Interview de The Dukes

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/05/2014.
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The Dukes - DR

Le tandem « The Dukes », emmené par François « Shanka » Maigret et Greg Jacks, nous livre son deuxième opus, « Smoke against the beat », le 16 juin prochain. Nous avons rencontré Shanka et Greg pour en savoir plus sur la genèse de leur – excellent – deuxième album, éminemment plus abouti que le premier qui nous avait tout de même déjà plutôt très bien plu. Au cours de cet entretien, nous évoquerons bien entendu le parcours du groupe, mais aussi ses ambitions, son attachement au visuel qui entoure sa musique et son positionnement dans l’industrie musicale d’aujourd’hui.  C’est Greg qui répondra à nos premières questions, Shanka prendra la relève pour la seconde partie de l’interview. Rencontre avec « The Dukes », un groupe qui symbolise parfaitement l’esprit « DIY » et apporte une bonne dose de raw power et de lyrisme à la scène rock européenne…

The Dukes, Smoke against the beatIdolesMag : Avant de parler de ce deuxième album qui sort le 16 juin, j’aimerais regarder un instant dans le rétroviseur… Peux-tu me faire rapido le topo sur la création du groupe ?

Greg Jacks : François et moi, en 2004, nous avons rejoint « No One Is Innocent ». Le groupe revoyait sa formation pour la sortie de l’album « Révolution.com ». François et moi sommes arrivés en même temps à ce moment-là. Ensuite, moi, je suis parti vivre ma vie. François, lui, est resté et a mené quelques autres projets. Nous ne nous étions pas perdus du vue… un peu quand même (sourire). Mais j’avais vraiment envie de rejouer avec François. Le gars, son énergie, le personnage... tout ça me manquait en quelque sorte. Et au tout début de l’année 2010, je lui ai envoyé un email en lui demandant si ça ne lui dirait pas qu’on fasse un groupe ensemble… Et lui m’a répondu en me disant que c’était marrant parce qu’il venait de regarder dans son ordinateur et qu’il avait quelques titres en stock qui pourraient m’intéresser… On s’est revus et on a commencé rapidement à bosser ensemble. On est partis pour enregistrer un album. Et pas très longtemps après, nous sommes allés à Umeå en Suède, pratiquement à la limite du cercle polaire. C’était parti. Le groupe est né de cette façon-là.

François avait donc déjà quelques morceaux à l’époque ?

Greg Jacks : Oui, il avait déjà des morceaux… qui étaient à revisiter, mais qui étaient déjà bien avancés. On a juste dû les retoucher. On a bossé deux mois dessus. On a commencé en janvier et on a terminé fin février, début mars, puis on est partis enregistrer l’album à Umeå.

Le nom du groupe, The Dukes, est le titre d’un des morceaux du premier album. Quelle autre signification ou symbolique faut-il voir dedans ?

Greg Jacks : Justement, il n’y pas d’autres références… Nous en avons discuté avec François, et il m’a proposé pas mal de noms de groupe. Et moi, quand j’ai vu « The Dukes », même si ça ne faisait référence à personne, ni à Duke Ellington, ni à Duke le roi du surf, ça m’a tout de suite parlé. J’ai trouvé ça génial comme nom, j’aimais ce que ça représentait. On a trouvé l’idée mortelle et on est partis là-dessus très simplement.

Ce deuxième album, « Smoke againt the beat », quand a-t-il commencé à prendre forme dans votre tête ? Avant, pendant ou après la série de concerts qui a suivi la sortie du premier album ?

Greg Jacks : On réfléchissait déjà sérieusement à ce deuxième album pendant la tournée. Donc, les premières bases ont été posées un an et demi après la création du premier, quelque chose comme ça. On a commencé à bosser sur le premier album fin janvier 2010, et le deuxième, on devait être un an et demi après, vu qu’on a enregistré en 2012. Je pense que les premières bases ont été posées en septembre 2011.

Quelles étaient vos envies à cette époque ? Y avait-il des choses que vous aviez faites sur le premier album que vous vouliez gommer ? D’autres que vous vouliez accentuer ?

Greg Jacks : C’est un peu ça… Dans la mesure où, comme tu le sais aussi bien que moi, sur un premier album, on apprivoise les choses. C’est un peu comme ton premier enfant, il faut l’éduquer et le faire grandir. Eh bien, un album, c’est pareil… (sourire) Il y a certains ingrédients sur le premier album qui n’étaient plus en phase avec ce que nous étions devenus, ce qu’on avait envie de faire, ce qu’on avait envie de dire, le message qu’on avait envie de faire passer. Ces ingrédients se sont naturellement estompés et on est partis sur d’autres choses. Ça évolue… Quand on élève un enfant, on se plante parfois. Malheureusement, mais c’est comme ça. C’est un peu la même chose ici. Il y a des choses qu’on n’avait pas forcément envie de reproduire ou en tout cas qu’on ne voulait plus aller explorer. Au profit, du coup, d’autres horizons.

Qui a amené quoi dans la création de ces douze nouvelles chansons ?

Greg Jacks : François a amené toute la base. Et on a bossé le tout ensemble par après. Ça a été très différent du premier. Sur le premier, on avait bossé beaucoup au studio à Paris avec François. Pour celui-ci, on a pas mal travaillé directement aux États-Unis. Comme je vis à mi-chemin entre la France et les États-Unis, on s’est retrouvés là-bas pour bosser sur les titres.

Pourquoi votre choix s’est-il posé sur les États-Unis ? Tout simplement pour des raisons de facilité parce que tu y vis, ou bien d’autres raisons plus spécifiques, pour travailler avec une équipe particulière ou ce genre de chose ?

Greg Jacks : Il y a très honnêtement un petit peu des deux. En tant que musicien, quand tu joues du rock’n’roll, il y a deux ou trois endroits dans le monde où tu as absolument envie d’aller enregistrer : ce sont l’Angleterre, les États-Unis et la Suède principalement. Forcément, comme je vivais aux États-Unis, ça simplifiait beaucoup de choses d’aller enregistrer là-bas… (sourire) Pour François, c’est aussi un pays qu’il aime et où il a passé beaucoup de temps aussi. Donc, on s’est dit que ce ne serait pas cool de ne pas en profiter. Et puis, c’était aussi prendre le contrepied du premier album, que nous avions été enregistrer au cercle polaire ! On avait enregistré par -30 le premier… on trouvait fun d’enregistrer par +30 pour le coup ! (sourire) Et puis, il y a aussi eu un concours de circonstances qui a fait que nous avons décidé d’enregistrer là-bas.  Un an / un an et demi avant, j’ai rencontré un personnage qui s’appelle Jamie Candiloro et on a eu envie de travailler avec lui. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit le producteur de l’album, mais ça a été notre ingénieur du son et il a laissé sa couleur sur nos enregistrements. C’est très important. On ne s’était jamais vus auparavant, tout s’est fait par des entretiens téléphoniques. Et connaissant les deux personnages, François et Jamie, je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’intéressant à faire tous ensemble. La collaboration s’est donc faite tout naturellement. Jamie était en Californie, moi aussi, François avait aussi envie de venir enregistrer en Californie. Donc, tout ça est né d’une démarche toute spontanée et naturelle.

Dedicace de The Dukes pour IdolesMag

« Victory » a été enregistré dans un ancien hôpital psychiatrique en Suède… Ici, vous vous retrouvez au bord du Pacifique. Le décor est tout autre !

Greg Jacks : C’est le moins qu’on puisse dire ! (rires) Effectivement, une partie des prises de ce premier album ont été enregistrées dans ce studio, Tonteknik. Certains des groupes qu’on adorait avaient enregistré là-bas, donc, ça nous avait donné l’idée. Je n’étais pas là parce que ma femme était sur le point d’accoucher, mais François m’a raconté que certaines des prises de voix dans la cabine étaient presque flippantes. Il y avait toute l’atmosphère du passé qui resurgissait un peu… (sourire) Donc, oui, c’était un endroit très impressionnant et c’était vraiment génial d’enregistrer dans ce studio parce que c’est quand même un studio mythique. Pour tout te dire… les batteries, on les a enregistrées dans une ferme complètement reculée, pas à Umeå-même, mais à un quart d’heure de voiture, au milieu des plaines. Il y avait de la neige partout et juste une baraque au milieu. On a posé nos affaires dedans et on a fait nos prises. C’était très très impressionnant pour le coup. Ce premier enregistrement, j’en garde un très bon souvenir, mais très impressionnant. La Suède, ce n’est pas les États-Unis. Ce n’est pas la France non plus. C’est quand même assez froid comme pays, et pas uniquement d’un point de vue climatique. Je parle de la façon dont les choses sont faites. C’est en tout cas l’impression que j’ai ressentie. Mais c’était absolument génial de travailler avec l’équipe qu’on a eue là-bas.

On va revenir à « Smoke against the beat »… Quels thèmes abordez-vous dans les grandes lignes ?

Greg Jacks : Ça, c’est le domaine de François… Mais il ne va pas rentrer dans le détail, je le sais ! On ne veut pas donner les clés aux gens. On parle un peu de tout… Il y a des histoires de cul… (rires)

Shanka (François Maigret) : Effectivement, au niveau des textes, comme te le disais Greg, comme je suis de la génération Nirvana, je n’ai pas trop envie de donner des clés aux gens. Justement, ce que je trouve intéressant, c’est l’interprétation que les autres peuvent en avoir. Je n’aime pas que ce soit un truc trop personnel. Après, dans les thèmes abordés, même si j’essaye toujours de ne pas les faire ressortir de manière trop premier degré, il y a des thèmes sociaux. Je viens d’un milieu ouvrier, donc ce sont des choses qui me tiennent à cœur. Après, au travers le prisme du lyrisme et de la poésie, parce que c’est comme ça que je m’exprime tout simplement, j’évoque des expériences personnelles. Autant des drames que des bons moments. Tout ce qui peut générer une émotion, quelle qu’elle soit, est toujours propice à écrire un texte... autant dans les relations avec les femmes que dans les relations avec les amis… et les ex-amis ! Les déceptions qu’on peut avoir aussi… Tu sais, ça fait dix ans que je fais de la musique, c’est un milieu qui est devenu assez dur. J’ai donc eu des clashs avec des gens, en termes humains. Tout peut avoir une traduction en texte. Après, c’est toujours malgré tout dans un désir de ne pas trop s’étaler au niveau personnel. L’idée est plutôt de donner des pistes aux gens qui vont interpréter les choses à la lumière de leur vécu, à eux. C’est pour ça que je ne rentre pas trop dans le détail, parce que c’est un peu ça l’idée de mon écriture.

Pourquoi « Smoke againt the beat » donne-t-elle son nom à l’album ? Quelle symbolique avez-vous voulu mettre là-dedans ?

Shanka (François Maigret) : Si je ne m’abuse, « Smoke against the beat » est une expression de Bogart qui était quelqu’un d’assez prolixe en termes de petites phrases bien balancées. Je trouvais l’expression super intéressante parce que si tu la traduis littéralement, ça signifie « fumer à contre tempo ». C’est l’idée d’une respiration inversée, quelque chose qui met finalement mal à l’aise. La vraie signification de l’expression, c’est « aller à contre-courant ». Et en tant que musicien d’origine française, je trouvais que ça collait parfaitement avec l’idée de cet album. On a mis deux ans à le sortir… c’est bien parce qu’on est à contre-courant ! C’est beaucoup beaucoup de travail pour arriver à faire exister un projet comme celui-ci, aujourd’hui, dans un milieu de la musique qui est ce qu’il est. Autant le premier album était une sorte de manifeste, on avait réussi à le sortir, autant le deuxième, là, ça a été une autre histoire. On a réussi à exister, maintenant, il faut continuer et grandir. C’est encore un autre défi. Là, on se sent comme des saumons, je peux te le dire… des saumons qui remontent la rivière ! Et des fois, ce n’est pas facile… même si on arrive toujours à nos fins… Ça forge le caractère, je peux te le jurer !

The Dukes - DR

Finalement, avec le recul et maintenant qu’il est prêt, dirais-tu que ce deuxième album a été plus facile ou plus difficile à mettre en œuvre que le premier ?

Shanka (François Maigret) : D’une certaine manière, plus difficile. Essentiellement dans la mesure où l’ambition était plus grande. Le premier, on était juste contents qu’il existe, sans parler d’autre chose. On avait déjà l’impression d’avoir déplacé des montagnes pour arriver à faire deux tournées européennes et arriver à sortir le disque. C’était déjà vraiment pas mal. Après, artistiquement et à titre personnel, on a mis la barre plus haut dans ce qu’on voulait arriver à faire, nous. Que ce soit sur scène ou artistiquement sur le disque. Et puis, après, à force de travail et de persuasion, on a réussi à mettre en place un ensemble de partenaires qui vont nous permettre de franchir un cap. Je ne sais pas bien le cap qu’on franchira, mais on est clairement dans un truc qui est en progression. Et ça c’est plutôt chouette. Mais quand tu relèves un défi, il y en a dix derrière…

C’est ça qui est excitant aussi.

Shanka (François Maigret) : Exactement !

Vous accordez beaucoup d’importance au visuel. Je pense à Smoki ou à votre collaboration avec Paul Toupet… Peux-tu me dire un mot là-dessus ?

Shanka (François Maigret) : L’essentiel de l’univers visuel est parti de moi… C’était vraiment, pareil, quelque chose d’essentiel dans le développement du groupe. Traditionnellement, un groupe qui fait un album demande à un graphiste ou un photographe de lui faire un truc sympa. Donc, le visuel reste l’interprétation d’une tierce personne finalement. Là, l’idée était de vraiment faire quelque chose de personnel, de n’avoir aucun intermédiaire entre la musique et sa traduction visuelle. C’était un travail super enrichissant. Après, tu vois, je n’ai pas fait d’école d’Art ni quoique ce soit. Je me suis auto-formé, je suis vraiment autodidacte. Ce n’était pas évident d’arriver à créer quelque chose de correct, en tout cas de suffisamment compréhensible pour quelqu’un d’extérieur. Clairement, ça a été la Boîte de Pandore. C’est-à-dire que j’ai commencé par vouloir faire l’artwork de l’album. Mais de fil en aiguille, j’ai commencé à faire de l’animation, des dessins animés et des trucs comme ça. Après, j’ai voulu tout de même malgré tout collaborer avec d’autres artistes, comme Paul Toupet qui nous a créé nos masques sur la base de mes personnages. Là, c’est son interprétation à lui. Pareil, on travaille avec une quinzaine d’artistes de BD qui eux aussi ont leur propre interprétation de notre petit personnage naïf. On sortira d’ailleurs un bouquin à la fin de l’année. Pour l’instant, on distille via la newsletter tous les mois différentes choses, mais à terme, ce sera un bouquin. Donc, tu vois, c’est un truc assez global…

… qui va jusqu’au live.

Shanka (François Maigret) : Oui. On a fait une création pour le live qu’on projette sur le matériel. Ça permet aussi de donner des illustrations visuelles aux paroles. C’est assez rigolo à faire. Ça projette les chansons dans une autre dimension. Pourtant, on n’est pas du tout dans la même démarche que des groupes comme Shaka Ponk, par exemple. Eux sont dans un truc très technologique, nous pas. Nous, bien évidemment qu’il y a un aspect technologique pour arriver à projeter les images, mais ça reste artisanal. Tous les dessins sont faits à la main. C’est plus proche de l’état d’esprit du « Roi et de l’Oiseau » de Prévert que d’un manga. On est dans un truc assez artisanal, avec les moyens actuels certes, mais qui essaye de garder une authenticité très ancrée dans l’esprit indépendant qu’on a pu avoir dans les années 80 aux États-Unis, avec tous les fanzines faits à la photocopieuse. Tout ça est d’une grande grande poésie…

À notre époque, le visuel prend de plus en plus d’importance. Il a même tendance, parfois, à prendre l’ascendant sur la musique. Est-ce un mal ou un bien selon toi, en tant que musicien ?

Shanka (François Maigret) : Je pense que c’est plutôt un mal parce que d’une certaine manière, c’est la course à l’armement. Il m’arrive de travailler sur de grosses tournées… On voit que chacun essaye de faire plus fort que les autres, toujours avec plus de moyens. Je trouve cette démarche assez stérile, finalement. Parce que ça va dans le mur… La finalité de ça, c’est qu’il reste un artiste qui a « gagné » et qui fait des shows devant un million de personnes sur une scène de 10 km² ! (sourire) Ça n’a pas de sens… Par contre, travailler le visuel peut être un vrai apport au niveau de l’univers. Après, il faut arriver à ce que ça serve la musique et que ça reste dans une direction artistique, que ça ne devienne pas une manière de pouvoir en mettre plein la vue sans autre but que ça. Mais clairement, c’est quelque chose qui personnellement m’a beaucoup enrichi. Au début, je ne te cache pas que je n’en menais pas large. Mais maintenant, je suis vraiment content de l’avoir fait parce que c’était super rigolo à faire. C’était super fun !

Je te posais la question parce que tu le sais comme moi pour certaines formations le visuel est mille fois plus travaillé que la musique. Or, on parle de musique, et donc de son, avant toute chose…

Shanka (François Maigret) : Tout à fait, je suis tout à fait d’accord avec toi. D’ailleurs là, pour le coup, le processus de création s’est fait dans le bon sens, en ce qui nous concerne. On a d’abord fait l’album. On s’est concentrés sur les chansons et sur ce qu’on avait à raconter. Ce n’est qu’après ça que j’ai pris un an/un an et demi à réfléchir comment on allait pouvoir traduire ça visuellement. J’ai fait beaucoup d’essais dans tous les sens pour voir quelle approche serait la meilleure. Et un soir de décembre dans les Vosges est né le petit Smoki… Tout s’est fait naturellement, mais surtout la musique s’est créée d’abord. Je suis avant tout musicien, ça c’est clair.

On parlait tout à l’heure du live. Comment le concevez-vous ? Comme l’aboutissement d’un processus de création ou comme faisant partie intégrante de ce processus de création ?

Shanka (François Maigret) : Je te dirais que ça en fait partie… Parce qu’au stade où on en est, on a tout de même déjà fait deux tournées. Malgré tout, on ne peut pas ignorer ce qui marche et ce qui ne marche pas pour ce groupe. Vraiment, on ne peut pas tout faire avec n’importe quel groupe. Chaque groupe a sa personnalité et a ses choses qui marchent et celles qui marchent moins. On ne peut pas l’ignorer. Donc, pour le coup, c’est quelque chose qu’on a analysé, même passivement. Et je sais que quand j’ai composé le deuxième album, j’avais en tête les ingrédients qui fonctionnaient avec ce projet-là et ceux qui fonctionnaient moins. Il n’y avait pas vraiment de gros ratés sur le premier album, mais en tout cas, il y avait des choses qui marchaient plus que d’autres. Et en même temps, on a à la fois pris ça et amené un truc en plus, pour faire avancer notre « affaire » artistiquement vers quelque chose de plus en plus abouti. Mais clairement, oui, maintenant que je sais ce que ça donne en live, j’y pense quand je compose pour le projet. Je connais ses forces et ses faiblesses.

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« Smoke against the beat » sort maintenant dans quelques jours. Pensez-vous déjà au troisième ?

Shanka (François Maigret) : Je dirais qu’à un moment donné, quand tu fais de la musique, c’est un peu ta vie… Je sais que je ne m’arrête jamais de composer. Après, là, clairement, je me mets justement un petit verrou psychologique. J’attends de voir ce que le truc va donner sur scène, pour faire une nouvelle analyse de ce qui marche et ce qui ne marche pas, pour que sur le prochain, on se rapproche encore plus d’une vérité.

Les groupes aujourd’hui ont une espérance de vie d’un album, voire deux si tout va bien… Et ce n’est pas forcément nouveau ! Vous projetez-vous, vous, à trois, cinq ou dix ans ?

Shanka (François Maigret) : (sourire) Oui. Clairement. Le gros problème aujourd’hui pour la plupart des groupes, c’est de tenir plus d’un an ! C’est vraiment l’hécatombe, c’est hallucinant. Dès le départ, on s’est dit que The Dukes était un peu le projet de notre vie. Dès les prémices du projet, on s’est dit qu’on allait grandir avec. Et on grandit déjà avec. Dès le début, on s’est projetés sur trois, quatre ou cinq albums. Parce que c’est comme ça qu’on voulait que ça se passe. C’est une exception, mais pour nous, c’est la règle. On apprend à se connaître, on progresse dans notre art, on progresse dans la connaissance du projet… donc forcément, on va vers le haut. Mais tout ça demande du temps. Rien que là, il y a un bond énorme entre le premier album et le deuxième. Rien qu’au niveau du son et du live. C’est vraiment, peut-être pas le jour et la nuit, mais un véritable bond en avant. C’est indiscutable. Nous, on projette les choses. C’est un peu pour cette raison qu’on aborde les choses d’une manière assez détendue en règle générale. En tout cas pour ma part. Quand bien même on n’est pas au Stade de France demain, ce n’est pas grave… on sait très bien que l’aventure ne s’arrête pas là. On est dans la construction de quelque chose de pérenne et de solide, dans le respect des gens. On ne va pas commencer à aller acheter des fans sur Facebook ou je ne sais quelle autre connerie. On va construire notre projet de manière progressive et dans l’ordre, sans faire les choses à l’envers.

Quel regard jettes-tu en tant qu’artiste sur les réseaux sociaux comme Facebook ? Est-ce un outil marketing essentiel uniquement ou y trouves-tu quelque autre intérêt ?

Shanka (François Maigret) : Je te dirais que de toute façon, c’est un outil dont on ne peut pas se passer, dont on ne peut plus se passer, plus exactement. Nous sommes un groupe en développement. Après, je trouve que franchement que c’est un peu la maladie du siècle. Et en particulier Facebook. Je trouve qu’il y a vraiment des maladies mentales qui se sont développées autour de l’utilisation de ce média. C’est hallucinant. Quand tu vois des gens qui prennent quinze selfies par jour… tu te dis qu’ils doivent avoir de gros problèmes !! (rires) Ça devient un truc compulsif. Ça devient très compliqué. Et le problème, par rapport à la musique en particulier, c’est que ça contribue à asseoir le culte du chiffre. On peut maintenant voir la popularité un groupe par le nombre de like sur sa page… ce qui est complètement antiartistique ! Il y a certains groupes qui sont devenus des groupes majeurs aujourd’hui qui, au départ, avaient vingt personnes derrière eux. On ne juge pas la qualité d’un projet à l’aune du nombre de like sur sa page Facebook. Ça n’a aucun sens. Et malgré tout… et malheureusement !... c’est un truc que les imbéciles comprennent très vite… même s’ils sont complètement dans le faux (sourire). « Ben oui, c’est facile… il suffit de voir le nombre de like et on sait si c’est bien ou pas ! » Le problème est que le monde est composé essentiellement d’imbéciles, donc il y a un phénomène de masse autour de ces nouveaux médias. C’est assez dangereux par rapport à la diversité artistique parce que c’est complètement à double tranchant. Tout le monde vend internet pour les anonymes comme un super moyen de se faire connaître. Je ne suis pas tout à fait d’accord. Quand on regarde économiquement comment ça fonctionne sur internet, comment les sociétés se créent, périclitent et se font racheter, on voit que c’est la loi du plus fort… Il y a Google et puis il y a les autres. C’est la même chose pour Facebook, il y a Facebook… et il n’y a même que Facebook. MySpace n’existe plus. Il n’y a de la place que pour les plus forts. Internet, c’est un très bel outil qui est malheureusement victime des défauts naturels des hommes qui ont tendance à simplifier les choses dans le mauvais sens et à ne pas nécessairement être dans quelque chose de très humain ou très intéressant. C’est un peu la course à celui qui a la plus grosse… Si tu me permets l’expression ! (rires) Il y a une tendance de ce côté-là qui est malheureusement contreproductive pour les artistes en développement comme nous, qui ne sommes pas encore des gens qui peuvent se targuer d’avoir des millions de fans. C’est compliqué… mais on s’en accommode. On apprend aussi vu qu’on est des petits producteurs indépendants. Nous sommes vis-à-vis de l’industrie musicale ce qu’un petit producteur de patates est sur un petit marché vis-à-vis de la grande distribution... Je ne te cache pas que nous nous sommes beaucoup renseignés par rapport à ça. J’ai, par exemple, suivi pas mal de conférences sur le webmarketing pour comprendre un peu mieux comment ça marchait et essayer d’effacer les fantasmes que je pouvais avoir face à tout ça. Disons que ce sont des outils dont on se sert aujourd’hui mais qui ne sont pas une passion pour nous. On s’en sert du mieux qu’on peut.

Avoir des millions de followers ou de like très rapidement ne présage pas pour autant une belle et grande carrière…

Shanka (François Maigret) : (sourire) Tout à fait. C’est quelque chose qu’on ne peut pas nier, généralement, quand ça monte vite… ça retombe aussi vite derrière. La téléréalité l’a prouvé plus qu’à son tour… elle fabrique des gens jetables.

Tu me disais tout à l’heure que « The Dukes était le projet d’une vie ». L’album sort là dans quelques jours maintenant, dans quel état d’esprit es-tu ?

Shanka (François Maigret) : J’ai envie de te dire que je ne suis pas dans un état d’esprit particulier… C’est tellement des mois et des mois de travail pour en arriver là que pour nous, nous sommes dans un flux continu. Après, j’ai quand même envie de te répondre que je serai content dans quelques semaines d’avoir l’objet dans la main. Pour l’instant, c’est complétement abstrait. Les choses sont encore dans l’ordinateur ou dans les placards. Et puis, ce qui est enrichissant, c’est d’avoir des contacts avec des gens de l’extérieur, comme nous en avons un là avec toi aujourd’hui, pour savoir comment ce deuxième album est perçu… J’ai hâte que les gens écoutent ce qu’on a fait et qu’ils nous donnent leur ressenti dessus. Ça, c’est la partie vraiment chouette. Jusqu’à aujourd’hui, on a vraiment été en autarcie pour créer notre bazar sans savoir trop ce que les gens allaient en penser, donc c’est assez chouette de présenter notre travail et d’avoir le ressenti des gens dessus…

Propos recueillis par Luc Dehon le 13 mai 2014.
Photos : DR
Site web : http://www.thedukesmusic.com/
Facebook :
https://www.facebook.com/pages/The-Dukes/105941622787669









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