Interview de Daniel Chenevez

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/06/2014.
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Daniel Chenevez - DR

Quinze ans après « Hypnose », Daniel Chenevez (la moitié du tandem Niagara) revient avec un nouvel EP, « Erotisme, Cantique 25.7 », un recueil de six titres particulièrement exaltants, au fil desquels l’artiste dévoile ses armes de séduction lascive. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur la genèse de ce projet ambitieux fortement inspiré par le 7ème art pour lequel il met notamment à disposition des internautes les fichiers 3D du maxi 45 tours de « Sans raison aucune », véritable alternative à la dématérialisation de la musique… Rencontre avec Daniel Chenevez. Celui qui, il y a une quinzaine d’années, se disait mou et excentrique nous entraîne aujourd’hui vers les sirènes de la débauche intégrale…

Daniel Chenevez, Erotisme, Cantique 25.7IdolesMag : Presque quinze ans se sont écoulés depuis la sortie d’« Hypnose »… Il y a bien eu l’album avec Karen Mulder, mais pas de projet solo… Que s’est-il passé ?

Daniel Chenevez : (sourire) C’est vrai… j’ai travaillé. J’ai écrit plein de chansons. J’ai travaillé, retravaillé. J’ai fait de la musique. Je me suis plongé dans mon studio, dans de nouvelles techniques de prod… J’ai approfondi mon travail.

Aviez-vous l’idée de ressortir un EP ou un album ?

Oui, absolument. C’était très concret.

Quand avez-vous vraiment posé les bases d’« Erotisme, Cantique 25.7 » ?

J’ai écrit sur toute cette période plein de chansons. Certaines sont donc très récentes et d’autres sont la dixième version de chansons écrites il y a six ou sept ans.

La création est-elle laborieuse pour vous ?

Non, pas spécialement… la difficulté pour moi a été de tout faire. J’ai l’habitude de réaliser, de faire de la prod artistique, d’écrire des textes, de composer et ce genre de choses. Mais là, il y a eu une expérience supplémentaire, la prise de son notamment. Chanter et enregistrer en même temps, ce n’est pas évident. Après, il faut choisir les bons passages. Ensuite mixer et utiliser toutes sortes de plugins, ça demande tout un apprentissage. Avant, je travaillais avec des ingénieurs du son, donc tout cet aspect technique m’a pris beaucoup de temps. Et puis, j’ai aussi senti ma voix évoluer au cours des années. Auparavant, j’étais un musicien qui chantait, maintenant je suis un chanteur.

J’ai réécouté les deux précédents albums et effectivement, la voix était un peu timide… on sent que sur cet EP, vous avez voulu la valoriser d’une certaine manière.

Tout à fait. Vous avez raison. Il y a un parallèle intéressant qui m’a été fait, qui est inconscient, mais qui est sans doute vrai. Sur mes albums précédents, la voix était sous-mixée. Et surtout sur « Excentrique », d’ailleurs. Et maintenant, elle est devant. En parallèle de ça, le visuel des pochettes, les portraits, vont de plus en plus vers le gros plan. J’ai réécouté il n’y a pas si longtemps que ça mes précédents albums, « Hypnose » et « Excentrique » et ça m’a sauté aux yeux à quel point ce qui m’intéressait à l’époque, c’étaient les sons et les arrangements, alors que maintenant, c’est beaucoup plus ce qu’il a autour de la voix, l’accompagnement de la voix. Même s’il est très très léger, je peux vous dire que je passe beaucoup de temps à travailler ça. C’est devenu un écrin. Ça vient de mon background et de mon évolution. Je me suis rendu compte aussi à un moment donné que j’ai toujours écrit pour des chanteuses, que ce soit dans Niagara ou à côté. Et en fait, j’avais l’habitude d’un certain placement de la voix et d’une certaine tonalité. Les voix féminines sont plus aigües que les voix masculines. En général, pas tout le temps (sourire)… mais en tout cas celles avec lesquelles j’ai travaillé. J’avais donc l’habitude de placement harmonique. Et c’est quelque chose qui m’a pris du temps, pour le changer dans ma tête. Aujourd’hui, je m’accepte en baryton.

Vous me disiez tout à l’heure que cette fois-ci vous ne vous étiez pas entouré d’un ingé son, que vous aviez tout fait vous-même. Est-ce pour des raisons purement budgétaires ? Parce qu’un EP comme celui-ci n’a certainement pas le même budget qu’un album de Niagara…

(sourire)… C’est le moins qu’on puisse dire !...

