Interview de Piano Club

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/03/2014.
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Piano CLub © Gilles Dewalque

Après un premier single produit par Philippe Zdar (« Girl on TV ») et un premier album prometteur (« Andromedia ») , le groupe belge Piano Club revient avec un excellent deuxième opus, « Colore », un album de pop hédoniste et irisée complètement décomplexée. Nous avons été à la rencontre d’Anthony Sinatra afin d’en savoir un peu plus sur le groupe et la genèse de ce nouvel album. Il nous expliquera notamment pourquoi il parle de « bricolage réfléchi » en évoquant leur parcours et pourquoi ils dédient une chanson à Oliva Newton-John. Ces garçons ont décidément très bon goût…

Piano CLub, ColoreIdolesMag : Avant de parler du nouvel album, « Colore », j’aimerais jeter un œil sur le parcours du groupe, si tu le veux bien. Dans quelles circonstances a-t-il vu le jour ?

Anthony Sinatra de Piano Club : Piano Club à la base, c’est mon tout premier groupe, dans le sens où c’est un groupe que j’ai formé avec mes amis d’enfance. Dans le line up originel, c’était mon cousin à la basse et mon ami d’enfance à la batterie, qui est toujours d’ailleurs dans le groupe aujourd’hui. Et donc, c’était le genre de groupe qui se réunissait tous les dimanches après-midi dans la cave de mes parents ! C’étaient nos tout premiers pas dans la musique. À l’époque, nous n’avions pas du tout en tête d’en faire un métier. C’était un hobby, comme quand on va à la salle de sport… (sourire) Ensuite, c’est après avoir monté d’autres projets musicaux avec d’autres musiciens que l’éventualité d’une carrière de musicien s’est ouverte à moi. Du coup, on s’est dit que finalement entre nous ça marchait pas trop mal… Ça a pris un certain temps… Et en 2010, on a sorti notre premier album. Avant ça, on avait tout de même sorti un premier single « Girl on TV » qui avait pas trop mal fonctionné.

Justement, ce premier single a été produit par Philippe Zdar (Cassius). Comment en êtes-vous arrivés à travailler avec lui et qu’avez-vous appris à ses côtés ?

En fait, à l’époque on avait signé un contrat avec un éditeur qui s’appelait Strictly Confidential. Il nous avait demandé avec qui on avait envie de travailler. Tout de suite, le nom de Philippe Zdar est sorti. Il n’était pas encore aussi connu qu’aujourd’hui à cette époque-là. Je me rappelle très bien que notre éditeur l’avait appelé. Il devait partir à l’étranger mais il a réussi à lui faire écouter les titres par téléphone, et on a trouvé un arrangement pour bosser ensemble. Nous sommes allés à Paris travailler en studio avec lui. Non seulement, on a appris pas mal de choses sur la façon de produire un titre. Ça nous a beaucoup influencés. Et d’ailleurs aujourd’hui, on produit nous-même nos disques. C’est un côté de ce métier qui nous attire énormément. C’est pratiquement comme de jouer d’un instrument. On a appris à ses côtés à dompter un peu le studio. Zdar fait partie de ces personnes qui nous ont donné envie d’avancer et qui nous ont donné le goût de la production bien faite.

Entre ce premier single et aujourd’hui, la formation du groupe a un peu changé…

Oui ! C’est un projet qui n’est pas fixe. Ça tourne toujours autour de la famille du groupe, de gens qui ont fait partie du groupe à un moment donné. Aujourd’hui, nous avons le même line up depuis 2009. C’est Gaëtan Streel qui est à la basse. À la base il était notre ingé son et il a remplacé notre bassiste qui était parti pour raisons familiales, mais il est toujours proche du groupe et il nous aide toujours à l’occasion. Celui qui a joué pendant longtemps des synthétiseurs a aujourd’hui deux enfants… donc il ne pouvait plus assumer les dates. C’est assez contraignant finalement de se rendre disponible pour le studio et les concerts. Il y a toujours un moment où la question de faire un choix se pose. Aujourd’hui, il n’a pas vraiment quitté le projet. il s’occupe plutôt du site internet, du merchandising et ce genre de choses… Donc, on reste toujours une grande famille. Et sur scène… on se débrouille comme on peut ! [Anthony commence à rigoler] Je vais d’ailleurs te raconter une anecdote assez amusante… Ce soir, nous jouons donc au Bus Palladium… Eh bien, notre batteur ne pourra pas être avec nous sur scène ! Il va être papa… Nous nous sommes donc dépêchés de trouver une formule inédite en trio… Salvio, qui d’habitude est au synthétiseur, va se retrouver à la batterie. On arrive encore à moduler la formation. Heureusement, nous sommes tous multi-instrumentistes. Et finalement, ça nous donne des défis à relever !

Il y a un côté très familial et amical dans le projet.

Complètement. Et on le revendique. On n’est pas du tout comme des ouvriers qui vont travailler à l’usine… En studio, on a l’habitude d’enregistrer tous nos titres à deux, Salvio et moi. J’ai un petit studio chez moi… ça arrange plutôt bien les choses. On travaille pratiquement au rythme d’un titre par jour. On enregistre l’après-midi et on mixe la nuit… On produit énormément de musique. On fait aussi pas mal d’habillages sonores et de remixes donc on essaye d’être productifs et laisser de la matière de côté. On a un rythme de travail assez soutenu.

Vous avez une cadence assez soutenue effectivement ! Est-ce que ça veut dire que vous laissez vite tomber un titre s’il ne fonctionne pas ?

Disons que l’expérience joue… Aujourd’hui, on se connait tellement bien qu’on a une façon de travailler très simple. On ne va pas tourner autour du pot trop longtemps. On se connait suffisamment pour savoir où l’autre veut en venir rapidement. Moi, j’ai toujours eu l’habitude de composer énormément. Donc, j’emmagasine pas mal de matière que je laisse de côté. Et dès que j’en ai l’occasion, je l’enregistre. Après, on a aussi une façon de travailler qui fait qu’on produit beaucoup, mais qu’au final, on garde très peu. On essaye d’être le plus critique possible et de garder un maximum de recul sur ce qu’on fait. Notre « arme secrète », entre guillemets, c’est de pouvoir laisser passer beaucoup de temps entre le moment où on enregistre une chanson et le moment où on la réécoute en se demandant si elle a toujours de l’intérêt. Et puis, après, on pense bien évidemment à la cohérence d’un disque. Tout ce qu’on va produire ne va pas se retrouver sur un album. On essaye d’avoir un regard critique sur ce que l’on fait. On privilégie la chanson, la mélodie et la cohérence du projet.

Quand avez-vous posé les premières pierres de ce deuxième album, « Colore » ?

En fait, tout a débuté au cours de la tournée « Andromedia ». On a eu énormément de dates à assurer, mais on a tout de même eu une petite pause. Je m’en rappelle très bien, c’était au mois de février 2011. J’avais justement commencé à monter mon petit home studio chez moi. Salvio et moi avons pris l’habitude de nous retrouver un maximum pour justement poser les bases d’un nouvel album. Le premier titre qu’on a finalisé, c’est « Ain’t no mountain high ». En fonction de ce titre-là, dont le thème était de surmonter chaque obstacle qui se présentait à nous, on a commencé à travailler sur ce thème de l’encouragement… Et les autres chansons ont commencé à arriver au fur et à mesure. Mais donc, pour en revenir à ta question, les premières fois où nous avons travaillé sur « Colore », c’était en février 2011. Et il est sorti deux ans plus tard… Après cette petite pause, on est repartis en tournée pour « Andromedia ».

Piano CLub © Gilles Dewalque

Tout ce côté positif et hédoniste qui transpire des chansons était donc le point de départ du projet. C’était vers ça que vous vouliez tendre.

C’est ça. On attend souvent qu’un titre s’impose pour donner la couleur de l’ensemble de l’album et le thème principal qui va être développé. « Ain’t no mountain high » nous a donné la base sur laquelle on pouvait développer l’idée de l’album. Et même les titres que nous trouvions efficaces mais qui ne rentraient pas dans cet état d’esprit-là, on les laissait de côté. On a vraiment voulu produire un disque lisible et simple, dans le bon sens du terme. On voulait vraiment que cet album soit cohérent et ait un sens.

Tu viens de me parler de couleur, l’album s’appelle donc « Colore »… Si tu devais donner une couleur à cet album, laquelle serait-ce ? Et pourquoi ?

(sourire) Je pense que ce serait le bleu. C’est d’ailleurs celle qu’on a choisie pour être majoritaire sur le design du disque. Tout simplement parce que quand on a commencé à l’écrire, on était justement en tournée. Je me rappelle d’avoir écouté pas mal de ce matos qu’on avait commencé à travailler en regardant à travers la fenêtre du van. Et à part la route, ce que je voyais le plus, c’était le ciel, un ciel souvent bleu puisqu’on a pas mal tourné en été. Je pense que le bleu est la couleur qui me venait le plus souvent en tête quand on travaillait sur les morceaux.

Pensez-vous rapidement scène quand vous produisez un titre ? Ou bien est-ce ça vient vraiment dans un deuxième temps ?

C’est plutôt la seconde optique. Le studio et la scène impliquent deux façons de travailler très différentes l’une de l’autre. Sur le disque, l’objectif est vraiment que le titre soit le meilleur possible en studio. On ne pense pas trop à ce que ça va donner sur scène… Et d’ailleurs heureusement ! Avec les changements de line up comme ce soir… (sourire) Là, d’ailleurs, on est en train de travailler sur un troisième album et je pense que le line up risque encore de changer. On a vraiment envie d’être une famille sur scène… Quand on bosse le son de la scène, c’est très différent. Quand l’album est terminé, on fait une petite résidence avec les musiciens pour plancher sur la façon dont on va transposer les titres sur scène. Notre démarche à la base est une démarche de studio, ce n’est pas une démarche de groupe live.

On a évoqué un instant le visuel de l’album tout à l’heure. J’ai l’impression que vous accordez pas mal d’importance à l’image et l’imagerie qui encadre le projet…

Effectivement. C’est ma petite amie qui réalise les visuels. Et ce, depuis les débuts du groupe. Elle connait donc très bien le projet. Je lui soumets rapidement les démos et on laisse ensuite vraiment  libre cours à son imagination. Je lui fais totalement confiance pour le visuel. Elle fait partie de l’équipe. C’est d’ailleurs elle qui s’occupe de tout ce qui a trait à l’image du groupe. C’est une chose sur laquelle on est très attentifs.

C’est la même chose pour les clips…

Encore une fois, c’est la réalisatrice Eve Martin qui est la responsable des clips… Elle est avec nous depuis les débuts. Elle a une idée très particulière de l’image du groupe, donc, on lui fait totalement confiance et on la suit dans tous ses délires. Disons qu’à tous les niveaux dans le projet Piano Club, on tient à garder une marque de fabrique proche du home made. J’ai envie de dire que c’est du « bricolage réfléchi »… On n’est pas le genre de groupe qui va investir de gros budgets pour se payer les meilleurs studios ou travailler avec les plus grands producteurs. Ça nous est déjà arrivé, mais ce n’est pas vraiment notre truc. On a vraiment envie de quelque chose qui a notre touche personnelle, très humblement. On privilégie les idées au budget, entre guillemets. Et ça se ressent aussi dans les clips. Ce sont des clips faits avec des bouts de ficelle, mais l’imagination qu’on peut avoir nous amène à développer des idées assez intéressantes.

J’aime beaucoup ton idée du « bricolage réfléchi »…

(rires) Mais c’est complètement ce qu’on fait ! On n’a pas envie de faire du cheap. Ce n’est pas l’effet recherché ni voulu. Donc, on va passer le temps qu’il faut pour que ce soit à la fois spontané et à la fois le plus proche possible de ce qu’on veut faire sans une intervention extérieur. On ne veut pas passer entre les mains de quelque chose ou quelqu’un qui voudrait nous changer ou nous transformer. En tout cas, ce n’est pas dans nos projets pour le moment.

Retrouve-ton une scénographie particulière sur le live ?

On a justement voulu apporter la dimension image à nos prestations live. On nous avait soumis pas mal de projets… On a souhaité éviter le cliché des projections sur scène. Je trouve ça très joli, mais finalement, ça parasite la prestation du groupe, ça détourne l’attention du public. Je trouve que c’est un peu l’artifice qu’ont trouvé les groupes qui manquent un peu de personnalité sur scène. Donc, on a préféré jouer sur un jeu de lumière imagé. On a trouvé des rideaux de leds qui apportent une animation lumineuse sur scène, qui peuvent jouer avec les formes aussi. Ces jeux de lumières soutiennent le concert et privilégient l’énergie du groupe plutôt que d’attirer le regard des spectateurs ailleurs.  Je pense qu’on a une bonne formation scène. C’est très rock. Et je pense qu’il y a une belle personnalité qui se dégage quand on joue. C’est ce qui est le plus important à mes yeux. Je pense que ça donne un chouette supplément aux prestations live.

Vous dédiez une chanson à Olivia Newton-John... Très bon choix ! Peux-tu m’en dire un peu plus ?

