Interview de Herbert Léonard

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/03/2014.
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Herbert Léonard - DR

Herbert Léonard publie lundi 31 mars prochain son nouvel album, « Demi-Tour », dans lequel il revient à ses premières amours, le Rythm’n’Blues, la musique avec laquelle il a débuté. On retrouve d’ailleurs sur cet album quelques titres issus du premier album de l’artiste et notamment la toute première chanson qu’il a enregistrée, « Si je ne t’aimais qu’un peu ». Nous avons donc été une nouvelle fois à la rencontre d’Herbert pour en savoir plus sur ce projet, l’occasion également de se remémorer quelques souvenirs… Herbert Léonard fait « Demi-Tour », mais pas marche arrière, nuance ! Rencontre avec un artiste enthousiaste qui a pris, semble-t-il son pied à enregistrer ce nouvel album !

Herbert Léonard, Demi tourIdolesMag : Avec ce nouvel album, « Demi-tour », vous revenez à vos premières amours, le Rythm’n’Blues. Est-ce un projet que vous mûrissez depuis longtemps ?

Herbert Léonard : ça fait très longtemps que j’avais envie de revenir à ça… je n’ai pas eu l’occasion de le faire tout simplement parce que je n’avais pas les producteurs adéquats, ni les distributeurs adéquats jusqu’à aujourd’hui. Mais l’année dernière, quand on m’a proposé de faire ce CD, je me suis dit que c’était le bon moment de revenir 45 ans en arrière, de revenir à mes premières amours et de pouvoir enfin refaire du Rythm’n’Blues comme on en faisait dans les années 60.

Quel est votre premier souvenir de Rythm’n’Blues ?

Il a été à la fois extraordinaire et douloureux parce que j’ai découvert Otis Redding en 1966 en commençant à mettre le pied dans ce métier. Et il est mort un an plus tard. Ça a été une catastrophe pour moi. Mais ça m’a permis de découvrir tout un espace musical que je ne connaissais pas, c’est le Rythm’n’Blues de chez Stax et de la Motown, avec des artistes extraordinaires comme Howard Tate, Joe Tex, James Brown, Sam and Dave ou Aretha Franklin… C’était devenu pour moi plus fort que le Rock’n’Roll que je connaissais jusque-là.

Vous  dédiez à Otis Redding une chanson, « Big O ». Cette chanson figurait déjà sur votre précédent album, « Déclarations d’amour », mais elle trouve finalement enfin sa place sur ce disque-ci… Est-il la plus grande claque musicale que vous ayez prise ?

La plus grande claque, je ne sais pas… parce qu’il y en a eu d’autres ! Mais comme je le dis dans « Big O », mon King à moi, c’est Otis Redding. Ce n’est pas Elvis Presley, et pourtant Dieu sait comme j’aime Elvis Presley, mais mon King, c’est Otis Redding. Ça veut tout dire, je pense.

Comment s’est opéré le choix des chansons ?

Le choix est toujours douloureux. On ne peut pas tout faire. Et d’ailleurs, je dis souvent que je ne regrette qu’une seule chose, c’est que cet album ne soit pas un double !… (sourire) J’aurais voulu enregistrer au moins vingt titres de plus. Mais le choix a été fait sur mes coups de cœur à moi. J’ai réenregistré « Si je ne t’aimais qu’un peu » parce que c’était la toute première chanson que j’ai enregistrée de ma vie. J’ai choisi cinq chansons issues de mon premier album parce que c’était pour moi les cinq plus fortes et les cinq plus désirables que j’avais envie de faire. J’ai ajouté deux chansons que je chantais à l’époque, mais que je n’avais pas enregistrées. C’est-à-dire « Elle est Divine », l’adaptation de « Keep on Running », et « Show me » de Joe Tex que j’ai gardée en anglais. Et j’ai ajouté quatre chansons nouvelles qui sont de nos jours, mais qui sont typiquement Rythm’n’Blues et qui, en tout cas, ont été traitées selon la façon dont on traitait le Rythm’n’Blues dans les années 60.

Vous avez donc gardé les textes de l’époque, un peu fleur bleue, disons… bien ancré dans leur époque…

On peut le dire ! (rires)

Les orchestrations respectent aussi la façon dont on traitait le Rythm’n’Blues à l’époque, mais elles sont tout de même redoutablement modernes…

Ah oui ! Il y a des technologies modernes qui font que le son est beaucoup plus pur que ce qu’il n’était dans les années 60. Mais c’est vrai que j’ai voulu garder les chansons dans leur jus. Je n’ai pas voulu refaire les textes sous prétexte qu’ils étaient un peu naïfs ou même parfois un peu simplistes. C’est comme ça qu’on écrivait les textes dans les années 60 et c’est comme ça que ça passait dans le public. Je pense qu’il ne fallait pas y toucher. Et je ne l’ai pas fait. Et c’est aussi pour cette raison que j’ai réenregistré « Show me » de Joe Tex et « You’re so beautiful » de Joe Cocker en anglais plutôt qu’en français. D’une part, je ne voulais pas me heurter à un refus des éditeurs originaux qui m’auraient empêché de les faire en français, et d’autre part parce que je trouve aussi que ce sont des chansons auxquelles il ne faut pas toucher au niveau des textes. Le sujet de « Show me », par exemple est totalement intraduisible en français. Donc, il valait mieux le laisser en anglais.

À l’époque, il était monnaie courante d’adapter les succès américains.

On ne faisait même que ça, ou presque !

Votre préférence, à l’époque, allait-elle vers les adaptations ou les versions originales ?

De toute manière, on n’avait pas beaucoup le choix… D’abord parce que personne ne composait ce genre de musique en France. Donc, forcément, on choisissait d’adapter les chansons américaines ou anglaises. Et puis ensuite, pour une meilleure diffusion et une meilleure compréhension, il était indispensable qu’on les fasse en français. Très peu de gens en France parlaient l’anglais à l’époque. Aujourd’hui, c’est différent. C’est beaucoup plus commun de chanter en anglais parce que les enfants ont depuis longtemps appris à parler l’anglais à l’école.

Quelques titres sont donc extraits de votre tout premier album. Quels souvenirs gardez-vous de cet enregistrement ?

Oh la la… il faudrait que je remonte très loin dans ma mémoire ! Cet album a été enregistré en grande partie à Paris. Quatre chansons ont été enregistrées à New-York sur un quatre pistes, tout le reste a été fait sur un trois pistes en France. Donc, il fallait être prêt quand on enregistrait. Ça allait très très vite. L’orchestre jouait en même temps qu’on chantait. Et il fallait que tout ça soit presque mixé en même temps… Tout allait extrêmement vite. Très personnellement, je pense que c’est une décennie qui, musicalement parlant, a été totalement flamboyante. C’était très intéressant puisqu’on pouvait faire des disques qui s’écoulaient très très vite. C’était surtout des 45 tours à cette époque-là. On sortait des disques tous les trois mois. On avait à peine terminé un disque qu’on était déjà en train d’en enregistrer un autre.

Étiez-vous parti également enregistrer les titres à New-York ?

Oui, oui, bien sûr.

C’était la première fois que vous vous rendiez aux États-Unis ?

Oui. J’ai une image dans la tête… J’étais presque allé là-bas dans les valises de Johnny Hallyday puisqu’il était allé enregistrer là-bas. On avait le même directeur artistiques tous les deux, il s’appelait Lee Hallyday. Donc Lee m’a emmené dans les bagages de Johnny pour aller enregistrer quatre chansons là-bas.

Vous aviez une vingtaine d’année à l’époque. Le futur, c’était quoi pour vous ? Pensiez-vous en termes de carrière ?

