Interview de Parlez-vous anglais?

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/02/2014.
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Parlez vous anglais? visuel du EP Dancing on the other side

Le groupe franco-allemand « Parlez-vous anglais ? », emmené par Franz Matthews (aka Matthieu Brismontier), Franz Jules (aka Julien Sabourin) et Franz Hamz (aka Hamza Bencherif) publie le 19 mars son troisième EP « Dancing on the Other Side », une collection de quatre titres plutôt super bien fichus qui allient électro, pop et rock. Nous avons donc souhaité en savoir plus sur ce projet, intéressant à plus d’un titre. C’est Franz Matthews, le leader qui a répondu à nos questions. Au cours de cet entretien, nous en apprendrons donc plus sur « Parlez-vous anglais ? », comment ils ont souhaité faire évoluer leur son et bien entendu leurs nombreux projets. Rencontre entre Paris et Berlin avec Franz Matthews.

IdolesMag : Avant de parler de cet EP dont la sortie est attendue le 19 mars prochain, j’aimerais jeter un œil sur le passé de « Parlez-vous anglais ? ». Dans quelles circonstances le projet a-t-il vu le jour ?

Franz Matthew de Parlez-vous anglais ? : C’est un projet solo à la base. J’avais commencé à faire quelques titres seul. Je n’avais pas de groupe quand je suis arrivé sur Paris. Je me disais qu’on n’était jamais aussi bien servi que par soi-même. J’ai donc voulu produire mes propres sons. De fil en aiguille, j’ai fait écouter ces sons à un pote qui s’appelle Kanthos. C’est lui qui s’occupe du label FTW. Il m’a dit que c’était chouette et m’a encouragé à faire plus de morceaux pour pouvoir sortir éventuellement un truc. On a donc sorti un premier EP… qu’on a viré depuis en fait ! Mais bref, ce premier EP est sorti et a permis de faire un peu parler du projet. J’ai fait à l’époque un tout premier live tout seul mais j’avais déjà en tête depuis longtemps de faire un truc avec un groupe. Le EP sorti, le projet a fait un peu parler autour de lui et on nous a proposé de jouer au Printemps de Bourges avec SFR Jeunes Talents. C’est là où j’ai rapidement dû trouver des gens intéressés à faire cette date. Le groupe est né à ce moment-là. Ce n’est plus la formation actuelle, ça a un peu changé depuis. Ça, c’était notre première date. Après, on a commencé à un peu plus jouer. On a sorti un deuxième EP, toujours plus ou moins un projet solo, mais un peu plus professionnel. On avait enregistré en studio et ce genre de choses. Le projet, et donc le groupe, s’est vraiment formé à partir de ce moment-là. Ensuite, on s’est fait une bonne pause entre le deuxième et le troisième EP pour bosser sur les morceaux et essayer d’être dans le projet à fond. Et c’est là qu’on a commencé à évoquer ce troisième EP. On a dû faire une bonne dizaine de morceaux au total et au final, on a réduit ça à quatre titres pour cette sortie.

Le projet solo est devenu collectif pour le live.

Oui. Le live a permis au groupe de se former. Et au fur et à mesure des discussions, on s’est dit que ce n’était plus un projet solo. On avait tous envie de composer ensemble. Nous nous sommes rendu compte en faisant ce troisième EP que c’était chouette de travailler ensemble sur la compo. Maintenant la compo, sur cet EP en tout cas, a été faite par Julien (aka Franz Jules) et moi. Julien est batteur et ingénieur du son. Et Hamza (aka Franz Hamz), qui était malheureusement moins dispo à l’époque, nous a surtout prêté main forte pour enregistrer les pistes de guitare et ajouter sa touche une fois que les compos ont été faites.

Avez-vous les trois la même culture et les mêmes influences musicales ?

Hamza est très orienté soul et funk, la musique black. C’est vraiment la touche qu’il apporte au groupe. C’est assez chouette en live. Il apporte un vrai côté funky au projet, qu’on entend peut-être un petit peu moins sur les prods. Julien et moi sommes plus ouverts à d’autres styles musicaux. Moi, je suis plus tourné vers l’électro et Julien, en tant qu’ingé son, est toujours obligé d’écouter plein de trucs. Il est toujours sur plein de projets différents… Mais je pense que le crédo du groupe, c’est vraiment d’être ouvert sur tous les univers musicaux possibles, pour essayer de récupérer un petit peu de toutes ces influences pour en faire quelque chose.

Dedicace de Parlez vous anglais pour IdolesMag

Comment avez-vous choisi le nom du groupe, « Parlez-vous anglais ? » ?

Je n’ai pas vraiment d’histoire autour de ce nom de groupe au final… J’ai cherché pendant pas mal de temps un nom de groupe. J’avais choisi un nom allemand. Du fait que j’étais franco-allemand, ça me faisait rigoler. Et en fait, un jour, tout simplement, « Parlez-vous anglais ? » m’est venu en tête. Ne me demande pas pourquoi. Je trouvais ça original. Et étant donné que notre musique était vouée à être chantée en anglais de toutes manières vu que nos chansons sont beaucoup plus anglophones que francophones, je me suis dit que ce n’était pas une si mauvaise idée. Je trouvais ça marrant… C’est déjà ça ! (rires) Souvent, on prend des décisions comme ça… Et puis, ce nom donne  une note un peu fun au projet, malgré le fait que nous soyons devenus plus sérieux sur nos nouvelles productions… (sourire)

Quand avez-vous posé les premières pierres de ce nouvel EP ?

On a commencé à travailler en studio au début 2013. C’est là qu’on a trouvé une nouvelle manière de travailler. Avant, tous les morceaux étaient issus de mon home studio. J’apportais de la matière et après on travaillait ensemble dessus. Là, cette fois-ci, ça a été différent, on a eu une nouvelle démarche. On a voulu se retrouver et composer ensemble. On a donc posé ensemble les premières pierres, quitte à les retravailler chacun chez soi de son côté après coup, et notamment pour les paroles parce que chez nous la musique vient toujours avant les paroles.

Que se passe-t-il concrètement alors début 2013 ?

On a acheté des vieux synthés des années 80 et on a commencé à jouer avec. On a fait des petits copier-coller et quelques titres sont nés.

Vous avez donc utilisé des synthés des années 80. Vous avez aussi fait le choix de jouer avec de vraies guitares et sur de vraies batteries. Était-ce important ?

Oui, c’était important parce qu’on fait très attention au son. On ne voulait pas faire des titres électro-pop comme tout le monde peut aujourd’hui en faire assez facilement sur son ordinateur en jouant avec les samples. On avait vraiment envie de créer nos morceaux comme des musiciens. Dans la manière de créer les titres, la plupart du temps, on a quand même d’abord commencé par utiliser des samples et après, pour donner une nouvelle touche à tout ça et rendre nos morceaux cohérents, on les a joués sur de vrais instruments. On a enregistré le tout sur un magnéto à bande comme ça se faisait dans les années 70. On a vraiment voulu ce grain plus doux dans les aigus et surtout, apporter notre patte personnelle aux titres. Pas mal de groupes dont on est fans enregistrent souvent comme ça, comme LCD Sound System. C’est un son qu’on adore, donc on voulait tendre vers ça.

Parlez-vous anglais? © Damien Stein
© Damien Stein

Tu me disais tout à l’heure que les musiques venaient invariablement avant les paroles. Avez-vous tout de même pendant la phase de compo une idée globale de vers où le morceaux va aller, ou pas du tout ?

Au final, la compo et l’écriture sont assez indépendantes l’une de l’autre. Les paroles, c’est moi qui les écris. Après, on sait tout de même assez rapidement dès le départ du morceau s’il va amener des paroles un peu tristes ou plutôt gaies. Mais généralement, une fois que la structure musicale du morceau a été faite, là, ça devient plus personnel. Je retourne chez moi et je travaille seul sur les paroles. J’essaye de trouver un thème approprié à ces musiques. Je pense que tout vient du fait que nous écoutons tous les trois plus la musique que les paroles…

Que racontent justement les quatre titres qui figurent sur le EP ?

Le titre d’ouverture, « Sandman’s got a bad provider », c’est l’histoire d’une personne qui essaye de s’endormir. Ça commence par la machine à café et au fur et à mesure, elle ne se rend pas compte qu’elle s’endort vraiment. Au final, la personne qui est en train de s’endormir est sur la piste de danse et le marchand de sable vient danser avec elle… à la fin du morceau, elle essaye de rester éveillée, mais elle s’endort. J’explore un peu la phase entre le réveil et le sommeil.  « The Last paradise on earth » est un titre que j’ai écrit par rapport à un voyage que j’avais fait à Shangri-La en Chine, qui est considéré par tradition comme le dernier paradis sur terre. J’ai trouvé ça assez inspirant pour en faire les paroles. La troisième chanson, « The House of Joy », a été écrite vraiment en fonction de la musique. Le morceau est un peu plus rock et un peu plus méchant que les autres. On avait envie de faire un morceau sous forme d’incitation à la débauche… (sourire) Donc, pour aller un peu plus dans le détail, c’est une personne qui rentre dans la maison de la joie et qui se fait happer par cette maison. Et le dernier titre, « London », c’est l’histoire d’une personne qui va à Londres et qui croit qu’elle va rencontrer ses idoles… qui finalement sont mortes ! C’est un texte qui a été écrit par rapport à notre guitariste. On avait été faire un concert à Londres. Il est grand fan de Queen et donc, on avait voulu aller visiter la maison de Freddie Mercury. Et quand on est arrivés devant, on n’a pas pu rentrer…

Tu me disais qu’une dizaine de titres avaient été créés. Pourquoi publier un EP et non un album, alors que vous avez la matière pour ?

C’est pour une raison de communication. On a commencé à chercher des structures pour essayer de développer le projet. On s’est dit que le meilleur moyen était de sortir dans un premier temps quatre titres qui représentaient bien le travail qu’on avait fait. On voulait montrer le renouveau du groupe et notre envie d’aller plus loin. Là, on est en train de réfléchir à comment on va sortir un album. On n’avait pas forcément envie de sortir un album « dans le vide », comme on ne savait pas vraiment où on allait. Si c’est sortir un album pour sortir un album et qu’au final, personne ne l’écoute, ça n’a pas grand intérêt. Donc, on s’est dit qu’on allait repartir de zéro et recommencer par sortir un EP. En fonction de comment le EP prend, on verra la suite qu’on va lui donner.

L’album est donc un projet concret pour vous.

À la base, oui. C’était très concret. Et ça l’est toujours. On ne va pas faire que des EP toute notre vie !!

Si on va un peu plus loin… Le format EP revient en force ces dernières années. Le format album veut-il encore dire quelque chose ?

Il se trouve que le format album veut encore dire quelque chose parce qu’un album permet de raconter une histoire. Pour avoir bossé sur la préparation, puisqu’à la base on voulait faire un album, je trouve que c’est un exercice tout de même assez délicat. Formaliser un concept, c’est très intéressant. C’est quelque chose qui a un peu changé aussi au fur et à mesure du temps. À la base, j’avais un peu vu le projet comme un fourre-tout où on peut faire un peu tout ce qu’on veut avec notre musique. On n’est pas obligé d’aller vers, ou et de s’enfermer dans, un style particulier. Je trouvais ça bien au départ. Quel est l’intérêt de faire un album avec dix/quinze morceaux qui se ressemblent tous ? Autant produire un album avec des morceaux différents les uns des autres comme ça on ne va pas s’arrêter au quatrième titre et passer à quelque chose d’autre. Je suis un peu entre les deux personnellement. Je trouve que raconter une histoire sur un album, c’est super. Et à côté de ça, je pense qu’on peut aussi faire des albums un peu fourre-tout. Il faut juste assumer ce qu’on fait.

Le format EP est du domaine de l’instant alors qu’un album s’inscrit dans la durée.

Oui. D’ailleurs, là, en ce moment, on est en train de faire d’autres morceaux. On a envie de faire quelque chose de cohérent. On tend vers ça, en tout cas.

Le clip du « Dernier Paradis » (« The Last Paradise on Earth ») a été tourné à Berlin. Ça a été assez rocambolesque, je pense…

Oui, on peut dire ça comme ça !! (rires) On a tourné à Berlin dans plusieurs zones désaffectées. On s’est fait virer de quelques endroits où on avait tourné. Mais c’était toujours gentil, on n’a jamais vraiment eu de problèmes. En fait, on avait fait une liste d’endroits où on voulait tourner. La plupart de ces endroits sont des endroits privés et fermés au public. C’est tout de même assez dangereux de s’aventurer dans des maisons qui ont été abandonnées depuis une vingtaine d’années avec des toitures qui se sont effondrées et de l’eau qui coule sur le sol… Donc, ce sont des endroits surveillés. On a filmé dans plusieurs endroits différents et sur trois d’entre eux, on s’est fait virer. Et comme à chaque fois, on n’avait pas toutes nos scènes, on est revenus par derrière pour terminer le tournage… (rires) Il y a quelques passages initialement prévus qu’on n’a pas eux, mais au final, on est tout de même contents du résultat. On a réussi à faire ce qu’on voulait !

Tout ce travail de l’image autour de la musique t’intéresse-t-il fondamentalement ?

Oui, beaucoup. Je trouve qu’aujourd’hui c’est encore plus important qu’avant. On est tellement noyés de musique… Il y a tellement de gens qui sortent de la musique de partout, que je trouve que c’est important de mettre de l’image dessus pour identifier le groupe et l’image qu’il veut véhiculer. C’est autant une nécessité que quelque chose d’intéressant à faire finalement.

D’autres clips sont-ils prévus autour de cet EP ?

Oui, on est en train de travailler sur deux autres titres. On va faire quasiment comme Beyoncé, un clip par titre ! (rires) Il y aura juste un titre qui ne sera pas clippé…

Peut-on déjà en savoir un peu plus ?

C’est encore une surprise… (sourire)

Un petit mot sur l’artwork qui a été fait sur la pochette. Il s’inscrit finalement assez bien dans la continuité des précédents…

Effectivement. L’artwork des différents EPs a été réalisé à chaque fois par un créatif différent.  Ce sont à chaque fois des amis. Ils doivent garder le concept du personnage. On s’est dit qu’à chaque fois qu’on allait sortir un EP, on allait décliner ce bonhomme, ce qui permettrait de nous identifier aussi.

L’EP va-t-il bénéficier d’une édition physique ou bien va-t-il être uniquement disponible en digital ?

Il va y avoir une édition physique. Ils vont d’ailleurs arriver très bientôt.

Ce sera un CD ou un vinyle ?

Ce sera un CD. Je pense qu’on va essayer aussi de tirer quelques vinyles. On va bientôt lancer les précommandes.

Est-ce que ça reste important à tes yeux de matérialiser la musique ?

Dans le cas du vinyle, clairement. Surtout avec le logo qu’on a, je trouve que ça donne une vraie valeur ajoutée à la musique. Le CD, dans une moindre mesure, surtout qu’il y a de moins en moins de personnes qui l’utilisent aujourd’hui. Mais de toute façon, je trouve ça chouette d’avoir un bel objet. C’est important.

Il y a quelques scènes qui se profilent en France et en Allemagne (le 21 mars au Badaboum à Paris (11ème), le 22 au festival Agla Scènes à Egly (91) et le 28 au Kaffee Burger à Berlin (DE)). Comment préparez-vous le live ?

Eh bien, aujourd’hui et demain nous sommes donc en résidence dans ce but [notre interview a été réalisée le 11 février, NDLR]. On est en train de préparer un nouveau live pour montrer nos nouveaux morceaux lors des release party en mars. Donc, on est en train de travailler le live. On vire certains morceaux pour montrer une facette plus rock.

Comment abordez-vous le live ? Est-ce très écrit ?

Ça l’est, mais pas que ! (sourire) C’est écrit et à la fois on se laisse de la place pour les impros, et notamment pour la guitare, pour rendre le tout plus vivant. On nous dit souvent qu’on est un groupe de scène. Et c’est probablement assez vrai parce qu’on met beaucoup d’énergie dans le live. On l’entend peut-être un petit peu moins dans nos productions qui sont très léchées. On essaye de vraiment faire dans le détail, alors que sur le live, on est clairement sur l’énergie et sur le fait de faire danser les gens.

Pensez-vous rapidement scène quand vous créez un morceau ?

Là, c’est assez intéressant parce qu’on a vraiment deux types de morceaux dans cet EP. Il y a deux morceaux très pop et deux autres avec un côté plus rock, plus adaptés à la scène. On a toujours envie de montrer cette double face, notre côté rock et notre côté pop. Pour la scène, évidemment, on gère mieux les morceaux plus rock. Et comme pour l’instant le projet n’est pas encore très gros, on a surtout joué dans de petites salles, c’est bien d’envoyer des morceaux plein d’énergie, alors que les morceaux pop seraient plus destinés à des grosses scènes où le son est plus travaillé…

Propos recueillis par IdolesMag le 11 février 2014.
Photos : Damien Stein
Site web : http://www.parlezvousanglais.com/ 









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