Interview de Deluxe

Propos recueillis par IdolesMag.com le 25/03/2014.
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Deluxe © Boby

Originaire d’Aix-en-Provence, le groupe Deluxe a publié son premier album, « Family Show » en fin d’année dernière. On les retrouve cette année avec deux titres sur la compile « The Groove Sessions » volume 3, sur la tournée qui célèbre les dix ans du label Chinese Man Records et sur la scène des plus gros festivals cet été. L’occasion était belle d’aller à leur rencontre pour faire le point sur leur carrière et sur leurs nombreux projets, eux qui ont commencé il y a une dizaine d’années à chanter dans les rues d’Aix-en-Provence. C’est Kilo, le batteur du groupe, qui a répondu à nos questions.

 

Deluxe, Family ShowIdolesMag : Avant de parler de l’actu de Deluxe, j’aimerais qu’on regarde un instant dans le rétro… Dans quelles circonstances le groupe a-t-il vu le jour ?

Kilo : Deluxe, c’est une aventure qui a un peu plus de dix ans. À la base, il y avait Pietre à la guitare, Kaya à la basse et moi, Kilo, à la batterie. On était assez jeunes et on s’est découvert une véritable passion pour la musique. De fil en aiguille, on a rencontré Soubri aux percussions et Pépé au saxophone. Au début, on a beaucoup bossé à cinq. On a beaucoup joué dans la rue. Après, on a rencontré Lili Boy, qui est devenue la voix du groupe. Et ça fait trois ans que la formation est au complet à six.

Évoluiez-vous chacun dans d’autres formations avant de former le groupe ?

Pas du tout. Certains ont fait un peu de conservatoire ou un peu de jazz. Mais il n’y avait rien de « pro », entre guillemets, pas de formation à proprement parler. On s’est vite rendu compte que ça marchait bien avec Deluxe parce qu’on avait une belle alchimie entre nous.

Au niveau de vos influences, avez-vous tous le même socle ?

La chance de Deluxe, c’est que nous avons tous notre propre univers. Certains sont plus pop, d’autres plus variété française, jazz, hip hop ou électro… même country ! Il y a un peu de tout dans Deluxe, c’est un petit patchwork.  

Est-ce vrai que le nom du groupe vient du nom d’un barbecue ?

(rires) Eh oui ! C’est assez rigolo, j’en conviens ! On était tous fans de barbecue, et nous le sommes toujours d’ailleurs. Il y avait à l’époque un super barbecue qui venait de sortir en inox et noir. Il était sublime. Il s’appelait le « barbecue Deluxe ». On cherchait à l’époque un nom pour le groupe et ce barbecue a été providentiel ! On s’est donc appelé Deluxe…

C’était donc vrai…

On ne raconte jamais de sottises… (rires) Et le pire… on ne l’a toujours pas acheté !

Tu m’en as touché un mot tout à l’heure, Lili Boy est donc arrivée sur le tard dans la formation. Avec elle, la morphologie du groupe change, il y a une voix… J’imagine qu’elle a apporté un souffle nouveau à Deluxe ?

C’est sûr… Naturellement, ça a donné un nouveau souffle parce que nous faisions une musique vachement instrumentale à la base, et dès qu’il y a eu une voix… ça a tout changé. On n’avait jamais vraiment rencontré quelqu’un comme elle. C’est vrai que ça voix a apporté une certaine accessibilité à notre musique, dans le sens où le groupe est devenu plus visible. La voix apporte toujours un énorme plus à la musique. À la nôtre en tout cas. Et puis, on a rencontré aussi Chinese Man, le groupe qui a su très rapidement déceler un peu l’univers musical de chacun et nous mettre sur une voix un peu plus électro avec un mélange d’acoustique.

Dans quelles circonstances avez-vous signé avec Chinese Man Records ? Les connaissiez-vous déjà depuis un petit temps ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Quand on jouait dans la rue, on avait déjà eu la chance de se faire repérer par le groupe Chinese Man. Ils avaient accroché sur notre groupe et nous avaient dit que ce serait bien de faire une maquette et de la scène vraiment. Du coup, on a enregistré une maquette et on l’a présentée au label, cette fois-ci, qui nous a proposé de partir sur un EP et un album.

Qu’est-ce qui vous a plu dans leur discours ? C’est un label indépendant, mais qui tire super bien son épingle du jeu.

Ce qui nous plaisait, déjà, c’est qu’ils venaient du sud de la France. On n’est pas parisiens, nous ! Je pense que là-bas, c’est peut-être plus simple de rencontrer des gens. Avec Chinese Man Records, il y a eu tout de suite une accessibilité, tout en restant underground. Ils habitaient par chez nous, dans notre coin. On avait envie d’avancer et éventuellement de monter un label. Et là, on a rencontré des gens qui étaient dans la même dynamique que nous. Ils nous ont proposé d’avancer ensemble. Ils avaient une assez bonne vision de notre projet. Et ce qu’ils nous proposaient collait avec nos envies.

Deluxe © Boby

Comment bossez-vous tous les six ? Qui amène quoi ? Parce qu’à six… ça ne doit pas être super évident !

À la base, on préfère bosser tous ensemble. Mais là, nous avons eu une très grosse tournée, et donc, on n’a plus trop le temps de bosser en répètes. On a préféré bosser un peu dans le bus ou quand on rentre vite fait. Du coup, on amène chacun une dizaine de projets, on remue tout ça et on voit ce que ça peut donner. On retient quelques morceaux de voix, d’autres de batteries, etc… Après, on sélectionne vraiment des morceaux et au final, ça donne un album…

Votre premier album est donc sorti fin de l’année dernière, relativement tard par rapport à la vie du groupe. Vous aviez tout de même déjà publié des EPs et des maxis. Est-ce que c’était important pour vous de concrétiser un LP ?

Oui. Disons que le Ep, c’est un format direct. C’est assez facile à faire. Enfin facile… (sourire) disons, qu’il y a cinq/six titres et que c’est la moitié d’un album ! Faire ce premier album, ça nous a vachement soudés finalement. C’était compliqué pour nous de canaliser notre énergie, de nous poser pour bosser, de respecter une deadline... Tout a été compliqué. Mais je pense que c’était une volonté de notre label, et de nous aussi, de mettre un petit coup de pied là-dedans et de concrétiser un album. Ça allait vraiment dans la direction qu’on était en train de prendre avec le label. On voulait au départ faire un EP, c’est fait. On voulait faire de la scène, c’est fait. On voulait faire un album, c’est fait. Je pense qu’on va dans la bonne direction. Donc, oui, l’album a été une étape importante. Là, on va voir ce que nous réserve l’avenir…

Un album c’est un travail de beaucoup plus longue haleine. Beaucoup de groupes d’ailleurs se contentent aujourd’hui de publier des EPs, pour rester dans l’immédiateté.

C’est clair. Mais nous, on voulait quand même faire un album. On savait que ce ne serait pas facile, mais on voulait le concrétiser. On savait très bien que nous n’étions pas Stromae, que tout le monde ne chanterait pas nos chansons tout de suite ! Du coup, c’était plutôt le parti pris de défendre centimètre par centimètre notre album. D’ailleurs, cet album n’est pas du tout fini, il y a encore beaucoup de travail à faire dessus, pour le faire connaître à plus de monde. Et c’est ça qui nous plait aussi, que des gens qui découvrent le disque viennent voir la page facebook ou la page youtube et découvrent notre musique. Les gens regardent ce qu’on fait et c’est ça qui nous plait, bosser tous les jours, tous les jours, tous les jours !

Comment définirais-tu l’ambiance générale de l’album ?

L’album est vraiment à l’image du groupe ! Deluxe, ça part un peu dans tous les sens. On raconte plein de blagues et on dit plein de conneries, mais il y a quand même un truc qui nous réunit tous… c’est le poil, les cheveux… enfin… la moustache ! (sourire) L’album est limite un patchwork, mais je pense qu’il a tout de même une trame et une patte. Et je pense que c’était important, pour en revenir à une de tes précédentes questions, de concrétiser cet album pour trouver aussi notre patte. Si tu prends chacun des musiciens de Deluxe et ce qu’il aime jouer, tu le retrouves dans l’album. Il y a du hip hop, des trucs plus jazz, de la funk, de la soul… Il y a un peu de tout.

Peux-tu me dire un petit mot sur le clip de « Daniel » ? Il n’est pas tout récent, mais je le trouve excellent !

Ce clip est né d’une collaboration de longue date. On était très très potes avec Alexandre Vignaud, le réalisateur du clip. Il habite en Belgique à Bruxelles. On a passé de très nombreuses soirées ensemble et depuis longtemps on se disait que ce serait bien de faire quelque chose ensemble. Il s’occupe aussi de la « Boîte à Clous », de la Zinneke, etc… Du coup, on est partis sur une idée de clip sur « Daniel » avec des marionnettes. On a lancé des idées comme ça. Personne n’aurait misé sur notre clip… surtout avec des marionnettes ! Mais le résultat est là. Il n’y a rien de surfait dans ce clip. Il y a vraiment une trame… je suis content qu’il t’ait plu !

Le 14 avril sortira le troisième volume de la compilation « The Groove Sessions », éditée par Chinese Man Records. Il y a deux titres de Deluxe dessus, « Tall Ground » et « Breaking news » (feat A.S.M.). Peux-tu m’en dire un peu plus sur eux ?

Eh bien ce sont deux prods qui venaient d’une idée un peu spéciale. Ça a été un peu compliqué ces deux morceaux… En tout cas, on s’est rendu compte en bossant dessus encore une fois qu’on se professionnalisait. « Breaking news » est un morceau hyper instrumental qui partait d’un sample qui finalement a complètement disparu parce qu’on se l’est approprié. On a bossé dessus avec A State of Mind. En fait pour ces morceaux, on a fait quelque chose qu’on n’avait jamais fait. Avant on bossait toujours dans nos studios. Et là, on est partis carrément à l’autre bout de la France. Je ne peux pas te dire où parce que c’est devenu un peu notre planque !... mais c’est au fin fond de la France dans un studio chez des gens complètement fous mais adorables ! C’était une super expérience parce qu’on s’est retrouvés en plein milieu de la forêt dans un studio complètement isolé. On a beaucoup discuté et on a vu et travaillé la musique un peu autrement. C’est une expérience qu’on a vraiment envie de renouveler. D’ailleurs, je pense que c’est quelque chose qu’on va refaire pour préparer un prochain album ou une prochaine tournée. Nous retrouver dans une grande maison isolée… c’était vraiment super !

Tu me parles d’un prochain album. Est-ce déjà quelque chose de concret pour vous ?

C’est très très concret. Tu le sais comme moi, on a toujours à peu près une année d’avance sur tout ce qu’on veut faire. Là, on est en pleine tournée, et pourtant on est déjà en train de réfléchir à ce qu’on va faire l’année prochaine. Donc, effectivement, on est en train de se dire qu’on a envie de repartir dans l’aventure d’un nouvel album. Je ne peux pas encore t’en dire beaucoup plus, parce qu’il faut qu’on mette tout à plat, mais on y réfléchit très sérieusement. Si on met tout ce à quoi on pense bout à bout, il y a un très beau projet qui pourrait voir le jour courant 2015.

Chinese Man Records fête donc ses dix ans et pour l’occasion, le « The 10 Years Tour » va sillonner la France et se produire dans les plus grandes salles. Vous serez aux côtés du groupe Chinese Man. Que va-t-il se passer ?

C’est donc un concert des deux groupes. Nous, on commence le spectacle. Il n’y a pas de première partie, tout s’enchaîne en fait. Donc, il y a une heure de Deluxe, directement après, une heure de Chinese et après, les deux groupes se retrouvent sur la même scène pendant une demi-heure. Ça va être fabuleux. Pendant une demi-heure, on va faire un ping-pong entre les morceaux les plus connus des deux groupes. On va jouer avec de l’acoustique, de l’électronique, il y a avoir un ping-pong de scratches, des featurings… ça va être, je pense réellement, un truc de malades ! Vivement la semaine prochaine, on va commencer à bosser là-dessus. Ce sera vraiment cool !

Depuis le début de l’interview, il est beaucoup question de scène. Est-ce finalement là que tout ton métier s’exerce ?

Oui ! La scène, c’est vraiment formidable. Un journaliste d’une radio nous a un jour comparés à Skip the use et Shaka Ponk. Alors bien évidemment, le style n’a rien à voir, mais on a en commun la scène. On a commencé ensemble dans la rue. Nous, ce qui nous plait, c’est d’être au contact des gens. L’album reste en quelques sortes un prétexte à partir en tournée. On a la chance de pouvoir tourner énormément. C’est notre plus grand plaisir. C’est une bande de potes qui va jouer sur scène ses morceaux. Que demander de plus ? Si ce n’est que les salles soient de plus en plus pleines à chaque fois ! (sourire) C’est un rêve de gosse de faire de la scène. Je pense qu’on ne s’en lassera jamais. C’est génial.

Vous avez donc commencé à chanter dans la rue. Que vous a appris la rue ? C’est une école très difficile…

C’est clair, c’est extrêmement difficile. Et je pense que si on devait y retourner maintenant, on y arriverait difficilement. Ça demande énormément d’humilité et de courage. Ce n’est pas la guerre non plus… mais il y a des moments vraiment qui sont très durs. Je pense que la rue a soudé le groupe indéfiniment. On a vécu des galères pas croyables. On a payé notre lot d’amendes !... (sourire) On devait débarquer vite fait nos batteries, contrebasses et tutti quanti. Mais ça nous a fait grandir. Et je pense que c’est grâce à cette expérience qu’on fait notre bout de chemin maintenant.

Aujourd’hui, quand vous vous promenez dans la rue, prêtez-vous l’oreille à ceux qui y chantent ?

Toujours. Après, il y a  beaucoup qui font de la bonne musique mais une musique qui ne me plait pas. Mais je sais qu’en tout cas nous, on vient donc d’Aix-en-Provence. Et quand on a commencé, très peu de personnes le faisaient. C’était quelque chose qui n’existait pas vraiment. D’ailleurs, là il y a des groupes qui nous envoient des mails en nous remerciant d’avoir ouvert cette voie à Aix-en-Provence. On en est vachement fiers. Quand on voit des petits jeunes qui chantent dans la rue, on se dit que dans quelques années, ils auront peut-être la chance de faire de la musique comme nous on en fait aujourd’hui. C’est bien que la culture descende dans la rue.

Je ne peux pas te laisser partir sans te poser une petite question sur « Les Profs », dont vous avez enregistré la bande originale. Comment vous êtes-vous retrouvés sur ce projet ?

Encore une fois… c’est une chance locale ! Pierre-François Martin-Laval, le réalisateur du film, habitait à Marseille. Il a demandé à son cercle d’amis s’ils connaissaient un groupe sympa dans le coin. Le nom de Deluxe est sorti. Du coup, il nous a contactés. Il avait envie de nous rencontrer et d’écouter ce qu’on faisait. Nous, on a halluciné parce qu’on était tous fans des Robin des Bois ! On est allé boire un coup avec lui et on s’est très vite très bien entendus. C’était vraiment hyper cool. Et là, on est parti sur ce film-là. À l’époque, on était sur l’album « Family Show » en même temps, donc c’est vrai qu’on n’a pas beaucoup dormi pendant quatre/cinq mois. Mais c’était une expérience exceptionnelle. D’un coup, c’était un autre métier… On prenait le train pour aller dans des bureaux à Paris dans lesquels on n’aurait jamais imaginé mettre les pieds ! C’était juste un truc de malades. C’était un truc vraiment énorme.

Est-ce une expérience que vous renouvelleriez avec plaisir ?

C’est clair. Je pense que l’occasion se représentera peut-être un jour. En tout cas, je l’espère. Et même si certaines personnes nous ont dit que « Les Profs », c’était un film super populaire, qu’est-ce qu’on s’en fout ! Ça reste de la musique avant tout ! On est tous contents de l’avoir fait et si c’était à refaire, on le referait sans hésiter.

On vient de parler de « Family Show » qui est sorti en fin d’année, de la compile « The Groove Sessions volume 3 », du concert des dix ans de Chinese Man Records, du deuxième album sur lequel vous êtes en train de travailler… Aurait-on oublié quelque chose ?

Je pense que ça fait déjà pas mal de projets, non ?!... Ah si, cet été, on va pouvoir nous retrouver sur de gros festivals, et notamment les Francofolies de La Rochelle, Solidays, Garorock, le Festival Emmaüs, le Festival du Bout du Monde… Il y a de super festivals qui arrivent. Et puis, sinon, à partir du mois d’octobre en tournée dans toutes les Fnac et les salles de France…

Avant de te quitter, une petite question mode… C’est le grand retour de la barbe et de la moustache depuis quelques mois… À qui la faute ? À vous ?

(rires) Non… Je ne pense pas ! Mais plus sérieusement, nous, ça nous a fait plaisir parce que depuis longtemps, on porte la moustache… Et je suis très content que ça revienne à la mode ! La mode, c’est comme ça, des trucs qui étaient à la mode il y a des années reviennent aujourd’hui. C’est une boucle sans fin. C’est le cas de la moustache, et c’est tant mieux !

Propos recueillis par Luc Dehon le 25 mars 2014.
Photos : Boby, DR
Facebook : https://www.facebook.com/Deluxe.chinesemanrecords









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