Interview de Patrick Fiori

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/05/2014.
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Patrick Fiori © Eric Vernazobres

Patrick Fiori a publié le 12 mai dernier son neuvième album, « Choisir ». Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur la genèse de ce projet sur lequel il a notamment collaboré avec Jean-Jacques Goldman, Jacques Veneruso, Eric Chemouny ou encore son fidèle complice Patrick Hampartzoumian, pour ne citer qu’eux. Sans revendiquer le statut de chanteur engagé, Patrick aborde au fil des chansons quelques sujets de société comme l’homosexualité ou son inquiétude face à l’évolution de notre société. Il nous expliquera ses choix et nous dira combien devenir père lui a clairement montré ses priorités. Rencontre avec un artiste sincère et généreux qui assume parfaitement tous les choix qu’il a pu faire tout au long de sa carrière.

Patrick Fiori, ChoisirIdolesMag : Quelles étaient vos envies et vos idées de départ quand vous vous êtes mis à la création de cet album ?

Patrick Fiori : Je passais une période de choix dans ma vie, des choix difficiles et compliqués mais pas graves. Et un beau jour, j’étais en voiture, une petite mélodie m’est venue dans la tête. Vous savez, ce genre de petite musique énervante qui arrive quand on doit faire des choix dans la vie… C’est une petite musique qui dure une seconde, mais on a l’impression qu’elle dure une éternité. Et en fait, à partir du moment où j’ai fait un choix précis, dont je ne peux pas vous parler évidemment, je me suis dit… Vingt ans de carrière… Vingt ans de choix… C’est le bon moment pour sortir un album qui s’appellerait « Choisir ». À partir de ce moment-là les paroles ont suivi derrière cette petite musique qui m’avait trotté dans la tête. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. Ce dont je vous parle, c’était il y a une année, quelque chose comme ça. J’étais super cohérent avec ce qui m’arrivait, avec l’état des lieux, avec la révision des cent milles (sourire)… Et donc, « Choisir » s’est imposé.

À ce moment-là, pensez-vous à réunir une équipe autour de vous ?

Pas tout de suite… D’abord, je pense à être à mon avantage. Je me retrouve donc dans mon petit home studio de bric-à-brac pour avancer un peu. Une chanson, ça ne suffit pas. Mais j’avais mon accroche, une cohésion et une cohérence. Juste derrière ça, j’ai pratiquement fait 80% de l’album gentiment sans faire de bruit. Et puis, une fois l’album avancé, les questions sont venues d’elles-mêmes tout naturellement. Je me suis dit que sur cette chanson-ci je pourrais appeler Jean-Jacques, sur celle-là, je pourrais appeler Jacques Veneruso et sur telle autre Eric Chemouny parce que quand il avait travaillé avec David Hallyday sur « Sang pour sang », j’avais trouvé la chanson magnifique. Petit à petit, dans ma tête, je me suis construit mon équipe de musiciens, d’auteurs et de compositeurs… Après, je ne vais rien vous apprendre, entre vouloir et avoir… c’est un peu rock’n’roll ! (rires) Et donc, j’ai appelé les copains en leur expliquant que j’avais avancé sur l’album, que j’avais fait deux ou trois bricoles. Et souvent ce qu’il se passe avant de dire oui ou quoi que ce soit, c’est « envoie-moi un peu ce que tu as fait pour que je puisse me rendre compte de la direction que tu vas prendre sur cet album-là. » Là, je pars dans une petite explication comme je suis en train de vous faire. J’explique les choix que j’ai faits et pourquoi je les ai faits. Et puis… des gens comme Jean-Jacques me disent qu’ils vont réfléchir de leur côté. On s’appelle, on se parle, on se rappelle, on se reparle… Et les chansons arrivent un peu comme des cadeaux. J’ai l’impression que ce sont des chansons que j’aurais pu composer ou écrire. Du coup, je me dis que ça marche. Et je suis toujours très content à chaque fois des collaborations qui arrivent sur mes albums respectifs. Parce que ça marche, ce sont des gens qui m’observent bien, qui me connaissent bien. Et c’est vrai que c’est une manière de travailler pour moi qui me convient bien.  Peut-être qu’un jour je travaillerai avec quelqu’un qui ne me connaît absolument pas et qui m’apportera sans aucun doute autre chose, mais disons qu’au jour d’aujourd’hui, je préfère ces conditions-là. Ça me réconforte. J’ai donc choisi mon équipe comme ça. Mais ce sont eux aussi qui m’ont choisi, ce n’est pas que moi qui les ai choisis.

On dit souvent qu’un artiste est un peu fragile ou à fleur de peau pendant la création. Est-ce que travailler avec des gens que vous connaissez bien, c’est réconfortant, quelque part ?

Tout ça est une histoire d’équipe et de collaborations. Mais très franchement, je ne pense pas être fragile en période de création. Pour tout vous dire, je ne le suis même absolument pas en période de création. Par contre, j’aime beaucoup l’attention qu’on porte à mon travail, au même titre que j’en porte aussi énormément au leur. J’aime quand les choses sont bien carrées, quand elles sont dites,  quand ça ne tergiverse pas et quand ça va droit au but. C’est à partir de ce moment-là que je me sens rassuré et confortable. Ces gens-là, tous les auteurs et compositeurs avec qui je travaille depuis de nombreuses années, mais on pourrait aussi parler de ceux qui ne sont pas là depuis la première heure, je pense à Lionel Florence, Patrice Guirao et quelques autres – il y en a quelques-uns comme ça qui m’ont prêté leur plume ou quelques notes –, je  me sens bien avec eux. J’aime quand l’équipe est constituée et que je la sens autour de moi. C’est comme une petite colo… une petite colonie de vacances un peu en quarantaine… dans laquelle je pense à m’amuser et à rentrer à fond dans la création. Et eux aussi de leur côté. Pour qu’au bout du compte, ça puisse aboutir à ça, un album qui puisse séduire les gens. C’est finalement ça la priorité. Le plus important, c’est que ça plaise aux gens. Là, en l’occurrence, je me suis aperçu depuis quelques jours que ça plaisait pas mal aux gens. Et ça me réconforte parce que je me dis que cette manière de fonctionner, finalement, c’est la bonne, en tout cas, c’est celle qui me correspond. C’est un bon choix de travailler comme ça.

En parlant de séduire le public… Je ne vais pas vous faire un dessin, vous faites partie aujourd’hui des artistes qui comptent en France, desquels on attend les chansons pour savoir de quoi ils ont voulu parler. Vous mettez-vous parfois des barrières afin d’éviter de parler de sujets peut-être un peu plus délicats ?

Non, pas vraiment. Ce qui est vraiment délicat pour moi, c’est d’évoquer ma vie perso. Il y a des sujets qui me touchent et sur lesquels je ne rebondirai jamais parce que je ne suis pas un revendicateur et que je ne fais que de la musique… pendant que d’autres sauvent des vies. La musique est très importante dans ma vie et les gens sont encore beaucoup plus importants que la musique. Mais je n’ai pas de grandes craintes à ce niveau-là. Je me sens plutôt bien avec tout ça.

Je vous pose la question parce que vous abordez parfois dans certaines de vos chansons des sujets un peu plus sensibles, comme c’est le cas ici dans  « Demain » où vous dressez un portrait assez réaliste de notre société ou dans « Aline et Louise », dans laquelle vous évoquez clairement l’homosexualité… un sujet qui a soulevé de nombreuses polémiques en France !

C’est vrai que « Demain », c’est un véritable dialogue entre les enfants et les adultes qui ne leur font que de fausses promesses et...  finalement, ce sont les enfants qui vont les tenir. Clairement pour moi, c’est une chanson un peu engagée. Dans « Anne et Louise », comme vous le soulignez, je parle clairement de l’homosexualité, mais juste en disant que c’est une histoire d’amour. C’est juste une histoire d’amour, ni plus, ni moins. Ce n’est pas la peine d’éclabousser tout le monde avec ça et de demander des avis à droite et à gauche. Je dis juste que devant l’amour, on ne peut rien faire. On ne peut que s’incliner. On peut être d’accord ou pas, ça je peux le comprendre, mais on ne peut que s’incliner devant deux personnes qui s’aiment, quelles que soient leurs préférences et leurs envies. Pour moi, ça, c’est un sujet engagé, finalement… même si je le sublime et que je n’en fais pas une bombe atomique. « Anne et Louise », c’est une chanson que j’adore. J’en aime beaucoup sur cet album-ci, mais cette chanson me plait beaucoup parce que c’est un sujet qui me touche et que j’avais envie d’en parler.

Patrick Fiori © Eric Vernazobres

L’idée de ce dialogue entre un adulte, vous en l’occurrence, et une chorale d’enfants sur « Demain », est-elle arrivée rapidement ?

Non, l’idée du dialogue est arrivée bien plus tard… après une discussion avec Monsieur Jean-Jacques Goldman. Je lui avais fait part de mes inquiétudes face à cette société… et même de mes inquiétudes tout court… En vrai, je suis un garçon plutôt inquiet de nature… (sourire) je fais attention à tout ce qui se passe. Tout va bien autour de moi, mais bon… mon inquiétude dépasse un peu les limites. (sourire) Il m’a écouté et il m’a entendu, c’est comme ça qu’il a écrit « Demain ». Pour ce qui est de la chorale d’enfants, elle était prévue sur une des chansons, mais je ne savais pas trop laquelle. Après avoir reçu le texte de Jean-Jacques, j’ai compris que ce serait sur « Demain », que c’était sur cette chanson que le dialogue allait être important pour moi. Du coup, ça m’a fait du bien de parler de ça. Étant dans la paternité depuis plusieurs années, il y a des sujets qui me frappent plus que d’autres et j’avais envie de raconter cette histoire-là.

Le fait de devenir papa a forcément changé l’homme que vous êtes, mais est-ce que ça a changé l’artiste aussi ?

Le fait d’être père… ça change tout ! Et je suis certain que c’est pour tout le monde la même chose, et pas seulement pour les artistes… ça change aussi le postier et le boulanger. Avoir un enfant, ça change tout le monde. Ça change notre vie et comme ça change la vie, ça change dans le travail aussi. En tout cas en ce qui me concerne, il y a des priorités dans la vie. Et j’ai très bien compris où étaient les miennes. La musique, c’est magnifique, c’est un métier dans lequel je m’éclate et c’est génial, mais ma priorité, c’est ma famille. Voilà.

Comment allez-vous gérer la tournée qui arrive à l’automne ? Parce que cette année, le petit bout est… plus grand !

(sourire) C’est vrai que ça va être une grosse tournée, comme l’a été celle qui a suivi « L’Instinct Masculin ». En fait, la tournée précédente, ça a été l’équivalent de trois tournées. On a joué aussi bien dans les Zénith que dans les théâtres. Je suis habitué à partir sur les routes. Donc, là, dès octobre, il y a une bonne centaine de dates et j’en suis ravi.

Patrick Fiori © Eric Vernazobres

Vous préparez-vous spécialement ?

Comme d’habitude, je vais faire un peu de sport… je vais essayer d’avoir une alimentation un peu plus équilibrée… même si ça peut un peu déborder ! (sourire) J’ai en tout cas hâte d’aller voir les gens, de voir leurs sourires, de voir leurs visages… et leur chanter les chansons de l’album pour leur donner une deuxième vie. C’est la vie que j’ai choisie. Il y a d’ailleurs une chanson sur l’album qui s’appelle comme ça, « La vie qu’on a choisie ». Moi, c’est celle-là, la vie que j’ai choisie, c’est aller chanter des chansons là où il y a un peu de lumière, où on nous fait un peu de place et où les gens sont au rendez-vous. En tout cas, je donne rendez-vous à tout le monde à partir d’octobre partout en France.

Je ne vais pas vous faire le coup de vous demander si il y a une chanson que vous préférez dans l’album parce que vous ne pourriez très certainement pas me répondre…

Bravo ! (rires)

.. mais y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je ne pense pas forcément à ce que la chanson raconte, mais plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant sa création ou son enregistrement, par exemple.

Vous savez, les chansons marquantes… ce sont les chansons qui ont galéré pour exister ! J’ai toujours un peu plus de tendresse pour les chansons qui galèrent beaucoup. Et il y en a une sur cet album pour laquelle j’ai un peu plus de tendresse – on parle bien de tendresse, ça ne veut pas dire que je la préfère à une autre, on est bien d’accord… je n’ai de toute façon pas assez de recul sur les chansons et je ne les ai pas encore assez chantées pour vous donner mon avis – c’est « Elles se disent ». C’est une chanson qui m’a vraiment donné du fil à retordre. J’ai donc une tendresse particulière pour cette chanson parce que je pose un regard souriant sur elle. Elle est passée par tout et dans tous les sens. Et finalement, la situation était juste devant mes yeux et je ne l’avais pas vue… Je me dis que quand Bénabar a écrit « La sentinelle endormie », il a peut-être dû être dans la même position que moi. Des fois, les choses sont là devant nous, et on a la fâcheuse tendance à aller les chercher partout ailleurs, dans tous les sens mais pas juste devant nos yeux. « Elles se disent », c’est celle qui m’a fait le plus galérer et certainement celle pour laquelle j’ai une tendresse particulière.

Patrick Fiori © Eric Vernazobres

Le grand public vous connaît maintenant depuis une vingtaine d’année, mais vous avez commencé il y presque trente ans…

C’est ça… ça ne nous rajeunit pas ! (sourire)

Est-ce que le jeune homme de quinze/seize ans qui chantait dans le sud de la France dans les années 80 s’imaginait un instant qu’il allait devenir quelques années plus tard un des chanteurs les plus populaires en France ?

Non. Jamais. Je n’ai pas fait ce métier par besoin. J’ai commencé à chanter par envie. Donc, je ne me suis jamais dit que j’allais vivre de ce métier et que j’allais me retrouver sur les planches en concert et faire des albums et tout ça… Au départ, j’ai chanté pour me faire plaisir. C’était un sentiment nouveau et important pour moi. Je chantais pour la famille, pour les potes et les amis. Mais je ne me suis jamais posé la question de savoir si j’allais un jour me retrouver sur une grande scène ou si j’allais devenir connu. Non. Ça a été juste un joli concours de circonstances et quelques mains tendues dans un métier pas plus difficile ni plus particulier que les autres. J’ai eu la chance de tomber sur des gens qui ont compris que j’avais envie de chanter et qui m’ont permis de chanter un tout petit peu plus fort…

Vous avez souvent dit dans les interviews qu’un des choix les plus importants que vous avez été amené à faire, c’était quand vous avez quitté « Notre-Dame de Paris »…

Disons que c’est un des choix. Il y en a eu d’autres. Mais c’est vrai que quand on me pose la question sur les choix très importants que j’ai dû faire, le fait de quitter « Notre-Dame de Paris » en fait partie, quand j’ai rendu la côte de maille du capitaine Phœbus alors que la comédie musicale explosait littéralement. C’était un phénomène, c’était un vrai raz de marée. Alors est-ce que ça s’appelle du courage ? Je ne sais pas. Mais j’ai bien fait de faire le choix de partir parce qu’avec tout le respect que j’ai pour les comédies musicales, je ne me voyais pas continuer et être estampillé chanteur de comédie musicale. Avec, encore une fois, tout le respect que j’ai pour tous ces gens-là. Mais moi, j’avais des choses à dire, j’avais des choses à prouver. Et il a fallu que je sorte d’un raz de marée… pour n’être plus grand-chose finalement. Quand on est sept, on est plus forts, quand on est seul, on est plus faible. Mais j’avais des choses à dire et à chanter. Je le savais. Il a fallu que je mette les bouchées doubles, que je me tape dans les mains et que je me dise que maintenant, c’était parti pour une autre aventure. J’ai sorti les rames sachant que j’allais devoir ramer fort pour remonter le courant. À force de courage, d’envie et de passion, on voit le résultat aujourd’hui…

A contrario, regrettez-vous certains choix que vous avez été amené à prendre ?

Je ne regrette aucun de mes choix. Aucun. Pour la simple et bonne raison que je suis heureux d’avoir connu ceux qui m’ont donné raison de choisir, en tout cas de faire les bons choix, et je suis heureux d’avoir connu ceux qui m’ont dit que j’avais fait de mauvais choix. En tout cas, tout ça, ça a été sous ma propre responsabilité. Personne n’a été blessé autour. Les vents que j’ai pu prendre, les bons comme les moins bons, je les ai pris, moi, dans ma gueule. Et c’est pour ça que je continue à les faire, mes choix. C’est pour ça que cet album s’appelle « Choisir »…

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 mai 2014.
Photos : Éric Vernazobres
Facebook : https://www.facebook.com/patrickfioriofficiel?fref=ts









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