Interview de Fragile

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/06/2014.
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Fragile - DR

Fragile publie « Smile(s) » le 9 juin, un EP de six titres plutôt pas mal fichus et prometteurs chantés en français et en anglais. Nous avons été à la rencontre de David afin d’en savoir un peu plus sur ce projet finalement assez énigmatique qui se développe depuis quelques années. Qui est Fragile ? Éléments de réponse…

Fragile, Smile(s)IdolesMag : Qui est Fragile ? Un projet solo ? Un binôme ? Un collectif ? C’est un peu énigmatique tout ça…

Fragile : Je crois que le terme énigmatique, je l’ai entendu à chaque interview… et en même temps c’est vrai. Tout dépend d’où on se place dans le temps par rapport au projet. Je ne vais pas me dérober à la question, mais aujourd’hui si tu veux savoir qui est Fragile, je dirais que c’est huit personnes dans un camion qui vont jouer. Tandis qu’hier, avant-hier ou il y a quelques semaines, c’étaient deux personnes qui écrivaient et composaient. Donc, dire que c’est un collectif, c’est un peu trop. Je dirais plutôt que c’est un projet participatif porté par deux personnes pour résumer.

Quand Fragile est-il né ?

Sous sa forme actuelle… je ne sais pas. C’est pareil, c’est un peu compliqué de répondre à ta question, les textes étant un peu autobiographiques… J’écris depuis très longtemps. Donc, on pourrait remonter à l’enfance, dire que les premiers textes sont nés à cette époque et qu’ils ont été posés sur des instrumentaux de manière complètement aléatoire avec un ami. Ça pourrait être la naissance du projet. C’est donc pareil, tout dépend d’où on se place dans le temps. Sur scène… le premier disque, la première maquette et toutes ces choses-là. Et comme le projet évolue aussi dans le temps en fonction des rencontres amicales très naturellement, il n’a pas été défini un jour de monter un groupe, de faire un album et de tourner… C’est pour ça que je ne peux être qu’évasif. Mais disons que les toutes premières répétitions, maquettes ou bribes datent de début 2000. Mais il n’y avait rien, pas de concert, pas d’expérience, pas de professionnalisme, juste des mots sur des bouts de papier. Et sous sa forme actuelle, Fragile existe depuis 2008.

À quand remonte l’écriture de tes premiers textes ?

Je devais avoir 8/10 ans.

L’idée de les poser sur des musiques était-elle déjà présente ?

Encore une grande contradiction… Quand on a une passion, on ne peut pas faire autrement que de la vivre. Du coup, elle nous appelle et on ne se pose pas de question. On m’a souvent posé la question de savoir pourquoi il y avait des textes en français et en anglais. Ça ne fonctionne pas dans cet ordre-là. En fait, ça vient à moi. C’est une envie d’écrire, une envie de jouer du piano, une envie de composer. Et ça génère de la matière. Énormément. Énormément. Après, il y a une décision qui est prise. Qu’est-ce qu’on en fait ? On la travaille. On en fait un morceau. Est-ce qu’on la construit ? Est-ce qu’on la structure ? Là, effectivement, c’est une vraie question. Mais le fait de créer, ça vient tout simplement. Tu crées parce que tu n’as pas le choix, tout simplement. Prendre la décision de poser un texte sur une musique, c’est un accident. C’est-à-dire que, personnellement, je suis batteur de formation et j’avais commencé à travailler des compositions avec un guitariste. Il n’y avait pas de texte dessus. J’écrivais des poèmes, en fait. J’avais rassemblé ces petits bouts de papier dont je t’ai parlé tout à l’heure avec la machine à écrire de ma maman pour en garder une trace parce que je les jetais au fur et à mesure. Donc, les textes sont venus de façon toute naturelle. Avec un ami, on s’est dit pourquoi ne pas mettre les poèmes sur la musique ? Au tout début c’était ça. On a vu que ça fonctionnait pas mal et puis, on a construit des morceaux.

L’émotion est-elle différente quand tu écris en français ou en anglais ? Ta langue maternelle, c’est le français, les rapports et le ressenti sont donc, je suppose, légèrement différents.

Oui, c’est vrai, ça… Le processus, c’est que quand les instruments sont posés, il y a une ligne de chant qui vient très rapidement. Et cette mélodie dicte le fait d’écrire un texte en français ou en anglais. En règle générale, ça vient naturellement en anglais. Après quand j’écris, je pense d’abord en français. C’est-à-dire que le texte a le même sens et les mêmes métaphores au second degré qu’il soit écrit en français ou en anglais. L’idée est d’arriver à écrire une histoire en la pensant avec la façon qui vient d’écrire des textes qui sont en français. Ça vient naturellement. Il y a beaucoup d’images dans les morceaux. Sur un titre comme « Either you or me », par exemple, il y a beaucoup d’images qui sont données. Dans la traduction des textes, on sent que c’est quelqu’un de français qui a écrit. Il y avait la langue de Molière qui a imposé des formes littéraires. Ça se ressent. Quelqu’un qui a une culture uniquement anglo-saxonne ne pourrait pas vraiment comprendre le texte, ou en tout cas son second degré.

