Interview de Elizabeth Vidal (La Cantadora)

Propos recueillis par IdolesMag.com le 16/04/2014.
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Elizabeth Vidal La Cantadora © Lisa Carletta

La Cantadora, Elizabeth Vidal, la plus haute voix du monde, a publié le 31 mars dernier son « Opéra Impossible », un projet un peu fou (et même complètement barré soyons honnêtes) dans lequel la soprano colorature révolutionne des grands airs et thèmes classiques connus de tous, de Mozart à Saint-Preux, en passant par Khatchatourian, Vivaldi, Bach ou encore Michel Colombier. C’est avec un plaisir non dissimulé que nous sommes allés à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce projet hors norme et atypique sur lequel elle a travaillé avec Philippe Uminski. Ses contre sol sont exquis et son « Opéra Impossible » est à son image : extravagant, flamboyant et déjanté ! La Cantadora est une diva, mais aussi et surtout une (très) grande artiste, fantaisiste à ses heures mais toujours profondément respectueuse des œuvres originales.

La Cantadora, Elizabeth Vidal, L’Opéra ImpossibleIdolesMag : Nous allons évoquer longuement votre « Opéra Impossible », mais avant, si vous le voulez bien, j’aurais aimé revenir quelques années en arrière… Vos parents aimaient profondément la musique…

Elizabeth Vidal : Oh oui !… C’est l’amour du chant qui les a réunis. Ils viennent tous les deux de milieux différents et même d’origines différentes puisque ma mère est d’origine anglaise et mon père d’origine espagnole. Je suis représentante d’un peu toutes les classes sociales aussi. Mon grand-père a été abandonné dans la rue, non pas par ses parents ou quoi que ce soit, mais ses parents étaient morts de la grippe espagnole. C’est une épidémie épouvantable qu’il y avait eu en Espagne. Mon grand-père était orphelin et est venu en France à pied pour échapper à ça. Ce n’était pas du tout le même genre que ma mère… qui elle était d’origine anglaise et d’un autre milieu. Ce qui les a rapprochés, c’était de venir chanter à Paris. Ils ont auditionné tous les deux au Châtelet. Ma mère était la filleule du directeur de l’Opéra de Paris. Elle avait une très belle voix. Et mon père, par passion du chant a également auditionné au Châtelet. C’est là qu’ils se sont rencontrés et qu’ils ont décidé d’unir leurs destins. Ils voulaient embrasser une carrière de chanteurs, plutôt de duettistes pour être précise. Ils formaient un très beau duo. Ils ont fait du cabaret et ont joué au Châtelet dans de petits rôles. Et puis, les micros sont arrivés et les plus grandes voix du Châtelet ont été évincées… au profit de voix comme celle de Tino Rossi qui n’avaient pas un volume fantastique. Et donc, toutes les plus grandes voix ont été mises de côté. Les temps étaient durs à l’époque et mon père a repris l’entreprise de son père, dans la construction. C’est à cette époque que je suis née, avec ces parents qui avaient cet amour inouï pour le chant et une carrière qu’ils n’ont pas menée jusqu’au bout. Ils ont certainement reporté tout ça sur moi… (sourire) Je suis rentrée au lycée musical de Nice. C’était la première fois qu’un lycée devenait musical. C’est ce grand organiste Pierre Cochereau qui l’a créé. Et donc, j’ai été parmi cette première volée d’enfants qui ont fait l’expérience d’apprendre dans un lycée musical. Je suis donc entrée au Conservatoire de Nice à l’âge de sept ans.