Non. Franchement non. On ne savait pas du tout ce que ça allait devenir. On espérait évidemment que ça marche… mais ce disque, la preuve, il n’a pas vraiment marché. Il m’a fait beaucoup connaître dans le milieu parce que tout d’un coup tout le monde s’est demandé qui était ce jeune mec de Strasbourg qui chantait du Rythm’n’Blues alors que personne ne faisait vraiment de Rythm’n’Blues en France. Donc, il m’a fait connaître dans le métier, mais en termes de vente, ça n’a pas été un gros succès. Le succès est venu avec le disque d’après. C’est un peu aussi pour cette raison que j’ai voulu reprendre quelques chansons de mon premier album parce que je les aimais particulièrement ces chansons-là… et je suis vraiment heureux qu’elles se retrouvent sur cet album aujourd’hui.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de R’n’B, qui n’a finalement pas grand-chose à voir avec le Rythm’nBlues des années 60. Quel regard jetez-vous sur la production R’n’B actuelle ?

Je n’ai strictement rien à reprocher à la production R’n’B d’aujourd’hui. Comme vous l’avez très bien dit vous-même, ce n’est pas tout à fait la même musique… C’est la musique noire d’aujourd’hui, que les gens aiment beaucoup, et je les comprends ! Mais ce n’est pas cette musique que je voulais faire, moi. Je voulais faire du blues comme Otis Redding en faisait.  Mais je n’ai strictement rien à reprocher au R’n’B. Ce sont simplement deux styles qui ne sont pas comparables à mon sens.

Avec qui avez-vous travaillé sur les arrangements du disque ?

J’ai travaillé avec deux réalisateurs qui sont également preneurs de son. On s’est basés sur les enregistrements qu’on a faits il y a quarante-cinq ans, en les modernisant un petit peu, mais en gardant l’esprit. Et puis, on a rajouté une petite touche d’électro dedans, ce qui fait qu’il y a une espèce de chaleur différente qui se dégage de ces musiques et de ces arrangements. J’avoue que, d’abord, j’ai pris énormément de plaisir à le faire. Et ensuite, j’ose le dire, j’ai franchement rajeuni de quarante ans ! (sourire)

Qu’est-ce que ça vous a fait de réécouter vos premiers enregistrements ? Parce que vous connaissant un peu, vous n’êtes pas vraiment du style à réécouter vos anciens disques très souvent…

(sourire) Effectivement, j’ai horreur de me réécouter. Pour moi, quand un disque est terminé, c’est déjà un vieux disque. Et ça, il faut le mettre entre guillemets, mais il fait « déjà partie du passé ». Quand j’ai terminé un disque, je pense déjà au suivant… Si suivant, il a ! Mais ça, je ne le sais pas encore… Mais c’est vrai que de me replonger de temps en temps dans ce que je faisais il y a trente ou quarante ans, ce n’est pas que jouissif… c’est très frustrant aussi ! Parce que j’ai fini par me dire que je chantais très mal à l’époque !! (rires) Ce qui était logique puisque je commençais tout juste à chanter et que j’ai une technique beaucoup plus affirmée maintenant.  C’est frustrant à cause de ça. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité reprendre quelques-unes de ces chansons-là pour les refaire aujourd’hui, en mieux.

J’ai lu dans votre bio que vous pensiez toujours faire votre dernier disque, mais que celui-ci pouvait vraiment être le dernier… Le pensez-vous réellement ?

Non… Je pense que le mec qui a écrit la bio [David Lelait-Hélo, NDLR], et qui l’a d’ailleurs très bien écrite, a un peu sorti ce propos de son contexte. Ce que je voulais dire par là, c’est qu’à l’âge que j’ai, j’ai tout de même 69 ans… enfin, j’en avais 68 quand j’ai enregistré ce disque… eh bien à l’âge que j’ai, ça pourrait être le dernier. Je dis bien « pourrait » (rires)… parce qu’à mon âge, on n’est jamais sûr qu’on va m’en reproposer un autre. Mais je l’ai fait en tout cas comme s’il avait été le premier, ça vous pouvez en être certain ! Et je n’ai pas du tout en tête d’arrêter ce métier demain !

Herbert Léonard - DR

Vous me disiez tout à l’heure que quand un disque était terminé, vous pensiez déjà au suivant. Pensez-vous déjà au suivant ?

Comme je vous le disais tout à l’heure, je regrette que ce disque ne soit pas un double album… Donc, si on me donne l’occasion de refaire un disque parce que celui-ci aura marché, eh bien, je pense que je referai la suite de celui-ci. Il y a plein de titres que j’aimerais bien encore enregistrer.

De toutes les chansons qui figurent sur cet album, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ?

Oui, sans aucun doute… Pour moi, c’est « Si je ne t’aimais qu’un peu » parce que c’est la toute première chanson que j’ai enregistrée de ma vie. J’ai donc une tendresse toute particulière pour elle. Mais j’aime aussi beaucoup toutes les autres…

C’est Mort Shuman qui avait écrit le texte de cette chanson.

Effectivement.

L’avez-vous connu ?

Je l’ai rencontré de son vivant plusieurs fois, oui… Mais je ne peux pas dire que je le connaisse vraiment bien. D’ailleurs quand je lui ai posé la question… Je lui ai dit que la première chanson que j’avais chantée, c’était « Si je ne t’aimais qu’un peu »… Il ne s’en est même pas souvenu ! (rires) Mort a dû en écrire tellement que celle-là, il ne s’en souvenait pas du tout…

Vous avez fait écouter l’album en avant-première à dix de vos fans. Quel a été leur retour ? Elles sont peut-être plus habituées à des chansons de variété…

C’est certain. Mais vous savez les fans ne sont pas forcément plus objectives que les autres ! Une fan ne vous dira pas que c’est mauvais ! C’est sûr… Et surtout pas quand vous êtes en face d’elle ! (rire) Disons que leur réaction a été de me dire « Enfin ! » à l’unanimité. Elles connaissaient évidemment tout ce que j’avais fait avant et elles aimaient vraiment l’idée que je revienne vers le Rythm’n’Blues. Et puis, bien évidemment, elles sont très contentes que je m’épanouisse avec ce disque. Je commence tout juste la promo de l’album, la plupart des émissions sont programmées pour être diffusées après la sortie du disque, mais les réactions que je reçois sont toutes positives ! Ça ne veut pas dire non plus que les titres vont passer vingt-cinq fois à la radio tous les jours … mais bon !

Quand on écoute l’album, et c’est très subjectif ce que je vais vous dire, on a vraiment l’impression que vous prenez votre pied !

Eh bien, je confirme, j’ai vraiment pris mon pied ! J’ai enregistré une radio sur France Bleue hier, ce sera diffusé dimanche, et on m’a dit exactement la même chose… Donc, je pense que j’ai vraiment bien fait passer le message !

Il a un petit supplément d’âme.

Je suis tout à fait d’accord avec vous. Et même moi, quand je le réécoute, je me dis « putain ! ». Attention, je lui trouve toujours des petits défauts parce que les créateurs trouvent toujours des petits défauts à leurs créations… mais je me dis « putain, c’est pas mal ! » En tout cas, je ne m’attendais pas à ce que ce soit si bien que ça.

Un album comme celui-ci devrait bénéficier d’une édition vinyle… Êtes-vous d’accord avec moi ?

Oui, je suis assez d’accord ! Et plus généralement, je suis tout à fait pour la résurgence du vinyle par rapport au CD. Comme le CD disparaît, pourquoi ne ferait-on pas revivre le vinyle ? Je suis complètement pour le vinyle. C’est tout de même beaucoup plus jouissif au niveau son que le CD. C’est beaucoup plus chaud. Ça s’use plus vite, mais tant pis !

Êtes-vous en préparation d’un spectacle autour du Rythm’n’Blues ?

Tout va dépendre du succès de cet album. S’il se vend beaucoup et que j’ai l’occasion de tourner grâce à lui, bien entendu, il y aura un spectacle spécial. Je tourne déjà pas mal cela dit. Mais s’il y a une demande et une tendance qui s’annonce, je monterai un orchestre de Rythm’n’Blues et je ferai vraiment des galas avec cet orchestre-là et ce répertoire-là.

Ce serait un style assez différent de celui que vous chantez aujourd’hui.

Bien sûr. Mais ça ne m’empêchera pas de chanter les autres chansons. Je chanterai toujours « Pour le plaisir » ! Mais je baserai mon répertoire plus sur le blues.

Propos recueillis par IdolesMag le 27 mars 2014.
Photos : DR
Site web :
http://www.herbert-leonard.fr/









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