Interview de La Troba Kung Fu

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/01/2014.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








La Troba Kung Fu © Anna Mas

La Troba Kung-Fu, groupe catalan, publie le 4 février son troisième album, « Santalegria », un album plein d’énergie aux sonorités catalanes, colombiennes, sud-américaines et méditerranéennes ; et aux influences rock et urbaines également. Nous avons été à la rencontre du leader du groupe, Joan Garriga, afin d’en savoir un peu plus sur La Troba, son son si particulier et son approche de la musique. Rencontre avec un artiste pour qui la musique est un voyage…

IdolesMag : Dans quelles circonstances La Troba Kung Fu a-t-elle vu le jour ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ensemble ?

La Troba Kung Fu, SantalegriaJoan Garriga de La Troba Kung Fu : J’avais un autre groupe avant, qui s’appelait « Dusminguet » avec lequel j’ai joué dans de nombreux pays, et notamment en France,  en Europe et dans toute l’Amérique. Quand on a décidé de mettre un terme au groupe, quand on a eu l’impression d’avoir fait le tour de ce qu’on voulait faire et qu’on avait fait ce qu’on avait eu envie de faire, j’ai commencé à jouer avec d’autres musiciens. On était vers 2004/2005. J’avais des chansons à finaliser. Je connaissais Mariano le bassiste. Je voulais faire vivre ces chansons « en direct », pas sur le papier. Je voulais une musique qui appelle à la fête. Avec Mariano, nous sommes à l’origine du groupe. Après, le batteur est arrivé [Pep Terricabras, NDLR], il venait du village à côté, et ensuite Muchacho, le guitariste qui jouait de la rumba catalane avec nous. C’est ça le commencement du groupe, des chansons qui devaient voir le jour et que nous avons jouées ensemble.

Comment définirais-tu le son du groupe ?

Au départ, il y a la rumba catalane, qui est de la rumba gitane. Mais c’est une musique universelle parce qu’il y a beaucoup de gens qui ne sont pas gitans et qui aiment beaucoup ce style. On retrouve  dans notre musique de la rumba catalane dans nos guitares, dans le chant, et dans l’émotion des chansons aussi. Il y a donc une forte influence de la rumba catalane. Après, nous apportons aussi beaucoup d’autres influences. Il y a notamment de la musique des années 70 que nous écoutions en direct à l’époque, grâce à des orchestres. Il y a aussi des disques de rock qu’écoutaient nos parents. Nous gardons cet esprit rock, associé à l’esprit de la rumba catalane. On a aussi des influences très marquées de la musique colombienne et sud-américaine, plus généralement, ainsi que de la musique méditerranéenne également.

Quelle symbolique avez-vous voulu mettre dans le nom, peu commun, du groupe, « La Troba Kung Fu » ?

C’est un nom qui comporte plusieurs paradoxes… D’un côté, c’est un peu sérieux, un peu grave. D’un autre, c’est plus léger. C’est aussi la réunion de deux concepts, l’un occidental et l’autre oriental. Le concept occidental, c’est La Troba. C’est un mot d’origine occitane. Le verbe « trobar » signifie « trouver ». Trouver des paroles, de la poésie. C’est de là que vient le mot troubadour. Et d’un autre côté, on a le concept oriental du Kung Fu. Pour les Chinois, c’est quelqu’un qui a l’habilité de faire quelque chose, et qui le fait bien. Il ne faut pas voir dans ce mot que l’art martial, ce serait réducteur. Nous, on le voit plus dans l’idée de la culture, des paroles et des chansons. Ça nous a paru intéressant de relier ces deux concepts et ces deux idées.

Comment fonctionnez-vous tous ensemble ? Qui s’occupe de quoi ? Qui amène quoi ?

Généralement, j’écris les paroles et je crée la musique. Je joue de l’accordéon, de la guitare et je chante également, mais je me limite à la chanson seule. Après, je la propose au groupe. Et c’est le groupe qui, après, la rend belle, lui donne toutes ses couleurs. Le son de La Troba, il vient vraiment du groupe dans son intégralité. Parfois, certaines chansons sont composées par d’autres membres. Et parfois, l’inspiration vient quand nous sommes tous ensemble et quand nous jouons tous ensemble. Parfois l’inspiration est plus personnelle, parfois plus collective. On ne choisit pas quand l’inspiration vient… (sourire) Parfois, c’est très improvisé. D’ailleurs, dans la rumba, il y a beaucoup d’inspiration, elle a beaucoup d’importance. Et donc, de ces moments d’improvisations que l’on fait avec le groupe, parfois jaillit une chanson.

Quand as-tu commencé à jouer de l’accordéon ?

Je n’étais pas si jeune que ça…  Je devais avoir quelque chose comme 21 ans, je crois. J’ai commencé par l’accordéon diatonique en Catalogne. Maintenant, il n’y a plus vraiment de tradition ni de jeunes qui en jouent. Mais j’ai suivi une formation. Quand j’ai commencé, il y avait quelques musiciens qui en jouaient, mais pas beaucoup tout de même… J’ai donc commencé assez tard. J’ai joué de la musique Tex-Mex. Avant, j’avais joué de l’harmonica, c’est un peu pareil que l’accordéon diatonique. C’est à cette époque que j’ai commencé à connaître un peu le monde de l’accordéon.

Écrire et composer des chansons, c’est venu à cette époque également ?

J’ai commencé à écrire et composer en même temps que j’ai appris à jouer de l’accordéon. Avant, j’ai fait d’autres choses… du cinéma, de la philosophie… Jamais je n’avais pensé que je pourrais écrire une chanson ! (rire)

La Troba Kung Fu © Anna Mas

Avais-tu des envies particulières (aussi bien au niveau des sons que des thèmes que tu voulais aborder) quand vous avez commencé à travailler sur ce troisième album, « Santalegria » ?

On avait envie de faire un album très local parce que je pars toujours de cette idée que si tu peux parler à un régiment sur une toute petite place, tu peux parler universellement. Je ne sais pas comment le dire autrement. Et puis, nous voulions évoquer de façon originale l’endroit où nous habitons et la musique que l’on joue là-bas.

L’album est particulièrement dansant. Est-ce finalement pour toi l’essentiel de la musique, faire danser les gens et leur apporter de la joie ?

La musique est universelle. Elle a un pouvoir extraordinaire. Elle peut dire et véhiculer beaucoup de choses et d’idées. Ce que j’aime dans la musique, c’est qu’elle peut provoquer le rituel de la danse. C’est important. Je suis arrivé à la musique pour cette raison et je continue aujourd’hui à en faire pour ça. Provoquer la danse dans le public, c’est un vrai plaisir, une vraie satisfaction. Quand on danse, on a une autre vision des choses, on est dans un autre espace-temps, l’espace d’un instant.  La danse, c’est la fête. Et ça fait partie aussi du rituel de la santé… Et tout ça, c’est nécessaire. Si on n’a pas ces petits moments de plaisir, ce n’est pas bon…

On ressent une belle énergie tout au long du disque. A-t-il été enregistré dans les conditions du live ?

Non. Il a été enregistré piste par piste. Mais je comprends ce que tu veux dire. On avait cette envie au départ, de conserver cet esprit « live ». Ça apporte beaucoup de choses à un enregistrement, de la force également. Nous avons un peu travaillé à l’ancienne. Nous avons beaucoup répété ensemble en amont et ça nous a permis justement lors de l’enregistrement proprement dit de conserver cette énergie. Entre nous, nous sommes contents du résultat parce qu’on a pu garder cette force en nous et dans notre musique. Grace aux nombreuses répétitions, on a réussi, au fur et à mesure, à surmonter les difficultés pour rendre le tout « comme si c’était facile » ! (sourire) Et quand tu me dis qu’on entend cette énergie du direct et du live à l’écoute du disque, c’est bon ! Ça me fait très plaisir !

Il ressort de cet album une idée de voyage, ou en tout cas une invitation au voyage et à l’évasion. Le voyage t’a-t-il nourri musicalement parlant ?

Bien sûr… Au départ, j’ai fait de la musique pour voyager et c’est le voyage qui m’a apporté la musique. La vie est un voyage et donc, comme la musique, c’est la vie, la musique c’est un voyage également.

La Troba Kung Fu © Anna Mas

Vous avez toujours été très présents sur le web. Quel regard jettes-tu sur la disparition du support physique et ce marasme dans lequel l’industrie du disque est plongée actuellement ?

Il est très difficile d’être musicien aujourd’hui et de gagner sa vie avec le disque… Mais je suis avant tout content de pouvoir créer des chansons. C’est quelque chose qui m’apporte énormément, qui me nourrit. La musique est un art avant toute chose, pas une industrie. Maintenant, il y a de gros problèmes actuellement, on ne va pas se le cacher, mais je ne sais pas franchement quoi te dire… La musique commerciale n’a plus devant elle les beaux jours qu’elle a eus à une époque. Nous, on mise beaucoup sur le live, la musique vivante.

Finalement, c’est sur scène que la musique et les chansons prennent tout leur sens…

Eh oui ! J’aime beaucoup créer des chansons et faire du disque, aller en studio, etc…C’est un peu comme faire de la fiction. Mais c’est vrai que la scène, et le live, c’est là que se trouve la vérité. C’est là qu’on trouve l’énergie. Aller en studio et aller sur scène, ce sont deux façons différentes de faire de la musique. Les deux sont très intéressants, à des niveaux différents. J’aime beaucoup le travail de studio, mais c’est vrai que la scène, c’est autre chose…

On dit toujours que ce sont deux métiers différents mais complémentaires.

Tout à fait. C’est un peu comme tourner un film et jouer sur scène au théâtre. Ce n’est pas la même chose.

Avant de te quitter, j’aimerais te demander si de toutes les chansons qui composent « Santalegria », il y en a une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre…

C’est difficile parce que j’ai de la tendresse pour la plupart des chansons qui sont sur le disque... Mais comme je suis à Paris aujourd’hui et que je parle français depuis le début de la journée, la première chanson qui me vient en tête, c’est une chanson qui s’appelle « Potser ». Ça veut dire « peut-être ». Nous l’avons enregistrée avec des chanteurs différents. Et une partie est chantée en français. C’est un bon ami et sa femme qui chantent en français. J’aime beaucoup cette chanson. Elle fait du bien à la tête. Et l’enregistrement a été un moment assez magique. Il y a eu beaucoup de tendresse là-dedans…

Propos recueillis par IdolesMag le 13 janvier 2014.
Photos : Anna Mas
Site web : http://www.latrobakungfu.net/









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut