Interview de The Craftmen Club

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/01/2014.
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The Craftmen Club, Eternal Life

Après le succès de « Thirty-Six Minutes » il y a quatre ans, The Craftmen Club, groupe de rock originaire de Guingamp, reviennent avec un troisième album, « Eternal life », un opus nettement plus dark et moins garage qui marque un virage dans le son du groupe. Nous avons rencontré Steeve Lannuzel, le leader et chanteur, pour en savoir un peu plus sur la genèse d’« Eternal Life ».

IdolesMag : Avant de parler de ce nouvel album, « Eternal life », j’aimerais qu’on parle un instant du groupe. Dans quelles circonstances a-t-il vu le jour ?

Steeve Lannuzel de The Craftmen Club : En fait, nous sommes tous originaires de Guingamp. Il y avait un club-concert là-bas et nous nous y sommes tous rencontrés. On a décidé de monter un groupe et faire de la musique en découvrant des groupes comme Blues Explosion ou la scène garage qui était présente à l’époque, un peu moins maintenant. C’était il y a quatorze ans, c’est loin.

Aviez-vous tous les mêmes influences musicales ou du moins un socle commun ?

On avait tous plus ou moins les mêmes influences. Quand on jouait ensemble, on tournait toujours autour de tout ce qui était rock garage. C’est vraiment ce qu’on voulait jouer.

La formation a bougé en quatorze ans. Peux-tu me présenter ceux qui sont là, aujourd’hui ?

À la batterie, c’est toujours Yann Ollivier. Il est là depuis le début. À la basse, c’est Marc Corlett, il est là depuis 2005. Et puis, il y a un nouvel arrivant, c’est Mikaël Gaudé. Enfin… nouvel arrivant, c’est un peu faux parce qu’il était là il y a sept ans puis avait quitté le groupe. Il nous a rejoints à nouveau pour cet album. Il est parti et il est revenu.

Comment bossez-vous tous ensemble ? Qui amène quoi ?

En fait, j’arrive le plus souvent avec une chanson plus ou moins brute, un couplet et un refrain. Après, on se met en répèt et le groupe joue et brode autour de tout ça. On travaille ensemble, vraiment en groupe. Mais à la base, il y a une mélodie et un couplet. Après, le morceau évolue et prend vraiment forme avec le groupe.

The Craftmen Club - DR

Passez-vous beaucoup de temps sur les morceaux ?

Il y a pas mal de morceaux qu’on a laissé tomber parce que ça ne prenait pas. Mais les titres viennent assez rapidement finalement. Ce qui prend finalement le plus de temps, c’est d’avoir l’idée du titre. Une fois que l’idée est là, le titre est quasiment bouclé en une journée.

Écrivais-tu et composais-tu déjà avant le groupe ?

C’est venu avec le groupe. Avant, on faisait vachement de répètes, quand un riff tournait, on en faisait une chanson et on posait des paroles après. Au début, j’ai toujours écrit avec les autres.  Et là, j’écris plus en amont.

Comment avez-vous choisi le nom du groupe, « The Craftmen Club » ? Quelle symbolique avez-vous voulu mettre dedans ?

Il faut savoir qu’on l’a choisi dans l’urgence. Il fallait trouver un nom de groupe. On avait ce côté bricolage. On avait un pédalier à main dont on scotchait les touches pour déclencher les samples. Ça nous a collé un petit truc artisanal. Et du coup, on est parti sur cette idée d’artisans. Ça vient de là au départ et en même temps, maintenant, ce nom n’a plus beaucoup de sens. C ‘est devenu comme une marque pour nous. Il a fallu qu’on trouve un nom et on a trouvé celui-là, ça s’arrête là.

On va en venir à « Eternal Life », maintenant, si tu le veux bien. Ce nouvel album marque un sacré virage dans le son du groupe. Il est nettement plus dark que ce que vous avez pu faire de par le passé. Était-ce une envie de départ ou est-ce que ça s’est dessiné au fil des répètes ?

Nous, on voulait surtout ne pas refaire un même « Thirty-Six Minutes ». C’était une réelle volonté. Donc, on a pris notre temps pour voir ce qu’on était capable de faire, jusqu’où on pouvait aller. Et au fur et à mesure, ce son plus dark et cette ambiance sont arrivés. Les textes aussi sont allés dans ce sens. C’est un nouvel univers qui s’est créé finalement. Il y avait aussi une espèce de tension permanente. Donc, c’est venu naturellement. Mais nous avions la volonté de ne pas être dans la redite et de ne pas refaire ce que nous avions fait avec « Thirty-Six Minutes ». Nous voulions évoluer et aller chercher quelque chose ailleurs.

Pourquoi ? Tout simplement parce que vous aviez besoin d’évoluer ou bien parce que le précédent, qui avait plutôt super bien fonctionné, vous avait peut-être un peu échappé et que vous aviez envie de tourner une page?

Oui et non. Je ne sais pas si « Thirty-Six Minutes » nous a vraiment échappé. La volonté de vouloir changer de style, c’était essentiellement la volonté de ne pas refaire un autre album identique et peut-être en dessous du précédent. « Thirty-Six Minutes » avait d’une certaine manière créé la surprise, nous voulions garder cette idée. Le but était d’aller ailleurs, de prendre un risque. Et finalement, on est contents parce que nous sommes arrivés à faire ce que nous voulions faire.

The Craftmen Club © Vincent Paulic

Après le succès de « Thirty-Six Minutes », avez-vous ressenti ou vous êtes-vous mis une certaine pression ?

Nous, en restant dans notre ville à Guingamp, on n’a pas forcément cette pression dont tu parles. Personnellement, je n’ai pas de pression de quelque ordre que ce soit. Je fais ce que j’ai envie de faire. Toute notre démarche est assez naturelle. Elle est vraie. Par contre, faire un second « Thirty-Six Minutes », dans la même mouvance, je ne suis pas sûr que ça aurait été vrai. Ça aurait été un peu forcé, et nous ne voulions surtout pas ça.

« Thirty-Six Minutes » est sorti en 2009, la tournée a continué jusqu’en 2010. Temporellement, quand « Eternal Life » a-t-il commencé à prendre forme ? À cette époque ou vous a-t-il fallu prendre un peu de recul ?

Il a fallu arrêter pour pouvoir recommencer. Il a fallu un peu quitter l’univers de tout ce qui avait été fait avant et tout laisser reposer et décanter. Yann, par exemple, a monté un autre projet, « Thomas Howard Memorial ». Chacun est parti de son côté à droite à gauche et a vaqué à d’autres occupations. Nous nous sommes retrouvés il y a deux ans, quelque chose comme ça. Et c’est seulement à cette époque que nous avons commencé à réfléchir à un nouveau disque, comme si tout était frais, comme si rien ne s’était passé. On a fonctionné comme ça. Il fallait, enfin je vais parler pour moi personnellement, que je lâche un peu le truc.

Il fallait remettre les compteurs à zéro.

Oui, voilà, et puis, il fallait reprendre une bouffée d’air et réorganiser le truc. On voulait aussi se poser les bonnes questions quant à l’avenir du groupe.

Tu me parles de l’avenir du groupe… Le groupe a aujourd’hui quatorze ans. C’est déjà pas mal ! Vous projetez-vous à cinq ou dix ans ou bien préférez-vous vivre au jour le jour ?

C’est un mélange des deux. Là, comme l’album est fini, enregistré, gravé et presque sorti… on commence à reparler de la suite, on est en train de se reposer des questions. Que va-t-on faire après ? Vers quel univers allons-nous partir ? Donc, là on se projette dans le futur. Et en même temps, comme l’album va sortir on est en plein dedans aussi. On essaye de faire le truc au jour le jour assez instinctivement, sans trop réfléchir, mais la question commence à se poser. Mais il n’y a pas forcément de grosse réflexion sur l’avenir.

Quels thèmes abordez-vous dans les titres ? Quels sont les grands axes ?

C’est plus ou moins basé sur les romans de science-fiction, « 1984 », Blade Runner et ce genre de choses… C’est un futur, mais très proche. C’est un peu ce qu’on vit actuellement, Big Brother is watching you…  C’est un peu tout ça qu’on évoque, cette ambiance dans laquelle on vit où on est un peu surveillés, traqués… Cette espèce de mal-être ambiant tout le temps. C’est de toutes ces thématiques que l’on parle.

Le nom de l’album est le titre de la dernière chanson… A-t-elle quelque chose de différent des autres ?

Oui, elle a quelque chose de différent. Elle met un point final à l’album en lui donnant une lueur d’espoir. Et en même temps, pour le titre de l’album, on voulait prendre la chanson la plus différente des autres. C’est « Eternal life » qui est la plus différente. Et paradoxalement, elle résume parfaitement tout l’album. Cette chanson parle de vie éternelle, mais plutôt par rapport au numérique, à l’internet, à la machine… Elle a donné son nom à l’album parce qu’elle résume bien l’album en lui-même.

The Craftmen Club © Christophe Sergent

Un vinyle est sorti au mois de septembre dernier et le CD sort le 10 février prochain (l’édition digitale une semaine avant). Pourquoi avoir fait ce choix d’une sortie en deux temps ?

En fait, on avait pas mal de dates en Bretagne et un public qui nous attendait là-bas. Et donc, on voulait sortir quelque chose. Le label nous a fait cette proposition de sortir un 33 tours pour pouvoir le vendre lors des concerts. Ce n’est qu’après coup qu’on l’a mis en vente sur le net. On voulait proposer aux fans quelque chose d’un peu inédit et on voulait que ça aille assez vite. En plus, on avait envie de sortir un vinyle depuis un bon moment et là, c’était la bonne occasion pour le faire. Le vinyle comprend un titre en moins que l’album qui va sortir en CD.

Est-ce un titre nouveau ou qui existait déjà quand vous avez sorti le vinyle ?

C’est un titre qui était déjà enregistré.

Qu’est-ce qui vous plait dans le vinyle, le son ou l’objet ?

Un peu les deux. Un vinyle, c’est un bel objet. C’est aussi pour moi quelque chose qui a un rapport avec le temps. C’est plus riche un vinyle. Un CD, tu n’y fait pas forcément attention, c’est un objet qui devient un peu obsolète. Tandis qu’un vinyle, on le respecte. Je le vois bien dans ma vie de tous les jours, autour de moi, aujourd’hui, beaucoup de gens rachètent du vinyle, alors que le CD, non.

On retrouve un rapport charnel avec la musique qu’on avait totalement perdu avec le mp3.

Totalement. C’est peut-être un peu con ce que je vais te dire, mais avec le vinyle, la musique prend de l’importance. Alors que quand tu télécharges à la va-vite sur iTunes, la musique ne représente rien. On fait attention à un disque, c’est du domaine du précieux. Et… je pense que l’écoute est différente finalement.

La scène est-elle l’essentiel pour le groupe ou une étape parmi les autres ?

Je pense que c’est l’essentiel. Depuis les débuts du groupe, c’est ce qui nous a fait avancer. Sur scène, il se passe quelque chose. C’est vraiment primordial pour nous. On ne pourrait pas continuer dans la musique sans faire de scène. Ne sortir que des albums, ça ne nous intéresserait pas. La scène, c’est un endroit où on aime être, où on peut s’exprimer totalement et qui nous fait du bien. L’album prend tout son sens sur scène.

Pensez-vous rapidement aux versions scène quand vous créez des chansons ?

Oui. Je pense que c’est une des premières choses qui nous importent quand on crée la chanson ou quand on commence à l’enregistrer. Que va-t-elle devenir sur scène ?

Vous avez joué récemment au Japon et en Hongrie. Quel accueil ces deux pays vous ont-ils réservé ?

Au Japon, c’est un accueil très différent. En France, quand des Américains et des Anglais viennent jouer, on a tout de suite quelque chose de magique qui se passe. On les voit un peu comme des extra-terrestres. Nous, en allant au japon, on s’est retrouvés un peu dans cette situation-là où les gens viennent te voir parce que c’est un peu inédit. Eux ne font pas de différence entre les Français, les Anglais ou les Américains. Pour eux, c’est pareil. Du coup, il y a un phénomène qui se passe. Et jouer là-bas, c’est super bien. Ce n’est pas du tout comme en France ou dans d’autres pays. L’accueil japonais est exceptionnel. J’espère sincèrement qu’on y retournera pour jouer les chansons de ce nouvel album.

Avec le recul, ce troisième album a-t-il été plus ou moins difficile à mettre en œuvre que les précédents ?

Je pense qu’on a une manière de fonctionner pour enregistrer qui fait que l’accouchement est assez difficile. Il y a toujours une tension. On est vraiment dans un truc pas terrible. On évolue dans le chaos. Au final, c’est ce qui donne une tension dans le disque. Donc, ce troisième album n’a pas été plus facile que le premier ou le deuxième. C’est toujours un peu le même scenario qui recommence. On est peut-être un peu sado-maso pour répéter ce scenario à chaque fois, mais c’est plus fort que nous.

Penses-tu qu’inconsciemment vous recherchez cette tension sachant que ça va influencer votre son ?

Je pense que oui (sourire). Il faut qu’il y ait cette tension pour donner ce côté humain à la musique. C’est primordial pour nous. Il faut qu’il y ait des erreurs. On préfère garder une prise avec des erreurs mais qui a une âme qu’une prise parfaite qui est vide finalement. D’ailleurs, dans cette optique, on préfère souvent garder les premières prises qui sont souvent plus fraîches. Et oui, tout se passe dans une tension ambiante. C’est la volonté de faire quelque chose de bien qui se transforme en un poids qu’on se met sur les épaules.

La critique est déjà assez positive sur « Eternal life », il y a plein de dates qui se profilent dont une au Nouveau Casino (Paris 11ème) le 12 mars, vous entamez la promo… Aujourd’hui dans quel état d’esprit es-tu ?

Ça fait pas mal de temps qu’on attend la sortie de ce disque. Là, on est encore dans la démarche de préparer le live. On répète beaucoup, on fait des préprods, on s’organise. On est très franchement un peu en dehors de la sortie du disque, on est vraiment dans le live. Je ne pense pas qu’on ait la pression. On pense trop au live. On a envie de livrer quelque chose qui ressemble au disque mais qui  va tout déchirer sur scène.

Le son du live sera-t-il fort différent de celui de l’album ?

Un peu, mais pas trop. On a envie de garder le son rock pur sur les morceaux du nouvel album. Ça va se rapprocher mais ce sera quand même plus sauvage…

Propos recueillis par IdolesMag le 20 janvier 2014.
Photos : Christophe Sergent, Vincent Paulic, DR
Facebook : https://www.facebook.com/thecraftmenclub?fref=ts









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