Interview de Benjamin Schoos

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/05/2014.
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Benjamin Schoos © Francois Mercier

Benjamin Schoos publie avant l’été deux EP en digital (« Dernière Danse » le 28 avril et « Visiter la Lune » en juin), qui seront suivi d’un album, « Beau Futur » à la rentrée. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce projet enthousiasmant à plus d’un titre : des morceaux enregistrés sur la route au hasard de ses rencontres, avec de vraies machines, des collaborations avec Jacques Duvall, Doriand, ou encore Alain Chamfort, entre autres. Nous en parlerons longuement. Benjamin est également producteur. Il est notamment à la tête du label Freaksville et de Radio Rectangle, il nous en touchera un mot. Enfin, au fil de l’interview, et sans lien de cause à effet, nous aborderons la culture pop sous tous ses angles, de l’Eurovision à Stromae en passant par les télécrochets. Benjamin Schoos est passionnant, nous espérons que vous aurez autant de plaisir à lire la retranscription de cet entretien que nous en avons eu à le réaliser. Rencontre avec une des figures emblématiques de la pop belge.

IdolesMag : Pourquoi avoir fait le choix de sortir dans un premier temps deux EP (« Dernière Danse » le 28 avril et « Visiter la Lune » en juin) et un album à la rentrée de septembre ?

Benjamin Schoos, Une Derniere DanseBenjamin Schoos : C’est purement commercial. J’ai d’abord fait mon album… Mais en fait, j’ai fait bien plus qu’un album cette fois-ci ! J’ai enregistré vingt-cinq/vingt-six chansons. C’est la première fois que je fais ça. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’ai rencontré pas mal de gens différents ces dernières années par le biais des concerts et de tout ce qui s’est passé autour du précédent album, « China Man VS Chinagirl ». J’ai donc fait beaucoup de rencontres intéressantes. Et j’ai eu envie de travailler avec ces gens-là. Et puis, j’ai profité aussi pour enregistrer d’être en tournée, par exemple en Espagne ou en Angleterre. Pendant les tournées, il y a toujours deux ou trois jours où tu ne fais rien. Plutôt que de faire du tourisme, ou de rentrer pour repartir, j’ai profité de ces journées-là pour enregistrer avec des gens là-bas.

C’était donc voulu, d’enregistrer dans de nombreux lieux différents.

Oui. Vraiment. Par exemple, par rapport à Séville, on avait trois concerts et deux jours de libre. J’ai demandé à mon éditeur s’il connaissait un studio bien dans le coin. Après, j’ai demandé aux gens du  studio s’ils pouvaient me renseigner des musiciens, s’ils connaissaient des auteurs ou même des chanteurs avec qui partager un morceau. Et donc, en étant en voyage, j’ai mis en marche un certain nombre de choses. Du coup, j’ai commencé à accumuler une matière assez impressionnante. Je me suis alors demandé ce que j’allais foutre avec ça… (sourire) Est-ce que je faisais un double album ? C’est toujours un fantasme de faire un double album… Et pourtant, j’ai regardé les doubles-albums que j’avais dans ma discographie personnelle… et je me suis rendu compte que c’étaient des disques que je n’écoutais jamais. Ils sont toujours extrêmement longs. On écoute le début un peu et puis on se lasse vite. C’est décourageant finalement un double album. Rien que de l’ouvrir, tu te dis « pfffff… ». Donc, je me suis dit que je n’allais pas faire ça, que je n’allais pas infliger aux gens qui aimaient bien ma musique un truc comme ça ! (sourire) Sortir vingt-six chansons pour que les gens n’en écoutent finalement que deux, quel intérêt ? Donc, je me suis demandé ce que j’allais faire. D’abord, un choix drastique dans les titres, ce qui finalement donnera l’album « Beau Futur » qui sera disponible en septembre. Et puis, je me suis penché sur le contenu digital. D’un point de vue purement commercial, j’ai regardé les écoutes de mes chansons au format numérique et les achats. J’ai constaté que seuls quatre ou cinq titres étaient écoutés, et que le reste passait inaperçu, ou presque. Ces autres chansons n’étaient finalement pas mises en avant. Je me suis donc dit que j’allais faire différemment cette fois-ci, sortir d’abord deux séries de cinq titres, exclusivement en numérique, puisque l’attention du public se focalise sur quatre/cinq morceaux. Et effectivement, j’ai l’impression que le EP, on l’écoute en entier, comme si c’était largement suffisant d’avoir quatre/cinq titres. Je vois qu’il y a là quelque chose qui fonctionne bien avec ce format-là.

En tant qu’artiste et en tant que producteur, est-ce que le format album veut encore dire quelque chose pour toi en 2014 ?

Je crois qu’honnêtement, c’est le dernier album que je vais faire. Déjà, avec Freaksville, on avait pris le parti de faire des albums courts. Essentiellement pour des raisons budgétaires au départ. C’est moins onéreux de produire un album de trente minutes qu’un de soixante minutes… (sourire) En plus, c’était un peu à contre-courant des albums qui duraient quatre-vingt minutes. Vers 2005, les maisons de disques se sont dit que comme les gens n’achetaient plus de musique, ils allaient faire de longs albums pour montrer qu’il y avait de la matière. Donc, nous, on a fait l’inverse. On s’est dit qu’on allait faire plus court, comme à l’époque du 33 tours. C’était aussi suffisant par rapport à ce qu’on avait à dire sur un disque et à la manière dont on les fabriquait. Un album de quatre-vingt-cinq minutes, il faut le travailler pendant deux ou trois ans. On estimait que dix titres étaient suffisants. On choisissait les dix meilleurs et on fonçait à fond.

C’est un vinyle qui va sortir en septembre. Une face A avec le premier EP et une face B avec le second ?

Non, pas du tout. Des cinq titres qui figurent sur chaque EP, il y en a quatre qui figureront sur l’album. Ce qui fera huit titres sur l’album. Mais l’album fera tout de même seize titres…

Il y aura donc huit titres inédits sur l’album.

Tout à fait. Et donc les derniers titres qui figurent sur les EP resteront inédits. L’album, même en incorporant les titres présents sur les EP, aura finalement une couleur propre. Les autres titres qu’on retrouvera dessus seront sans aucun doute les plus francophones, les plus « chanson ». Ça donnera un style assez cohérent à l’album.

J’ai lu dans une interview que c’étaient des images qui t’inspiraient les thèmes des chansons. Quels sont les images qui t’ont inspiré cette fois-ci ?

Je dirais que c’est le voyage. Essentiellement le voyage. Le fait d’enregistrer sur la route. Parler d’inconfort serait peut-être trop fort, mais disons le fait d’enregistrer dans d’autres studios que celui dont j’ai l’habitude. Je me suis retrouvé avec d’autres outils, et avec des gens que je ne connaissais pas. Ce n’est pas comme si je me retrouvais comme un aventurier, n’exagérons rien, mais à la découverte et à la rencontre des autres. En même temps, j’étais assez conscient de ce que j’allais faire. Quand j’arrivais en Espagne, je savais avec qui j’allais travailler, des musiciens dont le profil me paraissait intéressant. Je ne me suis pas retrouvé à enregistrer avec des petits mexicains trouvés sur le bord de la route ! (rires) Il y a tout de même eu des surprises. Beaucoup de surprises, finalement. Des gens que je ne m’attendais pas à rencontrer et qui étaient là… À Manchester, je me suis retrouvé dans la salle avec des gens qui jouaient avec Johnny Marr des Smiths. On a sympathisé et ils se retrouvent sur le disque. Là, ça s’est fait très spontanément. Donc, c’est le voyage qui a nourri ce disque finalement.

Tu as utilisé de vraies machines aussi.

Oui. Je le voulais. J’ai enregistré à l’ancienne. Mais j’ai tout de même choisi des machines dont les sonorités s’inscrivaient dans la thématique de l’album. Il y a des chansons sur le voyage sur la lune, sur les transformateurs vocaux… Donc, on voit les ficelles. C’est de la machine à l’ancienne qu’on utilise telle quelle. J’ai donc utilisé de l’équipement analogique, des machines pas toutes récentes mais qui ont un cachet et une présence qui donnent un style à l’album. C’est difficilement explicable à des non musiciens, mais les Daft Punk ont fait ça sur leur dernier album. Ils ont utilisé beaucoup d’appareils différents qui donnent un style tout particulier à leur son. En tout cas, je ne voulais pas trop de sons électroniques. Maintenant, dans la pop, beaucoup de choses sont faites électroniquement. Et je suis le premier à les utiliser ! Mais la plupart des sons qu’on entend sont électroniques. C’est simulé. C’est une manière complètement digitale de faire de la musique. Ça s’explique aussi par les canaux de diffusion de la musique d’aujourd’hui. Là, je n’ai pas voulu faire ça. J’ai vraiment voulu utiliser des machines. Pour reprendre ce que me disait Marc Moulin, « avant tu avais un ordi dans le studio, et c’était la révolution. Maintenant, tout le studio tient dans un ordinateur… » Ce qui est vrai. Là, je voulais l’inverse, aller dans des studios où il y avait un ordi qui pilotait le truc, certes, mais en utilisant de vraies machines. Je les ai vraiment choisies en fonction de l’effet qu’elles pouvaient produire.  Je ne voulais pas me retrouver devant un ordi avec la liste des algorithmes électroniques qui permettent de simuler ces effets. Les cordes, par exemple, ce sont de vraies cordes. Si je voulais un son qui imitait les cordes, à la limite, je préférais utiliser un synthétiseur où on entend que ce ne sont pas des cordes mais qui a sa sonorité propre. C’est donc une musique dans laquelle on entend les ficelles. J’ai vraiment fait mon shopping dans toutes ces machines qui se sont trouvées sur mon chemin…

Au niveau des textes, as-tu rapidement su de quoi tu voulais parler ?

J’avais une idée… C’est la première fois que j’ai rencontré d’autres auteurs que Duvall. J’ai toujours beaucoup travaillé avec Jacques, mais là, j’ai rencontré sur ma route d’autres auteurs, comme Doriand, par exemple. Il m’a écrit un texte qui se retrouvera sur l’album. C’est marrant parce que Doriand, c’est un mec qui a produit Lio aussi, qui a écrit des chansons pour Julien Doré, Camélia Jordana ou Mika… C’est un mec qui a un parcours d’auteur/compositeur un peu similaire au mien et qui aujourd’hui est reconnu comme auteur/compositeur.

Benjamin Schoos © Francois Mercier

Donc, Doriand, tu ne le connaissais pas.

Non, je ne le connaissais pas. Mais je connaissais ce qu’il faisait. Je savais qu’il aimait pas mal ce qu’on faisait avec Freaksville. Et pour Doriand, Duvall est un peu son maître… C’est un fan de Lio, Chamfort, etc… On s’est rencontrés à Montauban et tout de suite, on a eu envie d’écrire quelques titres ensemble. C’était une chouette rencontre.  Jacques avait quelques problèmes de santé à ce moment-là. Donc, ça m’a donné la possibilité de rencontrer d’autres auteurs.

C’est peut-être aussi d’une certaine manière, une façon de sortir de la routine.

Je ne sais pas.

Avec Jacques, vous bossez ensemble depuis fort longtemps.

Oui, c’est sûr…

Dedicace de Banjamin Schoos pour IdolesMag

Il y a Alexandre Chatelard aussi.

Oui ! Ce gars a une écriture très différente de celle de Jacques. Et étonnamment, ça a bien collé avec ma musique. Du coup, ça amène quelque chose de différent à l’album, mais qui n’est pas non plus opposé avec les titres que j’ai écrits avec Jacques ou Doriand. Il y a juste un titre que je n’ai pas gardé, un titre de Jean Fauque que j’aime beaucoup. Mais le titre était pour le coup beaucoup trop éloigné du style de l’album, donc, je ne l’ai pas mis dedans. Ce sera pour un prochain disque, je pense. La thématique ne collait pas avec l’ambiance générale du disque. J’ai donc travaillé avec Jean Fauque qui est un très chouette gars et un très chouette parolier. C’est intéressant de travailler avec d’autres personnes de temps en temps.

Quand tu travailles avec Doriand ou Alexandre Châtelard, que tu connais moins bien que Duvall et qui te connaissent moins bien aussi, comment ça se passe ? Tu leur donnes des pistes ou tu les laisses faire ?

Je les laisse faire… Avec Jacques Duvall et Doriand, je préfère avoir leurs textes avant. Ils ont une écriture très concise. Je n’ai jamais trop aimé amener une mélodie à Duvall. On l’a déjà fait, mais ce n’étaient pas nos meilleures chansons. Avec Châtelard, ça a été différent parce que lui, c’est un musicien et un compositeur. Il est un peu comme moi, il a besoin d’avoir des images musicales pour poser des mots dessus. Je lui ai donc filé une série de musiques que j’aimais bien et que j’avais enregistrées à gauche et à droite. Lui m’a proposé des idées de textes qui finalement collaient très bien avec les autres chansons déjà écrites. Doriand et Jacques, eux, sont de vrais paroliers.  Ce sont des musiciens, mais pas de vrais mélodistes. Leur job, c’est vraiment les textes. Châtelard, lui, c’est plutôt un auteur/compositeur. Donc, ce n’était pas la même manière de travailler.

Et avec Jean Fauque ?

C’est un peu bizarre d’en parler parce qu’il n’est pas sur l’album (sourire), mais c’est plutôt comme avec Jacques et Doriand. Je lui ai amené une mélodie et il m’a collé un texte dessus.

Benjamin Schoos © Hans Vercauter

Te souviens-tu de ta toute première rencontre avec Jacques Duvall ?

Oh oui ! Ça fait onze ans, quelque chose comme ça, qu’on travaille ensemble. J’étais près de chez lui, près de l’Hôtel Métropole à Bruxelles. En fait, non… Je l’ai d’abord rencontré par téléphone. Je savais qu’il avait bien aimé un album que j’avais fait à l’époque. C’est Claude Martin, de team for Action, qui était mon éditeur à l’époque, qui m’a mis en rapport avec Jacques Duvall, le contrebandier de la chansonlui. J’étais enchanté de le rencontrer. Il n’avait pas de téléphone portable à l’époque. Il fallait laisser un message sur son répondeur…  (sourire) Il était quasiment injoignable. Il fallait vraiment aller à sa rencontre. La première fois que je l’ai rencontré, c’était sympa, mais on voyait bien qu’il était dans une période un peu sombre de sa vie. Il était très chaleureux et chouette, mais en même temps assez distant, sans doute par rapport à la profession. Il m’a donc dit qu’il avait bien aimé mon album « Forgotten Ladies ». Il travaillait avec Jane Birkin à l’époque, et il voulait qu’elle chante un des titres de l’album. Elle devait faire un duo avec Bashung, ou je ne sais plus trop quoi… Disons que le titre était dans la liste du dessus pour être chanté, et finalement, ça ne s’est pas fait. Après on a commencé à travailler ensemble sur quelques chansons de type country/folk. Soit des adaptations, soit des chansons originales. On s’est vraiment mis à travailler ensemble avec le premier album qu’on a produit sur Freaksville. Depuis là, on a travaillé ensemble de manière régulière. Il s’est vraiment passé quelque chose entre nous. L’enregistrement du disque était particulier. C’était un renouveau et le commencement de quelque chose de nouveau pour tout le monde. C’est difficile à expliquer… mais voilà, on venait de monter Freaksville, je n’avais plus de contrat avec ma maison de disques, c’était fini, et donc, on a lancé le label Freaksville pour cet album-là. C’était nouveau pour nous de devoir gérer toute la production, réaliser les albums, etc… On avait trouvé une manière de travailler assez intéressante. Pour Duvall, c’était tout nouveau aussi de venir au studio. Déjà sortir de chez lui et venir à Liège au studio… c’était pas mal ! (sourire) Et puis, voir qu’il pouvait encore chanter aussi… Et se produire sur scène ! Chose qu’il n’avait jamais faite, sauf pour quelques galas où il chantait deux ou trois titres sur bande… (sourire) Donc voilà, je pense qu’il y a eu une énergie commune qui s’est créée, et à partir de là, on s’est rendu compte assez vite qu’il y avait tout un panel de gens qui n’étaient plus produits et qui avaient encore envie de faire des disques. Des gens qui existaient toujours, mais dont on n’entendait plus trop parler…

C’est là que commence toute l’aventure Freaksville avec notamment Marie France, et puis Lio, etc…

Oui, Marie France, en l’occurrence, elle a un nombre de fans impressionnant ! Des gens qui sont vraiment attachés à sa musique… et pourtant, personne ne voulait la produire en France. On a embrayé sur des rencontres comme celle-là qui ont porté aussi un peu le label. Les deux disques qu’on a faits qui ont été peut-être pas les plus marquants, mais qui ont une vraie histoire, c’est le premier Duvall et l’album avec Marie France. Et puis, inévitablement, il y a l’album avec Lio. C’est la rencontre avec un esprit différent. Une artiste comme Lio sur un label underground… ce n’était pas commun. Dans les albums « duvaliens », ce sont les trois les plus marquants pour moi, au niveau production. Dans la manière dont ils ont été faits et aussi dans leur conception. Ce sont de très bons souvenirs… Après, il y a plein d’albums qui ont été super à faire aussi. Au niveau chanson, bien que je ne sois pas très fier de ma réalisation, il y a « Expert en Désespoir » de Duvall. C’est la première fois que quelqu’un réussissait à faire chanter à Duvall des chansons pop. Je trouve que c’est un chouette disque, mais pas celui que j’ai le mieux réussi dans ma réalisation…

Dans les interprètes emblématiques de Duvall, il y a Marie France et Lio, bien évidemment. Il y a aussi Alain Chamfort, qu’on retrouve sur ton album d’ailleurs…

Chamfort chante sur le titre « Dans les bras de la nuit » et non, bizarrement sur « Granit », que je chante tout seul. Je sais que la ressemblance est troublante entre nos deux voix et qu’on pourrait penser que c’est lui qui chante sur « Granit », mais non… c’est moi. Chamfort, ça ne l’intéressait pas de faire du Chamfort, et puis, c’était ce titre, « Dans les bras de la nuit » qui était intéressant. Il est venu enregistrer au studio CBE à Paris. On jouait aux Trois Baudets à cette époque. Duvall n’était pas là. On s’est retrouvés seuls avec Chamfort dans un studio dans lequel, je pense, il était déjà venu quelques fois à l’époque où il jouait avec le Système Crapoutchik et toute cette scène-là un peu psyché. On a donc enregistré sa voix avec le micro de Joe Dassin de « L’été indien ». C’est vraiment un studio comme à l’époque. C’était chouette de se retrouver dans ce décor un peu vieillot comme celui-là…

Benjamin Schoos © Hans Vercauter

Ce serait bien de pousser un peu plus loin l’aventure avec Alain Chamfort sur Freaksville, non ?

(sourire) Sans doute ! Là, je sais que Duvall travaille sur des chansons avec lui. Je pense qu’il bosse avec un réalisateur français qui est assez chouette, Frédéric Lo, qui a notamment travaillé avec Daniel Darc. Il est un peu effectivement dans le même esprit que nous, même si je n’ai encore rien entendu. Avec Alain, c’est une autre manière de faire aussi… Je pense que la distance ne joue pas pour nous. Si nous étions à Paris, ce serait plus facile de travailler sur des albums comme celui-là, plus sur la longueur. Mais avec Chamfort, c’était vraiment une très chouette expérience. « Dans les bras de la nuit », c’est un titre très atmosphérique. On le voyait avec Jacques comme un roman-photos sonore.

N’empêche que « Granit » sonne comme un bon vieux Chamfort !

(éclats de rires) Il est un peu haut pour ma voix et du coup, là, je chante plus aigu. Ce n’est pas un registre habituel pour moi, en tout cas, à l’heure actuelle.

Quelques chansons sortent complètement des formats radiophoniques. Je pense à « La Vuelta del Doctor Amor » qui dure 7 minutes 50 ou encore « La grande aventure », près de 6 minutes. Est-ce essentiel pour toi, qui porte les casquettes d’artiste, de producteur et d’homme de radio, d’aller au-delà des formats édictés par les radios ?

Oui, c’est important. C’est bien de ne pas faire que de la pop ultra calibrée et se laisser parfois l’occasion de voir et d’écouter des formats plus hybrides. Ce sont des formats qui peuvent aussi amener après à des chansons beaucoup plus pop. J’ai toujours aimé les formats longs, la musique psyché, le jazz, l’afro-beat, etc…  Et même des morceaux de la musique world qui ont des formats encore parfois plus explosés. Donc, j’avais envie aussi d’aller dans cette direction, qui finalement est assez naturelle pour moi. Je ne vois pas le problème d’avoir un titre, s’il évolue bien, qui dépasse les sept minutes. Ce que je n’ai pas envie, par contre, c’est que les gens s’emmerdent (sourire). J’avais donc envie de prendre cette liberté d’aller vers des titres plus longs. C’est aussi l’idée d’avoir un titre qui surprend.

Dans l’idée de surprendre, il y a un titre en espagnol, sur un album de chanson française…

(sourire) Ça c’est encore une chouette histoire ! Miqui Puig, c’est un mec que j’ai rencontré à Barcelone. Outre le fait qu’il aimait ma musique, c’est un musicien très connu là-bas, qui est devenu une sorte de DJ rock. Il fait beaucoup de soirées et de festivals. C’est quelqu’un qui a un parcours un peu comme le mien ou celui de Bertrand Burgalat. Ce sont des artistes transversaux… enfin, je ne sais pas si on peut dire ça comme ça ! (sourire) Mais en tout cas, on fait des choses un peu similaires, on parle de choses qu’on aime bien, on est parfois chroniqueurs de choses, quoiqu’on fasse, on le fait toujours avec une certaine attitude et une même passion. Ce sont des gens que j’aime rencontrer. Et donc, Miqui Puig, lui, faisait partie d’un groupe très connu dans les années 90, Los Sencillos. Il a lui aussi un label de musique espagnole rock. C’est une personnalité un peu hors-format que j’aime bien. C’est quelqu’un de très généreux. Il est assez rond physiquement. C’est un vrai personnage.

Benjamin Schoos © Pascal Schyns

On a parlé de Chamfort et Miqui Puig, mais il y a aussi d’autres featurings… Je pense notamment à Laetitia Sadier (de Stereolab) et April March.

Oui. Il y a plusieurs featurings. Il y a donc un featuring en anglais sur un disque français. Là aussi, j’ai voulu m’accorder cette liberté de mettre un titre en anglais. C’est un titre qui est chanté par Stef Kamil Carlens, le chanteur de Zita Swoon. C’est un flamand, un anversois qui avait créé jadis le groupe dEUS. C’est donc une petite sortie anglo-saxonne sur le disque. Là aussi, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup humainement. Lui aussi a refusé des choses avec du business très lourd à l’époque de dEUS. Il a toujours suivi ses goûts et ses envies. Il a fait des musiques très intéressantes pour le cinéma ou le théâtre. Sa musique, je la trouve très touchante. Radicalement différente de la mienne, mais c’est ça qui est enrichissant finalement. Il a une manière de faire très particulière, très différente de la mienne. Ça a été une belle rencontre de production sur ce titre. Donc là, je lui laisse le micro sur le morceau, et c’est bien.

Ça fait tout de même cinq/six featurings sur un album de seize titres… C’est pas mal !

Ce n’est pas un album de rap non plus ! (rires) Ah ! On a oublié de parler de La Féline aussi. C’est une chanteuse parisienne qui va sortir un album en septembre. Très chouette. Elle a un univers bien particulier qui me plait beaucoup. C’est une fille qui fait une musique assez écrite. Pas lettrée, mais une pop musique assez écrite tout de même, avec beaucoup d’électronique. Elle a vraiment un univers sur le fil, en même temps populaire et assez pointu. J’aime vraiment bien. Elle a quelque chose de singulier dans son univers. Il y a aussi un guitariste que j’aime beaucoup sur le disque, c’est Jacques Stotzem. C’est quelqu’un avec qui je travaille depuis longtemps. On a une grande amitié et c’est un très grand guitariste. Sur cet album, il y a beaucoup de choses différentes… c’est un peu un mix d’un tas de choses que j’avais faites auparavant et qui n’étaient peut-être pas très lisibles. On retrouve plein de gens d’univers très différents. Là, je pense que ça converge vers une œuvre qui est probablement la plus claire de tout ce que j’ai pu faire auparavant.

En parlant de tout ce que tu as fait auparavant… Pourquoi as-tu abandonné ton pseudo de Miam Monster Miam pour chanter sous ton propre nom, Benjamin Schoos ?

En fait, ce qui s’est passé, c’est que j’ai travaillé en Belgique pendant dix ans à la RTBF en tant que chroniqueur radio. Et… Miam Monster Miam était un peu associé dans la tête des gens à un chroniqueur radio. C’était aussi devenu un peu synonyme d’un groupe. un faux groupe, mais bon… Quand j’ai bossé sur « China Man VS Chinagirl », j’ai fait un travail très solitaire. Et j’avais envie aussi de lâcher un nom qui était devenu, peut-être, un paravent. C’est vrai que c’était intrigant ce nom. C’était finalement un bouclier supplémentaire qui ne clarifiait pas non plus la situation de ce que je faisais… à un moment donné, autant accepter que c’est moi qui assume mes projets, que je sois à la radio, à la télé ou que je sois chanteur et producteur. Ce sont mes goûts, ce sont mes choix. Ça me paraît plus cohérent de le faire sous ma propre identité. À la limite, assumer mon nom, c’était aller vers une certaine simplification, une certaine clarté. Un pseudo donne parfois une certaine protection, j’ai préféré m’en débarrasser.

C’était une prise de risque aussi. Miam Monster Miam commençait à être connu, personne ne savait qui était Benjamin Schoos…

Oui… mais en même temps, non… Prenons l’exemple de la page facebook d’une marque. Quand la technologie change, la page devient obsolète et donc, il faut l’effacer et recommencer avec une nouvelle page. Et en musique, c’est la même chose. C’est toujours un recommencement. Il y a une fanbase fidèle, et que je sois Miam Monster Miam ou Benjamin Schoos, ça ne change rien, pour les autres, c’est toujours à recommencer. C’est devenu rare les artistes populaires qui réussissent à fidéliser les gens. Tu as un album qui marche puis un qui marche moins bien, du coup tu perds des gens… et il faut recommencer à te raconter. Donc, quelque part, dans la masse d’infos qui tourne, je ne sais pas si changer de nom a vraiment un impact. Peut-être ? De toute façon, ça reste du local… je ne suis pas mondialement connu !! (rires)

Benjamin Schoos © Pascal Schyns

Tu reviens tout de même d’une tournée en Asie. Tes titres tournent bien en Angleterre. Comment expliques-tu que la chanson française soit parfois mieux perçue à l’étranger que chez nous, finalement ?

L’anglo-saxon a envahi le monde. On ne peut pas le nier. L’anglo-saxon est aussi beaucoup utilisé à des fins de jeunisme et de coolitude. C’est devenu un argument publicitaire. Regarde les punchlines… qui est un mot anglais d’ailleurs ! (rires)… des marques sur un festival. C’est mieux vu de les mettre en anglais qu’en français, ça sonne mieux. Donc, inévitablement, les publicitaires ont compris qu’en francophonie, pour toucher un public jeune, c’était plus facile d’utiliser des termes anglo-saxons. Je pense que c’est l’inverse qui se passe dans les pays anglo-saxons. C’est plutôt cool, avec la mondialisation des choses, d’avoir des choses qui sonnent un peu autrement. Dans ce sens-là, je pense que la musique pop peut fonctionner dans n’importe quelle langue. La preuve… il y a tout de même eu des titres assez abstraits avec des paroles bizarres. Si on prend un artiste comme Stromae, il a fait un tube en discothèque chanté en français…

On cite souvent en référence la pop anglaise, alors que finalement la pop belge et la pop française sont aussi novatrices.

Les anglais ont très vite incorporé la publicité et la notion de mode dans leur musique. Les artistes anglais, quand ils sont pris en charge par leur maison de disques, véhiculent, par leur association avec des couturiers et des marques, une image qui est une image de mode. Ça a toujours été comme ça. Même les vieux groupes anglais ont cette touch’-là. Il faut être attentif aux tendances de la mode, à la musique pop, à l’habillage… Prenons l’exemple-type de Lady Gaga. Elle a fait appel à Jeff Koons qui est un maître de l’art contemporain. Ils sont très attentifs à tout ça en Angleterre et même aux États-Unis. Quelqu’un qui fait des beats électroniques, qu’il soit belge, anglais ou que sais-je, s’il est reconnu comme étant à la mode, pourrait très bien placer un de ses rythmes à Rihanna. Ce n’est pas impossible à l’heure actuelle. D’ailleurs, rien n’est impossible. L’Entertainment américain ou anglo-saxon, est global.

Il y a d’autres budgets aussi.

Oui, mais pas tant que ça, en France notamment. L’industrie musicale française est puissante. Moins que l’américaine ou l’anglaise, mais quand même. Il se trouve qu’en France, tout est cloisonné. La mode et la musique ne font pas forcément bon ménage. Tu ne verras pas par exemple Nolwen Leroy porter des robes d’un couturier underground et le revendiquer… je ne dis pas que ça ne se fait pas, mais disons que ça se fait rarement. En Angleterre, les gens sont très attentifs à ça. Dans leur culture pop, c’est comme ça. Alors qu’ici, la musique, ce n’est pas de la mode. Et c’est ça que Stromae, qu’on aime ou pas ce qu’il fait, fait un carton. Il tente de faire ça. Le garçon est très attentif à ce qui se fait en graphisme et en mode. Ça se retrouve dans son visuel et dans la manière de présenter sa musique. C’est pour ça que c’est un artiste pop qui fonctionne au-delà de nos frontières. Il a une réelle image. Il a compris ça… Moi aussi je l’ai compris, mais dans mon secteur… (sourire)… un secteur beaucoup plus de niche !! Donc, je pense que c’est pour ça que Stromae fait un carton et fonctionne à l’international. Son image évoque quelque chose d’un peu dandy aussi… Il faut dire que les anglais, ils ne connaissent que deux francophones ! Trois au grand maximum. Il y a Sacha Distel parce que pendant les années 70, il était tout le temps à la télévision anglaise dans les shows populaires, Serge Gainsbourg, un peu parce qu’il a été avec Jane Birkin, Françoise Hardy et Jacques Dutronc un peu aussi. Le reste, ils ne connaissent pas… ça n’existe pas trop pur eux. C’est donc peut-être pour ça, pour en revenir à ta question initiale, que mes titres sont diffusés là-bas. En plus, je chante avec une artiste française, mais qui a plus de succès là-bas, Laetitia Sadier. Stereolab a beaucoup plus de succès en Angleterre qu’en France. Stereolab n’a jamais été vraiment bien compris en France. Par contre, en Angleterre, c’est un groupe très arty.

En parlant d’Entertainment, de musique pop et de mode…  Tu as été à l’Eurovision avec Patrick Ouchêne il y a quelques années. Qu’en retiens-tu ?

Beaucoup de choses. C’est une expérience qui a été quand même assez compliquée en interne… (sourire) L’Eurovision, c’est un truc qui est détesté en francophonie, que ce soit en Belgique ou en France. C’est vraiment considéré comme le fond du panier. (rires) Par contre, quand tu vas à l’Eurovision, tu te rends compte de ce que ça représente à l’échelon de l’Europe. C’est très différent. Culturellement, pour beaucoup de pays, l’Eurovision, c’est vraiment très important. Il y a beaucoup de fans. Dans les Pays de l’Est, l’Eurovision a un impact pas croyable. C’est l’avant-garde de la pop music ! Dans le fond, les codes musicaux ne sont pas très différents des nôtres. Parfois, quand tu regardes un spectacle américain, c’est très proche. J’ai vu à l’Eurovision des choses très intéressantes. Comment concevoir un spectacle qui n’est plus vraiment de la musique, mais du spectacle d’Entertainment à l’américaine. Avec des athlètes, des mecs qui dansent sur des échasses ou des feux d’artifice… Au-delà de la musique, l’Eurovision, c’est du pur Entertainment. Alors, on peut trouver ça de mauvais goût. Moi, en tout cas, j’ai vu là-bas comment on organisait un vrai évènement populaire de musique pop.

Benjamin Schoos © Pascal Schyns

Retenterais-tu l’expérience ?

Je pourrais la retenter avec le recul de cette première expérience. Pourquoi pas ? En plus, quand tu vas là-bas, tu sais que c’est un truc très cadré, et en même temps, tu hallucines… tu vois de ces trucs… C’est la folie. Tu as l’impression d’être dans un monde virtuel. C’est un croisement hybride.

Tous les pays sont là pour faire la fête. C’est assez bon enfant, finalement, l’Eurovision.

Oui. Il y a un réel plaisir à faire la fête. C’est ça que je trouve assez bizarre, c’est ce plaisir qu’ont beaucoup d’Européens à vivre cette fête, alors que les francophones le boudent… Ce n’est pas une farce.

Tu es allé à Moscou.

Oui, quand j’y suis allé, c’était à Moscou. Tu as, comme en Asie d’ailleurs, ce mix de culture assez hallucinant. D’un côté, un truc très militaire carrément communiste mélangé à un truc hyper capitaliste et bling bling à outrance. J’étais comme dans un monde parallèle. Un monde que les gens ne connaissent pas ici. La Chine, c’est pareil. Par rapport à nos repères, c’est… un autre monde ! (sourire)

Ils avaient vu les choses en grand !

C’est le moins qu’on puisse dire. Dans les pays pauvres, c’est toujours un peu indécent. C’est la même chose que la Coupe du Monde au Brésil. Ils dépensent un fric bête pour la grandeur de la nation, pour montrer ce qu’on peut faire… pour montrer l’ouverture d’esprit qu’on pourrait avoir… (sourire) Tout ça, c’est de l’image. C’est de la comm’. C’est spécial. Le mélange des genres est… spécial ! Dans ce genre de pays, comme la Russie… c’est une façon de montrer la magnificence du pays, sa force. C’est plus important que tout le reste. En Chine, c’est pareil, c’est la grandeur de la Chine qui importe, avant même l’être humain. Je schématise un peu, mais on n’est pas très loin de la vérité. Ce sont en tout cas des pays qui fonctionnent comme ça. Et il faut aussi le respecter. Pour nous, c’est bizarre, c’est loin de nos conceptions…

Benjamin Schoos © Pascal Schyns

Revenons en Belgique. Tu signes quelques chansons sur l’album de David Madi, le gagnant de la deuxième édition de « The Voice Belgique ». Qu’est-ce qui t’a plu dans son univers ?

Je trouve que c’est intéressant quand tu as des chanteurs qui sont en recherche de quelque chose. En plus, le garçon avait vraiment un truc vocalement. Après, la manière dont ça se passe après ce genre d’émission est révélateur que ce n’est finalement qu’un show télé. Là encore, il y a un clivage total entre le show télé et le fait d’être un artiste et un chanteur. Tu as gagné, tu as gagné. Ton album sort et tout le monde s’en fout. En tout cas, c’est l’impression que ça donne. C’est finalement à se demander si les gagnants n’auraient pas plus intérêt à décrocher une rubrique people à la télé que de sortir un disque… (sourire) Ce qui est un leurre parce qu’on fait croire aux gens que ce genre d’émission amène gloire et succès. S’il n’y avait pas ce fantasme-là, il n’y aurait pas d’émission.

Jusque maintenant, « The Voice » n’a pas vraiment sorti de vedette. Ni en Belgique, ni en France.

Jusque-là, non. C’est ce qui est particulier dans ce genre de concours. Pour en revenir à David Madi, j’ai écrit pour lui comme j’aurais écrit pour n’importe quel autre interprète qui m’aurait contacté. Le garçon a une petite notoriété, mais elle est limitée au cadre strict de la télévision. Il n’y a pas de passerelle…

Ça reste une bonne émission de télé.

C’est ça. Et même pour le public. Une fois que l’émission est finie, l’émission est finie. Ce qui est hallucinant, c’est qu’un artiste qui sort de ce genre d’émission doit mobiliser beaucoup plus de forces qu’un autre, pour la même diffusion à l’arrivée… paradoxalement.  Il a une très bonne exposition, mais après, il doit travailler mille fois plus pour y arriver. Les préjugés sont énormes. Alors que l’image du héros qu’il portait quelques mois avant à la télé ne le laissait pas présager… C’est la télé, c’est sans pitié. C’est à prendre avec des pincettes tout ça. Mais c’est peut-être le prix à payer pour la notoriété ?

Avant de te quitter, j’aimerais qu’on évoque un instant « Radio Rectangle ». Comment ce projet est-il né ? Qu’y entend-on ?

Rectangle est né simplement d’une question. Comment la musique circule-t-elle en 2013 ? Qui écoute quoi et comment ? Que peut-on faire, nous, pour promotionner nos artistes ? On s’est dit que comme on aimait la musique, pourquoi ne pas partager celle qu’on aimait ? On réfléchissait à des outils de promotion pour notre label… et pourquoi ne pas lier l’utile à l’agréable ? On a tous, dans l’équipe, un peu tâté de la radio à un moment donné ou un autre de notre parcours. Que ce soient des radios libres, des chroniques dans des émissions ou ce genre de chose. On s’est dit que ce serait sympa de chacun proposer une émission chaque mois dans le créneau qui nous intéressait. Rectangle est parti de là. Des artistes du label ont envie de parler de certaines choses ? Donnons-leur la parole. Mademoiselle Nineteen a voulu parler de pop française. Marc Wathieu (Marc Morgan) a proposé « Hobby ». Moi, mon émission « Freaksplanet » existait déjà, donc, je n’ai eu qu’à l’adapter. Donc, les musiciens et artistes du label Freaksville ont tous proposé des trucs. On a fait des émissions zéro. Et petit à petit sont venus à nous des gens qui faisaient de la radio et qui n’avaient pas les outils pour le faire, qui se sentaient eux-aussi isolés dans leur démarche. On leur a demandé de faire une zéro aussi pour voir ce que ça allait donner. La radio s’est donc structurée comme ça, à partir de la radio Freaksville et d’autres gens qui se sont greffés autour. C’est devenu une petite communauté qui a un accès au label maintenant. C’est sponsorisé en partie par la Sabam, contente de voir aussi qu’en tant que sponsor il y a la possibilité de diffusion d’autres choses que ce qui existe. Et effectivement, on relaye tout un panel de productions qui n’étaient plus relayées… Moi, en tant qu’artiste, c’est très enrichissant. Ça me permet d’écouter de la musique d’autres artistes. D’échanger avec d’autres artistes que j’aime bien et d’autres personnes à propos de la musique, comme on est en train de le faire là. C’est un projet extrêmement chronophage mais qui est extrêmement enrichissant aussi. Ça permet de rencontrer des gens, de discuter, de créer des passerelles entre les structures. Et je pense que ça donne un effet positif et actif au label. Et tout se fait naturellement. C’est structuré quand même, il y a un chef d’antenne, il y a pas mal de partenariats. Ça devient compliqué parce qu’on est quatorze maintenant, chacun a ses goûts, chacun a sa manière de faire… On ne vient pas tous nécessairement du même milieu culturel ou politique. Maintenant, je voulais que cette radio ait cet aspect large. Je voulais que ce soit pointu, mais large. C’est finalement assez payant. Ça reste une radio écoutée par des auditeurs fidèles, ce n’est pas une radio grand public. Mais elle monte… Avec internet, l’avantage, c’est que tu vois les échecs et les succès. Là, pour la semaine belge, par exemple, on a quadruplé notre audience. On a augmenté très fortement notre visibilité. Les contenus sont beaucoup plus partagés, etc… C’est un pied de nez aux gens qui disent que la musique belge ne vaut rien, que les artistes belges ne sont pas diffusés, etc… Là, en parlant uniquement d’artistes belges, on avait largement de quoi tenir une semaine entière… et même plus ! Maintenant, au niveau des émissions, chaque producteur gère son émission. Moi, je n’interfère pas dans le contenu. Je demande juste qu’on respecte les règles de base, comme nous sommes une radio reconnue par le CSA.  Je demande de ne pas faire de politique à tire larigot pendant toute l’émission. Ne pas tenir des propos antisémites, racistes et pédophiles… ce qui me semble être la moindre des choses pour une radio musicale !! (sourire) À part ça, c’est une radio assez libre. Chacun s’engage sur son projet et son émission. Je leur demande juste de la tenir. Une émission qui n’est pas livrée à la date, ce n’est pas faisable. Tout le monde s’engage aussi à diffuser, en fonction de son réseau, au mieux son émission. C’est assez ouvert, en fait.

Benjamin Schoos © Pascal Schyns

Tu as fait récemment une interview de Christophe, Chamfort chante sur ton album, quand on l’écoute on ne peut pas ne pas penser à Gainsbourg. Quels sont tes maîtres, finalement ?

Mes maîtres ? Bonne question ! Je n’ai pas vraiment de maîtres, ce sont plutôt des albums qui sont importants pour moi. « Brigitte Fontaine est folle » est un de mes disques préférés. C’est vraiment un de mes albums fétiches, comme certains autres disques de la période Savarah, Pierre Barouh par exemple. La période de Gainsbourg que j’aime le plus, c’est la période de « L’homme à la tête de chou ». J’aime beaucoup. Même « Vu de l’extérieur », et les albums mineurs de Gainsbourg, je les aime bien. Ce sont des albums qui ont un côté nonchalant que j’aime bien. Ce sont des albums qui vivent leur vie. J’aime bien Manset aussi, « La mort d’Orion ». Françoise Hardy également, l’album « La question » notamment. Puis j’aime bien aussi des disques moins connus comme ceux de Jean-Jacques Perret, « Moog indigo », ou ceux d’André Popp qui est un arrangeur qui a beaucoup travaillé avec Marie Laforêt. Ce sont des albums comme ça que j’aime. Il y a aussi des choses que j’aime chez des chanteurs plus populaires comme Dick Rivers ou Johnny Hallyday. J’aime beaucoup l’album « Hamlet », notamment. Le premier album de Lio, inévitablement ! (sourire) L’album de Chamfort avec « L’ennemi dans la glace » [« Neuf », NDLR]. J’ai bien aimé l’album d’Alizée qui n’avait pas trop marché, « Une enfant du siècle »… J’aime bien les productions Tricatel de Burgalat. Daho aussi, j’aime beaucoup ce qu’il a fait. Jacno aussi.

Ce sont plutôt des albums et des époques que des artistes en eux-même.

Oui. J’aime mieux des albums et des chansons que des artistes. Parce que même s’ils ont du talent, il y a toujours une période des artistes que j’aime bien qui me plait moins. Je n’aime pas tout de quelqu’un. Chez moi, c’est pareil. Je n’aime pas tout ce que j’ai fait ! Et heureusement. Je pense qu’il y a du bon dans tout chanteur. Après, on peut être hermétique à une voix ou un style, mais il y a toujours bien une chanson qui me plait chez tout le monde… Mon ami Juan d’Oultremont a la particularité de faire chaque année une compilation de tubes francophones pour partir en vacances, sans aucun jugement. Et dedans, il y a toujours des choses intéressantes. Les chansons correspondent aussi à ce que tu vis, à des instants précis. « Papaoutaï » restera donc dans nos mémoires. On ne peut pas passer à côté. C’est ça la musique populaire, elle retrace des évènements de notre vie.

Et dernièrement, qu’as-tu aimé ?

Le disque de La Féline, le dernier Daho. Celui de Klô Pelgag aussi.

Avant de te quitter, on va faire un point sur ton actu. Il y a donc ces deux EP qui sortent en digital (« Dernière Danse » le 28 avril et « Visiter la Lune » en juin) et l’album « Beau Futur » à la rentrée. Quels sont tes autres projets phare et pour le label Freaksville ?

Il va y avoir une tournée au Québec du 9 au 21 juin avec la dernière date de la tournée aux Francofolies de Montréal. En juillet, il y aura celles de La Rochelle et celles de Spa. À la rentrée, il y aura toute une série de concerts… On sera repartis pour un petit tour. Pour Duvall, il y a un livre qui sort, « Le contrebandier de la chanson », suivi d’un nouvel album à la rentrée. Il est quasi fini.

Propos recueillis par Luc Dehon le 7 mai 2014.
Photos : François Mercier, Hans Vercauter, Pascal Schyns, DR
Facebook : https://www.facebook.com/BenjaminSchoos?fref=ts
Label Freaksville : http://www.freaksvillerec.com/









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