… ou bien, était-ce avant tout pour vous l’assurance de maîtriser tout de A à Z ?

J’ai un côté un peu Nerd et je l’ai toujours été. Je suis fasciné par les machines, les ordinateurs et les logiciels. C’est extrêmement tentant de voir jusqu’où on peut aller, jusqu’où on peut expérimenter les choses. Donc, avant quand on travaillait sur un magnéto à bande, on réglait les micros, les amplis et ce genre de choses. Aujourd’hui, on peut trafiquer le son, chercher, faire des montages, restructurer les chansons à l’infini d’une manière beaucoup plus aisée qu’auparavant. Donc, aujourd’hui, rien n’est jamais fini. Alors qu’avant, le simple fait d’avoir une technologie plus limitée, mais qui permettait déjà de faire pas mal de choses très abouties (sourire), faisait qu’à un moment donné, le travail était terminé. Aujourd’hui, c’est un work in progress constant. Ceci dit, le mixage a été fait par Dominique Blanc-Francard. Avec le temps que j’ai passé sur ce projet, c’était important pour moi d’avoir une oreille externe qui arrive en fin pour le mixage. Quand on a la tête dans le guidon un peu longtemps, on n’a pas toujours le recul nécessaire…

Dominique Blanc-Francard est-il la seule oreille externe que vous avez eue ?

Oui… enfin… au cours de toutes ces années, j’ai fait écouter toutes ces chansons et leur évolution à des amis. J’ai un retour constant autour de moi, des gens avec qui je travaille, des musiciens… Mais effectivement, pour une application dans la production du résultat, le mixage de Dominique m’a permis d’avoir du recul.

La technologie a effectivement énormément évolué depuis que vous écrivez des chansons. Mais vous, votre rapport à la création a-t-il changé avec le temps ?

Je n’en sais rien, je n’ai pas de réponse à votre question. Je ne sais pas quoi vous répondre. C’est quelque chose de tellement instinctif que c’est difficile d’avoir une vision de moi avec autant de recul.

Il y a une vraie part d’hédonisme et de plaisir dans ce projet. Est-ce une façon de faire un pied de nez à la morosité ambiante ?

C’est très conscient. Ce que je cherche à exprimer dans la musique, et ça c’est quelque chose de constant, c’est quelque chose qui tire vers le haut. Il y a des gens pour qui prédomine l’aspect sombre, l’expression de sentiment dépressif ou quelque chose que je qualifierais d’expressionniste, en rapport à l’expressionnisme allemand où le côté noir de la vie était exprimé. Moi, je cherche ailleurs, parce que peut-être qu’au fond je suis quelqu’un de dépressif depuis mon adolescence. Je n’ai pas envie d’aller dans ce côté-là. Pour moi, la musique, c’est quelque chose qui me permet d’échapper à ça. Donc, ce que je cherche, ce sont des choses dansantes. Après, ça n’empêche pas de faire quelque chose de très recherché, justement. Mais je trouve qu’écrire triste, c’est plutôt une facilité. En plus, dans la période actuelle qu’on traverse, qui n’est franchement pas gaie, ce que je recherche beaucoup dans l’expression artistique, c’est quelque chose qui tire plutôt vers le haut.

Il y a également une véritable recherche esthétique autour de l’érotisme et du plaisir dans ce projet, que ce soit dans les paroles, le son ou le visuel qui l’accompagne. Est-ce une réponse à ce qui se fait finalement de plus en plus souvent aujourd’hui, à savoir parler de sexe de façon assez crue et vulgaire ?

Le clip de « Sans raison aucune » est cohérent avec ce que j’ai écrit dans les textes des chansons. L’impression que j’ai, c’est que finalement le tabou sexuel a complètement disparu. Et heureusement ! Mais du coup, l’explicite est devenu un peu la norme. Aujourd’hui, les images pornographiques sont présentes partout et ultra faciles d’accès. Du coup, l’expression « poétique », entre guillemets, de tout ce qui touche au désir et à la sexualité a un peu disparu. Ce qui était une exception il y a quarante/cinquante ans, parce qu’il y avait une censure, aujourd’hui est devenu la norme quelque part. On n’est plus obligés aujourd’hui d’exprimer poétiquement ces choses-là. Du coup, pour moi, ça devient un vrai acte de le faire aujourd’hui. Plutôt que d’être cash sur ces thématiques comme un milliards de chansons de R’n’B ou de rap, finalement retrouver une expression qui cherche plus de sophistication est devenu beaucoup plus intéressant. De toute façon, le sujet qui est l’amour ou le désir, est éternel. Ce qui change, c’est la manière dont on l’exprime.

