Interview de Irina Bjorklund

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/07/2014.
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Irina Bjorklund, La vie est une fête

Irina Bjorklund a publié le 14 avril dernier son quatrième album, « La vie est une fête », dans lequel l’artiste finlandaise a adapté en français de grands standards de la musique de son pays d’origine, la Finlande. Pour ce projet, elle s’est notamment entourée de Marc Collin (Nouvelle Vague, Doriand, Héléna Noguerra) et de Liset Alea. Beaucoup de fraîcheur et de poésie se dégagent de cet album magnifique qui donne le frisson, autant par sa simplicité que son authenticité. Irina Bjorklund s’est prêtée au jeu des questions réponses pour notre plus grand plaisir.

IdolesMag : Vous êtes née en Suède et vous avez rapidement été vous installer avec vos parents en Finlande puis en France. Qu’est-ce qui les a poussés en France ? Vos parents étaient-ils francophiles ?

Irina Bjorklund : Mon père travaillait à l’époque pour une entreprise internationale, alors la famille, d’origine finlandaise, bougeait fréquemment.

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance en France ?

J’avais cinq ans à l’époque, alors je voyais le monde d’en bas. Les forêts me semblaient magiques, la végétation était tellement différente de celle en Finlande. Comme je ne connaissais pas la langue française (ni anglaise), je me suis renfermée sur moi-même, et je n’ai pas ouvert ma bouche pendant 6 mois. Puis un jour mes parents m’ont entendu parler l’anglais avec une petite fille, et le français avec une autre. Je ne voulais pas sortir un mot avant d’être sûre de maîtriser la langue parfaitement.

Quels sont plus précisément vos premiers souvenirs musicaux ?

Ma mère chantait toujours… Elle inventait de nouvelles paroles pour chaque mélodie connue dans le monde, avec beaucoup d’humour ! On inventait des chansons marrantes ensemble. Elle le fait d’ailleurs toujours, pour chaque réunion familiale. J’ai commencé les cours de piano et de violon assez tôt, quoique mes études de ballet classique à l’Opéra National d’Helsinki prenaient la plupart de mon temps. Alors j’ai arrêté le violon. Mais j’ai toujours chanté. À la maison, on écoutait beaucoup de musique classique, mais aussi de la chanson française, et des artistes de toutes nationalités. Je me souviens surtout d’avoir écouté Barbara Streisand, Mireille Mathieu et Nana Mouskouri dans la voiture… chaque jour !

Quand avez-vous commencé à écrire et composer ? Que représentait l’écriture d’une chanson pour vous à l’époque ? Est-ce que ça a changé avec le temps ?

À l’âge de sept ans j’ai écrit ma première chanson toute seule, en suédois – elle avait onze couplets – « Si les chiens et les chats savent le faire, alors moi aussi ! ». J’étais extrêmement timide avec deux grands-frères très bavards, alors l’écriture de chansons a été ma façon de m’exprimer silencieusement. Ça l’est certainement toujours aujourd’hui, même si mes motivations ne sont peut-être plus les mêmes. Souvent je ressens tout simplement une nécessité d’écrire, et quand je commence, ça vient tout seul, et très vite. Je suis toujours aussi surprise après, si le résultat est cohérant, et si j’y trouve un message. À l’âge de seize ans, j’ai vu le film « Delicatessen », et j’ai décidé que la scie musicale serait l’instrument de mon choix, et qu’il fallait que j’apprenne à la jouer avant ma mort. Bon… je l’ai appris à l’âge de trente ans !... Et je m’amuse parfois à la sortir pendant mes concerts.