(sourire) Pour être tout à fait honnête, le morceau « Olivia » ne s’appelait pas comme ça dans la version démo. Au fur et à mesure que le texte évoluait, je me rendais bien compte qu’il s’adressait à une personne en particulier, une personne qui représentait un amour impossible. Une personne impossible à atteindre, un fantasme en quelque sorte. Et j’ai pas mal cherché jusqu’au jour où c’est devenu une évidence… J’ai une très grosse collection de vinyles à la maison et dans cette collection, on trouve la musique du film « Xanadu » avec Olivia Newton-John en couverture… Quand je l’ai eue devant moi, Olivia s’est imposée à moi ! (rires) Du coup, on a donné ce nom au morceau. La légende dit que c’est un hommage… Disons qu’elle nous a pas mal aidés sur ce coup-là !

Avec le recul, la production de ce deuxième album a-t-elle été plus ou moins difficile que celle du premier ?

Beaucoup plus facile ! Alors là… vraiment beaucoup plus facile ! Pour le premier, ça a été assez laborieux finalement. On a été très entourés à la sortie du premier single. De plus en plus de personnes se mêlaient de ce qu’on produisait. Ça ne nous plaisait pas des masses. C’est d’ailleurs à cette époque qu’on a mis le haut-là et qu’on s’est retirés de tout, afin de travailler sur notre premier album comme on l’entendait et pas comme on nous le suggérait. Du coup, comme on l’a autoproduit, ça a mis pas mal de temps. Nous n’avions déjà pas tout le matériel nécessaire à notre disposition et ce genre de choses… Il y a eu de longs conciliabules entre les musiciens pour se mettre d’accord sur de petits détails… Et quand on a sorti le premier album, on n’avait pas encore vraiment fait énormément de concerts. Donc, nous ne savions pas vraiment qui était notre public. Aujourd’hui, c’est très différent. Avec toute l’expérience qu’on a pu acquérir en produisant ce premier album, les dates de concerts qu’on a faites depuis, et puis tout simplement une meilleure connaissance de nos aspirations… eh bien, ce deuxième album a été beaucoup plus facile à produire ! On a compris ce qui faisait notre différence par rapport aux autres groupes. Et on a commencé à mettre de plus en plus notre patte dans nos compositions et dans notre façon d’aborder la musique. Je vais même aller plus loin, je pense que ce sera encore plus simple de mettre en œuvre le troisième.

Comment définirais-tu l’évolution du groupe, de ses débuts à aujourd’hui, et même en allant un peu plus loin, jusqu’au troisième album qui commence à prendre forme ?

Je pense qu’on a eu une évolution saine. Nous travaillons avec des gens passionnés d’un label indépendant, JauneOrange ici en Belgique. Nous avons voulu travailler avec des gens qui privilégient la musique à toute autre chose. On ne pourrait pas travailler avec des gens qui pensent marketing avant qualité. Donc, on a cette philosophie, et je pense que c’est assez sain. On commence à acquérir une certaine popularité, mais finalement, c’est assez lent. Et ce n’est pas plus mal que ça… Et d’un point de vue artistique, l’évolution est elle aussi assez intéressante. On se sent vraiment musiciens aujourd’hui. Je pense d’ailleurs que c’est le but numéro un pour quelqu’un qui fait ce métier-là, c’est de voir une évolution. Si tu fais du surplace, si tu stagnes, si tu vois que les gens ne s’intéressent pas suffisamment à ce que tu fais, il faut savoir se poser les bonnes questions. Va-t-on dans la bonne direction ? C’est une question essentielle. Si nous n’avions pas de retours positifs par rapport à ce qu’on fait, je pense qu’on se serait posé la question de savoir si on continuait dans cette voie-là. Aujourd’hui, on a de très bons retours. C’est très encourageant. Et nous, artistiquement parlant, on se sent meilleurs compositeurs et meilleurs musiciens aussi. Donc, je pense qu’on va dans le bon sens…

L’album est sorti l’année dernière en Belgique et en Suisse. Que va-t-il se passer dans les prochains mois ?

Eh bien, nous avons la sortie française de « Colore » en ce moment, beaucoup de travail sur la nouvelle matière et de nombreuses collaborations sur d’autres projets. Mais ça, ce n’est pas nouveau, on a toujours travaillé sur de nombreux projets en parallèle. Nous, ce qui nous rend heureux, c’est de pouvoir faire de la musique tous les jours et de pouvoir en vivre. Nous sommes déjà très contents que ce soit possible.

Propos recueillis par Luc Dehon le 27 mars 2014.
Photos : Gilles Dewalque
Site web : http://pianoclub.be/









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