Interview de Isleym

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/04/2014.
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Isleym © Toma Abuzz

Isleym publie son premier album, « Où ça nous mène », un album à la fois sensible, touchant et sociétal dans lequel la jeune auteure évoque ses joies, ses doutes et ses peines. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur la genèse de ce projet. Elle nous expliquera notamment dans quelles circonstances elle a rencontré Nessbeal et comment cette rencontre a été déterminante pour sa carrière.

Isleym, Ou ca nous meneIdolesMag : Viens-tu d’une famille de musiciens, de chanteurs ou en tout cas dans laquelle la musique avait de l’importance ?

Isleym : Mon père chantonnait un peu avant. Il chantait avec des amis de la musique arabe, mais ce n’était pas professionnel. C’était une passion pour lui et un passe-temps. Mais je pense effectivement que s’il n’avait pas eu ce penchant pour la musique, ça m’aurait moins poussée à en faire.

Quelle musique écoutait-on à la maison quand tu étais enfant ?

Des classiques arabes et français. On écoutait aussi bien Jacques Brel, Julio Iglesias, Serge Gainsbourg qu’Oum Kalthoum ou Warda. C’était vraiment un mélange de musique orientale et de variété française.

As-tu rapidement voulu devenir chanteuse ?

Oui et non. Parce qu’au départ, très franchement, c’était plus un rêve qu’une réelle envie. Devenir chanteuse était pour moi un rêve inaccessible. J’apprenais toutes les chansons du moment par cœur. Tout ce qui me plaisait, je l’apprenais par cœur. Je ne m’imaginais pas vraiment devenir chanteuse, mais disons que c’était mon rêve.

J’ai lu dans ta bio que tu avais commencé à écrire assez jeune, vers 10 ans, quelque chose comme ça…

C’est vrai. En fait, je lisais beaucoup. J’adorais la lecture. Du coup, je me suis dit que ce serait bien aussi d’écrire des petits poèmes comme j’aimais la musique. J’aimais faire rimer les mots. J’ai composé ma première musique à l’âge de treize ans. C’était une vraie chanson.

Que représentait l’écriture pour toi à cette époque ? Un moyen de t’exprimer ou plutôt une façon de jouer avec les mots en les faisant rimer ?

C’était un peu les deux. J’écrivais ce qui me passait par la tête et ce que je ne pouvais pas forcément exprimer directement. Ça m’a permis d’apprendre à faire les choses correctement parce qu’au départ, c’étaient de petits poèmes. Il n’y avait rien vraiment de concret. Mais ensuite, ça s’est peaufiné, je me suis améliorée dans mon langage et dans mon choix des mots. Je me suis vraiment concentrée et appliquée pour m’améliorer.

Tu travaillais avec Dany Synthé à l’époque et tu travailles aujourd’hui encore avec lui. Peux-tu me dire un mot sur lui ? Qu’est-ce qui te plait dans votre collaboration ?

Dany Synthé est un ami. On a grandi ensemble. Lui était déjà à l’époque dans la musique. Il allait à l’école de musique. Il m’écoutait chanter avec mes copines et un jour, d’un air sérieux, il m’a dit « toi, plus tard, on travaillera ensemble ! » Pour moi, ce n’était rien de sérieux, mais au final, ça s’est vraiment bien concrétisé. Il a produit les trois-quarts de l’album. C’est quelqu’un qui est assez comme moi, calme, cool… C’est quelqu’un de la famille. C’est un ami avant d’être mon compositeur.

dedicace d'isleym pour idolesmag

Comment bossez-vous tous les deux ?

Ça dépend. Parfois, j’apporte un texte et une mélodie que je chante a cappella. Et il compose dessus. Ou alors à l’inverse, il me passe une instru toute faite et je pose des mots dessus.

Tu m’as dit tout à l’heure que c’était à l’âge de treize ans que tu avais écrit ta première chanson. Quel est ton parcours dans les grandes lignes à partir de cette époque-là ? As-tu pris des cours de chant ? As-tu participé à des concours de chant ? As-tu fait des scènes ?

Cette chanson que j’avais écrite à treize ans, je l’avais écrite pour ma mère. Je l’ai chantée pour la première fois sur scène. C’était ma toute première scène. J’ai chanté devant les personnes de mon quartier. Au final, ce sont eux qui ont été mon premier public. J’ai compris très vite que je voulais faire quelque chose dans la musique. J’ai enchaîné dans des petites salles de quartier, quelques concours, etc… ça fonctionnait à chaque fois. Ensuite, j’ai eu la chance de rencontrer Nessbeal. D’un coup, c’est devenu plus professionnel et plus cadré.

As-tu été tentée à un moment donné de t’inscrire au casting d’un télécrochet ?

Non, pas du tout. À l’époque je ne pensais pas vraiment que c’était possible. C’était inaccessible pour moi. J’étais très jeune aussi. Après, si aujourd’hui je n’avais pas eu l’exposition que j’ai, peut-être que je l’aurais fait. Mais là, j’étais vraiment trop jeune.

Dans quelles circonstances as-tu rencontré Nessbeal ?

