Interview de Astonvilla

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/07/2014.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Astonvilla © Valérie Dayan

Astonvilla fête ses vingt ans d’existence en publiant un cinquième album studio, « Joy Machine » après cinq ans d’absence discographique et scénique. Nous avons été à la rencontre de Fred, le leader du groupe, qui nous expliquera pourquoi Astonvilla a marqué un break et ce qui leur a donné l’envie de se relancer dans la production d’un nouvel album. Au cours de cet entretien, nous parlerons évidemment longuement de « Joy Machine », de sa création (le texte est cette fois au centre du processus) et son cheminement, mais aborderons des sujets plus larges comme les nouveaux modèles économiques de l’industrie du disque ou le questionnement que peut avoir un groupe qui a plus de quinze ans de carrière dans les pattes et qui se retrouve un peu dans le vide du jour au lendemain… « Joy Machine » était un projet casse gueule, Astonvilla s’en sort à merveille. Rencontre.

Astonvilla, Joy MachineIdolesMag : Quand on regarde la discographie d’Astonvilla, ça fait neuf ans que le dernier album studio du groupe est sorti (« De jour comme de nuit » en 2005). Il y a tout de même eu un live en 2008. Que s’est-il passé ? Un manque d’inspiration ? Une remise en question ? Un besoin d’aller vagabonder ailleurs ?

Fred Franchitti d’Astonvilla : Ça correspond surtout à la fin d’une période où tu sais que c’est la fin d’une collaboration avec un label. C’est une période de flou dans laquelle il n’y a plus la dynamique ni l’énergie. C’est une période de laquelle tu ne sais pas trop comment te sortir. En gros, c’est ça qui s’est passé. Je ne sais pas si c’est le genre d’histoire qui peut se raconter ou expliquer autant d’années d’absence, mais en tout cas, elle justifie cette espèce de flottement où l’artiste se trouve quand il ne se retrouve plus dans la structure avec laquelle il a l’habitude de travailler. Tout s’était très très bien passé pendant des années. Mais toutes les histoires ont une fin et la nôtre a été un peu bancale. C’est donc cette période-là qui annonce le break de cinq ans qui va suivre.

Quand est-ce qu’il prend fin ce break ? Quand est revenue l’envie de repartir sur un nouveau projet ?

Vaste question… Pendant ces cinq ans, il n’y avait pas d’envie. Il y avait d’autres choses à faire que de la musique. Tu sais, faire la même chose pendant trop longtemps… ça devient pénible à la fin. C’est pour tout le monde pareil. Donc, quand tu as fait le tour de la question, il faut aller voir ailleurs et retrouver l’inspiration. Pendant ces cinq ans, il n’y avait plus l’envie. Elle est vraiment revenue il y a un an… à peine un an et demi. Au début 2013. C’est très récent. Le déclenchement ? Certainement des choses personnelles qui arrivent dans la vie… des ruptures qui font que tu prends des décisions. Ce sont des situations, ou plutôt une succession de situations, qui vont déclencher l’envie soudaine de refaire de la musique…

Il y a eu un petit changement de line up aussi.

Oui… Astonvilla, ça a toujours été un peu un groupe à géométrie variable. C’est le troisième line up. Le batteur, Greg, est là depuis douze ans. Et puis, quand j’ai retrouvé cette envie de faire de la musique, je n’avais pas envie de revenir à quatre sur scène. Je ne voulais plus du line up classique du groupe de rock, basse, batterie, guitare, chant. Je savais dès le départ que si retour il y avait, ce serait différent. Je voulais qu’on soit trois sur scène avec un musicien additionnel, qui joue un peu de la basse, des machines, des synthés, du piano, voire d’autres instruments. C’était un peu ça le cahier des charges. L’occasion était idéale de revenir avec quelque chose de différent.

L’album a été produit par votre propre structure, Twicky Records. Est-ce quelque chose que tu avais envie de faire depuis longtemps ? Ou sont-ce les problèmes que tu as rencontrés avec l’ancien label qui ont fait que tu as opté pour cette alternative ?

