Interview de Cantinero

Propos recueillis par IdolesMag.com le 17/06/2014.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Cantinero, La Roue Tourne

Après la sortie d’un premier titre qui a reçu un accueil très favorable en radio et en télé (« La roue tourne »), le tandem Cantinero a publié le 9 juin dernier son premier EP. Nous avons été à la rencontre de Karim et Brice afin d’en savoir plus sur ce projet qui tire un trait d’union entre deux cultures différentes : la culture urbaine et celle des grands espaces américains, celle des road movies. Au cours de cet entretien, Karim et Brice nous confirmeront que le cinéma (et notamment celui de Sergio Leone et de Tarantino) est l’une de leurs influences majeures. Ils nous parlerons également de leurs nombreux projets et pourquoi ils ont décidé d’aller aujourd’hui vers un son un peu plus électrique et moins acoustique…

IdolesMag : Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

Karim : En fait, on avait des amis musiciens en commun. On était chacun dans nos projets respectifs. Brice arrive de la folk et moi du hip hop. Honnêtement, à la base, c’était vraiment pour nous amuser. On a commencé par un titre, puis deux… Et puis, on a abouti sur un album !

Vous meniez donc chacun d’autres projets auparavant.

Karim : Oui. Moi, j’avais mon projet solo dans le hip hop. J’avais aussi un groupe de rap avec des musiciens. Brice, lui, était sur son projet solo dans la folk.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ensemble puisque vous venez de deux univers très différents ?

Karim : L’air de rien, on a pas mal d’influences communes. Je pense à des groupes comme Calexico, à Beck… ce genre de choses. On s’est donc retrouvés un peu là-dessus à vouloir faire la même chose au même moment. C’est ce qui a fait que nous nous sommes retrouvés à ce moment-là.

Brice : Comme te l’a dit Karim, au départ, c’était vraiment pour le fun. Les groupes dans lesquels on évoluait l’un et l’autre étaient arrivés presque à leur terme. Comme c’était fini, on a eu envie de recommencer quelque chose tous les deux. Et ça a mis tout de même pas mal de temps...  un an presque… avant que ça ne passe du statut d’idée à un vrai groupe.

Dedicace de Cantinero pour IdolesMag

Comment avez-vous choisi le nom du groupe, « Cantinero ». C’est un barman en espagnol, je pense. Est-ce que ça a un quelconque rapport ?

Karim : (rires) Oui ! En fait, quand on s’est rencontrés, moi j’étais barman à l’époque. Nous nous sommes rencontrés dans un bar. Donc « Cantinero » nous a paru naturel comme nom de groupe.

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré David Salsedo (Silmarils, Superbus) ? Le connaissiez-vous déjà depuis longtemps ?

Karim : Je l’ai contacté via MySpace à l’époque. Il a bien voulu écouter nos maquettes. Un peu plus tard, on a fait sa première partie au Nouveau Casino. Et là aussi, pareil, ça s’est fait naturellement sur deux ans. Il nous a d’abord suivis de loin, puis au fil du temps, de plus en plus près, il nous a invités à entrer en studio, ce qui nous a permis de faire des chansons plus abouties. Il a décidé de nous produire et de nous aider très sympathiquement.

Qui amène quoi dans le tandem ? Comment bossez-vous l’un avec l’autre ?

Karim : Concrètement, généralement j’arrive avec une idée ou un texte. Brice, lui de son côté, amène quelques accords et ça commence comme ça. Soit on s’enferme une journée en studio et chacun expose ses idées, soit l’un ou l’autre arrive avec un texte ou une compo construit et l’autre bosse dessus par après. Il n’y a pas vraiment de règle.

Brice : C’est ce que j’allais dire, il n’y a pas vraiment de formule toute faite.

Qu’est-ce qui vous inspire tous les deux plus précisément ?

Karim : Moi, clairement, c’est le cinéma. Ça part souvent d’une ambiance de ciné, que ce soit une scène, un dialogue ou même un titre de film. Souvent, ça part de là.