Le clip de « Sans raison aucune », qui fait clairement référence au cinéma d’Antonioni, en est le parfait exemple.

Le but du clip, par exemple, était de jouer sur la frustration. On a envie d’en voir plus, on a envie d’en savoir plus, même si beaucoup de choses sont suggérées. Ce qui m’a fait marrer, c’est que pas mal de gens qui l’ont regardé ont eu l’impression de voir des choses qui se passaient vraiment. Alors qu’en fait, on ne voit rien dans ce clip. C’était l’idée de départ, ne rien montrer, tout suggérer.

Un autre clip est-il en préparation ?

Oui, j’y pense… (sourire)

On vient d’évoquer le cinéma d’Antonioni, vous faites également allusion à « La Dolce Vita » de Fellini ou « On achève bien les chevaux » de Sidney Pollack. J’ai l’impression que le cinéma a beaucoup nourri cet EP.

Effectivement… Et ce n’est pas nouveau… J’ai toujours réalisé des clips. Et déjà Niagaga, c’était en référence à un film d’Henry Hathaway. C’est une influence qui est constante, le cinéma.

Seriez-vous tenté d’aller vers un format plus long comme un long-métrage ?

Ça ne m’intéresse pas tellement en fait… (sourire) Je dois avoir fait entre vingt et vingt-cinq clips, quelque chose comme ça… Et ce qui m’intéresse moi, c’est d’ajouter une dimension supplémentaire au texte, à la musique et au rythme. J’ai toujours vu ça comme un petit opéra. Des images, de la musique et du texte. C’est un petit opéra moderne de trois minutes. C’est donc beaucoup plus limité en termes d’ambition, mais je pense que je suis dans une tradition séculaire d’artistes qui cherchent à visualiser leur musique. C’est ça ma démarche. Faire du cinéma, c’est un truc qui est complètement différent. C’est écrire une histoire, définir des psychologies de personnages, ça n’a rien à voir.

On parlait tout à l’heure de votre voix qui avait été mise en avant. Vous avez également mis le paquet sur les cordes cette fois-ci. Elles ont toujours été présentes, mais pas autant…

C’est vrai. Il y en a toujours eu, mais c’est ici la première fois que je travaille avec un orchestre de trente-deux cordes. Pour le coup, c’est une grosse différence. Avant, je travaillais avec des quatuors ou plusieurs fois même avec des orchestres de seize cordes. Donc, là, travailler avec trente-deux cordes, c’est une première. Nous parlions en début d’interview du temps qui s’était écoulé entre les albums… J’ai en fait, pendant ce temps, fait beaucoup évoluer les grilles harmoniques et mes conceptions rythmiques. Un truc que j’ai vraiment approfondi, c’est mon écriture de cordes. Par rapport à ce que je faisais auparavant… C’est beaucoup plus sophistiqué qu’avant, va-t-on dire… (sourire)

Daniel Chenevez - DR

Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur les fichiers 3D du maxi 45 tours que vous avez mis en ligne ? Pour le coup, c’est une réelle innovation et une belle idée d’alternative à la dématérialisation de la musique…