C’est l’addition de tout ça… Tu sais, Astonvilla a eu un destin finalement assez curieux. Notre premier album, on l’a signé dans une major, une très grosse major. Et au fil des albums, il y a eu une espèce de régression, on a signé dans d’autres labels un peu plus petits. Ce n’était pas inintéressant d’ailleurs. Après, on est arrivés chez Naïve, qui est un gros label indépendant qui a sa propre distribution. Donc, on a vécu toutes les expériences de l’industrie du disque et on a connu tous les partenaires possibles avec lesquels signer des contrats. Ou presque. On n’avait cependant jamais été autoproduits et on n’avait jamais monté notre propre label. Et puis, l’époque est aujourd’hui différente. Beaucoup d’artistes, en tout cas ailleurs qu’en France, se prennent en charge eux-mêmes. C’est beaucoup plus facile aujourd’hui d’agir de cette façon, avec notamment le crowdfunding, le participatif, et les moyens technologiques qui sont à notre disposition. Pour nous, ça a été super évident. On s’est dit que c’était bien de revenir avec un changement total. Monter Twicky Records, c’était cohérent avec notre envie.

Faire appel aux fans, justement, est-ce que ça a été une évidence dès le départ pour toi ?

Pas du tout. Mais pas du tout… Parce qu’après une longue absence, tu ne sais pas qui est encore là. De l’eau a coulé sous les ponts comme on dit. Tu te fais vite oublier dans la musique, l’air de rien. Quoiqu’il en soit, on savait dès le départ que ça prendrait un peu plus de temps, que ça ne reviendrait pas comme ça juste en claquant des doigts et que ça demanderait beaucoup de patience. On le savait. La composition, l’écriture, l’enregistrement, le montage du label, la création du site, qui était d’ailleurs très très importante parce que c’est à travers lui que tout va circuler et tout va transiter… tout ça, on savait très bien que ça allait prendre un tout petit peu de temps. Le nouvel album d’Astonvilla, c’est probablement le premier qui en augure d’autres à venir.

Mis à part l’artistique, comment abordes-tu « l’intendance » ? Le marketing, la gestion, etc…

Déjà, c’est intéressant de s’y frotter. Mais il faut bien se rendre compte que quand on monte une telle structure en tant qu’artiste, il faut savoir s’entourer. Et bien s’entourer. Il te faut une équipe solide à tes côtés parce que tu ne peux pas tout faire. Ce n’est pas possible. Tu ne peux pas écrire, composer, chanter, produire, monter un site, programmer, etc… Donc, il y a toute une équipe autour du groupe, de fidèles collaborateurs de longue date. Il faut quelqu’un qui s’occupe du juridique, un webmaster, un réalisateur, un photographe, quelqu’un qui gère le marketing, un tourneur… il ne faut pas oublier le tourneur, c’est un partenaire important… Donc, on n’est pas seuls non plus. Il faut bien le comprendre. Et c’est très important. On a besoin de se sentir épaulés pour monter un projet comme celui-là. Et puis, c’est réconfortant d’entraîner tous ces gens dans cette aventure avec toi. Savoir que des gens te suivent et t’aident dans ce projet, ça te porte. Inévitablement. Donc, voilà, on n’est pas tout seul. Et c’est très bien. Dans l’équipe, on doit être une dizaine. On a notre propre manager, etc… C’est assez schizophrénique et c’est vachement intéressant. Mais on ne peut pas  tout gérer. Et heureusement, quelque part ! La prise de décision, elle se fait collectivement. On est tous derrière chaque étape. Donc, ce n’est pas quelque chose d’ingérable. Il faut s’organiser. Et puis, comme je te le disais, c’est aussi intéressant. Il y a aussi la notion de liberté qui va avec tout ça. Et la liberté… c’est vital pour un artiste !

Personne ne peut t’imposer quelque formatage que ce soit. Tu es ton propre patron.

Voilà. C’est ça. Mais il y a tout de même des réunions et des points de divergence entre les différents protagonistes. Mais c’est très bien. C’est aussi ce qui fait avancer. Finalement, on fonctionne comme un label… un petit label ! (sourire) On a vécu ces expériences, les réunions de promo et ce genre de choses, même si on en était un peu détachés puisque nous avions un management. Là, aujourd’hui, être impliqué et concerné, c’est formidable. Tu ne peux pas dire que tu es un artiste impliqué et concerné si tu ne t’occupes de rien, ou juste de faire ta musique ! Ne faire que ta petite musique n’a finalement pas grand intérêt.

Astonvilla © Valérie Dayan

Monter son propre label est devenu l’une des alternatives pour exister artistiquement.