Dedicace d'Irina Bjorklund pour IdolesMag

Pour votre formation, vous avez notamment intégré l’école de ballet à l’Opéra national d’Helsinki. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Oui, en effet. Cette école m’a vraiment donné de la discipline pour la vie. C’était dur pour  une jeune fille, je ne me souviens vraiment pas d’avoir eu d’enfance entre l’âge de huit et quatorze ans.Je dansais, constamment, et j’ai raté toutes les sorties organisées ailleurs. Puis, quand on m’a jetée à la porte de l’Opéra a l’âge de quatorze ans, trois ans avant de devenir une ballerine professionnelle, je ne savais pas du tout que faire de ma vie. Mais heureusement ça m’a forcée à trouver d’autres options – la danse moderne, le théâtre, et les cours de chant.

Vous avez attendu un bon moment avant de vous lancer dans une véritable carrière musicale, et avez préféré le cinéma. Qu’est-ce qui vous a attirée dans un premier temps vers le 7ème art ?

Je suis très intuitive, et quand, après mon bac, j’ai été acceptée à l’Académie de Théâtre à Helsinki et dans une école de musique à Gothenburg, en même temps. J’ai suivi mon instinct et j’ai choisi l’Académie de Théâtre. Je ne sais toujours pas pourquoi, comme je rêvais vraiment d’une carrière musicale – mais ce choix m’a ouvert des portes surprenantes pendant les vingt ans qui ont suivi – et je me suis laissée entraîner par l’aventure. Le chant était tout de même intégré dans ma formation à l’Académie, donc j’ai pu continuer à écrire – mais c’est seulement en rencontrant mon partenaire musical, Peter Fox, à Los Angeles en 2004, que j’ai recommencé à écrire activement. Nous avons formé un groupe avec des musiciens locaux, et ensemble nous avons produit trois albums.

Vous avez composé des bandes originales pour le cinéma, je pense… Abordez-vous la musique différemment quand il s’agit de poser des notes sur des images ou quand il s’agit de poser des notes sur un texte ?

En fait, c’est assez nouveau pour moi, et je ne peux pas travailler sans un partenaire, comme côté technique je ne suis pas douée… du tout. À l’époque j’avais écrit des chansons avec Peter Fox pour un film indépendant qui s’appelait « Red is the color of… ». Puis, l’année dernière, j’ai composé la bande originale pour le film finlandais de mon mari Peter Franzén, « Above Dark Waters », avec un membre de mon groupe finlandais, Janne Lappalainen, comme partenaire. J’ai trouvé ça très inspirant comme expérience, mais tellement moins libre comme forme d’art. Enfin, je suis sûre que si un jour j’arrivais à maitriser les technicités, je pourrais me retrouver plus libre dans le processus de création.

Vous avez beaucoup chanté en Français. Pourquoi ce choix ? Qu’a le français de plus que d’autres langues selon vous ? A-t-il une poésie particulière ?

Dans mon enfance, la France a laissé des traces tellement profondes dans mon âme, que ce soit la magie de ses forêts, le métro parisien, ou bien le monsieur qui a écrasé notre voiture avec la sienne, et qui s‘excusait auprès de ma mère en disant « Madame, vous devez me comprendre ! Je viens de boire pas mal de vin au déjeuner, et en plus je suis forcé de parler en anglais avec mon invité assis à côté de moi. Comment voulez-vous que je conduise ? ». Puis, j’ai fini par passer un Bac littéraire à Paris. Donc pendant des années, j’ai été envoutée par l’analyse de texte… alors bien que j’aie écrit en cinq langues différentes sur mes deux premiers albums, la demande du public pour en entendre plus en français m’a poussée à faire un choix clair.

Quels artistes français écoutez-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui, j’aime beaucoup Zaz et Charles Aznavour. Enfin, il y a trop de bons artistes français pour essayer d’en mettre un sur un piédestal.

Vous habitez aujourd’hui en France… Qu’est-ce qui vous attire tant ici, qu’aimez-vous tant ?

