Interview de Candide

Propos recueillis par IdolesMag.com le 25/02/2014.
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Candide © Sebastien Roignant

Candide revient le 10 mars avec un deuxième album, « Au pays du ralenti », dans lequel il dresse le portrait d’une société qui va vite. Très vite. Trop, peut-être. Nous avions beaucoup aimé le premier album de Candide sorti il y a quelques années (« Et si… »). En quatre ans, le jeune artiste a mûri et bien grandi. La personnalité que l’on décelait s’affirme aujourd’hui. Ni tout à fait un autre ni vraiment le même, Candide revient avec un très bel album aux multiples couleurs, tour à tour rock, bluesy, funky et folk…

Candide, Au pays du ralentiIdolesMag : Ton premier album explorait le passage du monde de l’enfance à celui de l’âge adulte. Avec ce deuxième album, qui commence d’ailleurs par « La cours des grands », on se dit que Candide a bien grandi et bien mûri, que ce soit dans les thèmes abordés, les compos ou les arrangements. Es-tu d’accord avec moi ?

Candide : C’est vrai que mon premier album est arrivé très vite après mes débuts dans la musique. Donc, il était particulièrement immature. Je venais à peine de débuter mon projet, sans avoir vraiment fait de scène ni avoir fait tourner les morceaux spécialement.  Tandis que celui-là vient quand même après trois années de concerts, de scène, d’enregistrements, etc… Avec énormément plus de contacts avec le monde de la musique aussi.  Donc, je l’ai forcément abordé différemment. Le premier était arrivé vraiment comme ça. Entre les deux, j’ai vécu beaucoup plus de choses musicales.

T’es-tu remis rapidement à la création de ce deuxième album après la sortie du premier ?

Une fois que le premier a été sorti, qu’on a tourné un clip, je me suis remis assez rapidement à la création de celui-ci. D’ailleurs, je vis la même chose en ce moment. L’album va sortir et déjà, j’ai de nouvelles chansons qui arrivent. Une fois que l’album est sorti, ça laisse beaucoup de place à la création. Pour ce nouvel album, on peut dire qu’il y a eu deux jets de chansons. Un premier jet quelques mois juste après la sortie du premier et un deuxième jet il n’y a pas si longtemps que ça. « La cour des grands » a été écrit quasiment en dernier. « Loin de nos frontières » et « Vu d’ici » également. D’ailleurs celle-là, elle est carrément née en studio. Tout s’est vraiment fait en deux phases.

Le premier album était sorti très rapidement après tes débuts. Celui-ci a été beaucoup plus mûri et réfléchi. La création et la production de ce deuxième album ont-elles été finalement plus ou moins difficiles que celles du premier ?

Ce deuxième album est effectivement plus réfléchi. J’ai mis, et j’ai pris, plus de temps. Comme je te le disais, il y a eu plusieurs phases. On avait commencé à enregistrer, et puis, on a recommencé. On avait commencé en mode un peu comme le premier album… ça ne m’a pas plu, alors on a recommencé deux trois mois plus tard. Nous nous sommes installés dans une maison de famille. Et là, tous les morceaux sont partis d’une base live avec le batteur et moi à la basse ou la guitare. On a enregistré live ensemble. Et après, on a bâti les morceaux à partir de cette base live.  Donc, la base des titres est live. Oui. Complètement. Ce sont toujours deux hommes au départ qui jouent en même temps. Avant, sur le premier album, je n’avais pas fonctionné comme ça. Finalement, ce qui est très difficile en studio, c’est de recréer quelque chose de vivant alors qu’on est en train de travailler sur des petits bouts de sons. La façon de travailler que j’ai trouvée pour garder un côté live est celle-ci pour l’instant. Donc, on fait à deux cette première partie batterie/guitare, et après, on ajoute les autres instruments. Et vraiment à la toute fin, on a ajouté d’autres instruments, moins traditionnels, comme le banjo ou l’harmonica. Ce sont des instruments qui n’étaient pas trop prévus. Ils ont donné une couleur à l’album qui m’a vraiment bien plu. Depuis longtemps, le banjo m’intéressait, j’avais envie d’en acheter un. Avec des instruments comme l’harmonica ou le banjo, on a ajouté un peu de chaleur et de vie aux titres. Ce sont des impros qui sont venues vraiment sur la toute dernière phase d’enregistrement.

L’album était initialement prévu pour janvier de l’année dernière…

Oui, il y a eu un petit décalage… (sourire) Mais finalement, ces petits décalages successifs ont permis à l’album de mûrir jusqu’à ce qu’une date butoir soit arrêtée. Là, il est masterisé depuis septembre, donc on ne bosse plus dessus depuis un bon moment. Cette série de petits décalages sont dû à des histoires de promotion et de distributeur. Pendant ce temps, j’ai continué à bosser sur le disque. Et au final, ça a été plus que positif. Si l’album était sorti à la date initialement prévue, il n’y aurait certainement pas eu « La cour des grands » ou la version actuelle de « J’aurais voulu ».

Ces aléas ont nourri l’album plus qu’autre chose.

Il y a un peu de ça. Prendre le temps de faire les choses, pour les faire bien, c’est important. Un album, on peut l’enregistrer très rapidement. Là, comme tu le dis, ces aléas ont été finalement plus heureux que malheureux. C’est grâce à eux qu’il y a de l’harmonica, parce que ça m’a donné le temps de rencontrer la personne avec qui j’avais envie de travailler. Cette attente a été bénéfique.

Candide DR

En parlant de prendre le temps… cette idée fait écho au titre de l’album, « Au pays du ralenti ». Quel regard jettes-tu sur notre société qui avance de plus en plus vite et qui prend finalement de moins en moins le temps de faire les choses ?

C’est vraiment ce qu’évoque cette chanson dont tu parles, « Au pays du ralenti ». Mais c’est une idée qui est aussi présente sur quelques autres titres tout au long de l’album, comme « Loin de nos frontières » qui parle du rapport entre les gens, ou « Vu d’ici ». Aujourd’hui, les gens manquent de rapport entre eux. Il y a un déficit de communication, alors qu’on n’a jamais été autant connecté ! On peut s’envoyer des mails, des sms, se connecter sur les réseaux sociaux… et pourtant, les gens ne communiquent plus. Et je parle pour moi-même aussi, parce qu’on a vite fait de prendre ce rythme de communiquer mal ou ne pas communiquer… Je lutte dans ma propre vie pour entretenir des rapports avec les personnes que j’aime profondément. J’essaye de les voir vraiment le plus possible. C’est un message que j’essaye de faire passer dans mes chansons. Le temps d’un concert est d’ailleurs assez parfait pour ça, on se retrouve un peu en dehors du temps et en dehors d’internet et tout ça…

Les réseaux sociaux sont devenus omniprésents, ils sont presque devenus incontournables, du moins d’un point de vue professionnel. Personnellement, t’intéressent-ils ?

(rires) Je suis en train de me poser cette question… et je me la pose depuis longtemps. Je ne sais pas quoi te répondre. Mon facebook reste très professionnel, même si je garde un côté plus personnel. J’essaye de montrer ma personnalité à travers ça aussi. Maintenant, est-ce que ça m’intéresse personnellement ? Je n’en sais trop rien. Disons que ça m’interpelle. J’ai un facebook avec mon nom à la ville, Romain Podeur. Je n’y poste quasiment que des liens culturels de choses que j’aime. Les choses que je n’aime pas, je n’en parle pas. Et sur le facebook de Candide, on retrouve surtout mon actualité artistique, mais j’aime bien parler aussi de ce que j’aime. Ma personnalité commence à transparaître un petit peu, mon rapport avec les éléments et la nature. J’aime bien parler de ces choses-là aussi. Je trouve que ça fait aussi partie du projet Candide. Donc, je commence à prendre un tout petit peu de plaisir. Je commence à m’amuser un petit peu avec ça.

Dans « J’aurais voulu », tu fais la liste de tous les conseils qu’on peut donner à un jeune artiste qui débute dans le métier. As-tu fait beaucoup de concessions à tes débuts ou t’es-tu plutôt laissé guider par ton instinct ?

Je n’ai pas fait de concession. Ou très peu en fin de compte. De toute façon, la manière dont j’ai produit mes deux disques montre que je ne suis pas dans le moule… j’ai choisi les gens avec qui j’ai travaillé et écouté les avis des autres avec parcimonie. Je n’ai pas forcément beaucoup d’amis dans l’édition ou les médias. J’ai par contre accepté beaucoup de conseils de gens qui partageaient une culture musicale assez commune avec la mienne. Pour l’instant, je me suis entouré plutôt de gens qui me ressemblent que de gens qui auraient pu me bousculer. Je dis bien pour l’instant, parce que peut-être qu’à un moment donné j’aurai envie de produire un disque avec des gens qui vont m’emmener sur d’autres terrains. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Donc, des concessions, je pense que je n’en ai pas vraiment faites. On en fait toujours, mais je n’en ai pas fait outre mesure… Cette chanson, c’est une chanson un peu blague… Mais elle me plait beaucoup, elle est entrainante. Le texte était beaucoup plus long au départ, je l’ai réduit au fil du temps. L’idée était que la chanson devait rester accessible pour pouvoir être entendue. C’était amusant d’écrire ce titre, et d’énoncer tout ce qu’on peut dire à un jeune artiste… Le titre est très autobiographique, mais j’ai voulu aussi qu’il puisse parler à tout le monde. Je pense que c’est un peu symptomatique globalement d’une société étiquetée… Les artistes en parlent souvent, mais c’est une réalité, on met des étiquettes sur les gens… C’est une question de mode aussi quelque part. J’espère en tout cas que cette chanson pourra parler à d’autres gens que ceux qui évoluent dans la sphère artistique.

Candide © Sebastien Roignant

En parlant d’étiquettes… difficile d’en mettre une sur ton album ! On y trouve des titres clairement rock, d’autres plus bluesy ou funky, certains carrément folk. Était-ce une volonté de départ d’aller vers des univers musicaux différents les uns des autres ?

Oui. Je crois que c’est inconscient chez moi… j’ai toujours besoin d’avoir envie de créer une bonne nouvelle chanson… On a quoi ? Onze ou douze titres sur un album. Donc, j’ai envie de proposer quelque chose d’assez varié, des choses plus intimistes, des choses plus rock ou plus folk. Il y a une couleur un peu blues sur quelques titres. Donc, oui, pour moi, sur cet album, ça a été important de varier un peu les plaisirs, tout simplement. Il y a plusieurs façons de faire un disque. Soit, on tire chaque morceau vers son univers propre, soit on tire l’album vers son univers propre. Et c’est une optique que j’aurais envie d’explorer dans le futur. On a l’impression de certains albums qu’ils ont été enregistrés d’une traite, avec les mêmes musiciens. On branche, on appuie sur record et hop, on enregistre tout. Je pense à des albums comme « Melody Nelson » de Gainsbourg. Ce sont des albums qui ont une cohérence très forte et qui ne sont, par ailleurs, pas variés du tout. Cet exercice-là, je le ferai un peu plus tard, ça me tente bien.

On retrouve « Eléa » qui figurait déjà sur le premier album. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Le premier album n’a pas eu l’exposition que j’aurais voulue. Il n’a pas eu de promo suffisante. Je l’avais d’abord sorti un peu tout seul et ce n’est qu’après que j’ai rencontré mon éditeur… Donc, le timing n’a pas été parfait. Et c’est une proposition que j’ai eue de la part de mon éditeur et de mes attachés de presse aussi d’ailleurs. On a donc décidé de remettre « Eléa » sur ce nouveau disque. On s’est demandé si on allait la réenregistrer ou non. Finalement, elle passait très bien dans l’album et donc on la remise dedans. Artistiquement, ce n’était pas incohérent. On pense que cet album rencontrera plus le public que le premier et que ça aurait été dommage qu’il ne rencontre pas « Eléa » qui est un titre très important pour nous. Voilà pourquoi il se retrouve sur l’album… Je pense que c’était important.

Tu reviens de Lille où tu as tourné un clip au Théâtre Sébastopol. Peux-tu m’en dire un peu plus ?

C’est donc un clip qui va accompagner « Le charme de ces dames ». C’est ce titre-là qu’on a voulu mettre en avant. Le tournage a duré plusieurs jours. Il y avait toute une équipe avec nous, maquilleurs, cadreurs, etc… ça a monopolisé pas mal de gens. Ça m’a fait énormément plaisir et ça m’a touché de voir qu’une petite chanson comme celle-là pouvait réunir autant de monde. Le clip est en cours de montage en ce moment. On s’est beaucoup amusés à le faire en tout cas. il y aura un peu d’humour. Je pense que ce sera un peu drôle. Ça parle du rapport aux femmes, quels que soient les âges et les circonstances. Ça suit un peu le texte sans que ce soit figuratif.

L’image est devenue aujourd’hui essentielle en support à la musique. Est-ce quelque chose qui t’intéresse ?

Oui. Pour le coup, beaucoup… Autant le côté facebook où tu communiques parfois sur rien, ça ne m’intéresse pas plus que ça, là, sur un clip, je trouve ça très intéressant. Personnellement, pour écouter de la musique, je me mets tranquillement dans le noir, mais c’est assez incroyable ce qu’un clip peut apporter. C’est un travail de continuité… ou plutôt de déclinaison avec la chanson. On décline la chanson avec des images. C’est comme quand on décline la chanson en live ou en guitare-voix. Le clip est une déclinaison très intéressante.  Là, j’ai laissé les manettes au réalisateur. Jusqu’ici, j’ai toujours été très présent dans la création et dans l’artistique. Cette fois-ci, j’ai souhaité prendre un peu de recul et laisser quelqu’un d’autre s’en charger. J’avais bien entendu un droit de regard… (sourire) Et puis, un tournage comme celui-ci permet de rencontrer d’autres artistes et d’apprendre plein de choses.

Candide © Sebastien Roignant

De tous les titres qui composent cet album, y en a-t-il un pour lequel tu as un peu plus de tendresse qu’un autre ? Quand je parle de tendresse, je ne te demande pas ton titre préféré, je pense plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant sa création ou son enregistrement.

Peut-être « Vu d’ici », la dernière. Je n’ai jamais enregistré de chanson comme celle-ci auparavant. J’avais enregistré la bande son assez spontanément. Il y avait les accords et les riffs. On avait enregistré en même temps avec le batteur, sans penser au texte. On avait enregistré ça très proprement, mais sans aucun texte. On a juste joué ce qui pourrait être un couplet et un refrain. Et puis, arrivés à la maison de campagne où on a enregistré, on a pensé aux arrangements. Je suis parti dans mon coin, j’ai fredonné deux trois trucs et une heure après, j’avais écrit le texte. Ça ne m’était jamais arrivé. Et finalement, je suis assez content du résultat. C’est une espèce de one shot. Je n’avais pas de texte en arrivant et une heure après, il était écrit. Ça a été vraiment très spontané. C’est assez rare que je travaille comme ça. La création est plus souvent douloureuse. Ça se passe rarement comme ça…

J’aimerais revenir un instant sur un titre de ton premier album, « Ni Légo, Ni Poupée ». Il y a actuellement en France un débat autour de la théorie du genre qui m’y a fait penser. Quel regard jettes-tu sur ce débat et la polémique qui l’entoure ?

Vaste question !… Je ne pense pas que ma chanson parlait vraiment de ça. J’essaye de me remettre dans l’état d’esprit dans lequel je l’ai écrite. Mais tu as raison, on est en plein dedans…  Le premier album était un album sur le choix. Et je m’étais amusé à penser qu’on pourrait avoir le choix de son sexe avant de sortir du ventre de sa mère. C’était ce questionnement. Je m’étais juste amusé à ça. Donc la chanson parlait de ça. Sur le débat actuel, je ne me vois pas prendre position. La nature fait parfois bien les choses. Il faut dans ce débat distinguer ce qui est naturel et ce qui est culturel. C’est d’ailleurs là qu’est tout le sens du débat. Qu’est-ce qu’on inculque aux jeunes garçons et aux jeunes filles ? C’est un vaste débat. Faire des êtres asexués, je trouverais ça dommage. Il y a des hommes et des femmes. Et d’une manière générale, toute notre richesse se trouve dans les différences qu’on peut avoir avec les autres individus, que ce soit notre couleur, nos pays d’origine, notre culture ou notre sexe… On ne peut pas annihiler toute diversité entre les gens. La différence est ultra enrichissante même si elle n’est pas facile. Mais voilà… faire des êtres asexués ou des êtres neutres, je trouve ça dommage. Je ne sais pas si j’ai été très clair dans ma réponse… parce que très sincèrement je ne m’attendais pas à ta question !! (sourire)

Avant de te quitter, j’aimerais savoir dans quel état d’esprit tu es à quelques jours de la sortie de ton deuxième album.

J’ai l’impression de vivre avec depuis quelques temps… Je suis content qu’il sorte parce que je suis content de ce qu’on a fait. Ce disque, c’est un peu comme un animal sauvage qui a envie de reprendre sa liberté. En lui rendant sa liberté, je me la rends à moi aussi. je vais pouvoir penser à autre chose et passer à d’autres chansons. D’ailleurs, j’en ai écrite une cette semaine. Ça faisait longtemps que ce n’était pas arrivé. Et je suis content que ça revienne, j’en avais besoin. Pour moi, c’est une aventure qui se termine, pour lui, c’est une aventure qui commence. Je sens que l’inspiration revient. J’ai envie de créer d’autres chansons. Il ne faut pas penser que je vois ça comme un soulagement. Pas du tout. Disons que je suis content d’aller le défendre sur scène et de retrouver mon statut de créateur ! Il y a pas mal de concerts qui se profilent et notamment dans des régions que je connais bien. J’ai vécu quelques années en Bretagne, j’ai grandi dans le Nord. Donc, ce sont de bons sentiments que je ressens. Je suis content aussi d’avoir des échanges avec les journalistes, savoir ce qu’ils ont pensé de mon travail, comment ils perçoivent les choses. C’est intéressant de se détacher de son travail artistique pour entrer dans la communication. C’est même très intéressant !

Propos recueillis par IdolesMag le 25 février 2014.
Photos : Sébastien Roignant
Site web : http://www.candidemusic.com/









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