Exactement. Je viens de découvrir… enfin, parce que je ne m’y étais pas plus intéressé que ça (rire)… que Beyoncé et Jay-Z sont des artistes indépendants depuis quinze ans ! Eh bien voilà… le système a donc fait ses preuves ! (rires) Après, c’est distribué par je-ne-sais-qui, mais bon, ils sont complètement indépendants. Nous aussi, on est distribués par Sony. On ne peut pas non plus créer son propre réseau de distribution. Ce n’est pas à la portée de tout le monde. Il faut se servir des forces de l’industrie du disque.

Revenons à l’artistique… Il y a donc un an/un an et demi, quand la machine s’est remise en route, quelles étaient vos envies à tous les trois ? Vers quoi vouliez-vous aller ?

On voulait avant toute chose aller vers quelque chose de spontané et d’immédiat. Les cinq ans de pause m’ont appris ça. J’ai côtoyé de jeunes artistes dans le sud. Je suis le manager d’un groupe qui s’appelle Dissonant Nation, un groupe garage rock, un trio d’une vingtaine d’années. Ces gars-là m’ont épaté par leur spontanéité, le caractère urgent de leur musique, leur attitude, leur façon d’être… et donc, je me suis demandé comment, avec vingt ans d’expérience, retrouver cette virginité ? Ça, c’était intéressant. Et donc, ce qui a changé avant tout, c’est que je voulais procéder différemment de ce qui avait été fait sur les albums précédents. Donc, là, on est partis des textes. C’est une grande première pour moi. À partir des textes, on a concocté un univers très rapidement. Ça a pris trois ou quatre mois. Ce qui fait que faire la musique des chansons a pris très peu de temps finalement. Donc, par ce biais-là, j’ai retrouvé cette spontanéité et cette immédiateté qui font que tu ne passes pas des semaines ou des mois sur certains titres à te demander si c’est la bonne version, les bons arrangements ou le bon tempo. On l’a fait parfois sur certains titres, mais ça n’a pas été une généralité. La plupart des chansons ont été créées très très rapidement. Par exemple, le premier titre, « Roule vite », on s’est retrouvés pour faire les premiers sons et tout a été très vite. Avec des bribes de texte, en une après-midi la chanson était née. On s’est dit « si le minimum c’est ça, allons-y ! » On ne voulait pas faire un album de plus. Notre démarche n’était pas là.

C’est donc le texte qui a dicté l’album.

Oui. Et d’ailleurs, les premiers retours qu’on a vont dans ce sens. Même si ce n’est pas perceptible pour un auditeur lambda, il y a cette chose en plus qu’on ne retrouvait pas sur les chansons des albums précédents. Ça vient des textes.

La voix a été clairement beaucoup plus mise en avant sur le mix. L’interprétation aussi s’est pas mal étoffée…

Ça faisait vraiment partie de l’envie qu’on avait tous. On voulait utiliser ma voix de crooner… qu’on n’avait jamais utilisée sur les albums précédents. On voulait vraiment la mettre en avant sur cet album. Donc, on l’a mise en avant dans les mixes, elle est plus grave qu’avant, et je n’ai plus du tout la même façon de chanter qu’auparavant. Ça n’a strictement plus rien à voir. Je n’avais plus envie de faire le chanteur, je l’avais assez fait auparavant ! (rires) Je m’étais fait extrêmement plaisir sur « De jour comme de nuit », et là, j’avais envie d’expérimenter d’autres façons d’interpréter les textes. Je voulais me laisser me mettre en scène d’une manière différente. Donc, tous ces petits détails, qui n’en sont pas au final, font qu’il y a quelque chose de bien particulier et de différent par rapport aux albums précédents.

L’ambiance est effectivement très différente. Je ne peux pas dire que les textes sont plus soignés, mais ce qui est certain, c’est qu’ils se détachent nettement plus et qu’ils captent l’attention immédiatement.

Tu peux dire plus soignés, parce que c’est le cas. J’ai envie de dire que cette fois-ci, les textes sont moins prétextes… (sourire)

Ça reste l’univers d’Astonvilla, pas de soucis. Mais avec ce petit quelque chose en plus.

Je suis ravi que tu fasses cette remarque. Et elle va dans le sens de ce que j’entends depuis plusieurs semaines. J’en suis très content parce que voir que les autres ont perçu notre façon de procéder. C’est gratifiant, quelque part.

Comment Laurent Jaïs (Soan, Emma Shapplin, Twin Twin) est-il arrivé sur le projet ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de bosser avec lui ?

Ça vient du troisième membre d’Astonvilla, Tonio, qui est le backliner du groupe depuis dix ans… C’est rigolo d’ailleurs la filiation parce qu’il a connu tous les autres guitaristes, tous les plans et tous les sons des anciens titres. Bref, Tonio est devenu ingénieur du son au Studio Davout. Laurent est son mentor. Tonio a d’ailleurs pris une Victoire de la Musique en tant que coréalisateur sur l’album world d’Amadou & Mariam en 2013. En plus, géographiquement, le Studio Davout est juste à côté d’où nous avons notre QG, donc c’est bien pratique. En plus, c’est un des plus vieux studios parisiens. Il a un style particulier. Pour nous, il y avait tout le confort de travail dont nous rêvions. Et puis avec Laurent, on se connaissait depuis longtemps mais nous n’avions jamais travaillé ensemble. Il n’a pas réalisé l’album, c’est nous qui l’avons réalisé, il s’est positionné en tant qu’ingénieur du son. Pour la partie mixage de l’album, c’est Yann Arnaud qui s’en est occupé. Il a su sublimer nos chansons. Il a su leur apporter vraiment quelque chose en mixant… Il a mis en avant des choses que nous, nous mettions en retrait. On voulait être surpris, on l’a été. Il a en tout cas su répondre à notre demande.

C’était assez casse gueule de revenir sur le devant de la scène après autant d’années d’absence. Et où vous avez, à mon sens, réussi votre pari, c’est que vous avez su garder l’essence d’Astonvilla, tout en allant clairement vers d’autres terrains. Vous avez pris des risques qui se sont finalement avérés payants. Et ce qui est dingue, c’est que vous avez presque tout mis en standby pendant cinq ans…

En fait, c’est le cheminement de la réflexion et de notre questionnement. Parce qu’il ne fallait pas s’éterniser sur ces questions. Moi personnellement, pendant ces cinq ans, je n’ai quasiment pas fait de musique. J’ai dû faire trois ou quatre chansons, c’est-à-dire rien du tout. Donc, la démarche de cet album est vraiment une démarche psychologique. Et quand j’entends ce que tu viens de me dire, je me dis que ça valait franchement le coup de prendre ce recul, de se nourrir d’autres choses et d’analyser les choses différemment. C’était aussi une façon d’attendre que l’industrie du disque bouge un peu et propose quelque chose de nouveau. Et essentiellement au niveau du modèle économique.

Astonvilla © Valérie Dayan

Ça n’a pas vraiment bougé…

(sourire) C’est ce que j’allais dire… rien n’a vraiment été proposé ! L’industrie du disque a encore un pied dans l’ancien modèle et l’autre dans un modèle nouveau qui n’existe pas vraiment. Ce qui fait qu’il y a aussi ce défi à relever de proposer une alternative. Ça prend toujours du temps de faire un travail sur soi, donc, nous on a pris ce temps. On n’a pas rien fait, on a pris du temps ! C’est devenu rare de nos jours… On fait tout très, parfois trop, vite…

Et en faisant les choses vite, on les fait souvent mal. Et on produit du vent…

La musique, c’est du vent aussi entre nous ! (rires)

Je suis d’accord avec toi, mais là, le vent, vous l’avez tout de même bien matérialisé : il y a un CD crystal, un digipack et un vinyle. Ce n’est pas que du vent…

(rires) Même si aujourd’hui, notamment en France, le fétichisme ne fait pas l’unanimité, on n’est pas dans un pays qui s’attache à l’objet, il y a quand même une partie du public qui a besoin d’avoir entre ses mains un CD ou un vinyle. On fait partie aussi d’une génération qui consomme la musique encore autrement, même si on achète moins de disque…

Es-tu détaché de tout ça ?

Ça ne me pose pas de problème de considérer que la musique reste du vent, mais en même temps, je reste attaché à l’objet. En tant qu’artiste, voir l’objet à la fin du processus dans tes mains, ça le concrétise. Il existe enfin. Tu peux le poser sur une table, le ranger dans ta discothèque, feuilleter le livret… ce n’est pas rien. C’est important.

Dis-moi un peu un mot sur le visuel de l’album. Qu’est-ce qui t’a plu dans le travail de Renaud Marion et notamment dans sa série « Air Drive » ?

Je n’ai pas été chargé de concevoir la pochette, et notamment par rapport à l’équipe dont je t’ai parlé tout à l’heure. Celui qui s’occupe de ça nous a proposé le travail de Renaud Marion. Tout de suite, ça a fait l’unanimité. J’ai contacté Renaud Marion. Il m’a dit qu’il avait entendu parler de nous, qu’il n’était pas vraiment fan, mais qu’en revanche il était très admiratif de la démarche du groupe et de son parcours. L’idée le branchait complètement et il trouvait que cette série collait très bien à notre image. Il m’a dit « je suis fier de participer à ma façon à ce projet »… C’est donc une photo qui a fait le tour du monde, puisque cette série de photos « Air Drive » a été primée à travers le monde. Et c’est rigolo, parce que nous, ça correspondait aussi à notre démarche. Quand on a commencé à composer les chansons, on voulait faire des « drive songs ». Beaucoup de gens aiment écouter de la musique dans la voiture, ça procure des sensations différentes. La perception est différente que quand tu écoutes de la musique dans ton salon ou au boulot. Dans une voiture, on est pleinement concentré et ça provoque des sensations différentes. Donc, « Air Drive » et « Drive Songs », ça correspondait bien. On n’a pas tergiversé très longtemps pour choisir la pochette.

Tout à l’heure, on parlait des nouveaux modèles économiques de la musique… Aujourd’hui, les gens peuvent morceler ton album et ne télécharger qu’un morceau ou l’autre. Est-ce que ça te pose un problème ?

Pas du tout ! Quand les artistes proposent des albums, très souvent il y a beaucoup trop de titres. C’est devenu très très rare de nos jours d’écouter un album avec un gros pourcentage de titres qui me plaisent. Je trouve qu’aujourd’hui, c’est délicat. Il y a vingt ou trente ans, on avait des vinyles de huit ou dix titres et c’était différent. Il y avait plus de qualité, je trouve. D’où notre envie de faire un album avec seulement dix chansons. Quitte à produire plus de chansons, autant que ça devienne un deuxième album. Et c’est d’ailleurs ce qu’on fait et ce qu’on est en train de préparer. Donc, pour en revenir à ta question, non, ça ne me dérange pas de savoir que les gens vont pouvoir télécharger pour 0.99€ ou 1.29€ un titre et pas l’autre. Bien au contraire. Ça correspond à l’époque, tout simplement. Les gens construisent leur propre playslist, ils y mettent ce qu’ils veulent, et ce n’est pas plus mal. Et puis, tu sais, à la limite, si on fait partie d’une playlist avec plein de grands artistes… c’est plutôt gratifiant aussi ! Donc, il n’y a aucune frustration de ce côté-là, bien au contraire. De toute façon, ça fait partie de la manière de consommer de la musique aujourd’hui. Donc, on s’adapte !

Te demander si tu préfères une chanson à une autre n’aurait pas grand intérêt, mais y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas à ce que la chanson raconte forcément, mais plutôt à quelque chose qui se serait passé autour d’elle, pendant sa création ou son enregistrement…

Il y en a plusieurs, mais je pense à une en particulier, c’est « Badminton ». Un soir, on était cinq/six et après une bonne soirée bien cool, on s’est mis à jouer « Badminton ». Le lieu était vraiment très grand, on s’est mis à trois de chaque côté de la pièce et on a chanté « Badminton ». C’était tout de même génial de faire ça. Voilà la petite anecdote sur « Badminton ». Mais il y a d’autres titres pour lesquels je pourrais avoir de la tendresse ou une attention particulière… J’aime bien « Je cultive » aussi…

Et pourquoi ?

Il y a un beau jardin dans cette maison dont je viens de te parler… avec des plantes diverses et variées assez nombreuses. Et ça correspond à bien à l’état d’esprit de ce titre. Il a d’ailleurs une autre version musicale, qui n’a finalement pas été retenue. Là, on est partis d’un texte qui préexistait et qui a été un peu réarrangé une fois que la musique a été trouvée. Donc, j’ai beaucoup de tendresse pour cette chanson, pas tant pour ce qu’elle raconte, à la fois c’est un message assez positif et l’interprétation n’est pas du tout pleurnicharde ou quoi que ce soit, mais pour ce qu’elle est. Je ne voulais d’ailleurs pas que les titres de prime abord estampillés ballades ou mélancoliques soient plombant ou déprimants à l’écoute. C’était vraiment une de mes envies. J’aime beaucoup aussi « Tant de choses » ou « Le Baiser »…

Ce sont des petites anecdotes autour des titres qui sont évidemment des détails, mais qui finalement permettent d’éclairer le titre d’une autre manière.

C’est vrai… On a toujours un peu plus de tendresse pour tel ou tel titre. Il y a des titres qui parlent notamment de rupture ou de rencontre, ou le moment entre les deux… qui est finalement un passage à vide pas forcément désagréable à vivre. Toutes les chansons de cet album me touchent quand j’y pense. J’ai un attachement particulier pour chacune d’entre elles. Ce n’était par contre pas le cas sur les albums précédents où j’avais mes titres préférés. Tu m’as posé la question différemment, et je t’en remercie parce que je n’ai pas de chanson préférée sur cet album. Et j’en suis content.

En même temps… il a été mûri cet album !

(éclats de rire) On peut le dire !! Mais c’est ce qui fait que même en tant que conspirateur de son écriture et de sa composition, je prends encore du plaisir à l’écouter aujourd’hui. Je n’éprouve pas de lassitude. On pourrait être soulagé quand l’album sort et se dire qu’on va pouvoir passer à autre chose. Mais là, ce n’est pas trop le cas. Et c’est un sentiment assez nouveau pour moi. Je ne sais pas comment te l’expliquer, d’ailleurs il n’y a pas grand-chose à comprendre… (sourire) mais c’est une sensation qui fait que la fraîcheur est toujours là quand je l’écoute. Je ne l’écoute pas tous les jours, il ne faut pas déconner non plus (rires). Mais comme on en parle beaucoup ces temps-ci, évidemment, ça tourne un peu à droite et à gauche. J’aime bien le côté surprenant de cet album. Même moi, je suis encore surpris de temps en temps, je découvre encore des petits trucs. Il y a aussi des choses qui ne me plaisent pas forcément et qu’on aurait pu améliorer… mais ça, ça fait partie du truc !

Avant de te quitter, j’aimerais évoquer un instant la scène… la tournée vient de s’arrêter [Fred a été victime d’une rupture du tendon d’Achille, NDLR]. Comment vas-tu ?

Je suis un peu dépité effectivement… C’est un petit accident de scène ! Ce n’est pas la grande marrade, il faut que je prenne mon mal en patience. Je ne m’attendais pas du tout à avoir ce genre d’accident… Personne ne s’y attend jamais, vas-tu me dire ! (rires) Disons que ça ne tombe pas trop mal dans le sens où nous n’avions pas de grosse tournée cet été. Ça aurait été nettement plus gênant si ça s’était produit à l’automne qui arrive où là, on a une grosse tournée qui démarre. J’ai vraiment hâte d’être le 5 septembre pour la première date. Ce sera au Noirmont en Suisse. Là, on a fini une série de dates de retrouvailles avec le public. On a notamment joué à l’Alhambra en avril dernier. C’était assez magique. C’était merveilleux. Vraiment… il y avait beaucoup d’émotions. Là, l’expérience m’a beaucoup servi. Il a fallu que je m’appuie dessus. Aujourd’hui, j’ai une réelle décontraction… tout en ayant le trac de monter sur scène. Mais dès l’instant où le show commence, où il va falloir communiquer avec le public, il y a une vraie décontraction qui s’installe. Ça se passe de manière très naturelle.

Est-ce que ça a toujours été le cas ?

(sourire) Auparavant, c’était plutôt… disons que ce n’était pas évident ! Tout le monde va te dire que c’est génial de monter sur scène, qu’il n’y a rien de tel… Moi, je n’ai jamais été vraiment content de moi. Mais là, avec ce retour et ce nouvel album à défendre sur scène, j’éprouve de la joie et du plaisir. Vraiment ! Et aussi avant et après ! Alors que ce n’était pas évident pour moi avant… là, il y a une joie qui plane autour de tout ce retour. J’en suis ravi. Et d’ailleurs, j’en suis plutôt fier de cet album.

Propos recueillis par Luc Dehon le 2 juillet 2014.
Photos: Valérie Dayan, DR

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Site web :
http://www.astonvilla.org/
Facebook :
https://www.facebook.com/astonvillaofficiel









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