Ces mêmes choses que j’ai trouvées magiques dans mon enfance – maintenant, bien sûr, arrosées d’une dose de réalisme.  Il y a aussi la discipline offerte à l’école, les longs moments passés à table en discutant avec les gens, et les simples joies du quotidien. Malheureusement, même en France, la technologie commence à enfermer les gens sur eux-mêmes. Par exemple en Finlande, pas un seul rendez-vous ne se passe sans interruption de téléphones, ordinateurs, etc… J’ai été vraiment impressionnée lors de mon premier rendez-vous avec mon label Naïve à Paris. Les téléphones et ordinateurs étaient fermés, et j’ai trouvé des gens présents et intéressés, prêts à discuter.

Evoquons justement votre album « La vie est une fête ». Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Marc Collin ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de partager une aventure musicale avec lui ? Connaissiez-vous le projet « Nouvelle Vague » ?

J’ai connu le projet Nouvelle Vague à Los Angeles, par une amie allemande qui me l’a fait écouter. Surtout je suis tombée sur leur album « Bande à part », et j’ai aimé la présence des voix et les effets de son utilisés. J’en avais d’ailleurs aussi utilisé pour mon premier album « Oh l’Amour », et je sentais que je partageais quelque chose avec ce groupe. C’était la grande époque de Myspace, alors je leur ai envoyé un « friend request ». Marc Collin m’a répondu qu’il trouvait mon album intéressant, et nous sommes devenus des amis virtuels pendant des années, sans jamais nous rencontrer. J’ai même enregistré de la scie musicale pour son projet avec Phoebe Killdeer & The Shortstraws.

Sur cet album, vous avez adapté de grands standards de la chanson finlandaise en français, des chansons que nous ne connaissons quasiment pas ici. Comment expliquez-vous que ces chansons ne soient pas arrivées chez nous ? La barrière de la langue ?

Quand j’ai eu l’idée pour mon quatrième album de traduire les plus belles chansons finlandaises en langue française, il m’a semblé tout de suite clair que j’allais demander à Marc de le produire. Après tout, il est le maestro des reprises, et je cherchais vraiment un son similaire à « Bande à Part ». Heureusement, il a aimé le concept, il trouvait ça un peu fou, je pense, mais donc inspirant. Il a demandé à Liset Alea de « Nouvelle Vague » de le produire avec lui, et je dois dire qu’ensemble, avec mon groupe finlandais, ils ont créé quelque chose de magique. Mon but avec ce disque était de présenter les perles musicales de la Finlande au monde entier, de leur faire briser les cadres de notre petit pays. La langue finlandaise n’est pas connue, ni vraiment acceptée en tant que langue musicale en dehors de la Finlande. Et je savais que si j’arrivais à traduire les chansons dans une langue plus internationale, les gens seraient ravis par nos trésors musicaux bien gardés…

De quand datent ces chansons ? De qui sont-elles ? Les paroles françaises respectent-elles les thèmes originaux des chansons ? Sont-ce des traductions ou des adaptations plus ou moins libres ?

Ces chansons de nos compositeurs les plus connus datent des années 1940 à aujourd’hui, en 2012 exactement. On retrouve une sélection de mes titres favoris sur ce premier album de reprises. Pour les paroles, je trouvais d’une importance extrême de pouvoir retranscrire plus ou moins exactement les thèmes originaux et l’âme finlandaise. Je n’ai donc pas vraiment pris trop de libertés, et j’ai consacré toute une année aux traductions. Puis, à la fin, j’ai évidemment fait vérifier les textes par de « vrais » français, pour être sûre de ne pas laisser des bêtises grammaticales… ni des expressions datant des années avant 1991, quand j’ai quitté la France !

Quelle différence majeure et quelles ressemblances voyez-vous entre la chanson française et la chanson finlandaise ?

Pour les différences entre la chanson finlandaise et française… je ne sais pas vraiment. J’ai en tout cas cherché à choisir des thèmes plutôt universels, mais avec un goût légèrement finlandais, certainement un peu exotique pour les français.

Pourquoi avoir appelé cet album « La vie est une fête » ?

C’était l’idée de Naïve. J’ai trouvé ça universel, et plutôt très chouette. C’est aussi le titre du premier single, du compositeur Samuli Putro.

Quel accueil l’album a-t-il reçu en Finlande ? 

L’accueil finlandais a été vraiment surprenant, et chaleureux. L’album est sorti au mois de février, et il est toujours présent dans les playlists des radios. Au début il était placé numéro 1 et 2 des ventes. On n’est pas loin du disque d’or, ce qui est époustouflant et rare de nos jours où les CDs ne se vendent plus.

Le public finlandais est-il friand en règle générale de chanson française ?

En général, les finlandais aiment beaucoup la chanson française, mais c’est quand même assez rare d’en trouver sur les playlists des radios !! Mais quand tout d’un coup il s’agit de mélodies qu’ils connaissent, adorent et auxquelles ils ont un attachement sentimental, ça change les choses !

Je ne peux pas faire l’impasse sur votre parcours d’actrice, même si nous sommes avant tout un média musical. Quel rôle vous a le plus marquée ? Et pourquoi ?

Je cherche toujours à être inspirée par chaque projet, sinon j’ai beaucoup de mal à me lancer dedans. Si je ne suis pas transportée, alors je préfère ne pas tourner du tout. Alors finalement, j’ai tourné dans plusieurs petits projets indépendants, qui racontent des histoires intéressantes, ou importantes à transmettre, sans vraiment y gagner ma vie. Dernièrement, j’ai tourné un long-métrage à New York, « The Erotic Fire of the Unattainable » de la réalisatrice brésilienne Emilia Ferreira. Mais comme il faut vivre, je travaille constamment – que ça soit en tournant, en composant, en faisant des concerts, ou en traduisant les chansons finlandaises pour mon prochain album… en français.

En 2010, vous avez tourné aux côtés de George Clooney dans « The American ». Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?

Ah la la… Mes souvenirs du tournage de « The American » avec George Clooney… Il faisait froid… très très froid ! On tournait au milieu d’un lac gelé en plein hiver, en Suède. J’ai dû passer quatre jours sur place, je pense. Clooney est un type sympa, mais je n’ai pas eu le temps d’apprendre à le connaître davantage.

Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines, les prochains mois ? Un tournage ? De la scène en tant que chanteuse?

Je suis en préparation de trois à cinq tournages, toutes des coproductions franco-finlandaises, sauf un. Deux drames historiques, des histoires épiques, importantes à raconter. L’une d’entre elles, « Le Grand Sancy » de Maarit Lalli, est l’histoire d’Aurora Karamzin, une finlandaise légendaire.

Êtes-vous déjà repartie sur de nouvelles chansons ? Un nouvel album ? Si oui, pouvez-vous déjà m’en toucher un mot ?

Je suis effectivement en plein travail avec Marc et Liset pour mon prochain album. Je garde la même idée de traduire des chansons finlandaises en français, mais avec un point de vue un peu différent, cette fois-ci. Et puis, je suis aussi heureuse de savoir que « La vie est une fête » va sortir mondialement à la fin du mois d’août !

Comment voyez-vous votre parcours dans la chanson ? Comme une parenthèse, ou un réel cheminement à lui tout seul ?

La chanson, et surtout le contact direct avec le public que je peux avoir sur scène, c’est tout pour moi. C’est une vraie passion sans fin. Je suis tellement, tellement heureuse en partageant mes chansons avec les gens. Je tourne en Finlande cet été et cet automne. En France, il me faut encore un tourneur. En ce moment, on travaille donc sur les tournées internationales.

En quoi votre vie est-elle une fête aujourd’hui ?

La vie aujourd’hui… bon… elle est déjà une fête puisque le soleil brille, et que je suis assise dans un petit cabanon près la mer dans l’archipélague finlandais… avec que la bruit des vagues, des mouettes et de mon fils qui m’entourent !

Propos recueillis par Luc Dehon le 8 juillet 2014.
Photos : DR









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