Vous vous faites virer de la chorale un peu plus tard…

(rires) Oui ! À l’âge de douze ans, je me suis fait virer de la chorale parce que ma voix était trop forte et nuisait à l’homogénéité du chœur d’enfants !!… On m’a dit qu’il y avait un professeur de chant, et qu’il faudrait que j’aille le voir… Donc dès le départ, j’avais une voix à part. J’étais peut-être un peu trop précoce… (sourire) Mais tout de suite, j’ai compris que ma voix était un atout. À quatorze ans, je me suis produite aux Arènes de Nîmes. Tout de suite, j’ai obtenu tous mes examens de chant. J’ai passé les classes allègrement. En un an, j’avais fait l’équivalent de quatre. Et puis, j’ai été entendue un peu par hasard par une personne de l’Opéra de Paris. Il était passé dans la classe dans laquelle je chantais. On lui avait dit qu’il y avait là une petite jeune qui avait vraiment une voix. Je n’avais pas l’âge pour rentrer, mais il m’a fait travailler un an en cours particuliers. Et puis, j’ai pu rentrer dans la classe de chant de l’Opéra de Paris à 17 ans. Voilà le départ du trajet, en gros…

On ne va pas refaire tout votre parcours dans le classique, nous en aurions pour très longtemps…

(sourire)

Quand ce projet d’« Opéra Impossible » a-t-il commencé à prendre forme dans votre tête ? Est-ce un projet que vous mûrissez depuis fort longtemps ou finalement pas si longtemps que ça ?

C’est un projet que nous avions mûri il y a quelques années déjà. Je dis « nous » parce que nous avions créé avec mon mari, André Cognet, un spectacle qui s’appelait « De Bach aux Beatles » qui voulait démontrer que sans les grands classiques la musique pop, la chanson d’aujourd’hui, ne serait pas du tout ce qu’elle est.  Sans le classique, la plupart des chansons ne seraient pas ce qu’elles sont… et même celles des Beatles ! Et donc, on a fait un pont entre musique classique et musique pop. On a pu monter ce projet grâce au Conseil Général des Alpes Maritimes. Ça a marché remarquablement. Quand on montrait aux gens la liaison évidente entre les grandes chansons populaires et les grandes œuvres classiques, ils étaient pour la plupart abasourdis. Je vais prendre un exemple… [Elizabeth entonne « Une demoiselle sur une balançoire »], ce n’est rien qu’une saison de Vivaldi ! Quand on a mis ça en valeur, les gens ont adoré. Nous nous sommes dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire… Et nous on prend beaucoup de plaisir, avec nos voix de classique, à chanter des airs classiques, mais aussi à faire le pont avec des chansons de variété. On s’est beaucoup amusés. On a enchaîné notamment avec « La Toccata » en Ré mineur de Bach à la fin. Les gens se disaient qu’on était repartis vers le classique… et là en enchaînait [Elizabeth fredonne] avec « Que je t’aime » de Johnny Hallyday. On avait donc créé ce programme. Un jour,  notre pianiste n’a pas pu assurer un des concerts. Il nous a dit qu’il connaissait une fille très bien qui était à cheval sur les deux répertoires. Elle travaillait aussi avec Johnny. Et ça, ça me plaisait beaucoup, parce que j’ai toujours été une fan de Johnny ! Mon mari André aussi, d’ailleurs ! On a donc contacté Aurore pour voir si elle pouvait faire cette date. On a travaillé ensemble à Paris. À la fin de la répète, elle m’a demandé si nous n’avions pas un enregistrement de ce que nous faisions parce que ça l’intéressait pour travailler de son côté. On lui a donc passé un enregistrement. Ce que nous ne savions pas, c’est que le lendemain, elle l’avait emmené chez Mercury, puisqu’elle était l’amie de Philippe Uminski qui travaillait avec Mercury comme arrangeur. Dès le lendemain, j’ai reçu un coup de fil de Dominique Gau qui m’a dit qu’il voulait absolument qu’on travaille ensemble. Il voulait justement montrer que la pop de grande qualité rejoignait complètement le classique, et que sans le classique, la pop aurait été moins inspirée… Nous avons donc émis l’idée de démarrer un projet ensemble. Ce que je vous raconte s’est passé en juin il y a trois ans.

Et après, que se passe-t-il ? Partez-vous directement dans cet « Opéra Impossible » ?

Pas vraiment. À la suite de ça, on a enregistré une maquette sur laquelle je chantais de la pop. Je chantais des airs d’Elvis Presley, des Beatles et ce genre de choses. J’avais fait un projet magnifique en Italie avec un grand orchestre symphonique. On avait réarrangé des chansons des Beatles spécialement pour ma voix. Il y avait des vocalises exceptionnelles. J’avais travaillé notamment avec Gaetano Randazzo, qui est parmi les plus grands compositeurs italiens contemporains. On avait donc réarrangé toutes ces chansons des Beatles tout spécialement pour moi. Dans un premier temps, on avait donc décidé d’enregistrer quelques pièces classiques mais également pas mal de choses pop. À la fin de cette maquette, tout le monde était ravi et heureux. On a bu le champagne… sauf que la maison de disques a fait des tests… Je ne sais d’ailleurs pas qui étaient les testeurs ! (sourire) Mais il est ressorti de ces tests qu’on n’attendait pas une voix comme la mienne dans ce style. Du moins dans un premier temps. Ils m’ont donc demandé de chercher de grands thèmes classiques et, d’abord, de les chanter de façon traditionnelle, en respectant la partition, pour qu’après, on puisse les réorchestrer et que je puisse me livrer à une sorte de transformation de ces lignes musicales… pour que je puisse un peu délirer dessus. Dans un premier temps, j’ai donc chanté absolument purement. J’ai donc choisi des titres qui sont dans l’inconscient collectif de tout le monde. J’ai choisi seize pièces et ensemble, nous en avons sélectionné onze qui se retrouvent sur ce disque, l’« Opéra Impossible ». Ce sont des grands classiques que tout le monde connaît. On s’arrête dans la rue et on chante ces airs à n’importe qui, tout le monde les connaît mais ne sait pas forcément ce que c’est. La plupart du temps, la plupart des gens oublient qu’il s’agit des « Quatre saisons » de Vivaldi ou de la vocalise de Rachmaninov. Mais tout le monde est capable de les chanter. Au fil du travail, on a donc associé à ce projet des compositeurs d’aujourd’hui qui avaient déjà fait ce genre de travail.

Comme Michel Colombier avec « Emmanuel ».

Tout à fait. Il a écrit autant des ballets pour Béjart que des choses tout à fait contemporaines pour Gainsbourg. C’était vraiment un pote de Gainsbourg. C’est quelqu’un qui était à la frontière entre le classique et la musique contemporaine. Il avait créé ce morceau « Emmanuel » qui servait d’ouverture et de fermeture aux programmes d’Antenne 2. [Elizabeth entonne « Emmanuel »] C’est Dominique Gau qui m’a proposé de chanter ce thème, qui n’avait jamais été chanté. C’est un thème éternel. On dirait de la musique classique, les violons sont absolument sublimes. Quand on chante ce genre de pièce, les gens peuvent s’imaginer que c’est du Mahler ou quelque chose du répertoire allemand. Alors que non, c’est du Colombier.

Elizabeth Vidal La Cantadora © Lisa Carletta

C’est aussi un peu le cas de Saint-Preux, avec son « Concerto pour une voix ».

Exactement. Saint-Preux s’est inspiré de Bach en composant ce « Concerto pour une voix » [Elizabeth le  fredonne]. Quand on demande dans la rue ce que c’est, tout le monde répond Bach… Eh bien non ! Ce n’est pas Bach. Ça date de 1969 et c’est Monsieur Saint-Preux qui a eu le génie de se servir du génie de Bach pour créer quelque chose qui est à lui parce que le thème, il l’a bel et bien inventé. Il a mis dessus la voix d’une merveilleuse chanteuse, Danielle Licari. Elle avait un timbre aérien, très pur, très joli. Mon but n’était pas de la plagier et de reproduire ce qu’elle avait déjà merveilleusement fait auparavant. Je ne voulais pas faire de reprise. On n’a fait que celle-là parce que cette pièce de Saint-Preux s’intégrait parfaitement dans l’idée de lier le classique à la musique de nos jours. Là, j’ai voulu me souvenir de la première fois que j’avais entendu Saint-Preux. Les gens qui ont entendu Saint-Preux comme moi la première fois, que sont-ils devenus ? J’ai donc voulu chanter cet air dans la nostalgie, la nostalgie de la première écoute de cette œuvre quand j’étais toute petite…

Dans un autre registre, plus sombre, Dalida avait chanté cet air dans les années 70. Qu’avez-vous pensé de son interprétation ?

