Interview de Valentin Marceau

Propos recueillis par IdolesMag.com le 09/10/2014.
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Valentin Marceau DR

Valentin Marceau s’apprête à publier son deuxième album solo, emmené par les singles « Défendre Alice » et « Sybille Kill ». Il est attendu pour le début de l’année prochaine. Enthousiasmés par la direction que l’artiste prend, tout en évolution, sans rien renier de son parcours, et sans succomber aux sirènes de la facilité, nous avons été une nouvelle fois à sa rencontre afin d’en savoir plus sur l’élaboration de ce nouvel album. L’occasion sera belle également pour évoquer sa participation au spectacle musical de Didier Barbelivien, « Marie-Antoinette ». Rencontre avec un artiste authentique.

« À nos amours » est sorti il y a un peu plus d’un an maintenant, nous nous étions d’ailleurs rencontrés à cette occasion. Quel bilan tires-tu de l’exploitation de ce premier album ?

Le premier album… c’est particulier. Sur le coup, j’étais vraiment content de ce premier album, mais surtout, il m’a permis de savoir rapidement ce que je voulais faire ou ne pas faire sur le suivant. Donc, le bilan est hyper positif parce qu’il m’a permis de vivre de nombreuses expériences, mais il y a des erreurs que je ne veux plus faire sur le prochain.

Des choses à gommer ?

Je ne dirais pas « gommer » parce que je n’ai pas envie non plus de renier ce qui s’est passé. Mais au final, j’étais dans un univers qui ne me représente plus du tout aujourd’hui. Il n’y a pas le désir de gommer, mais plutôt le désir de montrer une autre facette de ce que je fais.

Il s’en est passé des choses en un an…

Il s’est effectivement passé pas mal de choses. Il y a donc eu cette sortie d’album qui m’a permis d’exister et de mettre un premier pied dans ce métier. Du coup, on a appris à me connaître un peu… J’ai travaillé sur de nombreux projets avant de sortir « Défendre Alice », qui est le premier single de mon futur album. Là, il s’est passé quelque chose. Il y a eu un boum en radio et auprès du public. Beaucoup de gens m’ont découvert avec ce single finalement.

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Tu as eu une petite expérience de musique à l’image avec « Alice Island » également.

Oui, il y a eu ce court métrage de Franck Guérin écrit par Jérôme Attal qui en est aussi l’acteur principal. Avec Jérôme, ça fait un bon moment qu’on se connait. On travaillait déjà ensemble depuis un petit temps. Un jour il m’a dit qu’il était en train de monter un film pour ARTE. Et il m’a demandé si ça me brancherait de faire le thème principal de ce film. J’étais super content qu’il pense à moi. C’était une super expérience, ça m’a permis de tester la musique à l’image. J’étais hyper content de pouvoir le faire, surtout pour un film de qualité comme celui-ci.

C’est quelque chose qui pourrait te brancher dans le futur, le travail de la musique à l’image ?

Carrément. Je suis dingue de cinéma. Je passe toutes mes soirées à regarder des films. J’écoute beaucoup de musiques de films. Je trouve que la musique du cinéma parle beaucoup. C’est quelque chose qui me brancherait grave de créer un univers musical pour un film. Dans un film, la musique représente beaucoup finalement…

Il y a un travail commun avec le réalisateur.

Exactement, c’est un moyen de se réinventer. C’est un tout autre métier encore une fois. Ça me tenterait grave ! (rires)

On va un peu parler de « Défendre Alice », le premier single de ce nouvel album. Tu l’as écrit avec Jérôme Attal, justement.

Exactement. C’est lui qui a écrit le texte de cette chanson, et moi, la musique. Cette chanson est venue assez rapidement finalement. Tout s’est fait naturellement. Ça a été assez spontané de composer une mélodie sur un texte comme celui-là.

On sent un renouveau, ou plutôt une évolution.

Je ne garde pas un souvenir très différent de la création de ce titre. Par contre, ce que je constate, c’est que j’ai décidé de prendre le temps de choisir les personnes avec lesquelles j’ai envie de travailler. Je travaille actuellement notamment avec Tristan Salvati qui a un son très moderne avec lequel je suis beaucoup plus en adéquation. J’apprends beaucoup de choses avec lui. Pareil pour le clip, j’ai travaillé avec Hobo & Mojo qui sont un duo de réalisateurs que je trouve exceptionnels. En fin de compte, je suis allé beaucoup plus proche de mon univers avec toutes ces nouvelles personnes avec lesquelles j’ai travaillé. Ce sont des gens qui me comprennent mieux et je pense, du moins je l’espère, que le résultat est plus cohérent et plus abouti, plus mature d’une certaine façon. Disons que sur la construction des chansons, je n’ai pas vraiment changé de façon de travailler. Je crée les chansons toujours de la même manière. Le changement s’est opéré dans les personnes qui m’entourent aujourd’hui. Je pense qu’ils sont plus en adéquation avec ce que je suis et ce que j’ai envie de faire.

Quand nous nous étions parlé il y a un peu plus d’un an, tu me disais que tu étais un peu devant une page blanche, mais que tu avais de la matière pour deux ou trois albums dans les tiroirs. Les chansons qui vont composer ce nouvel album sont-elles toutes fraîches ?

Il y a eu tellement de nouvelles chansons que je n’ai pas été obligé d’ouvrir les tiroirs. Peut-être que je devrai le faire pour essayer d’avoir le truc le plus cohérent à la fin mais les salves que j’ai faites écouter à mon producteur ne me donnent pas l’impression qu’il va falloir aller fouiller dans le passé ! (rires)

Dans quelles circonstances as-tu rencontré Tristan Salvati ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de bosser avec lui ?

Tristan a bossé sur différents projets d’amis à moi. Du coup, on s’est rencontrés à une soirée. Ça faisait un moment que j’écoutais ce qu’il faisait et que je trouvais qu’il avait un son qui se rapprochait de ce que je pouvais faire, moi, en réal. Il a un côté hyper moderne avec les grosses batteries. J’adore ça, les grosses batteries bien produites. En même temps, il a un côté assez atypique. Il peut avoir ce côté un peu mystique dans le son qui peut super bien marcher avec ce que je veux faire. Quand on a fait « Défendre Alice », je lui ai demandé de me faire un petit truc genre ambiance « Amélie Poulain », que ça sente « Paris sous la neige »…. C’est comme ça que je lui ai parlé du titre. Et puis, il faut savoir que Tristan a une façon très particulière de travailler… un matin à 3h, il me passe un coup de fil. Il a mis son téléphone dans ses enceintes et m’a fait entendre la  ligne de piano. Et c’était exactement ce que je voulais. Ce qui est bien avec Tristan, c’est qu’on peut aller très vite. On se comprend très bien et très vite.

Il y a une bonne connexion entre vous deux.

Très bonne. Et il a toute ma confiance. C’est la même chose avec Jérôme ou Hobo & Mojo. Même si quand on travaille, ce n’est qu’un moment, à ce moment-là, on est comme un groupe. On se comprend tout de suite. On avance ensemble.

Valentin Marceau DR

Le premier album parlait essentiellement d’amour, mis à part « Arrêtez Stop ! » et « Qu’est-ce qu’on fait ? ». Tu me disais que tu irais peut-être dans l’avenir vers des sujets plus sociétaux, sans pour autant endosser le costume d’un chanteur engagé. Est-ce que ça va être le cas ?

Non. Ce ne sera pas le cas. Ce seront plutôt des univers. Pas mal de chansons vont à nouveau parler de l’amour. Je me suis entouré de gens qui m’ont aidé sur les textes. Ce seront donc des points de vue qui vont me correspondre. En tout cas, ce sera un amour plus mature.  Finalement, il y aura encore moins de chansons « engagées » que sur le premier album. Mais tu sais, je ne suis pas quelqu’un comme ça. Je ne pense pas pouvoir défendre un propos politique ou sociétal dans mes chansons. Je n’en ai pas envie non plus. Alors oui… je pourrais parler de politique, mais il faudrait déjà que ça m’intéresse… (sourire) Je ne suis pas du tout intéressé par la politique. Je suis apolitique, je ne me prends pas la tête là-dessus. Donc, et d’une, je ne me vois pas parler de ces choses-là parce que ça ne me correspond pas. Et de deux, je trouve que ce n’est pas le rôle d’un chanteur de parler de politique. Je ne suis pas du tout moralisateur ou donneur de leçons. Je ne suis pas du tout dans cette configuration-là. Après, j’écoute des chanteurs qui, eux, le font très bien. J’écoute Dylan, par exemple. Avec beaucoup de subtilité, il faisait passer des messages avec des textes plus abstraits. Ce sont des choses qu’on peut faire et qui peuvent me parler. De là à s’engager réellement, ça ne m’intéresse pas vraiment…

Comment as-tu travaillé avec tes auteurs ?

En fin de compte, ça s’est passé assez simplement. Les auteurs avec lesquels je travaille actuellement sont avant tout des amis. Ils me connaissent et je le les connais bien. C’est beaucoup plus facile. Je reçois beaucoup de textes depuis la visibilité qu’il y a eue sur le dernier single. En les lisant, je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas travailler avec tout le monde. Les auteurs, ce sont des amis que je connais très bien, avec lesquels je discute de tout et de rien. Ils me connaissent très bien. Donc, ils savent très bien où aller. En plus, je coécris souvent avec eux, donc on bosse main dans la main. Ce n’est pas du matraquage, on fait plutôt dans le sur-mesure.

Où en est-il l’album concrètement ?

Franchement, on peut dire que l’album est fini. Il n’est pas encore réalisé mais toutes les chansons y sont. Je continue à en écrire parce que, comme tu le sais, je n’arrête jamais. Je suis tout le temps en création. Mais là, très sincèrement, je ne pense pas qu’il faille en rajouter. Je pense que l’album est bien, là, qu’il est prêt. Maintenant, il y a encore du travail, il faut mettre quelques petites choses en place et terminer la réalisation. Mais en soi les chansons sont là.

Quelle couleur va-t-il avoir ? Quand on écoute « Défendre Alice » et « Sybille Kill », on sent que tu es en train de prendre une nouvelle direction…

Oui. L’album sera plus pop dans son ensemble et plus produit. Il va aller dans un univers un peu plus granuleux, un peu plus torturé. L’ambiance du prochain album sera beaucoup plus sombre que le premier qui était finalement plus ensoleillé.

Tu le sais comme moi, le tournant du deuxième album n’est pas toujours évident à négocier… Il faut surprendre mais ne pas déstabiliser. As-tu ressenti une certaine pression quand il a été question de travailler dessus ? Ou finalement, t’es-tu libéré de cette pression ?

Tu sais, ce que je préfère faire, c’est créer. C’est ce que je sais faire. Donc, j’ai foncé là-dedans. Et puis, « À nos amours » était finalement déjà presqu’un deuxième album puisque j’en avais déjà sorti un avec mon groupe, BoXon. Vider la hotte et partir sur du neuf, ça ne me fait pas du tout peur. Bien au contraire ! J’ai envie de dire qu’un album c’est presque un chapitre d’une vie. On crée pendant longtemps, pendant des moments plus durs et d’autres plus agréables. Et puis, à un moment, il est temps de tourner la page et repartir sur autre chose. C’est plutôt agréable en fin de compte de repartir sur un nouvel album, on a l’impression de se sentir léger. C’est en tout cas comme ça que je le vois. J’ai hâte aujourd’hui de repartir sur du neuf. C’est formidable de te dire que ce que tu as fait pendant deux ans te permet de repartir ailleurs. La création d’un album, je la vois comme un accomplissement.

Le clip de « Sybille Kill » a été dévoilé il y a quelques jours. Ce sont des images assez fortes, parfois même dures. Le scenario a-t-il été une évidence dès le départ ?

Valentin Marceau, Sybille KillOn a quand même fait attention… On a demandé aux chaînes ce qu’il en était. On le savait, on était à la limite de la censure. Il y a des images qui peuvent être marquantes. C’est sûr que ce sont des images très différentes de ce qu’on a pu voir des clips sur le premier album ! (sourire)  En même temps, ce sont des scènes de vie réelles. On se retrouve dans Paris, dans un appartement, où un mec un peu junkie pète un câble sur sa nana. Je trouve qu’on peut s’y retrouver. Ce sont des scènes de la vraie vie. Ce sont des scènes qui reflètent une certaine réalité. C’est peut-être ça qui est dur aussi.

C’est un vrai clip, avec un réel propos, qui sert magnifiquement la chanson. On peut dire que c’est un clip audacieux.

C’est sûr qu’on a fait gaffe, mais il n’y a pas vraiment de scènes trash non plus. Tu sais, je n’ai pas envie de faire comme tout le monde.  Ce que j’ai envie de défendre aussi, c’est que j’ai envie de faire ce métier sur le long terme. J’ai envie de créer une œuvre plus qu’un produit qui ne dure que trois mois. C’est important de faire passer des messages. C’est pour ça aussi qu’on a pris le parti de faire un clip plus brut ancré dans la réalité des gens. D’ailleurs, on aurait pu choisir de tourner le clip à l’étranger. Mais non, je pense qu’il était préférable de le tourner à Paris. À travers les images et les sons qui vont sortir, je pense être complètement sincère dans ce que je fais. C’est en tout cas comme ça que je le ressens. Je pense que c’est aussi ce qui ressort et qui fait que les gens peuvent, ou non, accrocher.

L’album par contre n’a pas été écrit qu’à Paris. Il a été écrit à Biarritz, à Bruges, etc…

Je bouge pas mal en fait. Écrire des chansons implique aussi de continuer à vivre sa vie. J’ai pas mal bossé à Lille parce que Christian Vié qui a travaillé sur l’album, habite dans le Nord. On a fait pas mal de séances de travail là-bas. Les autres endroits, comme Biarritz où j’ai fait une résidence, sont des endroits qui m’ont inspiré.

Quand cet album sera-t-il dans les bacs ?

Entre janvier et avril 2015. Je n’en sais pas plus exactement. Je pense qu’il faut le sortir là parce que c’est le moment. C’est un peu comme les heures de sommeil. En fin de compte, il est préférable de dormir parfois moins mais de se réveiller à la fin d’un cycle plutôt que de dormir plus longtemps. Là, c’est la même chose. Je sais que si je sors mon album plus tard, le cycle sera terminé et je ne serai plus capable de le défendre comme le pourrais le défendre aujourd’hui. Je n’aurais pas les mêmes tripes et la même émotion que maintenant. Tu sais, le premier album a beaucoup trainé à sortir. Et il est arrivé à une période où j’étais un peu passé à autre chose dans ma tête. Donc, il faut l’enregistrer maintenant et le sortir dans la foulée… Après, ce sera trop tard.

Et puis, il y a aussi un autre projet qui pointe le bout de son nez et qui va bientôt t’occuper pleinement… Ton rôle dans le spectacle musical de Didier Barbelivien et Antoine Rault, « Marie-Antoinette »…

Effectivement. Je jouerai le rôle du musicien des rues. C’est un personnage annexe à l’histoire qui arrive dans des moments particuliers. Un exemple… à un moment, j’arrive avec ma guitare en me moquant de la noblesse et je me fais embarquer… plus tard je reviens pour me moquer des républicains. En gros mon rôle dans ce spectacle musical c’est d’ouvrir ma gueule… contrairement à ce que je fais dans la vie comme je te le disais tout à l’heure ! (rires)

Tu es toujours monté sur scène en tant que Valentin. Là, tu vas endosser un rôle tous les soirs. Est-ce que ça te fait peur?

Non, ça ne me fait pas du tout peur. Je vais même te dire que ça fait beaucoup moins peur que de se présenter en tant que soi-même ! (sourire)  Là, on n’est pas nu devant le public, on est dans la peau d’un personnage. On défend un projet qui est le projet de toute une troupe, et surtout celui de Didier Barbelivien. En fin de compte, on a envie de se donner à fond, mais pas seulement pour soi-même. La démarche est différente. C’est une autre approche de la scène. C’est, je pense, plus facile, que de se mettre directement à poil. Et je suis hyper content de faire partie de ce projet parce que c’est une expérience nouvelle pour moi. Je n’ai jamais vécu la scène en troupe. J’ai connu une expérience en groupe avec BoXon, mais ce n’était pas pareil. Là, je pars dans une aventure qui est toute neuve et qui est très excitante ! Là, c’est sur les rampes de lancement, en 2015 on en parlera partout. On va s’éclater avec Mickael Miro, avec qui je m’entends super bien, Slimane, qui a une voix exceptionnelle qui est devenu un ami aussi avec qui je m’entends très bien. Et puis, il y a aussi Aurore et Carine qui sont les deux filles de la troupe. Elles sont super elles aussi ! La troupe est incroyable… et Didier a écrit des chansons tellement incroyables elles-aussi ! Je pense qu’on va arriver bien armés !

Tu es encore très jeune, mais quand on regarde ton parcours sur quelques années, j’ai envie de dire que tu as eu plusieurs vies… Quel regard jettes-tu dessus ?

C’est sûr que j’ai fait pas mal de choses… J’ai un regard un peu particulier… Par rapport à mon âge, on me voit toujours comme le nouvel arrivant. C’est un peu vrai aussi… parce que  ça prend du temps. Du coup, je commence à savoir un peu comment ça se passe dans le métier. Il y a des mecs de trente-cinq ans qui ont cinq ou sept ans d’années dans le métier, et qui sont plus respectés de par leur âge. Mais mine de rien quand j’ai signé chez Sony, j’avais dix-huit ans. Donc, ça fait cinq ans que j’exerce ce métier. Et c’est vrai que comme tu le dis, j’ai eu plusieurs vies. J’ai eu une vie avec le groupe, avec une expérience en major qui m’a beaucoup appris. On a fait des erreurs, mais bon. Après, il y a eu ce premier album solo, vachement acoustique. Et puis là, je pars dans un univers encore différent avec « Défendre Alice » et « Sybille Kill » avec un univers plus rock, plus pop… Ma vie se divise en plusieurs périodes, plusieurs vies comme tu le dis.

Propos recueillis par Luc Dehon le 9 octobre 2014.
Photos : DR

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