Comme je vous le disais tout à l’heure, je suis passionné par la technologie et donc, les imprimantes 3D me fascinent. Ça fait quelques années maintenant qu’on en parle. C’est devenu « grand public » entre guillemets, alors que c’était il y a quelques années encore du domaine d’un rêve de science-fiction. Je trouve la technologie de ces imprimantes 3D très intéressante. Par ailleurs, je suis collectionneur de disques et de vinyles. J’ai des pochettes chez moi qui font, je l’estime, partie du patrimoine. Ce sont des pochettes avec des découpes, avec des matières, des reliefs… Il y a mille exemples de disques pop de cet acabit. La dématérialisation de la musique est une frustration pour les gens comme moi. Je trouve la qualité du CD formidable. Le MP3 un peu moins… mais c’est toujours mieux qu’une K7 ! (sourire) Par contre, l’objet du vinyle me manque terriblement. Je suis très attaché au visuel. C’est frustrant de ne plus pouvoir développer un visuel créatif. Et avec le téléchargement, qu’il soit légal ou pas d’ailleurs, les visuels sont devenus des timbres-poste d’une certaine manière. Il y a un moment où tous ces aspects se sont un peu rejoints dans ma tête. Je me suis dit que les imprimantes permettaient de faire un peu ce qu’on voulait… On peut également télécharger les fichiers. Du coup, puisque l’avenir de la musique passe par le téléchargement, je me suis dit qu’on pouvait télécharger aussi des visuels. Et d’une certaine manière, on peut revenir à la création de visuels créatifs, avec de nouvelles technologies. C’est un peu la démarche que j’ai eue. Et puis, je me suis dit que ce serait bien de faire un ensemble. C’est-à-dire, ne pas proposer que le visuel, mais aller au-delà, proposer le téléchargement d’un disque en 3D. Sur le site internet, il va donc y avoir deux extraits de l’EP qui vont être convertis en fichiers afin de pouvoir être imprimés en 3D. Le visuel en 3D sera lui aussi disponible. Le tout sera téléchargeable gratuitement. Pour les gens qui voudront se donner la peine de les imprimer en 3D, ils auront chez eux ce maxi 45 tours. J’étais assez content de faire ça parce que c’est d’une certaine manière ma façon de participer à l’évolution de la musique et aux discussions qui peuvent avoir lieu autour de sa dématérialisation.

Avec ces fichiers 3D vous redonnez d’une certaine manière une nouvelle vie au support physique et à l’aspect visuel et créatif qui accompagnait la musique…

Absolument. Pour l’instant, je vais être sincère, la qualité sonore du maxi 45 tours imprimé en 3D n’est pas formidable. On n’est qu’au début de cette technologie, mais je pense sincèrement que c’est quelque chose qui va être amené à se développer dans les années à venir.  Le coût d’une impression 3D n’est pas encore donné, et le parc des imprimantes 3D en France n’est pas encore vraiment développé, mais on peut raisonnablement penser que c’est quelque chose qui va se développer dans le futur. C’est en tout cas une proposition que je fais. Si vous voulez, le débat sur la dématérialisation touche aussi bien la presse, le livre que la musique, il est aujourd’hui global. C’est très intéressant de voir comment la création artistique et musicale a été matérialisée à certaines périodes de l’histoire et dématérialisée à d’autres. Au départ, la musique a été matérialisée par des partitions, mais elle était juste jouée auparavant. Au vingtième siècle, on a trouvé un moyen de fabriquer des objets à partir de la musique, et aujourd’hui on revient à une certaine forme de dématérialisation. En même temps, on voit quand même qu’il y a un besoin d’objets. Beaucoup de gens rachètent du vinyle… même si les vinyles réédités sont bien souvent couplés avec  un code de téléchargement. Aujourd’hui, certaines personnes encadrent des pochettes de vinyles et les mettent au mur… c’est de plus plus en courant, alors qu’avant, ils étaient rangés dans des casiers…

Il faut reconnaitre que c’était autre chose que la miniature qui sert de pochette au CD… La pochette de vinyle permettait aussi de découvrir l’univers de l’artiste d’une autre manière qu’avec le son.

Tout à fait. C’est évident… Je sais qu’en tant qu’acheteur de disques, j’associe la musique avec ce que je vois. Pour moi, la musique a une couleur et une forme qui sont directement associées à la pochette. Tout ça est intimement lié. Je vais vous raconter une de mes premières impressions de jeune adolescent (sourire)… à propos de l’album de Pink Floyd avec une vache [« Atom Heart Mother », NDLR]. Pour moi, à l’époque, j’étais intimement convaincu que Pink Floyd avait été chercher la vache et avait pris la photo. C’était comme ça que je percevais les choses. Je ne pensais pas du tout à l’agence créative qui avait fait tout ce travail-là. Pour moi, c’était l’expression directe de l’artiste. Comme je croyais ça, c’est ce que j’ai fait ensuite. Je me suis dit qu’il fallait soigner les pochettes, que ce travail faisait partie intégrante du travail du musicien. C’est pour ça que j’ai toujours été très impliqué dans le visuel des pochettes des disques auxquels j’ai participé.

Un album est-il prêt derrière ?

Oui, absolument.

Pourquoi avoir alors fait le choix de publier un EP en préambule ?