Dalida était effectivement sur une toute autre tessiture que la mienne. C’était très intéressant ce qu’elle avait fait de cette chanson, parce qu’elle lui avait donné la couleur de sa voix, plus obscure. L’œuvre de Dalida lui est très personnelle. Dalida marquait les chansons de sa personnalité et de sa tessiture de mezzo-soprano. Elle a fait sur ce « Concerto pour une voix » tout le contraire de ce que j’ai fait aujourd’hui. Là, je suis sur la légèreté, elle était sur quelque chose de beaucoup plus dramatique. J’aime beaucoup sa version également. C’est autre chose. Elle a emmené le titre ailleurs, dans la même idée de ce que nous faisons aujourd’hui. Là, j’ai fait comme un gentil scat, que je pourrais chanter sous ma douche. Cette nostalgie de quand j’ai entendu ce titre pour la première fois m’a beaucoup inspirée pour le chanter aujourd’hui…

Tout à l’heure nous avons évoqué Michel Colombier qui a donc travaillé avec Gainsbourg. Mais il a également travaillé avec des artistes un peu hors norme, comme Brigitte Fontaine, Barbara ou Madonna. Vous sentez-vous proches d’artistes comme elles ? Un peu atypiques ? Parce que vous êtes très rock’n’roll pour une chanteuse classique !

(rires) J’ai toujours été rock’n’roll au fond de moi… Mais je ne l’ai jamais laissé éclater au grand jour ! Sauf… pour m’amuser sur des pistes de danse. J’ai toujours eu le rock chevillé au corps ! Depuis que je suis toute gamine, j’ai toujours eu besoin de m’exploser… à la grande stupéfaction de ceux qui me voyaient péter les plombs ! (rires) Mais c’est vrai que je suis toujours restée dans ma voix classique sage. Et surtout, ce qui m’a toujours importé, c’est de respecter mon instrument. Je travaille ma voix comme un artisan. J’ai eu la chance d’avoir un don. Un grand don. Mais ce don ne me suffisait pas, il me faisait peur. J’ai toujours eu conscience que c’était un cadeau empoisonné. J’ai vu autour de moi, puisque j’ai été sélectionnée à l’Opéra de Paris, des jeunes chanteurs qui avaient beaucoup de dons, puisqu’au départ, ça fonctionne beaucoup comme ça. Avec le temps qui passe, je me suis rendue compte que le don est un cadeau empoisonné. Si on ne comprend pas son propre don, on va le perdre très rapidement. Donc, j’ai vu autour de moi de magnifiques voix s’abîmer, avoir des nodules pour certaines d’entre elles. Je n’ai eu qu’une obsession tout au long de mon parcours, c’est de respecter mon instrument et de comprendre comment il fonctionnait. J’ai toujours eu l’impression d’être un funambule qui évoluait au-dessus d’un immense gouffre … J’ai donc préféré de temps en temps être plus sage que ce qu’il aurait fallu pour l’avancement de ma carrière, sur le plan promotionnel. J’ai toujours de même refusé pas mal de rôles parce qu’ils n’étaient pas exactement faits pour moi. J’avais peur d’abîmer ma voix et je savais que d’autres le feraient mieux que moi. J’ai toujours essayé de me mettre en retrait, de ne pas mettre ma carrière devant mon instrument. J’ai toujours privilégié mon instrument pour le préserver, le soigner et l’embellir. Quelque part aujourd’hui, ma joie, c’est de me dire qu’après quarante ans, alors que la voix habituellement perd ses aigus, j’ai gagné ces trois/quatre dernières années une tierce en haut. Je fais des notes aujourd’hui que je ne faisais pas du tout avant, comme des contre La sur scène. Et là, sur cet « Opéra Impossible », je ne sais pas combien de contre Sol j’ai pu faire ! C’est une note très très peu écrite dans la musique classique. Je pense que le seul air où on trouve des Sol écrits, c’est un air de concert de Mozart, « Popoli di Tessaglia » qu’il avait écrit un peu pour provoquer la femme dont il était amoureux. Il l’avait enfermée avec cet air là… et il fallait qu’elle se débrouille avec ! (sourire) Ce sont des notes extrêmes que l’on chante rarement dans le classique et que là je me suis amusée à chanter. Au lieu d’être dans un état de repos par rapport à mon métier, qui jusque-là a été tout de même un sacerdoce, on peut le dire, c’est comme si tout d’un coup, j’avais un spectre encore plus grand. Je veux profiter de tout ce que j’ai appris techniquement pour le mettre au service de la liberté, de la liberté d’expression sur des musiques que jusqu’ici je n’ai pas chantées. Je m’amuse énormément. J’ai l’impression de temps en temps que j’ai vécu tout ce que j’ai vécu dans ma vie pour en arriver là. Je transcende aujourd’hui tout ce que j’ai appris avec maintenant une grande sécurité parce que je suis à un moment où la connaissance de mon instrument a rencontré la meilleur circonstance corporelle. Mon corps est aujourd’hui en pleine forme pour profiter de tout ce qu’il a appris dans sa vie. C’est pour ça qu’aujourd’hui je peux me permettre ce projet hors-norme.