Tu me parles d’images… Les chansons suggèrent en effet pas mal d’images pour l’auditeur, est-ce la même chose pour l’auteur et le compositeur ? As-tu des images en tête pendant la création ?

Oui, tout à fait. Un morceau comme « Either you or me », c’est un rêve que j’ai fait une nuit et que j’ai écrit très tôt le matin. À 9 heures, je crois. Généralement, je compose plus tard. Mais là, je me suis mis au piano dès mon réveil. Et là, j’ai juste rêvé de cette histoire. Beaucoup  d’images sont venues dans ma tête et ça a donné le morceau le lendemain matin.

Il y a donc une dimension visuelle dans ton travail.

Oui, tout à fait. Après, il y a énormément de métaphores. Après, je ne te dirai pas ce qu’on raconte. C’est à chacun de se faire sa propre idée et sa propre image. Je le pense en tout cas.

Fragile - DR

Dans le dossier de presse que tu as envoyé aux médias, tu dis « Peu importe d’où je viens… Les réponses sont dans les œuvres ». Forcément, pendant la promo, il faut bien répondre aux questions. Comment vis-tu le fait de devoir parler de toi ?

Ma vision des choses, c’est qu’on est là pour parler de la musique et du projet. Mais pas de nous-même. Donc effectivement, quand on a des questions comme celles que tu me poses qui parlent de musique et de textes, ça me va très très bien. Si on dit « Peu importe d’où je viens », c’est parce qu’on considère qu’il n’y a pas forcément besoin d’avoir fait ses preuves de quelque manière professionnelle que ce soit, ou d’avoir sorti tant d'albums, pour faire de la musique. Dès l'instant où la musique touche, c’est gagné, que ce soit quelqu’un qui n’a pas d’expérience ou quelqu’un qui a trente ans d’expérience. Le plus important, c’est que la musique touche. C’est un peu intemporel. Donc, je préfère qu’on parle de la musique. Autant, je n’aimerais pas parler… disons que je serais plutôt réfractaire à raconter des histoires autour du projet, parce que je trouve ça inintéressant, ça n’a vraiment aucun intérêt… Autant parler de la musique et des morceaux, comme on le fait actuellement je trouve ça intéressant.

Finalement, le monde dans lequel on vit aujourd’hui, ne montre-t-il pas un peu trop tout ? Les médias ne sont-ils pas trop dans l’explication ? Un projet ne devrait-il pas garder sa part de mystère ? Quel est ton point de vue ?

Oui. Très certainement. On parle beaucoup plus de forme que de fond. Je n’ai pas de commentaires à faire sur ce que font les médias aujourd’hui autour de la culture. Ce qui est important, c’est de rencontrer les bonnes personnes, et que la culture en règle générale fasse du bien à un grand nombre de personnes. Je crois que c’est ça qui est important.

Quand le projet s’est-il appelé Fragile ? S’est-il appelé Fragile dès le début ?

Oui, dès le début ! Ça vient d’un hasard. On n’a pas fait vraiment preuve d’originalité sur ce coup-là… (sourire) On n’avait pas de nom pour le projet. On avait couché quelques morceaux sur un disque, on voulait faire une petite maquette. Et on s’est demandé ce qu’on allait mettre dessus… on ne voulait pas mettre juste une petite photo. Donc, on a mis le nom d’un des titres qui figuraient sur la maquette. Et comme les autres ne sonnaient pas vraiment, c’est « Fragile » qui était le plus approprié. C’est quasi un lapsus. Du coup, on a pris ce nom-là… C’est une histoire très simple.

Une grande recherche a été faite sur le visuel qui accompagne le EP, que ce soit sur le dossier de presse envoyé aux médias ou sur le Long Box qui est commercialisé. Ce visuel a-t-il été travaillé en parallèle de la création des chansons ? En amont ? En aval ? A-t-il finalement accompagné la création ou bien sont-ce deux pôles distincts qui se rejoignent ?

Il y aurait plusieurs réponses à donner. Ça s’est fait avant parce que le photographe qui a travaillé dessus, on l’a rencontré il y a six/sept ans sur scène et que nous étions restés en relation. Il nous avait vus sur scène et il avait trouvé ça très bien. Il nous avait dit qu’il aimerait faire une pochette pour nous un jour. Donc, tout ça s’est fait un peu avant, notre univers lui parlait visuellement. Les images qui lui trottaient dans la tête collaient avec notre musique, tout simplement. Et ensuite, là, ça s’est fait également maintenant… les dernières photos ont été faites peu de temps avant qu’on n’envoie les EP aux médias. Le photographe connaissait déjà les titres, il en avait déjà écouté une bonne partie. Il avait déjà plusieurs idées. Mais aucune n’était possible à réaliser dans le temps qui était imparti par rapport aux dates qu’on avait pour la sortie de l’EP. Du coup, ça a été très spontané, et notamment l’idée des néons. Là où il y a un peu de travail, c’est que les néons qui sont utilisés font partie du texte. Il y a du sous-entendu. Donc, les photos ont été faites deux ou trois semaines avant que le EP ne soit fini.

