujours réussi, et ça a été ma chance, à conserver une vie relativement en corrélation avec mon âge. Et je crois que ça ne s’est pas toujours senti dans mes albums. Donc, j’avais envie de ça. J’avais envie de m’inspirer de la vie des gens qui m’entourent, des questions qu’on peut se poser quand on arrive à trente ans, qu’on a un enfant… On vit l’amour différemment. On commence à vieillir et on ne grandit plus. J’avais envie de parler de tout ça. Et puis, parallèlement, j’avais envie d’une couleur musicale réellement pop. Ça a été aussi une vraie bataille pour trouver  des mélodies que je pouvais chanter mais qui pouvaient d’autre part être habillées de cette couleur pop un peu large, tout en restant un peu acoustiques et électriques. C’est tout ce que j’aime. Donc, ça aussi a été compliqué. Mais on a gardé le cap ! On a essayé beaucoup de choses. Je suis revenue à des choses qui pouvaient rappeler mon premier ou mon deuxième album. Mais je trouvais que ma voix n’allait plus trop avec ça. J’ai fait plus de quatre-vingt maquettes avant d’en choisir dix !

Quand même…

Ah oui ! (rires) Et j’ai eu la chance de travailler avec des gens très compréhensifs. C’est-à-dire qu’il y a des gens avec lesquels on a fait vingt titres et au final, on n’en a gardé aucun. Mais ils m’ont aidée à chercher et à comprendre ce que je voulais. Ça m’a permis d’aller là où je voulais aller artistiquement. Je pense que chez Capitol, quand ils ont écouté mes maquettes, ils ont compris mon projet. Et c’est important parce qu’après coup, je me rends compte que dans mes albums, on ne savait pas toujours où je voulais aller. Et là, j’étais ravie qu’on comprenne à la première écoute où j’avais envie d’aller.

Sur vos deux derniers albums, « Plus de Diva » et « La boîte de Pandore », j’avais eu l’impression que vous aviez endossé un rôle.

Je ne suis pas tout à fait d’accord. Il y avait une imagerie empruntée mais après, musicalement, c’étaient des choses que j’aime qui ont été faites pour moi et avec moi. Oui, l’image était conceptuelle, mais la musique en soi, pas du tout. Finalement quand on écoute « Les Cartons », qui est une chanson qui était sur « La Boîte de Pandore », c’est une chanson que j’aurais tout à fait pu chanter sur mon deuxième album. Quand on écoute « Comme une geisha », c’est une chanson qui aurait trouvé sa place sur mon troisième album. C’est juste qu’à un moment, j’en avais assez d’avoir une image… L’image est quelque chose de très important dans la musique qu’on fait. Et c’est vrai que quand j’ai fait mon quatrième et mon cinquième album, on a pensé à ça. Mais finalement, artistiquement, ce sont des chansons qu’on pourrait très bien insérer dans mes trois premiers albums. Après, c’était une imagerie avec un parti pris très fort. Mais je trouve que c’était intéressant parce que ces deux albums m’ont permis de développer ma palette artistique. Et surtout, ça m’a permis de toucher à tout ce que j’aime. C’est-à-dire que pour « Plus de Diva », on a touché au classique. Et c’est quelque chose que j’aime profondément. Au départ, ma voix a été travaillée dans ce sens-là. Et « La Boîte de Pandore » avait un côté beaucoup plus urbain. C’est toute mon adolescence et ce sont des mecs dont j’étais fan en termes d’écriture, que ce soit Akhenaton ou MC Solaar. C’est mon enfance et l’horizon musical de mes quatorze ans. Donc, je ne pense pas que je me sois perdue artistiquement. Après, oui, je me suis permis quelques petits délires avec l’image.

Dedicace de Julie Zenatti pour IdolesMag

Loin de moi l’idée que vous vous étiez perdue artistiquement. Mais disons que c’étaient deux albums concepts avec une imagerie très travaillée. Et aujourd’hui l’image a tellement tendance à prendre l’ascendant sur tout le reste, que finalement, ils ont pu peut-être dérouter quelque part.

Le fait que je me sois mise un peu de côté médiatiquement depuis quatre ans, je pense que c’est pas mal… parce que là, je suis revenue à des choses un peu sincères, un peu quotidiennes… un peu normales. Et ça fait du bien. Et là, je ne suis plus obligée d’en faire beaucoup en termes d’image. C’est assez rassurant pour moi…

Vous avez notamment travaillé avec Manu Da Silva. Entre vous, ce n’était pas gagné d’avance !

(éclats de rire) C’est le moins qu’on puisse dire ! Nous nous sommes rencontrés la première fois avec Manu en 2007 alors que j’étais en pleine promotion de « La Boîte de Pandore ». On a eu un très mauvais contact. Très mauvais. (sourire) On était avec France Bleu et on faisait un concert au Réservoir. Et il s’avère que Da Silva chantait avant moi, et que ça faisait un peu comme s’il faisait ma première partie… il donne alors une interview et je ne sais pas comment, il en arrive à parler de ce concert-là. Et là, il dit en gros que nous sommes nous, les chanteurs dits à voix, des animaux de technique sans couleur et sans émotion. Évidemment… première rencontre un peu compliquée. On s’est toisés à sa sortie de scène. Puis les années ont passé… Et quand on est repartis sur les routes avec la troupe de Notre-Dame faire les concerts symphoniques, Hélène me parle de sa collaboration avec Manu. Évidemment, j’avais beaucoup d’a priori vu comment s’était passée notre première rencontre… qui n’était pas très courtoise. Elle me parle donc de lui et me fait écouter des chansons qu’ils ont faites ensemble. Je lui dis que c’est super pour elle, que les titres étaient sympas. Sans plus. Et puis, peut-être un an après, une personne qui travaillait avec Hélène me dit que Da Silva voudrait qu’on se rencontre… Je n’en voyais pas l’intérêt. Ce n’était pas parce qu’il avait bossé avec Hélène que ça allait le faire avec moi. Mais finalement, j’ai accepté de prendre un café avec lui. Au fil de la discussion, on s’est rendu compte qu’on avait plein de points communs musicalement et on a décidé de travailler ensemble. Ça s’est fait comme ça… Avec Manu, on a du faire une vingtaine de chansons et cinq se retrouvent dans l’album.

Comme quoi, les choses doivent se faire dans leur temps. Chaque chose a son moment pour se concrétiser.

C’est ce que je me dis aussi. Et c’est ce qui m’a guidée sur cet album : chaque chose en son temps. D’ailleurs, il y a avait un thème dont j’avais vraiment envie de parler, mais on n’arrivait pas à faire le titre. Et cette chanson qui me manquait est finalement arrivée il y a trois semaines. Du coup, on a décalé l’album. Simplement parce qu’il me manquait cette chanson. Ce thème était dans ma liste de thèmes que je voulais vraiment aborder. On l’a essayé sous plein de formes, avec plein de gens différents, on n’a jamais réussi. Et là, la chanson est arrivée. Donc, chaque chose en son temps. Et on a décidé de décalé l’album pour intégrer la chanson dans l’album.

Elle parle de quoi cette chanson ?

Elle parle des amis. Je n’en dirai pas plus… je resterai évasive… (éclats de rire)

Qu’y avait-il dans la liste des thèmes que vous vouliez aborder ? De quoi allez-vous parler dans cet album ?

Je vais parler de la filiation puisque je suis devenue maman entre temps. Je parle aussi d’amour, mais d’amour très serein, très apaisé, sans victime, sans bourreau et sans coupable. Je parle aussi de mes origines, de mon identité, du chemin qu’on parcourt, du changement de cap et de vision qu’on peut avoir quand la vie avance. Je parle finalement beaucoup du temps qui passe. Le temps qui passe, pour moi dans cet album, c’est une chance. C’est une des clés de l’album. On a de la chance que le temps passe parce qu’on accomplit beaucoup de belles choses. C’est un peu la ligne directrice de l’album.

Pourquoi s’appelle-t-il « Blanc » ?

Justement, c’est une espèce de renouveau, c’est une nouvelle page que j’écris avec de nouvelles données dans ma vie. Sans être une nouvelle Julie, c’est une Julie plus apaisée qui sait maintenant pourquoi elle court… (sourire)

Ça vous a changée de devenir maman…

Complètement. Je pense que le fait de prendre cette décision de tout envoyer valser pour tout recommencer, cet élan vient de ma fille… de ma grossesse en tout cas. Vous avez, j’ai été prise dans un tourbillon avec Notre-Dame, et après, tout a été tellement vite. Tout m’a fait tellement peur. J’étais tellement jeune que je pense qu’il y a plein de choses que je n’ai pas savourées. Je me suis aussi fabriqué une bonne grosse carapace pour rester connectée à la vie réelle. Ce métier peut rendre fou… Si j’ai toujours fait les choses, en tout cas artistiquement, comme j’avais envie de les faire, et je me suis toujours battue pour ça, je me rends compte que je n’avais pas vraiment décidé de faire ce métier. J’ai été prise dans un tourbillon de succès. Et là, aujourd’hui, j’ai décidé d’être chanteuse ! Je me prends des murs, mais j’y retourne. Et c’est important. C’était essentiel pour moi…

Une tournée se profile. Vous vous produirez notamment sur la scène de l’Européen (Paris 17ème) le 5 novembre et le 13 mars à l’Alhambra (Paris 10ème). Que va-t-il se passer sur scène ? Quelle formation allez-vous avoir ?

On est dans une formation avec quatre musiciens, piano, basse, guitare, batterie et violoncelle. C’est donc une formation électrique, mais avec un son acoustique. C’est un peu dans la couleur de « D’où je viens », finalement. Et ce qui va se passer… C’est que je vais chanter beaucoup de nouvelles chansons qui seront complètement inconnues puisque l’album ne sortira qu’après l’Européen, Lille et Bordeaux. Et je ne sais pas ce qui va se passer… j’espère en tout cas que ça va bien se passer !!! (rires)

Ça vous fait peur d’arriver sur scène avec de nouvelles chansons que les gens ne connaissent pas du tout ?

C’est excitant et stressant parce qu’on peut sentir tout d’un coup qu’on les perd. On peut sentir que ça ne les touche pas. Et puis, le risque, comme on sait que les gens ne les connaissent pas, c’est d’en faire trop. C’est un paramètre qu’il faut garder à l’esprit, ne pas en faire trop, les chanter toujours comme une première fois sans essayer de convaincre, tout en étant sincère… Et c’est difficile quand ce sont des chansons qui ne sont pas encore sorties des tuyaux.

Julie Zenatti - DR

Vous faites de la scène depuis des années maintenant… êtes-vous encore traqueuse ?

Oui, très. Mais je me soigne ! (rires) Je transforme mon trac différemment aujourd’hui. Avant, mon trac me bloquait. J’avais mal au ventre. J’avais les jambes qui tremblaient. Et maintenant, bizarrement, mon trac me shoote un peu… Il me met un peu dans un état second. Ce qui n’était absolument pas le cas avant. Avant, j’étais dans un état de surconscience qui pouvait même parfois me donner un côté agressif dans les premières notes et les premières chansons. Et aujourd’hui, ça me shoote complètement. J’ai des gestes un peu nébuleux… J’ai un regard un peu dans le vide, mais je vous rassure après, il met le focus sur l’endroit et le moment (sourire). C’est en tout cas une sensation très bizarre. L’adrénaline ne me fait plus le même effet… Ce doit être les hormones, ça ! (rires)

Est-ce finalement sur scène que se passe votre métier ?

Oui. Je pense que c’est ça qui a maintenu chez moi l’envie. C’est là aussi que les gens me comprennent vraiment et comprennent mon univers.

La scène, c’est un contact direct avec le public. J’aimerais faire un parallèle avec les réseaux sociaux. Quand vous avez débuté votre carrière, ils n’existaient pas. Aujourd’hui, ils sont devenus omniprésents. Que pensez-vous de ces nouveaux médias et nouveaux moyens de communication ?

Là où je les aime, c’est que c’est un peu comme quand on répondait aux lettres qu’on recevait et qu’on allait chercher une fois par semaine à la boîte postale. Ça nous permet de toujours garder un lien avec les gens, même quand on est en création. Mais après, je trouve que d’une manière générale, c’est très violent. On se prend à la fois beaucoup d’amour et beaucoup de haine en pleine figure. Beaucoup de gens ne vont sur les réseaux sociaux que pour vous insulter. Dans les deux sens, c’est violent. J’essaye de ne pas devenir addict à ça. Parfois, c’est tentant d’aller chercher de l’amour quand on est un peu en doute ou que les choses ne marchent pas… C’est facile d’aller trouver quelqu’un qui va vous dire qu’il vous aime bien… Mais ça sert à quoi ? Finalement, je ne sais pas si tout ça est très bon… Je n’en sais rien. J’avoue que je suis présente sur les réseaux sociaux et que ça me fait plaisir. Mais en même temps, c’est quelque chose qui me fait peur. Très peur. En tout cas ça développe quelque chose d’un peu haineux chez les gens en règle générale. On peut avoir un avis sur tout, on peut juger. Et ça n’ouvre pas au débat. Et je vais même aller plus loin je pense que ça ne force pas les gens à être courageux. C’est en tout cas ce que je ressens.

Un petit mot sur votre participation au projet « Des mots pour Alzheimer ».

Bien volontiers. Cette maladie me touche. Je trouve fou de vivre toute une vie et d’un coup, on vous enlève le bonheur et le droit d’avoir des souvenirs. Je trouve ça affreux et horrible. Donc, je trouvais l’idée de lire des textes intéressante. Cette association m’a touchée. Donc je l’ai fait, tout simplement.

L’année dernière, vous avez signé un appel en faveur du mariage pour tous. Quel regard portez-vous en tant que mère, artiste et tout simplement femme sur la polémique qui a entouré cette loi et qui est tristement encore d’actualité aujourd’hui ?

Je ne comprends pas ce qui se passe. Très franchement. On descend dans la rue pour parler de ça… je ne comprends pas. Il suffit de regarder les infos pour se dire qu’il y a peut-être d’autres choses plus importantes. Il faudrait que ça cesse maintenant. Personnellement, je ne comprends pas. Certains me diront que je suis dans le showbizz et qu’il y a beaucoup de gays dans le showbizz. Mais il y en a comme partout ailleurs ! L’amour est universel. C’est un droit pour les hommes et pour les femmes, qu’ils ou elles aiment un homme ou une femme, qu’ils aient vingt ans de plus que leur conjoint, qu’ils soient noirs ou blancs… Je n’ai pas compris ce qui se passait l’année dernière, et c’est pour cette raison que j’ai tout de suite voulu participer à cette exposition de photos d’Olivier Ciappa. On a fait cette magnifique photo avec Sofia Essaïdi. Mais vous savez, avec tout ce qui se passe partout dans le monde, je ne comprends pas que certains continuent à s’acharner là-dessus. Je trouve que ce serait plus joli de voir des juifs et des musulmans marcher ensemble dans la rue, ce serait un beau signe pour Israël et la Palestine. Il y a beaucoup d’autres choses à faire…

« Blanc » et la tournée arrivent… Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis un peu angoissée… parce que ça y est, je rentre dans un système que j’ai quitté il y a quatre ans. J’ai changé. Forcément, à un moment, cet album ne m’appartient plus. Il va être travaillé par la maison de disques. Le public va être là ou pas. Alors après, je sens tout de même une grande bienveillance autour de mon projet. Je sens que les gens ont toujours su que j’ai toujours été honnête, avec mes hauts et mes bas, mes succès et mes non-succès. Après, oui, j’ai super peur parce que c’est un métier qui s’est encore plus durci. Je ne sais pas ce qu’une démarche sincère et artistique peut encore valoir… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 13 octobre 2014.
Photos : DR

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