Elizabeth Vidal La Cantadora © Lisa Carletta

Sur l’« Ave Maria », on entend une double voix. C’est aussi troublant que génial finalement. Comment cette idée est-elle arrivée ?

En fait, je répétais sans l’orchestre, avec juste un piano. J’ai eu envie en répétant d’aller explorer d’autres terrains. Souvent, c’est comme ça, quand on répète avec une pianiste. Au lieu de garder le fil du Gounod, elle m’a proposé de m’en éloigner un peu. Alors, je me suis mise à chercher avec elle. Et j’ai trouvé tout de suite une deuxième voix que je comptais finalement appliquer à la reprise. Et quand après, je suis allée enregistrer, j’ai constaté avec joie que Philippe [Uminski, NDLR] avait fait la même chose que moi. Il avait croisé le thème de Gounod, qui vient d’ailleurs de Bach et c’est ça aussi qui est très intéressant, avec un thème de Bach, la « Suite n°1 pour violoncelle ». Il a donc croisé les deux thèmes, ce que j’ai trouvé proprement génial ! Ça donne une éternité à cette œuvre. Et ça montre tout le génie de Bach. C’est un peu aussi comme si lui se répondait à lui-même. Quand j’ai vu ce qu’il avait fait, je me suis dit que plutôt que de faire un couplet, j’allais attaquer normalement et qu’on allait continuer le thème normal la deuxième fois, sauf qu’on allait ajouter cette cadence que j’avais trouvée. Je voulais faire avec ma voix un peu ce qu’il avait fait avec la partie de la suite pour violoncelle. On a improvisé tout ça en studio. J’ai enregistré la deuxième voix, on l’a ensuite montée sur l’autre. On s’est amusés follement ! On était trop contents de nos trouvailles ! On était vraiment dans la joie… et aussi dans la joie des découvertes qu’on pouvait faire l’un à l’autre.

Vous emmenez cette chanson ailleurs. On découvre presque une nouvelle chanson, alors que l’« Ave Maria » a été probablement l’une des chansons les plus chantées…

C’est fou ! Mais c’était le but de ce disque, en fait. Essayer de montrer que nous sommes tous des héritiers du passé, et que ce passé est toujours vivant. Et que c’est à nous, vivants d’aujourd’hui, de le transformer et de le faire vivre pour le porter vers les générations futures. Souvent la nouvelle génération pense que le classique c’est comme un meuble démodé… et il faut bien faire comprendre que, comme dans un intérieur magnifique de grand décorateur, il y a souvent de belles pièces de marqueterie classique qui côtoient de beaux canapés design ou quelque œuvre contemporaine qui va redonner toute sa valeur à la pièce ancienne.

N’avez-vous pas eu un peu peur de froisser les puristes qui vous suivent depuis des années ?

(sourire) Bien sûr, la question s’est posée tout de suite. Mais je me suis dit que j’arrivais à un moment de ma vie où je ne voulais plus rien prouver. J’ai fait mon métier proprement en ne dénaturant pas ma voix et en ne dénaturant jamais les musiques, en étant le vecteur de tous ces compositeurs. J’ai chanté l’air de la Reine de la Nuit combien de fois dans le monde entier ? Et pour autant, je pense maintenant, et sans dénaturer Mozart, bien au contraire, pour lui faire vivre autre chose, que je l’accompagne en la déglinguant, cette Reine de la Nuit. En lui donnant une nouvelle vie, je me suis carrément éclatée ! Je me suis amusée à monter encore plus haut que ce qui avait été fait auparavant. Je le sais que je vais être critiquée. Mais je ne suis pas là pour regarder les critiques. Je n’ai pas cherché ce projet. C’est ce projet qui est venu à moi. Je le vis intensément et pleinement. Et je n’ai pas envie de me gâcher ce plaisir en lisant les critiques des grincheux ! L’autre jour, j’entendais Pierre Perret qui disait « ça, je m’en bats les couettes »… Je me suis dit que c’était vraiment une expression pour moi ! Parce que d’abord, j’ai plus de couettes que Pierre Perret ! (éclats de rires) Et que ça me va bien de m’en battre les couettes !!

Elizabeth Vidal La Cantadora © Lisa Carletta

Vous revisitez les œuvres, tout en les respectant. Vous ne trahissez finalement jamais l’œuvre originale.

C’est très gentil ce que vous me dites. Ça me touche beaucoup parce que c’était mon but. Vous avez tout compris de ce que je voulais faire. Mon but est donc lisible. Et c’est l’essentiel. Vous savez Philippe et moi, nous nous sommes rencontrés au bon moment de notre vie. Je pense que lui aussi avait besoin de faire des choses nouvelles et qu’il avait besoin aussi de se prouver à lui-même que ses bases classiques étaient d’une grande valeur dans sa formation. Tout d’un coup, de revenir à ses bases, je pense que c’était aussi important pour lui qu’important pour moi d’amener les miennes vers un autre monde.

Un « Opéra Impossible » comme celui-ci doit absolument vivre sur scène. Vous faites actuellement pas mal de show-cases dans toute la France, mais un spectacle entièrement dédié à cet « Opéra Impossible » est-il dans les tuyaux ?

C’est mon questionnement au quotidien. Mais Mercury est avant tout une maison de disques. Vous savez, je suis une fille de théâtre, moi. L’énergie du théâtre me passe à travers le corps à chaque instant. Je ne suis pas une vendeuse de disque. Chaque jour je suis obligée de le dire. Et ça, ils s’en rendent compte maintenant. Je leur ai d’ailleurs dit qu’on aurait dû peut-être faire un spectacle avant pour vendre le disque après, et pas l’inverse, vendre le disque pour ensuite faire un spectacle. Donc, je ne vous cache pas qu’il y a des projets, que nous discutons avec des producteurs extérieurs qui commencent à se manifester.  Et notamment pour Lyon. Et je pense qu’on est en train d’imaginer une salle parisienne aussi… Pour le moment, disons que le projet est en cours. On pourrait jouer une date, mais jouer une seule date, ça ne vaut pas la peine. Une date à Paris et une à Lyon, ce serait pas mal. Et bien évidemment, l’idéal serait de monter une véritable tournée autour de ce projet. On est en plein questionnement et en train de plancher là-dessus avec Mercury. C’est en cours.

L’enregistrement est tellement vivant qu’il ne peut pas ne pas être chanté sur scène.

Faites-moi plaisir, appelez Dominique Gau pour le lui dire ! Je n’ai envie que de ça !! (éclats de rire) Et je peux vous assurer que ce que je fais sur disque, je peux le reproduire demain sur scène ! Donc, pourquoi ne pas en profiter ?!

Propos recueillis par Luc Dehon le 16 avril 2014.
Photos : Lisa Carletta, DR
Site web : http://www.lacantadora.com/









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