Interview de Jonathan Dassin

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/11/2013.
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Jonathan Dassin - DR

Jonathan Dassin a publié son premier album éponyme le 12 novembre dernier. Nous avons été à sa rencontre afin de parler avec lui de sa passion pour la musique qui ne l’a plus quitté depuis la création de son premier groupe il y a 22 ans maintenant. Au cours de notre entretien, il sera notamment beaucoup question de voyages. En effet, même s’il n’en est pas le thème principal, le voyage est omniprésent en filigrane tout au long du disque. Nous ne manquerons pas non plus d’évoquer un instant les chansons de son père, Joe Dassin, qui ont réussi à passer les années. Rencontre avec un artiste sincère et passionné.

Jonathan Dassin - DRIdolesmag : Être le fils de Joe Dassin n’induit pas forcément le fait que tu sois un passionné de musique. Quand est-elle entrée dans ta vie ?

Jonathan Dassin : C’est rentré très concrètement dans ma vie à 13 ans. C’est à cet âge que je vais rencontrer un collègue avec qui je vais monter un groupe, et on va faire nos chansons ensemble, des compositions originales. Donc, je commence déjà à me familiariser avec la création à l’âge de treize ans. Lui fait des accords à la guitare et moi, je chante dessus des mélodies et j’écris des textes. Très rapidement, on va aussi se familiariser avec la scène à cette époque-là. C’est donc à treize ans que j’ai commencé à faire des concerts. C’était pour moi quelque chose d’assez exceptionnel. C’est un plaisir qui ne m’a pas quitté depuis.

À l’époque de ce groupe, « Limelight », je pense que tu écrivais les textes avec ta tante Richelle…

Oui. En fait, j’écrivais des textes en français. Et à cette époque, ma tante les traduisait en anglais puisque je chantais en anglais à l’époque. Par contre, par la suite, on a vraiment travaillé ensemble des textes en français.

D’ailleurs, on la retrouve sur quelques titres de ton album.

Exactement. Et c’est d’ailleurs l’une de mes collègues préférées.

Travailler avec sa tante, est-ce plus ou moins facile qu’avec un autre auteur ? Vous vous connaissez certainement mieux, mais il y a peut-être une pudeur qui n’est pas la même…

Ce n’est pas forcément une question de pudeur. À chaque fois, la collaboration entre deux artistes est une alchimie qui prend, parfois rapidement, et parfois prend plus de temps. Mais c’est effectivement quelque chose de très plaisant en tout cas de travailler avec elle.

Quand tu as commencé à écrire tes premiers textes, était-ce simplement un besoin de poser des mots sur des mélodies pour chanter, ou bien y avait-il déjà l’envie de faire passer un message et aller un peu plus loin ?

Comme tu le dis, au départ, c’est vraiment une envie de chanter, une envie de me familiariser avec ce truc-là. À ce moment-là, je n’avais pas forcément énormément de choses à dire sur moi, finalement. Se connaître mieux soi-même, sortir plus ce qu’on est personnellement, ça vient avec le temps. Les premières chansons étaient très rigolotes mais parlaient sans aucun doute moins de moi.

Tu as pas mal bougé dans ta jeunesse : les Antilles, la Grèce, Tahiti, la Belgique, Belgrade… Quel est l’endroit qui t’a le plus marqué et influencé musicalement parlant ?

Je vais quand même te répondre Tahiti parce que j’y suis allé longtemps, relativement longtemps parce que c’était neuf mois. Je me suis beaucoup intéressé à la musique locale, qui ne se retrouve pas forcément dans ce que je fais aujourd’hui, mais ça a aiguisé mon goût pour les chorales. Ce qui m’a beaucoup servi par la suite quand je suis rentré dans ce groupe de musiques africaines et antillaises, où effectivement les chœurs sont très importants. Il y a beaucoup de rythmes aussi. Beaucoup de gens, quand ils vont en Afrique, découvrent les percussions africaines, moi j’ai découvert les percussions à Tahiti. Ce voyage m’a fait progresser dans ma vision de la musique. Et par la suite, tout ce que j’avais découvert là-bas m’a servi dans ma culture et dans mon apprentissage d’autres musiques, comme les musiques africaines ou antillaises.

Dédicace de Jonathan Dassin pour IdolesMag

Tu n’es pas bien vieux, tu as trente-cinq ans, mais comment se fait-il que ce premier album arrive après autant de temps ?

J’ai pris le temps de faire quelque chose qui me paraissait défendable. Alors, effectivement, d’un côté, il y a des chansons qui sont assez vieilles et d’autres assez récentes. En même temps, je savais que ce projet actuel allait aboutir parce qu’à un moment, je me suis dit que j’allais le produire au lieu d’attendre de me faire remarquer d’un producteur. En fait, quand je me suis mis dans cette dynamique de production, les choses ont avancé vraiment beaucoup plus vite. C’était aussi peut-être le bon moment pour moi de prendre cette casquette. Parce que ça m’a beaucoup plu de faire cet album, et ça me plait aussi beaucoup d’avoir à le défendre aujourd’hui. J’ai bien envie de continuer dans cette voie.

Justement, comment le vois-tu ce premier album, plutôt comme un aboutissement ou le début d’une nouvelle aventure ?

Je le vois plus comme le début de quelque chose. En même temps, objectivement, c’est aussi peut-être un peu l’aboutissement de quelque chose parce que ça me tenait vraiment à cœur de faire connaître ce que je fais. Il y a un moment où il faut faire connaître ce qu’on fait. C’est ma musique, c’est ce que je sais faire. Donc, effectivement, c’est l’aboutissement de quelque chose, mais en ce moment, je le vois beaucoup plus comme le début d’une deuxième phase dans ma vie de musicien et ma vie d’artiste.

Tu me disais tout à l’heure qu’il y avait sur l’album des chansons assez vieilles et d’autres nettement plus récentes. À quand remontent les plus anciennes?

C’est « Pays Lointain » qui est la plus ancienne dans cet album. J’ai commencé à l’écrire – je dis bien commencé parce qu’au fil des années, elle a évolué un peu musicalement – à Tahiti. J’avais dix-huit ans à l’époque, j’en ai trente-cinq aujourd’hui… fais les calculs ! (rires) C’était il y a longtemps…

C’est donc « Pays Lointain » qui est un peu la première pierre de l’édifice.

Effectivement. Et puis, j’ai beaucoup joué cette chanson, avec des formations différentes, et toujours de façon différente. Et aujourd’hui, elle se retrouve, d’une manière encore un peu différente, sur l’album. Là, elle est posée, et elle ne bougera plus ! (rires) Aujourd’hui, j’en suis très content de cette chanson. Ça me tenait à cœur qu’elle figure sur mon premier album. C’est l’une de mes premières chansons et je l’aime beaucoup.

Jonathan Dassin - DR

Il y a une chanson que j’aime beaucoup sur le disque, et qui l’ouvre d’ailleurs, c’est « Le Désert ». Elle est assez différente des autres, elle est un peu plus mystique, en tout cas un peu plus spirituelle. Dans quelles circonstances l’as-tu écrite ?

C’était aussi lors d’un voyage, un voyage au Maroc pour être plus précis. C’était une grosse randonnée pédestre dans le désert. On dormait toujours à la belle étoile et jamais au même endroit. On marchait six heures par jour, parfois huit. C’était assez incroyable, dans des conditions météo inédites. J’avais emmené avec moi un hang [un instrument de musique ressemblant à une soucoupe volante, inventé en Suisse, NDLR]. J’ai composé une musique là-bas et j’y ai commencé à écrire ce texte. Je l’ai ensuite terminé avec ma tante en rentrant. Ce voyage m’a inspiré cette chanson. Et j’avais à ma disposition cet instrument qui pour le coup se marie très bien avec le thème. Je suis très content de l’humeur de cette chanson qui est un peu un ovni parmi les autres. Mais c’est un ovni qui laisse présager aussi peut-être une porte ouverte sur un deuxième album… C’est un style que je n’aurais pas forcément envie de laisser tomber musicalement.

Tu y penses déjà au deuxième album ?

Oui. Il est déjà dans ma tête. Je suis déjà à moitié dans le mode création. Je vais forcément m’autoriser une période de création après cette période de promo. Mais je suis déjà effectivement dans la réflexion d’un deuxième album…

Avec le temps, écris-tu plus ou moins qu’avant ?

J’écris différemment, c’est sûr. Je pouvais passer beaucoup plus de temps devant une page blanche quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, je me lâche un petit peu plus. Je m’autorise un peu plus de choses. Il y a un moment où je me censurais beaucoup. Là, je me censure un peu moins. Je pense qu’avec l’âge, je me censure moins, bizarrement…

On a parlé de tes voyages en début d’interview, on a parlé de Tahiti avec « Pays lointain » et du Maroc avec « Le Désert ». Même s’il n’en est pas le thème principal, le voyage est tout de même omniprésent en filigrane tout au long de l’album…

Oui… effectivement. J’ai pris pas mal d’influences dans les pays que j’ai visités. J’ai eu la chance de visiter beaucoup de pays avec ma mère. Quand je me suis mis à la musique antillaise plus tard, j’y étais déjà un peu familiarisé parce que je m’y étais intéressé un peu avant. J’avais déjà le goût de cette musique. Oui, les voyages m’ont beaucoup nourri et ont contribué à mon goût de la musique.

Jonathan Dassin - DR

Tu signes ou cosignes la quasi-totalité des titres qui figurent sur l’album. Pourquoi avoir choisi « Ma Voisine » pour lancer l’album, un des rares titres que tu n’as pas écrits ?

Effectivement, il y a trois titres qui ne sont pas de moi dans cet album et « Ma Voisine » en fait partie. J’ai voulu porter cette chanson parce que je la trouve vraiment fraîche et légère. Je l’aime beaucoup… Alors, après, c’était un choix à prendre ou pas. Je me suis longtemps posé la question de savoir si c’était celle-ci ou une autre qu’il fallait mettre en avant pour la sortie de l’album. Et finalement, on a choisi celle-ci de concert avec les gens qui m’entourent. Ça a été vraiment difficile de choisir ce premier titre.

Le titre a bénéficié d’un clip. En tant que musicien, la dimension image est-elle un passage obligé pour toi ou vraiment un travail qui t’intéresse ?

Je pense qu’une chanson aujourd’hui doit être accompagnée de l’image, même si ce n’est pas le domaine où je suis le plus fort et où j’ai le plus de choses à dire. Je ne suis pas réalisateur, par exemple. Mais je pense qu’il est essentiel aujourd’hui d’avoir une image pour porter une chanson. Et puis, il ne faut pas se leurrer, il faut être présent aussi sur les supports visuels pour pouvoir toucher le public. C’est aussi important que la radio finalement. C’est un moyen comme un autre de faire connaître ses chansons. Et effectivement, je pense que c’est important.

De toutes les chansons qui composent cet album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Et quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant sa création, son enregistrement ou sur scène, pas forcément ce qu’elle raconte.

Écoute… il y a beaucoup de morceaux pour lesquels j’ai de la tendresse. Là, tout de suite, j’ai envie de te parler d’ « Idées noires » parce que c’est un morceau qui est rentré très très vite dans l’album. On l’a enregistré en live et on a fait très peu de prises. Je pense que c’est la troisième qui figure sur le disque. C’est un morceau que j’ai écrit seul. Je n’ai laissé personne toucher à la composition. Mais dans la réalisation, on a tous donné de nous-même. Je trouve que l’alchimie est vraiment sympathique. C’est un morceau enregistré en live, un peu rock’n’roll… en tout cas, je l’aime beaucoup. On va dire que c’est le morceau préféré des musiciens !!

Avant d’évoquer la scène, j’aimerais parler un instant de l’album de duos virtuels d’Hélène Ségara avec ton père qui cartonne actuellement. Comment le projet est-il né ?

Écoute, je dois t’avouer que je ne sais pas trop. Je n’étais pas dans le projet. Je n’ai pas pu travailler dessus parce que je travaillais sur mon album et que les deux représentent beaucoup de boulot.

Qu’en penses-tu ?

Je pense que c’est très bien. C’est toujours fabuleux que les gens s’intéressent aujourd’hui encore à mon père et continuent à aimer sa musique. C’est bien que d’autres personnes continuent à faire vivre sa musique.

Comment expliques-tu d’ailleurs, qu’à une époque où tout le monde zappe tout tout de suite, les chansons de ton père soient encore dans toutes les mémoires ?

C’est vrai que c’est assez fascinant… Alors pourquoi ? Vaste question ! (sourire) Je crois tout simplement qu’il était bon. C’est un tout : il y a sa voix, mais aussi ses chansons et sa personnalité. Maintenant pourquoi lui plus qu’un autre ? Je ne sais pas. Mais effectivement, il fait partie des très rares qui restent encore très connus aujourd’hui. C’est fabuleux. Maintenant, je n’ai pas de méthodes très scientifiques pour l’expliquer. C’est d’autant plus fabuleux parce que de nos jours, dans la musique, ça ne se passe plus comme ça. Tout est consommable directement et jetable rapidement. C’est plus difficile de rester dans les années, mais je pense que ça reste possible. Il y a des artistes qui y arrivent encore en France. Ce sont les exemples à suivre…

Jonathan Dassin - DR

Certains médias vont forcément faire un parallèle entre tes chansons et celles de ton père. Comment vois-tu cette comparaison ?

J’ai décidé de ne pas faire comme mon père. Maintenant, c’est sûr que je chante de la chanson française et pas du rock ni du rap… (sourire) On peut faire un parallèle, parfois ma voix peut faire penser à la sienne, parfois une chanson à une des siennes… Après, c’est à chaque personne de se faire son idée, moi, en tout cas, je n’ai pas voulu faire quelque chose qui ressemblait à ce qu’il faisait…

On va évoquer un instant la scène. Des dates sont-elles prévues ?

On est en train de travailler sur ça en ce moment. Donc, on n’a pas encore de dates précises, mais on va bientôt communiquer là-dessus.

Quand tu as écrit tes chansons, as-tu pensé rapidement à ce qu’elles allaient pouvoir donner sur scène ?

Je m’imagine souvent beaucoup sur scène… Maintenant, de manière concrète, il va falloir trouver certainement des formations différentes en fonction des situations. Et c’est justement sur ça que je suis en train de travailler. On n’aura pas toujours la chance d’avoir la grande formation avec les cuivres, la batterie, etc… Parfois, on pourra avoir une petite formation, guitare/piano/percu. Il faut penser aussi à monter ça de manière à ce que les gens prennent du plaisir en écoutant ce concert, quelle que soit sa formation.

L’album est sorti il y a quelques jours maintenant, dans quel état d’esprit es-tu ?

Je suis assez serein parce que je vais prendre le truc comme il vient. Je pense déjà aux concerts, je pense à la suite. Je sais que c’est un album qui va prendre un peu plus d’ampleur avec le temps. On aura remarqué que je ne suis pas dans une major et qu’il n’y a pas forcément la même force de frappe. Donc, je compte sur le fait que ce soit un disque de développement d’artiste, un disque qui dit que je suis là, que j’existe et que j’ai envie de faire de la musique.

Il n’y a pas la même force de frappe, certes, mais plus de liberté…

C’est sûr… Je suis à peu près mon seul patron. Et je suis très content de cette situation. J’ai l’impression d’être libre…

Propos recueillis par IdolesMag le 14 novembre 2013.
Photos : DR
Site web : http://www.jonathandassin.com/









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