Interview de Molécule*G

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/07/2014.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Molecule G - DR

Molécule G a publié le 12 mai dernier son deuxième album, « Bubbles Machine », un album de musique expérimentale qui s’affranchit de tout formatage. Séduits par l’univers de l’artiste, nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur son travail où le son est étroitement imbriqué au visuel. Nous en profiterons pour parler de la place qu’occupent la musique, et la culture au sens général, dans notre société.

Molecule G, Bubbles MachineIdolesMag : Viens-tu d’une famille de musiciens ?

Molécule G : Disons que nous sommes tous passés par le Conservatoire. Ma sœur était pianiste et mon frère aussi, dans le classique. Mais c’était en amateur. Je suis le seul à en avoir fait mon métier.

Quand as-tu commencé à faire de la musique un peu plus sérieusement ?

À l’origine, je suis batteur. J’ai étudié au Conservatoire en Avignon et dans une école Agostini toujours sur Avignon. Après, je suis parti en Angleterre faire un stage. La batterie, on la place souvent comme un instrument à part, mais moi, je m’en suis souvent servi pour faire de la composition et pour avancer dans la musique. Au départ, dans les différents groupes dont j’ai fait partie, je ne composais pas trop, et puis, petit à petit, ça s’est installé. Ça s’est fait tout seul sur le chemin, en fait…

Quels sont tes débuts ?

Après avoir essuyé quelques groupes au lycée, je suis donc rentré dans cette formation Agostini de Jazz. À l’époque, j’ai fait les premières parties de Sunny Murray. Je jouais avec un quartet. J’ai fait ça pendant une paire d’années et ensuite, j’ai commencé à travailler avec Byard Lancaster, un flutiste / saxophoniste de Philadelphie, pendant deux étés, deux saisons complètes, sur des compositions à lui. Après, je suis parti en Angleterre pour atterrir quelques temps plus tard à Paris. Là, j’ai tourné avec différents groupes, avec des potes. Et je suis revenu à ce que je préférais vraiment, à savoir la musique expérimentale. Là, j’ai commencé à composer. En travaillant avec un réalisateur qui s’appelle Michel Rodas, on a eu un prix au Festival de Cognac en 2003. À partir de là, je me suis mis à la compo en travaillant parallèlement le son et l’image.

Tu as pas mal composé pour des courts et moyens métrages, est-ce que finalement, travailler sur une histoire ou des images précises, dans un cadre imposé, ne décuple pas la créativité ?

Dans les réalisateurs, il y a deux types de personnes, du moins ceux auxquels j’ai été confronté. Il y a des personnes qui, en amont de l’écriture du story-board, font un énorme travail sur les ambiances. Là, on est assez free, dans le sens où on peut développer une scène ensemble par des sons ou des ambiances. Après, il y en a d’autres qui arrivent avec tout monté et des musiques plus ou moins abouties dessus pour montrer plus ou moins la structure de l’ambiance. Là, c’est un autre travail. J’ai en tout cas rarement travaillé avec des réalisateurs qui formataient mon travail. Je n’ai jamais eu trop de difficulté à travailler avec eux. Souvent, on choisissait un chemin ensemble, un chemin musical et esthétique par rapport à une image ou une scène. Donc, finalement, dans l’ensemble, composer pour la fiction reste un travail assez libre, du moins dans les expériences auxquelles j’ai été confronté. J’ai toujours été assez libre.

Molecule G - DR

En parlant de court-métrage… peux-tu me dire un mot sur le clip de « Made in Paris » ?

« Made in Paris », c’est parti d’une idée qu’on a eue avec un copain qui est graphiste. On était à Lyon et on discutait de l’image que j‘avais envie de développer. Je fais du travail expérimental sur des images que je projette pendant mes concerts. Je voulais faire un truc un peu plus structuré dans lequel on retrouverait l’univers des Avengers et des séries comme « Le Prisonnier » ou « Amicalement vôtre ». En discutant, on est arrivés à la conclusion qu’aujourd’hui, pour vendre n’importe quoi, on se sent obligé de mettre dans la pub une fille en maillot. On en est arrivés à parler de la femme-objet dans ce canevas-là. Et donc, on est partis sur l’idée de monter des images avec un mannequin en plastique. En rentrant sur Paris, j’en ai discuté avec Michel Rodas, avec qui j’avais donc déjà bossé sur des courts-métrages. Je lui ai montré un pré-scénario que j’avais griffonné. Après on a étoffé ce scénario tous les deux. On est finalement tombés d’accord sur une série d’images, sur un cadrage précis et après, Michel a pris les choses en mains et a réalisé le clip.

Toi qui travailles l’image et le son en parallèle, quel regard jettes-tu sur cette image qui, aujourd’hui, prend parfois l’ascendant sur le son ?

C’est vrai ce que tu dis… Il y a des choses comme ça. Quand on regarde les chaînes qui diffusent des clips, j’ai l’impression qu’on circule toujours dans le même style de clips. On est toujours dans le même fonctionnement. C’est commercial. Le but est de frapper sur un mois, voire deux, mais pas beaucoup plus. Le but est avant tout commercial. Après, de ce que je peux voir à côté, il y a quand même des choses intéressantes. Mais je regarde tout de même plus les musiques de film que les clips en fait. Je suis bien plus attiré par le travail d’un David Lynch, comment il va exploiter la lumière, comment il va placer le son par rapport aux mouvements. C’est un travail super intéressant. On ne fait pas souvent ce travail de recherche sur les clips, bien qu’il y ait des choses fort intéressantes qui ont été faites aussi. Mais actuellement, sur ce que le commun des mortels est amené à voir dans son poste de télévision, je ne vois pas grand-chose de très intéressant, que ce soit dans le son ou dans l’image. On est un peu toujours sur le même canevas et les mêmes structures.  Alors, oui, de temps en temps, il y a des choses intéressantes qui émergent. Et heureusement ! Mais ça reste rare…

Molecule G - DR

Notre société est hyper formatée.

Oui. Je parle en tout cas de ce qui est proposé en France parce que je ne sais pas vraiment ce qui se passe dans les autres pays. J’ai l’impression que quand quelque chose de neuf pointe le bout de son nez, tout le monde se met à exploiter ce filon-là. On voit des dizaines d’artistes qui sortent finalement la même chose, à peu de choses près. Il n’y a pas vraiment de fond et de forme là-dedans. Mais je ne sais pas si de nos jours le fond et la forme ont encore un sens dans la production musicale… On a en tout cas envie de proposer des choses. Et comme tu viens de le dire, on est dans une époque extrêmement formatée, que ce soit dans le clip ou dans la radio ou la télévision au sens large. Quand tu regardes la télé, c’est un peu toujours le même genre d’émissions qui passent. Si on écoute la radio, c’est un peu comme ce qui se passe à la télévision, on entend toujours les mêmes artistes et les mêmes choses. À la télé, les émissions plus intéressantes vont passer à deux ou trois heures du matin… Qui est devant son poste à cette heure-là ? Pas grand monde. Après, ce sont des politiques économiques et commerciales des chaînes de télé. Quelle est la place de la culture là-dedans ? Où la culture peut-elle se positionner là-dedans ? Nous on reçoit ce à quoi on veut bien nous donner accès. Heureusement, on est encore libres de choisir de regarder ou non… Le moins qu’on puisse dire c’est que ce qu’on nous propose ne donne pas forcément matière à réflexion… (sourire)

Molecule G - DR

… et même à aucune réflexion… On frôle parfois le niveau zéro !

On ne le frôle même plus, on est carrément au niveau zéro ! (rires) Les grosses boîtes de production qui ont les moyens de proposer des choses différentes ne se mouillent pas. Après, il y a des petits labels indépendants qui font des choses intéressantes à côté, mais ça ne prend pas non plus de l’ampleur par rapport au reste. Leur production reste plus ou moins étouffée. Mais là, il y a des choses intéressantes. Ce sont des choix politiques aussi, si on va plus loin. Pour exister, il faut passer à la télé et à la radio. Si tu ne t’inscris pas dans ce mouvement… tu n’existes quasiment pas ! C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui. On ne va pas refaire le monde, mais ce problème n’existe pas que dans la musique. C’est un réel problème sociétal. Je me  rends compte qu’aujourd’hui pour beaucoup de personnes, la télé est devenue une référence absolue. Si on a vu un truc à la télé, c’est que c’est bien. Si la télé a dit quelque chose, c’est que c’est la vérité… (éclats de rire)

Certaines personnes manquent de discernement et prennent pour argent comptant ce qui est dit à l’antenne… quand une information est donnée, elle est forcément juste et pertinente.

(éclats de rires) C’est dans cette direction que nous nous dirigeons. On est dans une société où tout va tellement vite qu’on ne prend plus le temps de comprendre le fond des choses et de donner du sens à ce qu’on fait. On nous bassine pendant quelques jours avec une information, ça va être la fin du monde, c’est la catastrophe nucléaire, et trois jours après… on va se retrouver avec une histoire politique et l’autre information va passer à la trappe. Ce qui a fait trembler quelques jours avant n’a plus aucun intérêt. C’est un peu le problème quand on est dans un flux continu d’informations comme celui dans lequel nous nous trouvons actuellement. J'ai l'impression qu’on consomme l’information comme on zappe d’un site à l’autre sur internet d’un clic de souris… On passe d’une info à une autre, sans prendre le temps de prendre du recul. On ne prend plus le temps de la réflexion. Tout va très vite. Culturellement, c’est la même chose. Et ça devient la normalité tout ça… après, ça se joue sur l’artistique. Là, il y a des gens qui pleurent sur le streaming… mais il faut voir la place qu’a la musique dans notre société. On télécharge un titre, on l’écoute trois ou quatre fois si on aime… et puis, on passe à autre chose. On ne nous donne pas le choix non plus, on ne cherche pas à ce qu’on se pose des questions. Non, il faut que les choses aillent vite. C’est ce qui importe. Après, le contenu, le contenant, le fond, la forme… tout ça on s’en fout, on passe à autre chose. Il ne faut pas trop faire réfléchir les gens… sinon, ce n’est pas bon pour l’audimat. Souvent quand je parle de musique, on me dit que j’écoute des choses d’il y a dix ou quinze ans, que je parle de Chopin ou de la musique des films de Lynch… Mais je pense qu’artistiquement, il faut un temps pour se construire. Là, on nous bassine avec un truc pendant trois mois à la radio, et hop, c’est le nouveau génie. Six mois après, ç’en est un autre. C’est devenu comme ça. Et puis, plus généralement, je ne pense pas que la musique ou l’art ait une place énorme dans notre société. Il y a toujours des gens qui vont avoir la démarche d’aller écouter des musiques différentes, ça a toujours été comme ça. Mais le commun des mortels n’ira pas. Il y a très peu de médias aussi qui s’intéressent à autre chose que la grosse industrie…

Molecule G - DR

Justement, dans ce contexte de société hyper formatée qui va très vite, était-ce important pour toi de publier un véritable album, avec des titres qui dépassent largement le format des 2 minutes 30 ou 3 minutes ?

Ah oui ! Déjà, comme je viens de l’univers de la musique classique, je n’ai jamais été trop accro au format 2’40 et 3’10… Même si des fois, ma musique rentre dedans. Je pense que la musique, il faut d’abord qu’il se passe quelque chose pour nous vider de ce qui se passe au départ, de la situation dans laquelle on est au départ… pour après rentrer dans un univers. Parfois, un titre met longtemps avant de démarrer, parce qu’il faut laisser le temps à l’auditeur de se vider pour se projeter dans l’univers  de la chanson. Il faut le temps de rentrer dans une œuvre, quelle qu’elle soit. C’est ce que je trouve intéressant dans la musique progressive et dans ce courant-là. Justement, ça laisse le temps de passer d’un point à un autre en passant par différentes émotions. C’est ce qui se passe dans la musique classique. Dans le cinéma, il faut bien une heure et demie / deux heures pour développer une histoire. À un moment, quand on fait de la musique, il faut agir de la même manière. La musique est un de nos derniers espaces de liberté, donc… après, si on formate ça… bon… En tout cas moi, de la musique formatée, je ne sais pas faire ! (rires) Des fois, on me demande de faire des musiques pour la variété… c’est un autre boulot, que je ne sais pas faire. Certains le font très bien. D’ailleurs aujourd’hui, j’oriente de plus en plus mon travail vers l’image, vers la musique de film. Dans la conception que j’ai de la musique, il faut à un moment donné se poser pour planter un décor, un mouvement et un rythme et puis le faire évoluer dans le moment présent. J’en ai fait des titres de 2’40, mais ce n’est pas trop mon truc…

Quand « Bubbles Machine » a-t-il commencé à prendre forme ? Est-ce un album que tu mûris depuis longtemps ou pas si longtemps que ça finalement ?

J’étais à New-York pour la tournée qui a suivi mon précédent album, « Interstellar ». Je vivais à l’époque chez un copain. C’était mon premier voyage à New-York. J’ai donc pas mal visité la ville. Et je me suis rendu compte que cette ville était dans son esprit, très européenne. Après, dans l’architecture, c’est différent, mais bon… (sourire) C’est une ville qu’on a tellement vue dans les films qu’on a toujours un peu l’impression de connaître les endroits. J’ai constaté que les grandes villes, que ce soit Londres, Paris ou New-York, sont finalement toutes un peu pareilles. Il y a le quartier japonais, le quartier chinois, le quartier marocain… et à chaque fois qu’on passe d’un quartier à un autre, instantanément, on passe d’un univers à un autre. J’ai pas mal parlé de ça à mon copain photographe. Quand tu photographies le quartier chinois à Paris ou à Londres, c’est pareil, finalement. La ville est assez incroyable. En traversant une rue, tu changes de pays en quelques sortes. Et « Bubbles Machine » est né de cette constatation.

Molecule G - DR

Tu le qualifies d’ailleurs d’« urbain » cet album, bien qu’il soit musicalement très éloigné de ce qu’on appelle la musique urbaine aujourd’hui.

Oui. Quand je dis que c’est un album urbain, ce n’est pas dans sa sonorité, mais dans le fait que chaque titre, chaque bulle, est comme un quartier différent d’une ville. On passe d’un point à un autre, d’un univers à un autre en un instant. On change de culture, de langue ou de façon d’être d’une seconde à l’autre. Et c’est ce qui se passe dans la ville. Forcément dans une grande ville, on peut rencontrer des tas d’ethnies différentes et voir d’autres comportements et des cultures différentes. C’était ça l’idée de cet album. C’était assez conceptuel. On passait d’un point à un autre, en faisant des ruptures, comme quand on change de quartier dans une ville. On passait d’une bulle à une autre.

Raconte-moi un peu son parcours géographique, il a été créé entre Paris et New-York et enregistré entre Paris et Austin au Texas…

J’ai donc commencé à l’écrire à New-York, puis je suis rentré à Paris où j’ai enregistré quelques trucs. Dans le sud de la France aussi. Après, on est partis à Austin pour enregistrer les guitares et on est rentrés sur Paris pour terminer les enregistrements. Et finalement, il a été mixé à New-York. Il a été fini là où il avait commencé. Un peu par accident, mais j’aime bien l’idée… (sourire)

Pourquoi es-tu allé à Austin pour enregistrer les guitares ?

En fait, j’en ai discuté avec ma productrice chez Scherzo. Elle me demandait ce dont j’avais besoin. L’album était quasiment fini, il me restait quelques parties de guitares à enregistrer. J’avais fait un peu le tour de mes connaissances et je n’avais pas trouvé vraiment ce que je voulais pour les guitares. Je voulais quelqu’un qui reste sur de petits schémas, très courts, sans forcément en mettre une tonne. C’est ma productrice qui m’a dit qu’elle connaissait quelqu’un qui avait un petit studio à Austin qui pourrait faire l’affaire… J’ai un peu réfléchi. J’ai écouté son travail, j’ai trouvé ça intéressant. Du coup, j’ai dit « Banco » et on est allés enregistrer les guitares là-bas. Elle avait eu une très bonne idée.

Molecule G - DR

Le titre du premier morceau, « Melody for a cosmic trip » me fait penser à Gainsbourg, pas musicalement, mais dans ses mots… Y a-t-il une référence à Gainsbourg ?

Non, pas du tout… ce morceau-là, je voulais qu’il sonne vraiment comme un jingle de série « Avengers » des années 60. Un truc qui circule entre « Amicalement vôtre » et cet univers-là, un truc qui sonne John Barry. Je voulais amener cet univers-là. Je voulais quelque chose qui soit dans l’esprit du vinyle de la pochette. Je voulais amener cet univers-là, l’univers « Avengers ». En composant le morceau, j’ai écrit également le scenario du clip. J’espère d’ailleurs le tourner un de ces quatre ! C’est un morceau assez visuel pour moi. Donc, il n’y a rien de gainsbourien là-dedans…

Tu me parles de ce clip, y en a-t-il d’autres en préparation ?

Non… Par contre, je suis en train de travailler des images du concert que j’ai donné pour la présentation de l’album. C’est un film d’une cinquantaine de minutes. Il est construit d’images expérimentales, aléatoires et des choses un peu plus soutenues. Je le fais évoluer. Donc, il n’y a pas vraiment de clip en préparation, au sens de « Made in Paris ». Le clip de « Melody for a cosmic trip », je suis en train d’en parler autour de moi pour essayer de le tourner. J’aimerais que ce soit Rodas qui le réalise. On verra. Et puis, il y a aussi « My mood in London » que j’aimerais clipper. Ce sont les deux prochains titres sur lesquels j’aimerais tourner un clip. Dans « Made in Paris », on voit un personnage qui marche dans la rue. Le clip de « Melody for a cosmic trip », j’aimerais que ce soit ce qui s’est passé avant, et « My mood in London », la suite. J’ai construit ça un peu comme « La guerre des étoiles ». On plante un décor, et après, on montre ce qui s’est passé avant et ce qui se passe après.

Molecule G - DR

De tous les titres qui sont sur l’album, y en a-t-il un pour lequel tu as un peu plus de tendresse qu’un autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas à celui que tu préfères musicalement parlant, mais plutôt à un titre qui aurait une petite histoire particulière.

Il y en a plusieurs… Il y a déjà « Prisme d’une lumière fossile » qui est vraiment un titre expérimental. J’ai fait tout un travail avec des plaques de métal. C’est un travail sonore axé sur le fer. Je suis content de ce travail. Et puis, il y a « Cathedral ». C’est un morceau que j’ai commencé à composer à New-York. Et quand j’y suis retourné pour une série de concerts, j’ai commencé à l’enregistrer. C’était la première fois que j’enregistrais là-bas. C’était sympa. Il y avait des machines que je ne connaissais pas. C’était un vrai voyage pour le coup… (sourire) Après, on aime bien tous les morceaux, forcément. « Bubbles Machine », c’est une petite structure. Et ces morceaux-là n’étaient pas forcément prévus. Ils se sont faits pendant que je composais les autres. Ils se sont faits  un peu tout seul finalement. Et ce sont les morceaux sur lesquels j’ai rencontré le plus de gens, en fait. L’histoire de l’album est assez longue, et ce sont des morceaux sur lesquels j’ai eu une autre façon de travailler. J’ai eu une autre approche. C’était pour le coup, vraiment plus expérimental encore. C’était une façon de travailler plus old school. C’était play-record, puis on écoute ce qui se passe et on regarde si on garde… ou pas, d’ailleurs ! (rires) Ce sont des titres peut-être moins avancés que les autres. La première fois que je suis rentré de New-York, j’avais déjà une bonne avancée sur « Cathedral ». Et quand je suis retourné là-bas, je l’ai jouée en concert avec un saxophoniste. J’ai enregistré ce qu’on avait joué et j’en ai gardé une partie. Ce sont finalement des morceaux qui ont été construits aussi par le live. Ce sont des morceaux que j’aime bien pour cette raison, ils représentent bien un moment. J’étais moins dans le côté « enfermé dans son studio », etc…

Donc, le live peut aussi faire partie du processus de création pour toi.

Oui. Tu sais, j’enregistre souvent mes concerts. Ça me permet de réécouter ce que j’ai fait. Il y a parfois des choses bien et d’autres moins bien… Mais j’aime bien garder le côté live de la musique. Je travaille le plus souvent tout seul en studio. Mais en concert, tu es confronté à des gens qui sont en face de toi. Là, tu peux vraiment développer quelque chose. Quand on est seul en studio, on ne peut pas échanger. On discute avec des musiciens qui passent, on leur demande leur avis, pour voir ce qu’ils peuvent apporter à la musique, mais le concert reste le moment par excellence où je peux tester des choses. Parfois, c’est pas mal, parfois, c’est vraiment bien, parfois c’est archi nul ! (rires) La scène, c’est une autre sorte de laboratoire, une autre façon de travailler. C’est pour cette raison que j’enregistre systématiquement tous mes concerts sur un ordinateur pour pouvoir les réécouter. Parfois, je garde des trucs. C'est une autre façon de travailler et une autre approche de la musique. Produire un son sur scène, c’est autre chose, c’est peut-être plus instinctif, plus inventif… c’est surtout un son fait sur le moment. La prise de risque est différente.

Molecule G - DR

Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines et les prochains mois ? Des scènes sont-elles prévues ?

On travaille dessus en ce moment avec ma productrice. Les dates seront en tout cas sur mon compte facebook quand elles seront confirmées. Il y a un concert qui se profile à Tbilissi en Géorgie au mois d’octobre, mais ce n’est pas encore bloqué. Après, il y a d’autres dates qui sont en pourparlers, mais ce n’est pas encore officiel, donc, ça ne sert à rien d’en parler. Mais cet été, comme je te le disais, je vais essentiellement travailler l’image. Ces derniers temps, j’ai beaucoup travaillé sur le son. J’ai un peu travaillé sur des vidéos aussi, mais donc je vais continuer ce mois d’août.

L’album bénéficie d’une édition digitale disponible sur les plateformes de téléchargement, mais également d’un vinyle et d’un CD digisleeve. Est-ce que ça reste important pour toi de matérialiser la musique ?

Bonne question… Pour ce qui est du CD, pas vraiment. En fait, je n’en vois pas l’utilité. Par rapport au téléchargement, ça n’apporte finalement pas grand-chose. Le vinyle, c’est différent. J’y suis attaché parce que je trouve que de par son format, il apporte vraiment quelque chose. On peut travailler l’image correctement sur un vinyle, on a de la place. Le CD est un format pas forcément très sympa. Donc, oui, le vinyle, je le trouve intéressant. D’ailleurs, c’est un format qui revient en force ces dernières années. Et il n’y a pas que l’objet, il y a aussi un son particulier. Le vinyle permet de développer la créativité autour d’un projet musical, graphiquement, par exemple.

Ça a de la gueule, un vinyle ! Et puis, le visuel apporte un réel plus au son. Il enrichit la compréhension de l’univers de l’artiste.

Je suis d’accord. Et c’est quelque chose qu’on n’a pas avec le CD. Le CD a apporté pas mal au son, mais au niveau visuel, ça aurait pu évoluer. Le CD, on l’utilise tout le temps, c’est devenu un outil de travail auquel on ne fait plus attention. On nous l’avait garanti à vie… et on se rend compte qu’après quelques années, ça ne marche plus toujours aussi bien !! (rires) Alors que le vinyle apporte une finition au travail du musicien. C’est pour lui l’occasion de travailler avec un graphiste ou un peintre. Ça permet la rencontre de deux univers. Je trouve que travailler avec un graphiste ou un peintre, c’est aussi enrichissant que de travailler avec un musicien. On peut faire un bout de chemin ensemble. On peut se faire plaisir sur un vinyle, et surtout, on peut développer quelque chose, qui n’est pas possible sur le CD…

Avant de te quitter, je ne peux pas ne pas te demander pourquoi tu as pris comme pseudo « Molécule G » ? Le G., on peut le comprendre vu que tu t’appelles Gérard, mais le Molécule ?...

(sourire) Tout simplement parce que j’habite dans un dôme à Paris. C’est un immeuble haussmannien et quand tu regardes où j’habite, on dirait vraiment une bulle d’ardoises. Et quand je faisais des soirées chez moi, tout le monde disait qu’on allait chez Molécule… Ce n’est pas très grand, c’est une petite bulle. Et c’est resté… Et mon studio est là-bas… C’est le studio Molécule ! (rires)

Propos recueillis par Luc Dehon 7 juillet 2014.
Photos : DR

Molécule G sur le web:
Site web :
http://www.molecule-g.com/
Facebook :
https://www.facebook.com/moleculeg









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut