Interview de Rodrigo Ace

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/04/2014.
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Rodrigo Ace, J'te l'dis quand meme (te quiero)

Rodrigo Ace a publié le 18 avril son premier single « J’te l’dis quand même (Te quiero) », une version bachata festive et estivale du titre de Patrick Bruel. Au cours de cet entretien, nous en apprendrons plus sur Rodrigo et son parcours déjà riche (de Santiago du Chili à Paris en passant par les États-Unis), qui a finalement nourri ce premier album attendu très prochainement. Rodrigo nous expliquera comment il voit ce premier opus, résolument latin, qui célèbrera la danse à deux…

IdolesMag : Y avait-il une tradition musicale dans ta famille? Des chanteurs, des musiciens ? La musique avait-elle en tout cas de l’importance ?

Rodrigo Ace : On peut dire ça. Je suis né au Chili, à Santiago. J’ai un oncle musicien qui fait partie d’un groupe là-bas qui s’appelle Illapu. C’est un groupe de musique andine qui est assez connu au Chili. À l’époque de Pinochet, le groupe s’est exilé en France. Et d’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles mon père et ma famille ont suivi après. Nous sommes venus un jour en vacances visiter mon oncle ici en France. Et du coup, nous sommes venus nous y installer avec ma sœur, mes parents et ma grand-mère. J’avais chaque fois des étoiles dans les yeux quand je voyais mon oncle partir en tournée. Ma grand-mère adorait, elle aussi, chanter. Elle chantait tout le temps, et, quand j’étais petit, je chantais beaucoup avec elle.

Tu es donc arrivé ici en France assez jeune, vers l’âge de trois ans. Quels sont tes premiers souvenirs musicaux ? De la musique latine ou plutôt de la chanson française ?

C’est beaucoup de musique latine. C’est ce qu’écoutaient mes parents et ma sœur. En fait, quand j’y réfléchis un peu plus… c’est un peu un mélange des deux cultures, la culture chilienne et la culture française. J’ai réussi à garder la culture chilienne grâce à mes parents, ma sœur et ma grand-mère, et en même temps, j’ai grandi ici et donc, j’ai vraiment les deux cultures ancrées en moi. Avec ce mélange culturel, j’ai vraiment découvert la musique latino comme la musique noire américaine ou la variété française. Mes parents écoutaient beaucoup de variété française, ma mère notamment.

Quand as-tu commencé à chanter ?

J’ai commencé à chanter vers l’adolescence. D’abord, j’ai commencé avec les copains. On a formé des petits groupes, des groupes vocaux ou des groupes acoustiques. Quand j’ai commencé à me rendre compte que je pouvais toucher les gens avec le chant, du moins que ça leur plaisait, j’ai décidé de me présenter à quelques auditions. Après les premières auditions, il y a eu les premiers contrats.

À cette époque, écris-tu et composes-tu déjà ?

C’est venu plus tard… à partir du moment où j’ai vraiment commencé à chanter, j’ai toujours été à l’écoute de mon équipe de production. Je regardais beaucoup et j’écoutais beaucoup de productions suédoises, américaines ou même latines et sud-américaines. J’ai dans un premier temps cherché à passer des auditions pour me faire repérer. Après, c’est un parcours assez long. Mais au fur et à mesure des expériences que j’ai pu avoir, positives ou négatives, j’ai commencé à me dire qu’il fallait finalement que ma musique vienne de moi. J’avais des idées et la vision de mes morceaux… sauf que je ne trouvais pas la personne pour les retranscrire. Du coup, je me suis mis travailler dessus. J’ai bossé pas mal de temps sur des productions musicales. Et ces dernières années, je me suis mis à faire ma propre musique. C’est venu au fil des rencontres. Et notamment la rencontre avec l’équipe de production avec laquelle je travaille aujourd’hui, Teetof Battery et son frère Thierry Battery. Avec eux, on est en train de travailler sur un album. Ça se passe super bien parce qu’on s’entend très bien musicalement.

Quand on regarde ton parcours, tu as eu pas mal d’expériences différentes les unes des autres. Tu as travaillé pour Disney, notamment. Qu’en retiens-tu ?

Pour moi, c’est une des meilleures expériences de scène que j’ai pu avoir jusqu’à présent. Tu sais, je n’ai pas eu la chance de pouvoir faire une école artistique, du coup, j’ai fait l’école du terrain. Il y a donc eu ce spectacle pour Disney. Ça m’a amené à faire pas mal de rencontres. J’ai même commencé à l’époque à enregistrer quelques voix en studio et des choses comme ça. Cette expérience sur scène m’a surtout appris qu’il fallait toujours avoir le sourire, qu’il fallait toujours tout donner quand on est devant un public. Et le souvenir le plus enrichissant que je garde, c’est quand je jouais ce spectacle devant les enfants et que je voyais dans leurs yeux cette petite lueur qui en dit long. On leur donnait du bonheur. Et c’est finalement ce qui m’animait le plus. C’était une très bonne école.

Tu as chanté avec le « Gospel pour 100 Voix » aussi.

Tout à fait. C’est une autre expérience, ça… En termes de ce qu’on ressent sur scène, je ne pense pas qu’il y ait quelque chose de plus puissant que le gospel. Le « Gospel pour 100 Voix » est assez atypique finalement parce qu’il y a des gens de toutes origines et de toutes religions. Du coup, c’est l’une des plus grandes expériences humaines que j’ai pu avoir. Une des plus grandes expériences vocales aussi. C’est vraiment une famille. C’est là que j’ai rencontré mon équipe de production. Thierry Battery faisait partie de cette chorale. Personnellement ça m’a beaucoup appris de chanter dans un chœur. Ça demande beaucoup de précision. Et c’est très enrichissant.

Avant de travailler réellement sur cet album qui arrive bientôt, tu as tout de même fait un petit crochet par les États-Unis.  Qu’est-ce qui t’a poussé là-bas ? Que s’y est-il passé ? Et pourquoi as-tu souhaité revenir en France ?

Ce qui m’a poussé là-bas, c’est le hasard d’une rencontre. C’était la grande époque de MySpace. J’avais un compte à l’époque sur ce réseau. Je ne chantais qu’en espagnol et en anglais et je m’étais fait pas mal de connexions aux États-Unis. En fait, une des connexions que j’avais m’a proposé de venir remplacer un membre d’un groupe de bachata urbaine. Il m’a demandé si je pouvais être là dans une semaine. Il m’avait juste posé la question. J’ai réfléchi à peine cinq minutes et je l’ai rappelé en lui disant que c’était bon, que je partais. J’ai tout quitté. J’ai quitté Paris et ma famille et je suis parti là-bas vivre mon rêve américain. La bachata, je n’en avais jamais entendu parler de ma vie. On était donc aux États-Unis, et c’est un style qui vient de République Dominicaine qui est assez populaire là-bas, comme en Amérique du Sud d’ailleurs. J’ai donc eu cette rencontre avec ce style musical là-bas. Après, pourquoi est-ce que je suis revenu en France ?... (sourire) Eh bien, les groupes, ce n’est pas toujours facile. Il y a le côté humain et il y a la production. Il y avait déjà des litiges avant que je n’arrive dans le groupe. Et donc, le groupe n’a pas tenu longtemps. Les membres s’étaient un peu embrouillés. Tout ça bien avant que je ne l’intègre. Et du coup, le groupe a fini par se séparer. Je me suis posé la question de savoir ce que je devais faire. Est-ce que je reste ? Est-ce que je rentre ? Et finalement, je suis rentré parce que, d’une part, j’aime beaucoup la France, et d’autre part, parce que j’avais envie de transmettre toute cette expérience que j’avais acquise en bachata. J’avais envie de retranscrire tout ça dans ma musique, et pas forcément que de la bachata. Disons que j’avais envie de faire découvrir la bachata en France, un style qui n’y est pas très connu.

Donc, c’est quand tu rentres des États-Unis que tu commences à travailler sur ce projet d’album.

Oui, enfin… pas vraiment. (sourire) J’ai d’abord fait un petit détour par le Chili. Je suis parti en vacances là-bas. Je suis né là-bas, mais j’y suis finalement très rarement retourné parce que ça coûte beaucoup d’argent. À chaque fois qu’on voulait y aller avec ma famille entière… ça faisait beaucoup ! Et après, quand j’ai commencé à gagner ma vie et à travailler, j’ai préféré faire des voyages aux États-Unis pour découvrir… tout sauf ma terre finalement ! (sourire) Du coup, quand je suis rentré des États-Unis, j’ai voulu retourner au Chili. Et c’est lors d’un festival là-bas, sur un plateau multi artistes, que j’en ai vu un qui faisait de la bachata. J’ai vu comment les gens étaient fous de cette musique. Je me suis dit que ce serait bien de ramener ça en France. C’est vraiment lors de ce voyage au Chili que j’ai pensé ce projet. J’ai refait mon parcours dans ma tête… J’avais un peu baissé les bras, il ne faut pas se voiler la face. Ce n’est pas facile. J’ai fait partie de groupes et de projets solistes. J’ai eu pas mal de claques tout au long de mon parcours et j’avais un peu baissé les bras. J’ai eu cette révélation de me dire qu’il fallait que je travaille maintenant pour moi. Quand je suis rentré, j’ai eu cette idée de reprendre cette chanson de Patrick Bruel…

Justement, comment t’es venue l’envie de reprendre ce titre de Bruel, « J’te l’dis quand même », en espagnol ?

C’est une chanson que j’aime beaucoup. C’est une de mes chansons favorites. À mon retour des États-Unis, des amis m’avaient invité pour qu’on se revoie un peu. Au cours de cette soirée, on a regardé des vinyles et on est tombés sur un vinyle de Patrick Bruel. J’ai tout de suite eu envie de réécouter cette chanson, c’était la version espagnole. Là, j’ai eu comme un déclic. La bachata étant une musique très mélancolique, qui parle de rupture, d’histoires d’amour, de tromperie, de passion et ce genre de choses, j’ai eu cette envie d’adapter une des chansons que je préférais dans ce style-là.

Même si, comme tu me le dis, la bachata est une musique très mélancolique, ici, tu emmènes le titre vers quelque chose de très ensoleillé, très festif, alors que l’original est plutôt très doux et beaucoup plus mélancolique pour le coup.

Le style bachata, sous ses airs joyeux, est à la base un cri du cœur. Souvent, ça part d’une tristesse, de quelque chose de très romantique et très nostalgique. En fait, avant de rencontrer mon équipe de production, j’avais bossé sur une version purement bachata. Et avec la direction de mon label et avec mes producteurs, on a emmené le titre vers quelque chose de plus européen et plus festif. Par exemple, dans la bachata, il n’y a pas de grosse caisse. Eux m’ont proposé quelque chose qui m’a plu parce que c’est une chanson sentimentale et en même temps, quand on lit le texte attentivement… il l’aime, il ne peut rien y faire.  Je pense que c’est ce qu’a voulu dire Patrick. Et ça peut aussi être quelque chose de positif, à savoir qu’on aime toujours cette personne et qu’on lui veut du bien. Tu sais, une ballade, si on double le tempo, ça devient up tempo. Et là, on est à 130 BPM. Donc, on arrive à quelque chose de plus festif, mais c’est beau de voir une histoire d’amour comme ça aussi…

Est-ce que tu sais ce que Patrick en a pensé ? As-tu eu l’occasion de le rencontrer et d’échanger avec lui ?

Pas encore. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le rencontrer. J’ai entendu dire qu’il avait apprécié. D’ailleurs, il a donné son autorisation. Maintenant, je n’ai pas encore eu vraiment son avis. Ça m’intéresserait de savoir ce qu’il pense vraiment. Je commence à avoir quelques retours de ses fans. Certaines sont vraiment touchées par la version, d’autres un peu moins… On a un peu touché à leur chanson favorite, et je m’en excuse ! Après, moi, c’est ma version, c’est comme ça que je vois la chanson. De toute façon, je ne pense pas qu’on puisse faire mieux que celle de Patrick parce que c’est sa chanson et son émotion. Moi j’ai voulu proposer quelque chose de différent, emmener le titre ailleurs et en même temps faire découvrir le style bachata en France. Je suis vraiment curieux de savoir ce qu’il en pense…

Tu prépares donc un album… Où en es-tu concrètement au jour d’aujourd’hui ?

On a déjà un bon paquet de titres qui sont encore à l’état de maquettes. On est en train de peaufiner tout ça et on va passer au def très très bientôt. En fait, pour ce qui est de la direction de l’album, ça va être avant tout un album festif, mais qui va aussi passer en revue différents styles. Il y aura aussi des ballades romantiques et des choses plus tristes. Mais avant tout, ce sera un album pour faire la fête et pour danser à deux. On revient beaucoup à la danse à deux… Donc, l’album ne sera pas que bachata. Je n’ai pas envie de faire un album uniquement de bachata, je veux vraiment proposer des musiques qui me touchent et qui me font vibrer. Il va y avoir du merengue, de l’électro latino, de la cumbia, du reggaeton… ce sont toutes des musiques qui me font vibrer.

Des rythmes du soleil…

Tout à fait !

Vas-tu chanter en français, en espagnol, en anglais ? Dans les trois langues ?

À la base, tout a été composé en espagnol. Mais on est en train de travailler tout ce côté fragnol, un mélange entre le français et l’espagnol. C’est ce que je suis aujourd’hui. Je me sens autant français que chilien. Du coup, j’ai envie de transmettre les deux et de parler des deux. Et je pense que la musique latino, c’est encore mieux si on y met un peu du charme des deux, du français et de l’espagnol. Le mélange des cultures peut toujours être intéressant.

Comme tu as pas mal de chansons originales, pourquoi as-tu fait le choix de sortir une reprise en premier extrait ?

C’est un choix plutôt stratégique de mon label. Sachant que personne ne connait ma tête, c’était mieux d’arriver avec un titre connu. J’ai été dans l’ombre pendant toutes ces dernières années. J’ai fait pas mal de chœurs et de spectacles, mais je n’ai jamais été vraiment exposé. C’est donc pour me faire connaître qu’on a proposé une chanson qui parle à tout le monde. Je pense que j’ai certains titres qui sont aussi forts. Maintenant, pour faire parler de moi, c’était plus facile d’arriver avec un titre déjà connu de tous. Là, on va pouvoir commencer la fête ! (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 14 avril 2014.
Photos : DR
Facebook : https://www.facebook.com/rodrigoACEofficial?fref=ts









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