Fragile, long box Smile(s)

C’était important pour toi de matérialiser la musique et de proposer un bel objet aux gens, en l’occurrence un Long Box avec un livret ?

Oui. Nous après, on a fait ce qu’on affectionne. On n’a pas pensé à plaire aux gens ou au public. Moi, je me souviens que quand j’écoutais des albums, que mon père me faisait découvrir de la musique sur vinyle ou sur K7… et même sur CD… arrivé à l’âge de douze/treize ans, j’adorais regarder les visuels et surtout lire les informations. Ça donne envie d’en savoir plus. Où l’album a-t-il été enregistré ? Quels musiciens ont participé ? On pouvait créer des liens entre les albums. Feuilleter un livret en même temps qu’on écoute un disque, c’est magique. C’est quelque chose qui s’est un peu perdu, mais qui est vraiment magique. Quand j’écoute une chanson, que je peux lire un texte et regarder une photo en même temps, l’expérience est plus enrichissante. Donc, pour le Long Box, on a voulu un format long qui est de bien meilleure qualité que l’EP promo puisqu’il y a les textes à l’intérieur et un livret de douze pages. On y trouve les titres disponibles sur le EP et un emplacement pour un titre qui va voir le jour à la rentrée. Et il y a toute une série de photos qui sont une déclinaison de celles qu’on retrouve sur le dossier de presse. Il y a des déclinaisons avec les néons et divers endroits.

Peux-tu m’en dire un peu plus sur ce titre qui arrive à la rentrée ?

C’est un titre qui s’appelle « Je cours ». Et il s’insère dans le Long Box. Le 9 juin, les gens vont commencer à recevoir le disque qu’ils ont commandé sur le site puisque le EP, on le distribue nous-même pour l’instant. Il y a donc l’emplacement libre pour ce disque disponible à la rentrée.

Un album, du moins un format plus long que six titres, est-il dans les tuyaux ?

L’envie est tout de même d’aller au bout du processus et de sortir un album. C’est sûr.

C’est un format qui veut encore dire quelque chose ?

Oui. On a d'ailleurs beaucoup de titres prêts et de la matière. Donc, oui, l’album est très important. Après, les projets sont différents…  Là, on a pris beaucoup de temps pour faire les choses. On prend le temps également pour l’album. On fait les choses par étape. Le EP, c’est une étape assez logique pour un projet qui est en développement, finalement. Et la suite, j’espère… l’avenir nous le dira en tout cas… ce sera un album.

Un clip est-il en préparation ?

Oui, il y  en a un sur « Smile(s) » qui arrive le 9 juin, en même temps que la sortie officielle de l’EP.

Un dernier petit mot sur la scène. Comment l’abordes-tu… ou plutôt l’abordez-vous ? Est-ce très écrit ?

En fait, j’aime que ce soit spontané sur scène, mais en arrivant avec beaucoup d’écriture et d’arrangements. C’est-à-dire qu’il y a un travail en répétition qui se fait en deux temps. On essaye d’être le plus proche possible du son de l’album. C’est très important. Il ne faut pas décevoir. Quand on a fait un sérieux travail d’arrangements sur un disque, et qu’on arrive avec une guitare sur scène, ça change le morceau d’une manière trop significative pour que l’auditeur puisse s’y retrouver. Donc, il y a une base qui consiste à respecter le morceau dans ses arrangements et à reprendre les instruments qui sont présents sur le disque. Par contre, après les morceaux sont retravaillés pour le live avec une partie d’improvisation qui n’est pas du tout présente sur l’album pour qu’il y ait de la vie… parce que je ne le cache pas, c’est ce que je préfère, la scène. Même si j’aime beaucoup travailler en studio et faire des arrangements, ce que je préfère, c’est la scène.  

Sur scène, le public voit les artistes, il voit leurs visages. Ça ne te dérange pas, toi qui veut garder un certain mystère autour du projet ?

Non. Disons que ça dérange avant de monter sur scène, mais quand on est sur scène, on est tellement dans le moment présent qu’on est un peu… j’allais dire… autre chose. Quelqu’un d’autre en tout cas. (sourire) Donc, ça ne me dérange pas. C’est le passage obligé si on veut vivre un moment fort et riche en émotion avec des gens. Je n’ai pas pensé aux masques… mais je pense qu’il y a déjà un groupe qui a fait ça… (sourire) On n’a pas en tout cas pas de souci à assumer à être sur scène. C’est juste que Fragile n’a pas vocation à mettre en avant une personne que ce soit un musicien ou un chanteur. Ce n’est pas l’idée du tout.

Propos recueillis par Luc Dehon le 2 juin 2014.
Photos : Laurent Seroussi, DR
Site web : http://www.fragilemusic.fr/









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