Tout simplement parce que je trouve ce format très intéressant. Dans un premier temps, je me suis dit que j’allais publier un single ou deux titres… ça aussi finalement, c’est une question de cycle. Le single, qui avait disparu, est réapparu avec le téléchargement et l’achat au titre. Aujourd’hui, on peut sélectionner un, deux ou trois chansons qu’on aime particulièrement bien dans un album et n’acheter que ça. Du coup, ça revalorise une pratique du passé, à savoir extraire des singles d’albums. Comme ça faisait longtemps que je n’avais pas publié quelque chose, finalement, publier quelque chose d’un peu plus constant qu’un simple single était pas mal. La formule de l’EP était parfaitement adaptée. C’était en tout cas une formule intéressante permettant de présenter son travail de manière un peu découpée. Je pense que c’est une manière moderne de consommer de la musique. Avec la dématérialisation, on va pouvoir faire des albums de la taille qu’on veut. Et ce n’est pas plus mal. Le standard des dix/douze/quatorze titres est un peu en train de disparaître. Même moi, je le vois bien aujourd’hui, j’achète de moins en moins des CDs et j’achète sur l’itunes store. J’achète ma musique sur internet.

Le fait que les gens vont pouvoir morceler votre album et n’acheter qu’un titre ou l’autre et passer complètement à côté des autres, vous ne trouvez pas ça un peu réducteur ?

Non. C’est ce que je fais… (rires)

On parlait tout à l’heure de l’univers des artistes. En un titre, il est très difficile de se faire une idée sur ce que l’artiste a voulu dire et proposer. Avec quelques titres, on a déjà une idée plus globale.

Ça, de toute façon, on n’y peut rien. La proposition numérique est comme ça, il faut faire avec. Si les gens se disent qu’ils vont tout télécharger parce qu’il y a une chanson qui leur plait et qu’ils ont envie d’aller plus loin dans l’univers de l’artiste, c’est formidable. Si il n’y en a qu’une qui plait et qu’ils n’en téléchargent qu’une, ils auront au moins téléchargé celle-là. Au final, c’est l’acheteur qui décide. C’est ce que je fais aujourd’hui.

C’est un peu restrictif, parce que vous le savez comme moi, on passe souvent à côté de telle ou telle chanson quand on écoute un album. Quelques années plus tard, si on le réécoute, on se dit que cette chanson à côté de laquelle on était passé à l’époque était finalement la plus intéressante…

Vous avez raison… C’est très juste (rires). Et ça m’arrive tout le temps ! J’ai numérisé toute ma collection de disques. Et justement, pour certains d’entre eux, j’ai éliminé certaines chansons qui ne m’intéressaient pas spécialement. Et puis… en réécoutant l’album, je me rends tout de suite compte qu’il me manque la chanson 7 et la chanson 9. Et donc, je vais réécouter la chanson 7 et la chanson 9 et je me dis qu’elles étaient vachement bien… (sourire) Donc, c’est tout à fait vrai ce que vous dites… Mais là aussi, ce n’est jamais un mouvement arrêté. Si on ne retrouve que telle chanson sur un disque, on peut toujours la télécharger un peu plus tard… Mais bon… même l’achat est en train de disparaître au profit du streaming. Tout est là tout le temps en fait.

Comme vous le dites, nous ne changerons rien à la consommation de la musique aujourd’hui. Mais je me demande si quelqu’un aura un jour l’envie d’aller rechercher un titre au côté duquel il est passé quelques années auparavant, s’il n’y jamais eu accès. Je reste dubitatif et je crains que des œuvres entières ne disparaissent progressivement… même si on a accès à tout, tout le temps.

Je suis d’accord. Mais en même temps la consommation de la musique évolue tout le temps. Au début des années 60, c’était la pleine période des singles et des 45 tours.  Après, il y a eu des albums qui étaient une collection de 45 tours. Et puis, le concept d’album est arrivé au moment de « Sergent Pepper’s ». Il y avait déjà quelques concept albums, mais ça s’est officialisé à ce moment-là. Dès la fin des années 60, dans les années 70 et ensuite, il y a eu une véritable culture de l’album. Mais auparavant, les gens n’avaient pas vraiment cette culture-là. Et Dieu sait que la musique des années 60 était très intéressante et est éternelle. Les standards de pop américaine de cette époque-là sont inoubliables. Toute l’intensité que les artistes ne mettaient pas sur la longueur, il la mettait dans un single. En tête, j’ai l’exemple des Shangri-Las. C’est extraordinaire quand on écoute les Shangri-Las, les orchestrations, ce qu’ils arrivaient à faire avec les méthodes d’enregistrement de l’époque. il y avait un mélange aussi bien de bruitages, d’empilage de son que de chœurs. C’était incroyable. Ça donnait l’impression de mini-symphonies de dix minutes. C’était vraiment ça.

Concrètement, où en est-il l’album ?

Écoutez… Toutes les chansons sont écrites… depuis le temps ! (rires) Elles sont écrites et arrangées. Il faut que je finalise le mixage. Je ne sais pas quand je vais sortir ça. Peut-être en fin d’année ? Peut-être l’année prochaine ? Je n’en sais encore rien. Je n’ai encore rien en tête à ce sujet-là. Je ne peux pas vous annoncer quoi que ce soit. Mais tout est là. Je pense que  ce sera un autre versant du même ensemble.

De la scène se profile-t-elle ?

On verra. En tout cas, je fais de la musique pour faire de la scène. Donc, oui, mais il faut le temps de tout mettre en place.

Vous avez donc débuté dans les années 80. À l’époque, pas de réseaux sociaux à l’horizon… Aujourd’hui, ils sont omniprésents et pourtant, vous n’avez ni Facebook, ni Twitter…

[Daniel réfléchit longuement…] Je pense que je créerai une page Facebook un jour ou l’autre. Pour l’instant, je n’en sens pas l’obligation impérieuse. Je m’en fous un peu à vrai dire… (sourire) Je pense par exemple que c’est très intéressant d’avoir une page Facebook quand on part en tournée. On peut l’alimenter régulièrement en racontant sa tournée au jour le jour, en parlant des concerts, en publiant des photos. Mais au-delà ?… en tout cas, pour l’instant, je n’en ressens pas la nécessité. Je pense que c’est un média intéressant à partir du moment où on veut y exprimer quelque chose. Autrement, non. Juste pour vous rassurer par rapport à mon expérience de l’internet, j’ai été parmi les 100 000 premières personnes abonnées à Internet en France. Je me suis abonné en 1996. C’était galère à cette époque de charger les pages avec le modem…

Le fameux modem 56K…

(rires) Quand j’ai entendu parler de MySpace, j’étais en voyage aux États-Unis. C’était quelques mois avant que ça n’arrive en France. Pareil, j’étais là-bas quand j’ai entendu parler de Facebook la première fois. C’était là aussi bien avant que ça n’arrive en France. Je trouvais ça intéressant, mais je ne me suis jamais dit qu’il fallait que je crée une page… (sourire) Si on doit aller au fond de ma psychologie… j’ai un sens de la contradiction assez poussé.  Donc, comme tout le monde le fait… ça ne m’encourage pas à le faire ! Mais je le ferai sans doute un jour, si j’ai quelque chose de particulier à exprimer à travers ce média.

Avant de vous quitter, je ne peux pas ne pas vous poser une petite question plus précise sur Niagara, même si nous en avons parlé de temps en temps tout au long de cet entretien. Même si le propre de l’artiste est de rester en mouvement et d’avancer, reformer Niagara aujourd’hui, pour un concert ou un disque, aurait-il un sens à vos yeux ?

Écoutez, très sincèrement, je n’en sais rien… je n’ai pas de réponse à vous donner. Muriel et moi sommes toujours très proches. On reste très amis même si nous avons l’un et l’autre évolué de manière très différente. Je suis en plein dans ce que je fais aujourd’hui. Donc, je ne me pose même pas la question, si vous voulez. Là, j’ai sorti cet EP, j’ai écrit de nouvelles chansons, c’est ma voie. En tout début d’interview vous me demandiez ce que j’avais fait pendant quinze ans… Eh bien, j’ai fait de la musique, j’ai écrit des chansons. Je peux vous dire que je suis en plein dans ce que je fais.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui avec cet EP qui vient d’être publié ?

Je reste dans le même état d’esprit dans lequel j’étais avant. Je continue à écrire des chansons. Je suis dans l’état d’esprit de me demander ce que je n’ai pas essayé encore et ce que j’ai envie d’essayer…

Propos recueillis par Luc Dehon le 3 juin 2014.
Photos : DR
Site web : http://danielchenevez.fr/









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