À la base, on vient du même quartier. On se connait tous un petit peu. En fait, il est tout simplement rentré en studio un jour où je chantais. Il m’a entendue et il a grave kiffé. Du coup, il m’a présenté à son équipe. Il m’a invitée à faire un freestyle sur « Planète Rap ». Là, on s’est dit qu’on allait pouvoir faire quelque chose de concret ensemble.

Isleym © Toma Abuzz

Quand il t’a prise sous son aile, que se passe-t-il dans ta tête ? Tu es tout de même vachement jeune à l’époque, ça doit faire un peu flipper…

Oui. Dany et moi, tout d’abord, on a eu peur. Ensuite, Nessbeal est allé voir nos parents en leur expliquant ce qu’il voulait faire avec moi. Au final, on s’est lancés. De toute manière, on n’avait rien à perdre. La phrase qui revenait souvent, c’était « de toutes façons, on verra où ça nous mène »…

C’est d’ailleurs le titre de ton album !

Tout à fait. Ce n’est pas anodin le choix de ce titre, il résume parfaitement les conditions et l’ambiance dans lesquelles on a fait cet album. « On se lance avec eux ou pas ? » « Bon… Beh… On se lance ! On verra où ça nous mène ! » « On le sort ou pas ce titre ? » « Bah, sortons-le, on verra où ça nous mène… » Cette expression revenait très souvent.

Quand l’album a-t-il vraiment commencé à prendre forme ?

Il a commencé à prendre forme avec le morceau « Avec le temps ». C’est après ce morceau qu’on a trouvé la colonne vertébrale de l’album. Quand on a sorti ce morceau, on a eu de bons retours, du coup, on s’est mis un bon coup d’accélérateur, que ce soit pour composer les instrus ou écrire les textes. On a enchaîné les petits shows et les soirées et là, on avait vraiment la colonne vertébrale de l’album. Mais la production du disque s’est tout de même étalée sur plusieurs années. Ce n’est pas un travail qui se fait en claquant des doigts. Et en même temps, j’allais à l’école. Donc, il fallait trouver le temps de tout concilier. C’est pour ça qu’il ne sort que cette année. Je pense vraiment que si je n’avais pas été à l’école à cette époque, tout aurait été plus vite.

Comment as-tu vécu la production de l’album ? Quand on est jeune, on a envie que tout se fasse vite, tout de suite. Ici, elle s’est étalée sur quelques années tout de même…

C’est vrai qu’à certains moments, j’étais très impatiente. Il y a eu des moments de doute aussi. Mais à côté, il y a eu beaucoup de bons moments, de bons délires, de moments de joie. Le fait que la production se soit étalée sur plusieurs années m’a permis d’apprendre plein de choses, de rencontrer d’autres artistes. J’ai eu aussi le temps d’écrire plus de textes pour l’album. Et au final, ce n’est pas plus mal. Je l’ai assez bien vécue cette production finalement.

Est-ce que c’était important qu’ « Avec le temps », le titre qui t’a fait connaître, soit présent sur le disque, même s’il n’est plus tout récent ?

C’était important parce que c’est finalement le premier titre officiel de l’album. C’est grâce à ce titre que tout a commencé. C’est lui qui m’a permis de me faire connaître au public. Il se retrouve d’ailleurs en deuxième piste sur l’album, au tout début. C’est comme un clin d’œil.

Quels thèmes abordes-tu dans tes chansons ?

Il y a d’abord le thème de l’amour dans une trilogie. J’évoque trois étapes d’une relation amoureuse en chanson. J’aborde aussi le thème de la famille à travers un titre guitare-voix.  J’évoque les moments de doute au travers de morceaux un peu plus hip hop. Il y a aussi des chansons d’été avec des sonorités d’été. J’ai essayé de donner plusieurs couleurs à cet album pour satisfaire toutes les oreilles.

On dit souvent d’un premier album qu’il est autocentré. Est-ce le cas pour le tien ?

C’est le cas parce que je m’inspire beaucoup de ce que je vis pour écrire mes textes. Mais en même temps, il ne l’est pas tant que ça, parce qu’en plus de m’inspirer de ma vie, je m’inspire des personnes qui vivent autour de moi. Mon entourage, le système… Donc, certaines chansons sont centrées sur moi, d’autres sur les autres. Tout le monde peut se reconnaître dans mes chansons, du moins je le pense.

Isleym © Toma Abuzz

On retrouve plusieurs featurings sur l’album, dont un avec Orelsan, un autre avec Awa Imani et un dernier avec Nessbeal. Mis à part Nessbeal dont nous avons parlé tout à l’heure, comment en es-tu arrivée à travailler avec ces artistes ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec eux ?

Quand j’ai commencé à travailler avec Skread, Orelsan était déjà signé sur son label. Il a eu la gentillesse de m’accueillir dans son studio pour enregistrer mes premiers morceaux, des titres comme « Oublie-moi » ou « Grande sœur ». Du coup, le featuring s’est fait assez naturellement. Pour ce qui est d’Awa Imani, je cherchais une « Grande Sœur » pour l’album. J’ai un peu cherché autour de moi. J’ai contacté plusieurs personnes qui m’ont répondu par la négative. Et puis, j’ai contacté Awa Imani. Je l’avais déjà rencontrée plusieurs fois. Je l’avais déjà entendue sur plusieurs morceaux. Comme j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait, je me suis dit pourquoi pas ? J’aimais bien ce qu’elle dégage. Quand je lui ai proposé, elle a tout de suite accepté, avec bonne humeur et sourire. Et puis Nessbeal, c’est mon mentor. Donc, c’était évident qu’il figure sur l’album. On a fait un piano-voix. Il n’avait jamais rappé sur un piano-voix et moi, je n’avais jamais chanté sur un piano-voix non plus. Du coup, on a trouvé l’idée assez originale de se retrouver sur un tel titre. C’est un thème assez sombre, mais qui va plaire, je crois.

Sur « Accélère », tu évoques notre société qui va de plus en plus vite et qui ne prend finalement plus le temps de faire quoi que ce soit. Quel regard jettes-tu, toi à 19 ans, sur cette société qui accélère et qui file à une vitesse folle ?

Un regard inquiet. Interrogateur aussi. C’est un regard plus inquiet qu’autre chose parce que c’est vrai que tout va super vite, du coup, on n’a plus trop le temps de regarder ce qui se passe autour de nous. Nous sommes centrés sur nous-mêmes. On se tracasse pour nous-même sans pour autant regarder ce qui se passe à côté. Je suis d’une génération super pressée. On dit qu’on a le temps, mais en même temps, on ne l’a pas du tout. On dit qu’on est jeune et qu’on est fort et finalement, on a tellement de choses à côté qu’on n’est plus si forts que ça. C’est assez paradoxal. C’est ce sentiment que j’ai voulu exprimer dans « Accélère ».

Peux-tu me dire un mot sur ta trilogie de l’amour ?

Dans la première partie, je dis au mec de m’oublier (« Oublie-moi »). Dans la partie deux, je vais me plaindre auprès de ma grande sœur. Awa Imani joue parfaitement le rôle de la grande sœur. C’est tout ce que j’attendais de ce featuring. Et la troisième partie, c’est « Qu’une histoire », la partie où je tourne une page et où je passe à autre chose.

De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je parle de tendresse, je pense à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant son enregistrement ou sa création, pas forcément à ce que la chanson raconte.

Je dirais « Où ça te mène ». C’est une chanson que j’ai écrite quand j’étais en vacances en Tunisie. Là-bas, mes parents ont une maison au cœur d’un village pas très riche, mais où les gens ne se plaignent de rien. Les gens ne regardent pas derrière eux. Ils regardent plutôt ce qu’ils ont les moyens d’avoir. Leur devise, c’est « tu verras où ça te mène ». Ils sont dans l’incertitude, mais ils n’ont pas peur d’essayer d’attraper leur chance. Malgré les conditions dans lesquelles ils vivent. J’ai écrit cette chanson en pensant à eux, tout simplement.

Isleym © Toma Abuzz

L’album va bénéficier d’une édition CD. Était-ce important pour toi de matérialiser ce premier album ?

Oui, c’était super important. Tu sais, quand j’aime un artiste, j’aime avoir son CD, j’aime avoir la pochette dans la main et pouvoir ranger le CD avec tous mes autres CDs. C’est physique. Et puis, un CD, on peut le garder longtemps, alors qu’un fichier MP3, on peut l’effacer très rapidement.

Des scènes sont-elles prévues dans les prochaines semaines et les prochains mois ?

Je serai le 27 avril au « Human Style Tour ». Je ferai partie du jury avec Dany Synthé sur le concours chant. À cette occasion, je ferai un petit show-case de trois/quatre chansons.

As-tu l’expérience de la scène ?

Quand même un peu. Je n’ai pas fait tant de scènes que ça dans ma vie, mais quelques-unes tout de même.

Est-ce que ça te plait ? Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

J’ai juste peur de me planter… Peur de trébucher, d’oublier mon texte. J’aime beaucoup la scène parce que finalement, c’est le seul moment où tu as un vrai contact avec le public. Tu vois leur regard. Tu vois qu’ils sont heureux. Et toi, tu es heureux de leur chanter tes chansons. C’est un vrai partage la scène. Il n’y a pas d’écran interposé. C’est vrai. Et puis, penser que les gens se déplacent pour toi, c’est quelque chose d’inexplicable.

Ton album sera dans les bacs dans quelques jours maintenant. Que se passe-t-il dans ta tête aujourd’hui ?

J’ai envie de dire que j’ai un peu de pression… mais que finalement, je ne réalise pas beaucoup. Je ne réalise pas encore très bien. Je me retrouve dans les locaux d’une des radios les plus écoutées en France… C’est incroyable. J’ai une chance inouïe par rapport à toutes celles et ceux qui voudraient être à ma place. Du coup, je suis très très très contente. J’appréhende un peu les réactions aussi. Mais je ne réalise pas encore vraiment. On verra « où ça nous mène »… (sourire)

Propos recueillis par IdolesMag le 10 avril 2014.
Photos : Toma Abuzz, DR
Facebook : https://www.facebook.com/Isleym.Officiel.Page









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