Brice : Moi aussi, le cinéma me nourrit beaucoup. On s’est beaucoup retrouvés là-dessus avec Karim. J’aime par exemple beaucoup tout ce qu’a pu faire Ennio Morricone. Je m’inspire souvent de ce qu’il a pu faire. Et comme Karim a à peu près le même fonctionnement que moi à ce niveau-là, ça colle parfaitement.

Cantinero © Shei Tan

Vous mettez-vous parfois des barrières sur les thèmes que vous abordez ? Refusez-vous d’aborder certains sujets peut-être plus sensibles que d’autres ?

Karim : Je ne me mets pas de barrière dans le sens où si je n’ai pas envie de parler d’un truc, je n’essaye pas d’écrire dessus. J’écris ce qui vient et ce que j’ai envie de dire. Donc, non, aucune barrière.

Écris-tu depuis longtemps ?

Karim : Ça commence à chiffrer, oui… J’ai commencé à écrire à l’âge de quinze ans, quelque chose comme ça. J’ai commencé par le rap… c’était plus facile pour moi parce que je n’étais pas musicien. Ce sont donc des lyrics à la base. Et puis, le cerveau, on dit souvent que c’est un muscle, il faut donc que j’écrive souvent pour l’entretenir. En même temps, c’est un réel besoin.

Es-tu tenté par un format plus long que celui de la chanson ?

Karim : Oui, j’écris aussi des nouvelles. J’écris aussi des chansons pour les autres. C’est un réel besoin. C’est un exercice quotidien.

Et toi, Brice, depuis quand composes-tu ?

Brice : Depuis toujours… ou presque ! J’ai grandi dans une famille de musiciens. Tout le monde fait de la musique dans ma famille !! Du coup, j’ai envie de te dire que j’ai grandi avec une guitare dans les mains. Ça fait vraiment partie de ma vie.

Cantinero © Shei Tan

J’ai envie de dire qu’il y a une certaine forme de fatalisme, à la limite du désabusement, dans vos chansons, mais que vous gardez toujours une porte ouverte. Êtes-vous d’accord avec moi ? Êtes-vous l’un et l’autre un peu comme ça dans la vie ?

Karim : En tout cas, moi, je me retrouve complètement dans ce que tu viens de dire. Je suis un peu désabusé. Les chansons qui sont sur cet EP sont comme un bilan, ce n’est pas forcément très très optimiste. Disons que c’est un état des lieux.

Il y a un paradoxe assez intéressant dans cet EP, on y trouve quelque chose de très urbain, et en même temps quelque chose qui rappelle les grands espaces, les road movies. Est-ce quelque chose qui était déjà présent à vos débuts ou qui s’est dessiné avec le temps ?

Karim : Je pense que ce paradoxe dont tu parles est là depuis le départ. Tu sais, j’adore des gens comme Johnny Cash. J’aime les gens qui ont une vraie histoire et un vrai vécu, les gens un peu cabossés qui ont quelque chose à raconter. Et puis, cette idée des grands espaces, je pense que ça vient de Brice qui a amené sa couleur. C’est quelque chose qui est naturellement présent dans sa musique. Et moi, dans mes textes, on retrouve ce côté plus urbain. Le mélange s’est fait comme ça de lui-même.

Vous m’avez dit tout à l’heure que le cinéma était l’une de vos grandes sources d’inspiration. Pouvez-vous me dire un petit mot sur le clip de « La roue tourne », qui a un côté très « tarantinesque » finalement… Qui en a eu l’idée ?

Karim : C’est HoBo & Mo Jo qui ont réalisé le clip. Ils nous ont proposé trois scenarii et on a choisi celui-là avec les masques… C’est vraiment l’idée qu’on avait en tête, même si elle ne vient pas de nous. Tout ce côté tarantinesque, c’est ce qu’on avait envie de montrer. Surtout pour une présentation et une première chanson. C’était magique, ce tournage.

Où a-t-il été tourné ?

Karim : Aux États-Unis, en Californie plus précisément.

Est-ce qu’il a fallu batailler avec la maison de disques pour avoir le budget pour aller aux États-Unis ? C’est tout de même pas mal pour un premier clip…

Karim : C’est clair. Mais non, il n’a pas fallu batailler. Pas du tout. On nous a fait cette proposition et nous, on l’a acceptée tout de suite. Pour moi, c’était un peu un rêve de gosse… Tourner un clip à Los Angeles, ce n’est quand même pas donné à tout le monde. Brice, lui, connaissait bien la région puisqu’il est de là-bas. Moi, c’était la première fois que j’y allais, donc c’était magique.

Une anecdote ?

Karim : Oh… je me suis cassé le bras sur place ! Sinon, rien de spécial… (éclats de rire)

Un clip est-il en préparation pour « Je suis ton homme » ?

Karim : Oui. Très sincèrement, là on a pris un peu de retard parce qu’il y a avait quelques soucis de faisabilité au niveau du scenario. On est donc en train de retravailler dessus en ce moment.

Le visuel semble assez important pour vous…

Karim : C’est clair ! Comme beaucoup de nos idées viennent du cinéma, on aime bien mettre nos mots et notre musique en image. L’image renforce le discours quelque part.

Brice : Si on pouvait tourner un clip par chanson qui figure sur l’album… ce serait vraiment nickel pour nous. Ce serait un rêve. Même pour des chansons qu’on sait qu’on ne clippera jamais, on s’imagine plein de trucs… (sourire)

« La roue tourne » a reçu un accueil plutôt super favorable en télé et en radio. Qu’est-ce que ça vous a fait ? L’aviez-vous anticipé ? Vous attendiez-vous à un retour aussi rapide ?

Karim : On ne peut pas vraiment être objectifs là-dessus. Par contre, quand j’ai vu le clip pour la première fois à la télé, ça m’a fait quelque chose. Je l’ai trouvé très beau. J’en étais très fier. Après, l’accueil, on ne peut jamais savoir ce qui va arriver… Comme il n’y avait pas de calcul… on n’a jamais vraiment anticipé les choses. Tu sais, « La roue tourne », elle est née dans une petite chambre et puis elle a fait son chemin jusqu’en radio. Pour nous, déjà ça, c’était un super cadeau. Après, bien évidemment que le retour soit positif, ça fait extrêmement chaud au cœur. Il n’y en tout cas jamais eu de calcul. C’est que du bonus… (sourire)

Avant de parler de la suite et de ce qui va arriver à la rentrée, j’aimerais évoquer un instant les covers que vous avez publiées sur le net. Il y en a donc une de Brigitte (« Battez-vous ») et une de Biolay (« La superbe »). Comment et pourquoi avez-vous choisi ces deux titres ? Y a-t-il une raison particulière ?

Karim : Pour la chanson de Brigitte… on aimait le clin d’œil. Brigitte est un duo féminin, donc, qu’un duo de garçons reprennent leur chanson, on trouvait ça plutôt marrant. On a changé totalement la couleur du titre. C’était assez intéressant. Après, en ce qui concerne Biolay, c’est un artiste que je respecte beaucoup. Au niveau de l’écriture, je suis assez fan. Et cette chanson en l’occurrence est magnifique. De toute façon, je pense qu’on aurait pu reprendre n’importe quelle chanson de Biolay que ça m’aurait touché.

L’exercice de la cover vous plait-il ou est-il un passage obligé pour un jeune groupe ?

Karim : Honnêtement, on a fait ces deux covers pour nous faire plaisir. Ce n’est pas du tout un truc qu’on fait habituellement. On les a insérées dans le set juste pour se faire plaisir. On n’est pas des habitués. On en a fait deux, et voilà, je ne sais pas s’il y aura une suite…

Par contre le EP va, lui, avoir une suite à la rentrée… Quelle suite justement allez-vous lui donner ? Plutôt un deuxième EP ou un album ?

Karim : C’est encore, en toute honnêteté, un grand point d’interrogation. A priori, c’est l’album à l’automne, mais je ne sais pas… je touche du bois. Si c’est un EP, ce sera un EP. Nous, ce qui nous importe, c’est de produire de la musique. Le plus important, c’est le live. Rencontrer les gens, c’est vraiment important. On vit un peu au jour le jour.

Finalement, le concept d’album veut-il encore dire quelque chose pour vous ?

Karim : J’ai grandi avec le concept de l’album de dix/douze chansons qu’on tient dans les mains. Mais c’est vrai que la mode est à l’EP aujourd’hui. Et je pense que ça ne me dérangerait pas de publier plusieurs EP, ça permet de se renouveler à chaque fois et de coller à l’instant présent. Tout va tellement vite aujourd’hui que finalement le EP est probablement le format le plus judicieux.

Et toi Brice, qu’en penses-tu ?

Brice : J’ai un vrai attachement au format album. J’écoute beaucoup de groupes des années 70 et ils essayaient vraiment de construire une histoire musicale à travers le concept d’album. C’est aussi un peu notre démarche. Le EP est aussi un format intéressant, il permet surtout de publier des chansons plus régulièrement. En fait, ce ne sont pas des questions qu’on se pose aujourd’hui. On y va plutôt au feeling.

Allez-vous rapidement sur scène avec vos nouvelles compos ?

Karim : Ah oui ! On les teste très rapidement. Dès qu’on en a enregistrée une, on va la tester en live.

Brice : C’est super important d’avoir le retour du public. On peut aller presque deux jours après la création d’un titre sur scène avec juste pour voir la réaction du public. Ça nous permet aussi de voir ce qu’on peut améliorer sur le titre parce qu’au final, il n’y a pas de meilleur juge que le public.

Quand vous travaillez sur une chanson, pensez-vous rapidement à sa faisabilité sur scène ?

Karim : On y pense de plus en plus en réalité. Au début, on a eu tendance à utiliser beaucoup de guitares et beaucoup de cordes. Et en live… c’est un peu compliqué. Donc là, on y pense vraiment en amont.

Des scènes se profilent-elles cet été ?

Karim : On va faire quelques festivals, et notamment le 4, on va partager la scène avec les Fatals Picards en Auvergne. Il y a pas mal de trucs qui se profilent.

Cantinero © Shei Tan

Projetez-vous Cantinero dans le futur, à cinq ou dix ans ?

Brice : Très sincèrement, dans cinq ans, je me vois toujours faire de la musique avec Karim. C’est vraiment une passion. Donc, oui, on y pense. On ne fait pas forcément de plans sur la comète, on ne calcule pas les choses, on y va un peu comme ça. Le plus important, c’est qu’aujourd’hui on fait ce qu’on a envie de faire, on fait les chansons qu’on a envie de chanter sur scène… On ne se pose pas plus de questions que ça, bien qu’on ait l’un et l’autre des rêves et des ambitions.

Karim : Tu sais, on est potes avant toute chose. On fait de la musique ensemble parce qu’on aime ça et qu’on aime être ensemble. À l’avenir, on aura peut-être envie de faire d’autres choses ? Pourquoi pas ? Et même tant mieux quelque part ! En tout cas, aujourd’hui, on a vraiment envie de continuer dans cette direction. On écrit aussi pour les autres.

Musicalement, comment pensez-vous évoluer ?

Karim : Là, avec Cantinero, on essaye de trouver une couleur. Et donc, il ne faut pas trop s’en détacher non plus. Mais, comme on écrit pour d’autres artistes, ça nous ouvre d’autres univers musicaux. Là, on est en studio actuellement, on bosse sur de nouvelles chansons. Ce qu’on fait actuellement est un peu plus rock, plus brut. Donc, il y a de nouvelles choses qui arrivent. C’est un peu plus brut, il y a moins de ritournelles acoustiques. Cantinero a branché les guitares ! (rires) En fait, on simplifie le sujet. Avant, on avait beaucoup de guitare acoustique et maintenant, on simplifie les choses.

Brice : C’est une décision qui est venue assez naturellement au fil des lives. On s’est rendu compte que ce qui fonctionnait le mieux en concert, c’étaient les chansons qui tendaient un peu plus vers le rock. Du coup, naturellement, on va plus vers ça maintenant. Bien entendu, on garde des couleurs plus acoustiques sur certaines chansons, mais les nouvelles chansons ont été écrites à la guitare électrique alors qu’au départ, on était toujours partis sur des guitares acoustiques et des voix intimistes.

Propos recueillis par IdolesMag le 17 juin 2014.
Photos : Shei Tan, DR
Site web : https://www.facebook.com/CantineroOfficiel?fref=ts









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut